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Communiqué SNEP-FSU, Paris, le 22 avril 2015

Lettre ouverte à David Pujadas

Programme EPS : dommage que la moquerie (par média public interposé), fasse de l’ignorance la culture de tous

Ah si vous, M. Pujadas et la journaliste responsable du sujet, aviez écrit les programmes d’EPS…

Certains médias, dont France 2, se sont fait malheureusement les propagandistes d’une sorte de moins-disant à propos de la publication de la proposition de programmes par le CSP. Cette critique, soi-disant humoristique, ciblée uniquement sur l’éducation physique et sportive (EPS) pose deux problèmes.

Le premier est le constat qu’il existe encore et toujours une forme de condescendance et d’ignorance bienséante lorsqu’il s’agit d’EPS et de sport à l’école. Un enseignement se préoccupant du corps (donc considéré comme de bas niveau intellectuel ?) devrait forcément s’écrire dans un langage trivial et non se théoriser. L’exemple repris ces derniers jours sur la natation est effectivement révélateur : pourquoi ne pas écrire tout simplement « apprendre à nager » dans les programmes EPS ? C’est vrai, apprendre à nager, c’est tellement facile ! Mais qu’entend-on par-là, M. Pujadas ? La formule dont vous vous moquez dit explicitement que ça se passe dans un milieu standardisé, et profond. Choquant ? Incongru ? Allons allons. Le milieu standardisé a comme fonction de rendre explicite le fait qu’on n’apprend pas à nager en rivière par exemple, que le milieu standardisé peut être bien sûr une piscine, mais aussi un bord de mer calme, sans courant, délimité comme dans les DOM par exemple. Par ailleurs, il existe des piscines ou des bassins, standardisés donc, mais dans lesquels on a pied ! Or, apprendre à nager nécessite de se confronter à la profondeur. Petit défi, M. Pujadas, dites-nous tout cela simplement et en peu de mots !

Pour que la critique soit au moins égale pour toutes les disciplines, vous auriez pu vous moquer du programme de Français qui précise « Rédiger un texte en fonction d’une intention et en tenant compte du destinataire » pour dire « simplement » écrire à quelqu’un. Ou encore « Activités considérant l’écriture comme un processus (plutôt qu’un produit) et valorisant la réécriture ».

Vous auriez pu citer les Langues Vivantes : « Repérer des indices extralinguistiques, reconnaître, percevoir et identifier des mots, expressions, schémas prosodiques porteurs de sens », les Arts : « Explorer différentes modalités de représentation par des mediums et techniques variés pour jouer des écarts et des effets produits à des fins expressives », l’Histoire Géo : « Mettre en relation les faits étudiés dans une démarche synchronique et/ou diachronique », ou encore les SVT et son « Ubiquité du monde bactérien ».

Mais non, c’est l’EPS qui est ciblée mais aussi, à travers elle, les enseignants d’EPS qui ont à cœur de faire accéder tous les élèves à cette culture sportive, encore trop réservée aux couches moyennes et supérieures de la société.

Le second problème n’est pas votre fait, mais celui de la méthode retenue pour construire les programmes dont la cible est devenue le « grand public », c’est-à-dire que l’on écrit les programmes pour qu’ils soient compréhensibles par « tout le monde ». Or ce n’est pas « tout le monde » qui enseigne. Les premiers utilisateurs des programmes sont les enseignants. Et un enseignant d’EPS sait très bien que « savoir-nager » ne veut rien dire : où, quand, comment, combien de temps ? « Savoir-nager » ne donne aucune indication sur les conditions de réalisation, sur les ressources à mettre en œuvre. Et ça ne donne bien sûr aucune indication à l’élève sur ce qu’il doit faire. Les programmes devraient d’abord être écrits pour les enseignants. C’est ce qu’a défendu le SNEP-FSU qui représente 82% de la profession. Rien n’empêcherait alors de travailler à une version grand public. Le défi est réel mais aucune discipline n’a réussi ce pari. Le rôle de la télévision ne devrait-il pas être éducatif plutôt que de se complaire dans la moquerie facile ?

« Le journalisme consiste à rechercher, vérifier, situer dans son contexte, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et publier une information de qualité ; il ne peut se confondre avec la communication. » (extrait de la charte d'éthique professionnelle du métier de journaliste). Qu'en est-il de cette communication partiale autour de projets de programmes qui doivent être soumis à l'appréciation de l'ensemble de la profession ? Avec le même manque de rigueur, comment devrait-on parler du métier de journaliste télévisuel ? Cela devrait-il se résumer à une définition du type « personne parlant devant une caméra » ? Il est possible de tout tourner en dérision. Tout métier a son jargon, le vôtre comme le nôtre, il participe de nos identités professionnelles. La caricature relève plus ici d'un simplisme démagogique et les citoyens que nous sommes sont en droit d'attendre autre chose du service public audiovisuel.

A chacun sa pédagogie ou son absence !

Nous sommes bien entendu prêts à venir débattre de ces questions sur votre plateau.

Le Secrétariat National