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L’AS d’établissement, le district et le département UNSS, des situations diverses et des innovations porteuses d’avenir.
Le 06/01/04

Table ronde animée par Jacotte Sels, responsable nationale au SNEP

Les objectifs qui ont guidé le choix de cette table ronde c’est tout d’abord notre volonté de contribuer à mieux comprendre les enjeux en restant en phase avec les préoccupations du terrain. C’est aussi durant ce temps, se faire l’écho d’expériences positives, de témoignages porteurs de perspectives en s’appuyant sur des secteurs différents (collèges, lycées, lycées professionnels) mais aussi en s’appuyant sur des acteurs intervenants à divers niveaux (un chef d’établissement, un collègue investit dans une initiative départementale). Donc, l’objet de la table ronde est de relater, de questionner cinq expériences originales, non pour qu’elles prennent un statut d’exemple mais plutôt pour mettre en évidence, pour analyser et comprendre ce qui a guidé les choix réalisés ou ce qui a contribué à la réussite.

1ère intervention : l’AS en collège
Jean Nicolas Moinereau (néo-titulaire au sein du collège Henri Beaumont à Beauvais (60) – académie d’Amiens)

Je ne vous cacherai pas la peur que j’avais le premier mercredi du mois où j’ai du encadrer l’AS dans cet établissement. En effet le collège H. Beaumont est implanté au cœur de la ZUP et est classé ZEP depuis le 1er janvier 1999. De plus, par les ouies dires, il fut le lieu de gros problèmes en 1996 ce qui a conduit l’ensemble de l’équipe enseignante à faire une grève de plus de 2 mois. Donc de fait, avec une renommée si bien établie, pourquoi s’attendre à des miracles en AS ? Peut-être trouverais-je au sein d’un gymnase tagué par les délires artistiques de quelques jeunes de quartier, une dizaine d’élèves ayant préféré pour une fois la discussion avec quelques camarades de classe au programme jeunesse télévisé, pire encore sans doute serais-je obligé de passer mon temps à séparer des élèves ou peut-être même non-élèves animés par des querelles par les bandes des cités, au mieux devrais-je crier sans cesse afin que des apprentis « Zinédine Zidane » arrêtent de confondre le cuir robuste d’un ballon de foot avec celui plus souple d’un ballon de volley-ball. Bref, j’étais tiraillé par un ensemble de questions et d’appréhensions qui peuvent se comprendre lorsque l’on est néo-titulaire.
Donc c’est un peu avec du recul que j’ai poussé la porte du gymnase, j’ai été accueilli par Jean-Michel, le coordonnateur de notre équipe, qui avait déjà préparé tout le matériel et qui lui faisait preuve d’un calme sans précédent. Je me suis dit « que c’était certainement le fruit d’expérience ou quelque chose comme ça, mais pour moi ça risque d’être l’enfer ».
Arrive 13h, un élève arrive, deux, dix, vingt, cinquante élèves. Je me suis dit « attention ça va bouger » et bien pas du tout. Ils arrivent, ils disent bonjour (même à moi alors qu’ils ne me connaissent pas), ils demandent s’ils peuvent s’échauffer. Ils commencent, ils trottinent, mise en action. Au bout de 5mn, ils s’arrêtent, demandent des ballons. On leur propose un exercice pour l’échauffement, ils le mettent en place, tout se passe bien. Après ils décident de jouer, ils constituent même les équipes, alors là je suis très étonné. Ils intègrent la plupart des petits 6ème, puisque le premier jour on avait décidé de prendre les 6ème-5ème-4ème-3ème pour leur expliquer les règles du jeu. J’étais vraiment très très étonné. Ensuite, ce qui m’a également étonné, c’est leur niveau. J’avais eu quelques expériences lors de stage, notamment de lycéens, et il est vrai qu’en cours d’EPS j’étais un peu catastrophé par le niveau général qui était assez faible. Alors que là les 5ème-4ème-3ème effectuaient des passes à 10 doigts, des manchettes, des relais, des attaques, j’étais vraiment surpris positivement par ce bon niveau des élèves en général. J’étais donc fourvoyé, ça se passait bien et ça allait bien se passer toute l’année (enfin je l’espère) mais après la question était : comment cela allait-il être possible ? Quelles mises en œuvre concrètes ont pu conduire à un tel résultat tant sur le plan comportemental que sportif ? Quel est donc le secret de cette équipe de Beaumont ? Après quelques semaines au sein de l’établissement, j’ai pu analyser un peu plus finement les conditions de cette réussite. Le secret en fait, il n’y en a pas, par contre ces résultats n’ont pu faire l’économie d’investissements personnels, de cohésion de groupe, d’ingéniosité et de la volonté tenace de l’ensemble d’une équipe afin que « ça marche ». Un certain nombre de choix et de faits conjoncturels ont cependant favorisés cette actuelle situation. Tout d’abord le mouvement de grève en 1996 a permis un classement ZEP qui a conduit à une augmentation importante des moyens tant matériels qu’humains, pour preuve nous avons aujourd’hui un rapport H/E de 1,7 alors que celui du département est de 1,1. De plus, parallèlement et à la même période le nombre d’élèves présents au collège diminuera significativement de 850 en 1996 à moins de 600 en 1998, suite certainement à la mauvaise réputation faite à l’établissement pendant ces années. Ce qu’il faut savoir c’est que les élèves qui sont partis, ce sont souvent les fils et les filles les plus favorisés de la ZUP. S’il n’y a pas de corrélation directe, c’est certain, entre le niveau social et les problèmes de comportements, ça n’aide pas forcément. De fait l’encadrement et les structures disponibles furent assez conséquents pour construire une réelle pédagogie de la réussite au sein de l’établissement et notamment en AS. Nous observons aujourd’hui une recrudescence des élèves qui est sans doute dû à une meilleure image de l’établissement et nous avons la prétention de penser que l’image sportive véhiculée par l’AS en est une des résultantes.


Ensuite nous devons noter la création des classes EPS dans les années 83-84 sous l’impulsion de la rénovation des collèges. Ces classes, tout en gardant le même esprit quant au fonctionnement, sont donc des sections sportives aujourd’hui. Le recrutement se fait dès la 6ème. L’élève peut choisir entre la section volley-ball et natation. Ce recrutement se fait aléatoirement sur simple demande de l’élève et de sa famille et sans sélection quant au performance de l’élève. Une fois que les classes sont constituées, un contrat est établit. Nous garantissons à l’élève un enseignement qualitativement et quantitativement intéressant au sein de l’activité dès lors qu’il s’investit au sein de l’AS. Plusieurs créneaux d’entraînement lui sont proposés pendant le temps scolaire, puisqu’il dispose d’1h d’EPS supplémentaire mais aussi le soir et le mercredi après-midi. De fait, l’élève investit dans ces sections s’entraîne plusieurs heures par semaine avec les membres de son équipe (il y a donc une stabilité des équipes). Ces temps d’apprentissage importants permettent de comprendre le bon niveau général acquis au sein des activités par ces collégiens. Ce niveau leur permet de gagner régulièrement des championnats départementaux, régionaux et d’accéder aux compétitions nationales. Les élèves sont ainsi aspirés dans une dynamique de réussite, les conduisant d’une part à s’investir pleinement au sein de l’association et d’autre part à se convaincre que l’on peut réussir quelque chose au sein et grâce à l’école. Afin de toujours plus valoriser l’élève et surtout tous les élèves, ces sections sportives ne s’arrêtent pas à cette simple dimension de performance. Les collégiens sont en effet fortement sollicités à s'investir au sein de formations de jeunes officiels qui leur permettent toujours plus de mettre en avant leurs compétences. Ces élèves sont également conviés à l’organisation de tournois entre les écoles primaires de la ville et les 6ème du collège ou bien à participer au tutorat d’équipes plus jeunes lors de ces compétitions. De fait, la volonté de l’équipe pédagogique n’est pas de faire fonctionner ces classes et l’AS de l’établissement en vase clos mais de réellement construire des stratégies multiples d’ouverture sur le monde extérieur. Cette volonté accrue d’ouverture est concrétisée par de multiples procédures. Certaines ont malheureusement disparues aujourd’hui, par exemple dans les années 80 compte tenu de l’engouement que connaissaient les élèves pour l’activité gymnique, un club parallèle à l’AS s’était créé et accueillait des élèves de collèges mais aussi des plus jeunes le samedi après-midi. Lors de ces samedis, les élèves les plus expérimentés s’occupaient à l’entraînement des plus jeunes, ainsi une réelle vie associative extrascolaire était créée. De plus nous devions noter l’investissement très important des parents d’élève afin de faire vivre l’AS. Les parents accompagnaient les enfants lors de compétition UNSS, participaient au transport des élèves partant en Angleterre jusqu’au port de Calais. Ils participaient à l’organisation de boum, où les gâteaux confectionnés par les familles étaient vendus (cet argent servant à renflouer les caisses de l’association). Malheureusement, pour des raisons d’ordre juridique, ces pratiques ont progressivement disparues mais d’autres initiatives persistent.


Tout d’abord, comme nous l’avons cité précédemment, les relations établies avec le primaire. Ensuite des liens très importants avec le monde fédéral et notamment en volley. Ces relations sont si importantes que nous pouvons compter bon nombre d’équipes inscrites au club uniquement composées d’élèves ou d’anciens élèves du collège. En contrepartie de cet aiguillage vers le club de volley, celui-ci met un certain nombre d’entraîneurs qui viennent aider les enseignants d’EPS lors de séance de l’AS. Afin de valoriser ce passage au monde fédéral, un système de gratuité de la licence club est offert pour les élèves déjà inscrit à l’AS (on essaie vraiment de créer un pont entre le club et l’AS). Enfin nous ne pouvons pas omettre de parler de la mise en place d’un grand nombre de voyages ou sorties périscolaires qui sont, par contre, essentiellement réservés aux sections sportives, pour exemple, une semaine en Angleterre par an et pour tous les niveaux de classes (6-5ème,4ème-3ème), avec des programmes pluridisciplinaires où nous lions EPS, anglais et selon les années histoire… de fait, une dimension pluridisciplinaire est intégrée au projet. Nous pouvons également parler pour ces mêmes classes des semaines voiles au plan d’eau du Canada ou bien des possibilités d’aller découvrir le plaisir du ski ou du snowboard en Savoie. Toutes ces sorties sont autant de moments permettant aux élèves d’intégrer des règles relatives à la vie en collectivité mais aussi de s’ouvrir sur des activités ou des lieux qu’ils ne connaissaient pas. Ces moments permettent également une réelle cohésion de groupe et un sentiment d’appartenance grâce à ces moments de vie en communauté.


Pour finir, je listerais successivement les conditions qui ont permis un tel dynamisme de l’AS à Beaumont, les facteurs limitant aujourd’hui ce dynamisme et les perspectives d’évolution envisagées

Au niveau des conditions
- l’utilisation d’un gymnase à disponibilité, même après les cours. Ce gymnase est implanté au cœur de la ZUP (pas de problème de déplacement pour les élèves)
- la mise en place de sections sportives qui représentent un taux très important des licenciés de l’AS (25% de la population scolaire à l’AS, ce qui représente quasiment la totalité) ce qui permet d’optimiser les résultats et le sentiment d’appartenance à un groupe
- les liens privilégiés établis avec les clubs
- la stabilité d’une équipe idéologiquement en accord sur les intérêts de l’AS pour les élèves, une réelle conception militante de l’AS comprise comme la volonté de faire fonctionner un club
- les réussites concrètes des élèves au sein des compétitions sportives UNSS (je pense que face à un public défavorisé qui n’a pas l’occasion de réussir par et dans l’école, le fait de réussir à l’AS c’est aussi réussir à l’école donc leur prouver que l’on peut faire quelques chose dans et par l’école)
- investissement réel de tous les professeurs qui n’hésitent pas à prendre sur leur temps pour faire fonctionner l’association (je pense que c’est très important, si on compte son temps, ça ne peut pas fonctionner pourtant je n’ai pas beaucoup d’ancienneté mais j’en suis convaincu)
- le choix d’un nombre limité d’activités proposées à l’AS qui permet un travail de qualité (c’est un bon ou mauvais point : nous n’avons que 4 activités qui fonctionnent : le volley-ball, la natation en section sportive, le hip hop et le triathlon. C’est un choix délibéré de l’équipe afin d’avoir une plus grande stabilité
- un suivi des élèves hors et après le collège, que ce soit au sein des clubs ou même au lycée (on essaie d’aller voir nos élèves lorsqu’ils jouent en club et au lycée puisqu’ils souvent issus du même lycée et que les équipes sont constituées et restent les mêmes)
- la présence et la permanence d’une personne référence qui a toujours maintenue cette volonté de faire fonctionner l’AS même dans les moments les plus difficiles : Jean-Michel qui est vraiment le référent de l’équipe qui se bat et fait tout pour que ça fonctionne.

Les facteurs limitant ce dynamisme
- les problèmes d’ordre juridique et les contraintes au niveau de l’organisation (notamment des voyages), de la sécurité et au niveau financier qui rendent plus difficiles les relations avec les parents.
- le changement d’équipe et la dispersion des responsabilités. Hier, seul Jean-Michel s’occupait de tout, aujourd’hui plusieurs professeurs ont des rôles à jouer, c’est bien car ça ouvre un peu sur les autres profs d’EPS mais aussi l’ensemble des profs par contre quelque fois ça entraîne une perte de cohérence du projet
- un recrutement à l’AS qui se fait quasi-uniquement sur les sections sportives (c’est quand même une limite) même si quelque fois se sont ces élèves qui vont chercher des copains parce qu’ils disent qu’il y a une bonne ambiance…
- les années de crise notamment en 96 qui ont laissé des traces (seul l’entêtement a permit à l’AS de survivre)
- les règles de l’UNSS qui obligent les sections sportives à fonctionner en élite, ce qui pose problème car nos équipes se retrouvent quelque fois en échec alors qu’elles ont beaucoup d’entraînement. En effet nos équipes partent de l’école pour aller vers le club alors que d’autres équipes vont du club à l’école et sont donc déjà des équipes constituées. Il est vrai que nos élèves qui s’investissent vraiment dans une AS et qui se voient ne pas pouvoir aller aux championnats régionaux ça n’a pas trop de cohérence, ils ne comprennent pas pourquoi.

Les perspectives d’évolution envisagée
- après une phase de résistance, on a une volonté de redonner une dynamique avec notamment la demande d’inscription des sections sportives en classes européennes
- retrouver de la cohérence dans le projet relatif aux sections sportives avec l’idée d’un programme spécifique à ces classes
- rRemettre en avant une liaison privilégiée avec les familles
- La mise en place d’une grille d’évaluation pour les élèves de ces classes (on a pas d’évaluation spécifique et c’est dommage)
- la mise en place d’un tournoi scolaire international réunissant les villes jumelées avec Beauvais



2ème intervention : l’AS en lycée
Christine Lefebvre (enseignante au lycée des 7 mares à Maurepas (78) – académie de Versailles)

Ce lycée est polyvalent (général et technologique tertiaire), il ne comprend plus que 680 élèves et il intègre également deux classes de BTS. Maurepas, pour les provinciaux, est situé entre Versailles et Rambouillet. Nous sommes un établissement un peu particulier géographiquement puisqu’on est implanté à cheval sur deux communes de 19 000 habitants (ce qui multiplie par deux tous les contacts avec la commune de référence). On est aux portes de la ville nouvelle de St Quentin en Yvelines. On a à faire à une population scolaire que, pour faire simple, je qualifierai de « facile » (par rapport à d’autres très proches qui ont beaucoup plus de difficultés), issue de milieux socio-professionnels extrêmement variés. La particularité que nous avons également, sur les deux communes, sur lesquelles le lycée est implanté, est un tissu associatif extrêmement important. Environ 30 à 35% des résidents d’Elancourt et Maurepas appartiennent à une association sportive civile, ce qui fait que l’on a effectivement des sollicitations très très importantes en dehors de l’école pour nos élèves. Nous avons également la chance de bénéficier, même si l’on réclame toujours un peu plus, d’une bonne qualité d’installations sportives. Nous avons beaucoup d’installations sportives mais nous sommes aussi très nombreux à les utiliser, ce qui fait que l’on a un planning qui est assez serré et que nous devons gérer de façon collective avec tous les établissements des deux communes, à savoir 4 collèges et 2 lycées.

Le contexte de l’associative sportive, pour nous, schématiquement est assez simple. Nous avons un établissement qui accueille l’option EPS facultative et ce « fameux » enseignement complémentaire (enseignement de détermination + enseignement complémentaire) qui est né il y a trois ans maintenant. Depuis la création de l’option facultative en 1984, elle a été inscrite au programme, donc on a un petit peu d’expérience et d’histoire par rapport à cette option. Depuis la création de l’enseignement de détermination et de son prolongement en l’enseignement complémentaire, nous l’avons eu également au programme. On a toujours eu envie de relever les défis pour intégrer ces nouvelles formes de pratique en éducation physique avec l’idée que, de toutes façons, tout cela ne fait qu’un, c’est-à-dire que l’EPS obligatoire, les différentes formules d’options et l’AS s’inscrivent dans une parfaite continuité. C’est pour nous indispensable pour que l’AS, dans notre établissement, ait un sens. Si l’on effectue un très gros travail dans l’établissement pour placer l’EPS par rapport aux autres disciplines, forcément à l’AS, nous obtiendrons les retombées que nous souhaitons et c’est vrai que nous avons fait de très gros efforts pour que l’EPS ait vraiment une place respectée dans l’établissement, c’est coûteux en temps, comme le disait le collègue, il vaut s’investir beaucoup, mais je crois que c’est aussi important pour que notre AS ne soit pas détachée du reste de l’enseignement de l’éducation physique.
Notre AS, c’est aussi le fruit d’un travail collectif avec, dans une équipe de 4 ½ professeurs actuellement dans l’établissement, des personnes un peu plus leader sur le sport scolaire et puis des personnes qui se mettent un petit peu moins en avant mais qui ont un travail essentiel également et qui contribuent à leur façon au fonctionnement de l’AS.
La chance que l’on a c’est d’avoir une stabilité de l’équipe, les 4 enseignants sont là depuis 10, 15, 18 et 3 ans, et puis ce demi-poste c’est un PLC2 qui vient nous permettre d’assurer tout l’enseignement de l’EPS qui arrive dans une équipe extrêmement structurée, qui a des habitudes, qui a de la « bouteille » (la moyenne d’âge est de plus de 40 ans) et qui se trouve tout de suite aspiré dans un mouvement qu’on espère formateur et qui nous permet, quand on les rencontre ensuite sur leur poste de titulaire de voir si effectivement le passage par chez nous leur a été bénéfique du point de vue du sport scolaire, c’est souvent le cas et on est assez content de ça !


Notre fonctionnement d’AS repose aussi sur une très grande liaison avec un certain nombre de clubs civils. Il y a aussi une particularité dans notre district, c’est que, par exemple, le club d’athlétisme local est né des AS de 3 établissements. On a essayé de prolongé une pratique sportive, en l’occurrence l’athlétisme, avec les idées de l’UNSS, avec des pratiques issues de l’UNSS et on a donc un petit peu instauré des liens de faits entre des pratiques, qui sont devenues civiles, et des pratiques scolaires. On a beaucoup de liens également, par le biais de nos anciens élèves avec le club de volley-ball. En effet, nous avons d’anciens élèves qui sont devenus les entraîneurs du club et qui continuent à assurer le lien entre le club et l’AS, qui développent par exemple au sein du club des formules et des pratiques à 4 (ce qui est assez inattendue dans le volley-ball fédéral) parce qu’ils l’ont vécu dans leur établissement scolaire et dans leur département au niveau UNSS et qu’ils ont trouvé ça particulièrement attrayant.


Nous avons surtout, et j’insisterai beaucoup même si ce que je vais dire paraît banal, toujours voulu assurer différentes formes de pratiques. Nous avons une pratique de loisir, sans que ce soit péjoratif, nous avons à faire à des élèves qui veulent avoir une activité ludique, de détente, d’hygiène corporelle, de convivialité et qui pour ça viennent pratiquer un certain nombre d’activités, qui parfois d’ailleurs changent (on peut les retrouver en badminton et la semaine suivante en escalade), qui trouvent dans le sport scolaire la possibilité de cette pratique de loisir. Nous avons trois activités essentiellement qui s’y prêtent : le fitness, l’escalade et le badminton. Nous avons un pôle, qui est très attirant pour les élèves, c’est le prolongement de l’activité physique, et c’est vrai que ce que disait Jean Lafontan ce matin « 2h en EPS en lycée c’est là-dessus qu’il va falloir se battre pour dépasser ce cadre horaire », je crois que nos élèves profitent aussi de l’AS pour combler ce manque et venir continuer à préparer leur examen de Bac à travers des pratiques sur les contenus qui sont ceux du Bac, enfin qui étaient ceux du Bac car évidemment avec les nouveaux contenus de cet examen on va avoir quelques ruptures qui vont être difficiles à assumer. Et puis nous avons évidemment un pôle compétition pour des élèves qui sont demandeurs à la fois de convivialité et à la fois de compétition et je crois que seuls le sport scolaire et l’UNSS sont capables d’offrir les deux, et de qualité ! Il ne tient qu’à nous de rendre la compétition, certes compétitive, mais aussi attrayante et conviviale. Donc, tous les types de pratiquants sont accueillis chez nous et je crois qu’on peut même dire que l’on a des élèves qui finalement, au cours des 3 ou 4 années de passage au lycée, passent assez aisément d’une formule à une autre en fonction de leurs attentes du moment. On a des filles qui viennent à la compétition alors qu’elles sont en terminale et qui ont eu des pratiques de loisir pendant 2 années. Je dis des filles car tout à l’heure dans la commission on a révélé, mais Annick Davisse l’a fait beaucoup mieux que nous, que les filles étaient quand même plus attirées par les pratiques de convivialité que par les pratiques de compétition. Nous avons remarqué que nous avions des filles qui intégraient des pratiques compétitives lorsqu’elles rentraient en terminale, ce qui a priori est un petit peu inattendu.


Nous avons aussi fait le choix, pour que notre AS fonctionne, d’avoir pour les élèves qui ont choisi le pôle compétitif, un vrai suivi en compétition. Ce n’est pas parce que ce sont des ados qui parfois conduisent, qu’ils doivent être livrés à eux-mêmes sur les déplacements et en compétition. C’est pourquoi nous avons décidé que chaque équipe qui se déplacerait, serait toujours accompagnée d’un enseignant d’EPS, l’enseignant qui encadre l’activité ou un autre collègue, même si c’est parfois difficile notamment en sports collectifs (plusieurs équipes sur plusieurs endroits). Les élèves savent au départ que l’on a fait le choix de privilégier cet encadrement-là de manière à ce que ce suivi soit fait et on a donc un mode de fonctionnement qui fait que nous sommes toujours en doublette sur les activités (soit on encadre à 2 la compétition, soit il y en a un qui part et l’autre qui accueille ceux qui n’y vont pas, soit dans les moments où ça bougent plus, notamment les sports collectifs, et bien on accepte, un mercredi de temps en temps, de laisser son activité pour pouvoir faire un suivi avec un autre groupe d’élèves). Cela nous permet de connaître d’autres élèves et de ne jamais laisser seuls nos élèves qui ont choisi le pôle compétition. On a également choisi de faire évidemment de la diffusion des résultats, un moment un peu particulier. On a tout essayé : les panneaux d’affichage, les affichages électroniques, les voix d’annonce par les micros dont on n'entend pas trois mots dans les lycées et finalement on s’est rendu compte que ce qui attirait le plus nos élèves c’est une formule extrêmement journalistique et humoristique qui avait pour principe de relater par l’humour tout le détail d’une compétition (on l’a fait la première fois par hasard car un collègue avait envie de s’amuser un peu). Nous sommes devenus les experts de l’article de l’équipe local qui relate dès le jeudi matin (et c’est important car si toutefois nous ne sommes pas prêts les élèves savent très vite nous remettre dans le cadre en nous rappelant que nous n’avions pas fait l’analyse du match). On relate beaucoup d’anecdotes et accessoirement on donne le résultat, j’avoue que cette petite « feuille de choux », affichée sur notre fenêtre de bureau, est quelque chose qui attire non seulement les pratiquants de l’AS mais aussi tous les copains de classe qui viennent voir comment se sont comportés les quelques-uns qui se sont retrouvés à patauger dans la boue sur le terrain de foot ou à courir le cross sur la base de loisir. Pour que cela fonctionne bien, il faut de la propagande et peut-être encore plus dans un lycée comme le nôtre où je vous le disais les sollicitations sont très importantes à l’extérieur. Nous avons la chance de ne pas avoir de cour le mercredi après-midi, donc on pourrait supposer que nos élèves sont disponibles pour l’AS. Nous avons aussi la « malchance » d’avoir un recrutement qui est extrêmement large sans ramassage scolaire, sans moyen de transport (étant à mi-chemin entre une ville avec moyen de transport et une autre plus rurale), sans cantine le mercredi, ce qui met quelques obstacles à la pratique…mais c’est vrai qu’avec la propagande que l’on peut faire par voix d’affiche, de micro, dans la cour entre 10h-10h30 pour récupérer, rappeler… c’est un investissement de tous les jours et surtout le mardi pour les rappels d’informations.


Pour conclure sur ce chapitre, je dirais que si chez nous l’AS fonctionne bien, c’est parce que c’est du relationnel, du relationnel et du relationnel. On a à faire à des ados qui sont extrêmement sensibles à la relation personnelle que l’on peut entretenir avec eux et on s’est aperçu qu’à chaque fois qu’un nouveau collègue entrait dans l’équipe et qu’il ne maîtrisait pas facilement ce côté relationnel et bien il était en difficulté au niveau de son AS. C’est un facteur important que l’on essaie de toujours mieux prendre en compte. On insiste beaucoup pour essayer avec ces ados, d’avoir des relations extrêmement personnalisées : c’est pas de la démagogie, c’est simplement qu’ils sont à un âge où ils ont besoin de s’apercevoir que l’on peut s’occuper un petit peu plus personnellement d’eux en demandant 2, 3 nouvelles, en essayant de savoir pourquoi ça ne fonctionne pas bien en ce moment, etc.
Bien sûr tout n’est pas rose, même au lycée des 7 mares qui donne toujours une image d’un sport scolaire de qualité (22% de licenciés). D’abord nous avons de grandes difficultés financières. Nous avons fait le choix, parce que la population à laquelle on s’adresse nous le permet, d’avoir une licence à 30 euros (ce qui est un prix élevé), on ne peut pas dire que certains élèves ne viennent pas à l’AS uniquement à cause du tarif de la cotisation, ça c’est important. Nous avons malgré cela des difficultés financières importantes parce que nous équipons totalement nos équipes (la reconnaissance de l’équipe autour d’un maillot d’établissement est important). Nous essayons, tout le temps, d’avoir le transport le plus rapide et le plus direct, et je peux vous assurer qu’en région parisienne ce n’est pas une mince affaire. En habitant à 30km du lieu, on peut mettre 2h30 pour y arriver, donc il faut le gérer. Cela a un coût, c’est par exemple le choix d’avoir 2 Espaces avec chauffeur au lieu d’un bus, ce n’est pas beaucoup plus cher, c’est plus rapide, on y gagne en qualité, mais c’est aussi des démarches supplémentaires. On a toujours le souci d’accompagner les équipes qui le souhaitent, vers le plus haut niveau de pratique, c’est-à-dire que si des équipes ont la volonté d’essayer d’aller participer à un championnat de France et bien on leur permettra financièrement de le faire et c’est une grosse part de notre budget. On a aussi fait le choix en quantité du matériel de qualité pour l’AS. On a des subventions issues de nos communes et du syndicat d’agglomération de la ville nouvelle, malgré tout nous sommes en difficulté. Nous le sommes également car deux postes budgétaires sont importants, celui du transport et celui de l’hébergement, tout ce qui tourne autour du transport, même si l'on appartient à un district (je m’étais amusé à discuter avec un collègue de province lors d’un championnat de France et l’on s’était aperçu que le prix des cars étaient trois fois plus importants dans notre académie que celui de son département pour un déplacement quasiment identique). Nous avons un budget hébergement, sur des championnats un peu plus éloignés qui est extrêmement important et qui pose de vraies difficultés.


Nous avons également des difficultés sur une ou deux activités qui manquent un peu de pérennisation sachant qu’on change de PLC2 tous les ans, sachant qu’on leur permet de rentrer dans l’UNSS par une activité qu’ils ont envie d’enseigner (nous comprenons tout à fait qu’il choisisse de proposer une nouvelle activité). Nous l’aidons pour ça si nous en avons la compétence mais effectivement lorsqu’il s’en va, il arrive que l’activité ne soit pas reprise par le PLC2 suivant. C’est un choix que l’on a fait pour le confort du PLC2 et c’est vrai un petit peu au détriment de notre AS. Nous avons aussi des mois calendaires difficiles liés, dans notre région, à une météo assez aléatoire avec des activités notamment extérieures et également des mois calendaires difficiles au plan financier, lorsqu’il faut attaquer la saison de sports collectifs, ça devient extrêmement stressant pour le trésorier.
Nous n’avons aucune vie de type associative ou plutôt administrative, pas ou peu d’AG d’AS, un bureau d’AS inexistant en dehors des 4 enseignants et demi que nous sommes, des parents impliqués très différemment. Tout fonctionne autour des profs de gym et d’un noyau d’élèves qui viennent ponctuellement offrir leur service. C’est une dimension sur laquelle nous ne nous sommes pas battus, très clairement on n’a pas cherché à développer cet aspect des choses car on n’a pas l’impression que l’on serait plus efficace.


Nous n’avons pas l’impression que nos élèves aient envie de s’impliquer dans des tâches administratives qui nous « barbent » nous-mêmes, donc nous n’avons pas fait le forcing et nous ne chercherons pas vraiment à le faire non plus.
Les perspectives pour nous seraient de tenir ce rythme, comme je le disais nous sommes dans l’établissement pour la plupart depuis 10 ou 15 ans, 1 an de plus tous les ans et tenir ce rythme, face à des ados, qui eux ont toujours entre 15 et 18 ans, devient plus difficile, il va falloir maintenir ce taux de licenciés (qui est entre 20 et 22% depuis plusieurs années), on sent déjà là quelques fissures qui nous laissent présager que l’avenir ne va pas être aussi facile. On va essayer de conserver un compte financier positif (juste pour la petite anecdote, on a quand même été à la limite de l’interdit bancaire il y a deux ans, parce que nos subventions ne rentraient pas et que nos dépenses liées aux rencontres et déplacements se poursuivaient). Donc on va essayer de conserver un compte financier positif en organisant un maximum de rencontres à proximité.
L’équilibre est donc pour nous toujours, toujours extrêmement fragile et nous tournons à plein régime, je crois sincèrement qu’il ne serait vraiment pas raisonnable d’en faire plus.



3ème intervention : l’AS en lycée professionnel
Hervé BIZZOTTO ( enseignant au LP du 1er film à Lyon)

Tout d’abord, je ne peux m’empêcher de me réjouir de l’invitation lancée aux LP du Rhône dont je suis l’un des représentants. Ensuite, vous dire une certaine difficulté à rentrer dans canevas commun, nécessaire mais réducteur. Ceci étant, je vous propose de rentrer dans le vif du sujet.

1) Le département du Rhône a une particularité. Un grand nombre d’établissements est regroupé à l’intérieur d’un périmètre réduit. Sur 40 LP, seuls 5 sont à l’écart, c’est à dire en dehors de la COURLY et du réseau de transport en commun.

Pourquoi un district départemental ?
a) la nécessité de retrouver les élèves qui ont les mêmes caractéristiques.
b) rencontrer des équipes qui ont le même niveau de jeu.
c) les LP ayant des populations très diverses (métallurgie, comptable, mécanicien, maçon ou secrétaire) le regroupement n’était pas réalisable dans une zone géographique.
d) la catégorie sénior étant représenté à environ 30%, rien n’était proposé jusqu’alors à ces élèves.
e) enfin, aucune équipe de LP ne se qualifiait aux championnats académiques ou de France.

2) Pendant des années, c’est le SD69 qui a centralisé les champs UNSS traditionnel pour les lycée et LP du Rhône, (inscriptions, organisations, gestion des résultats, règlements, qualification…).

Depuis 1988, certains collègues de LP se sont regroupés à l’intérieur du RésoLP. L’objet de cette collusion était d’une part de prendre en charge la formation continue pour faire face aux difficultés rencontrées pendant les cours d’EPS (violence, non-respect des consignes, apprentissage différencié, etc.) et d’autre part adapter les contenus de l’AS pour donner du sens à la pratique sportive aux élèves de LP.
C’est pour cela que ces collègues ont proposé un système de rencontre IC, la classe étant la structure porteuse de sens auprès des élèves de LP. La connaissance des autres les aident à passer le cap du déplacement pour se rendre sur le lieu des rencontres. Ces IC se terminent par des finales inter-LP au mois de mai et des finales académiques depuis 5 ans en alternance avec des jeux des LP.. Un coordonnateur LP avait le rôle de faire vivre ces IC et de dynamiser l’AS des LP et cette structure originale.
Depuis quelques années, les cours le mercredi AM, les stages de plus en plus nombreux, les déplacements à l’autre bout de la ville pour 1 match, l’évolution des pratiques sociales, des mentalités ont mis encore plus les animateurs d’AS en difficulté. Petit à petit, nous sommes passés d’une gestion centralisée et dans certaines circonstances autoritaire à une organisation décentralisée et un fonctionnement le plus démocratique possible, toutes les décisions prises provenant des collègues d’EPS du terrain. L’émergence d’un projet de district (tiré de la réalité du fonctionnement) et de moyens supplémentaires (165 HSE pour les coordonnateurs et 11500 € de crédits de fonctionnement) nous a permis de faire évoluer notre structure.

3) Aujourd’hui, nous sommes 5 à coordonner les activités des LP.
a) le foot en salle (50 équipes, 6 journées, le tournoi le plus importants du département pour le 2nd cycle).
b) le challenge plein air (450 élèves sur 4 journées dans 4 APPN différentes).
c) le multi-APS (7 APS, 15 journées, 30 LP)
d) les IC (4 APS, 2 journées, 120 équipes, 35 LP).

Nous pourrions être plus nombreux mais les moyens manquent… Pour synthétiser l’ensemble, un site web permet à tous de consulter les projets, de connaître les organisations, de télécharger tous les docs nécessaires et de visionner (presque en temps réel) les classements des différentes journées (grâce à une application conçue par un ex-collègue de LP M Fontany).

4) D’un point de vue pratique, le projet s’empare de toutes les tendances visibles dans nos établissements. Le foot en salle (5C5) avec des élèves qui ont une culture foot, des garçons pour l’ensemble des participants.
Le multi-APS (VB, BB, Bad, TT, Foot à 7, hand ball, aérobic) est traité avec des règles adaptées (hauteur de filet, cat, temps de jeu, composition d’équipes , etc.).
Match en temps, tournois, ronde à l’italienne, tout est mis en place pour que les élèves jouent le plus longtemps possible, pour que l’enjeu (générateur parfois de violence) ne monte pas (toutes les équipes se rencontrent, très peu de finales directes) et pour que les élèves trouvent une opposition raisonnable (chacun a sa chance).
Même si c’est la rencontre qui est privilégiée, chaque tournoi revêt une importance, dégage de l’émotion, propose de l’engagement physique et mental et est finalisé par un classement à point (match d’entraînement à 50pts pour chaque participant (temps mort, coatching, aide à l’arbitrage), match de qualification (100pts pour le 1er à 30pts pour le dernier), match de ½ finales et de finales (jusqu’à 8 équipes avec 200pts à la clé).
Les classements sont divers, par journées, par équipes et par APS par LP selon les 4 axes et un classement final tout confondu. L’an passé, 8 LP ont été récompensés. En 2003, la formation des JO va devenir une priorité pour une meilleure reconnaissance de ces élèves, de cette fonction.
Enfin, chaque équipe est accompagnée par un collègue d’EPS compétent dans l’activité et connaissant les élèves, la présence en réunion est obligatoire pour l’APPn et les IC, les chartes sont signées par les élèves, les professeurs et les proviseurs.

5) Le nombre de journées est en augmentation de 30% en 3 ans, de plus en plus de collègues de LP prennent part au projet, les objectifs étant rediscutés en juin, le % de licenciés est de 20% (moyenne nationale inférieure à 10% pour les LP, plus de 40 % des licenciés sont des filles).
Cette dynamique aidant, les collègues prennent des responsabilités, chacun amène des idées, des innovations, des expériences, des lisibilités différentes et variées des élèves de LP.
Cette structure UNSS-LP n’est possible que parce qu’elle travaille en synergie avec le RésoLP (stage FPC-EPS réussie en LP- animé par des collègues de LP et d’une revue trimestriel, l’infoLP qu’ils préparent et organisent avec l’appui d’intervenant extérieur) et qu’un temps important en fonction de l’actualité est laissé à l’approche de l’UNSS.

C’est un fonctionnement, le plus démocratique possible, les idées viennent des collèges, les règlements, les organisations sont revues et corrigés tous les ans, sans cesse remis en cause (dans le bon sens du terme, pour améliorer). Le projet global est redéfini tous les 3 ans (calé sur le plan national) pour prendre en compte les nouveaux collègues, les évolutions des pratiques, etc.
Les coordonnateurs ne comptent pas leurs temps (environ 2 réunions par mois, des mels journaliers) et tous les collègues non plus (environ 1 par mois du fait de la distance entre les gens). L’UNSS régional propose un contrat licence (forfait avec une prise de licence harmonisé pour tous les LP).
C’est un projet complexe puisqu’il est divers et qu’il met en œuvre des concepts différents, des philosophies partagées qui s’appuient sur les caractéristiques de nos élèves de LP et des conditions de travail (emploi du temps, âge, stage, petit boulot etc.)

Il s’agit donc d’un projet difficilement transférable stricto sensus, d’autant plus que la spécificité lyonnaise est géographique. En effet tous les mercredis, les élèves des 4 coins de l’agglomération peuvent se retrouver en 1h de transport maxi.
Par contre le protocole de travail est facilement ré-investissable (partir des élèves, évaluer les besoins, les mentalités, le type de fonctionnement, leurs motivations, avoir l’encadrement et créer une dynamique).

J’ai donc essayé en 10 minutes d’être le plus fidèle possible à l’esprit qui régit notre fonctionnement. Je dirai en substance que c’est une fantastique aventure humaine qui a débuté il y a 14 ans et qui j’espère n’a pas fini de faire parler d’elle, le mélange d’anciens et de nouveaux composant une alchimie capable de favoriser les réussites des enseignants mais surtout des élèves.



4ème intervention : l’expérience d’un chef d’établissement
André Beuret (chef d’établissement d’un lycée de l’Isère)

Nous venons d’avoir des interventions sur des expériences tout à fait remarquables, je ne sais pas si celle que je suis censé vous expliquer, vous raconter soit de trop, car on peut avoir quelque fois une accumulation de choses qui peut ensuite gêner un peu la réflexion. Néanmoins je peux vous dire ce qui se passe dans mon établissement, plutôt sous l’angle du chef d’établissement que sous l’angle de l’enseignant que je ne suis plus.
C’est un lycée qui est situé aux frontières de l’académie de Lyon à Pont de Chervy petite agglomération de 30 000 habitants (population qui a l’habitude de dire qu’elle est urbaine, la banlieue avance et sera bientôt la banlieue de Lyon mais pour l’instant c’est plutôt rural et semi-rural) et dans laquelle se trouve une petite commune qui est célèbre périodiquement : Charlieu.
Le lycée qui est au cœur de cette petite agglomération est né de la volonté de 33 communes car autrefois les élèves devaient se déplacer très loin vers Lyon pour pouvoir poursuivre leurs études. Un syndicat intercommunal s’est constitué, à la période charnière de la décentralisation, qui a construit ce lycée et il a eu une excellente idée, puisque dans la construction il a prévu tout de suite le gymnase. Ce dernier se trouve aux portes de l’établissement. Il est également occupé le soir mais il est à la disposition pleine et entière quasiment tous les jours de la semaine (même le dimanche si l’on voulait) du lycée.
Ce lycée accueille une population scolaire qui est passée de 1400 à près de 1000. La réalité est que c’est une agglomération qui a un passé industriel très important depuis les années 14 qui a vu arriver (ce n’est pas pour faire un peu d’histoire mais c’est important, car dans les années 14 quand tout le monde partait au front il fallait quand même que les usines construisent les obus et toute la ferraille qui va autour, donc l’activité principale était la métallurgie. La population qui pouvait travailler était partie, et on a fait venir beaucoup de travailleurs d’origines étrangères ce qui fait qu’aujourd’hui il y a à peu près 23 nationalités différentes avec évidemment des populations en nombre un peu plus important que d’autres, c’est un microcosme très étudié par beaucoup de sociologues.


Aujourd’hui, ces entreprises se sont reconverties, ce sont des multinationales qui ont parfois de grandes réputations mais localement pas très appréciées car elles ferment à tour de rôle. Ce qui fait que la population de l’agglomération est extrêmement pauvre donc ça ne me viendrait même pas à l’idée de mettre la licence à 30 euros.
70% de ces élèves utilisent des transports scolaires (ils se lèvent à 6h et rentrent chez eux vers 20h). Les horaires du lycée se terminent à 18h, pas de cours le mercredi, il y a également d’autres aménagements du temps qui leur permettent de se reposer. Donc une population fragile, délicate, lieu de violence d’où classement en REP difficile depuis un certain nombre d’années (la plus grosse REP de l’Isère et de l’académie de Grenoble, il doit y avoir 6000 élèves en comptant les classes primaires, les 4 collèges, le LP et le Lycée polyvalent).
C’est un lycée avec des filières de type classique (S, L, ES), filières techniques ou technologiques avec la productique, l’électronique, des technologies tertiaires, 2 BTS qui poursuivent ces études et puis également un reste (car il fallait mettre des élèves dans le LEP que l’on reconstruisait) donc on a pris 2 filières de BEP tertiaire et 1 filière de BEP électronique. Il y a également une branche de formation continue, mais elle vit sa vie un peu toute seule même si elle est à l’intérieur de l’établissement, elle ne participe pas toujours aux activités qui nous occupent aujourd’hui.

Aujourd’hui l’AS est quelque chose d’important dans la vie de l’établissement qui s’est construite petit à petit, sans qu’on s’en rende bien compte, il a fallu que des gens viennent nous demander « comment vous faites », on avait pas du tout conscience de faire des choses, je ne dirai pas extraordinaire, mais qui pouvaient attirer l’attention. On avait à peu près 25% des élèves qui étaient licenciés. Qu’il gagne ou qu’il perde n’est pas grave, néanmoins il y a quand même un problème sur le décompte du pourcentage d’élèves qui participent ou qui sont licenciés et qui appartiennent à une AS. On ne décompte que les élèves qui ont pris une licence et qui participent aux activités de l’AS. Je me suis rendu compte que dans certaines situations tout élève qui mettait les pieds dans un gymnase, 1 heure, on lui faisait payer une licence, pour des raisons sûrement juridiques, d’assurance. Je ne pense pas que ce type d’élève soit de vrais licenciés à l’AS.


On a une AS relativement importante qui bénéficie d’un engagement quasiment total de l’établissement. Quand je dis engagement cela veut dire que petit à petit la culture sportive a fait quelques incursions en maths, en français et dans les différentes matières avec beaucoup de difficulté. Ce n’est pas que l’on parle EPS ou sport dans ces cours, c’est simplement que les collègues ont accepté l’idée qu’à travers le sport on pouvait valoriser aussi un certain nombre de qualités des élèves et qu’il fallait à partir de là accepter, c’est un peu comme ça qu’ils l’ont vécu (certains le vivent encore), quelques sacrifices par rapport à sa propre matière en terme d’horaire. Je vous rappelle que l’on est situé à l’extrémité du département de l’Isère et qu’il suffit de faire 1km pour être dans le département du 11. Cela veut dire que lorsqu’on envoie des élèves à des finales académiques, ça se passe à l’autre bout, ce qui veut dire : partir tôt le matin, cela empiète sur le temps des autres cours si je ne prends en compte que ce type d’activités du mercredi après-midi. Ca peut donc perturber un certain nombre de cours, les collègues ont fait cet effort. De plus ça entraîne des conséquences pour le fonctionnement ordinaire de l’établissement (agents de service, cuisine, l’agent comptable, le gestionnaire) mais toutes ces idées, petit à petit, par le fait que l’établissement progressivement ait remporté quelques succès, ça a apporté beaucoup. L’UNSS véhicule une image et à travers elle l’établissement a gagné, donc les personnes ont accepté les contraintes. On accepte toujours lorsqu’on y trouve un bénéfice. Ce bénéfice était leur image, on les montrait beaucoup moins du doigt comme étant dans un endroit qui avait plutôt la réputation d’être un coupe-gorge. Donc petit à petit ces choses se sont installées.
Pour ce qui est de la pratique sportive dans l’établissement, je suis incapable de vous dire ce qui relève de l’AS ou non, c’est-à-dire que tous les jours à partir de la fin de ce mois jusqu’à fin mai il y a des activités sportives, aussi bien organisées par les élèves que par les enseignants d’EPS, qu’organisées par les classes ou par des personnels autres de l’établissement. Tous les jours il y a des tournois interclasses dans différents domaines (volley, handball, badminton..) aussi bien pour les filles, les garçons et en équipes mixtes. C’est cela qui a donné le développement de cette AS, c’est le foisonnement des activités sportives qui a donné une base, une assise au sport, l’a montré. Un autre facteur favorisant est le fait que 70% des élèves prennent les transports scolaires, çela représente une espèce de public captif, ils ont donc trouvé un intérêt à participer à ces activités, néanmoins ils ont été au-delà puisqu’un certain nombre participe à l’UNSS (malgré les problèmes de transports du mercredi après-midi, puisque les cours se terminent à 12h). Donc malgré ces petites difficultés, qui peuvent être grandes lorsque les parents travaillent et habitent assez loin, les élèves participent volontiers.
Des W.E sportifs (ski) sont organisés, les ATOSS accompagnent. Ces derniers s’occupaient par exemple de foot en salle le mercredi soir avec un groupe d’élève. Des problèmes juridiques existent : malgré toute la bonne volonté que l’on peut mettre il y a un statut, une fonction et une mission et dans la définition de la mission des ATOSS, il n’est pas du tout prévu l’encadrement des élèves. Si un ATOSS encadre des élèves et qu’il se produit un accident aussi bien sur lui-même ou sur un élève, il y aura des difficultés pour la prise en charge car ce n’est pas de sa responsabilité. Par contre, les WE ils ne sont plus en service, donc ils font ce choix, ils le savent, ça les intéresse puisque, effectivement, ce sont des adolescents qui sont en lycée (16 et un peu plus de 20 ans) et ces derniers aiment beaucoup les rapports avec les adultes, que l’on s’intéresse à eux (notamment ce type de public), ce qui fait qu’il y a des liens qui se créent.

Autre chose qui est un atout, c’est la diffusion. A l’intérieur de l’établissement il y a un journal mensuel à travers lequel on diffuse toutes les informations que les gens veulent bien nous donner. L’AS s’en donne à cœur joie, tous les mois il y a au moins 3 feuilles concernant le calendrier qui informe les collègues enseignants et le reste de la structure du lycée de ce qui va se produire tel ou tel jour, que tel élève, pour telle raison, ne sera pas là. Cette communication a joué un rôle très important.

Les équipements : un gymnase qui est pratiquement intra-muros. Le syndicat intercommunal qui gère le gymnase (la région avec la décentralisation a repris l’établissement mais elle ne prend jamais les gymnases qui restent à la collectivité territoriale locale), au vu du comportement, des résultats et de l’image, de plus en plus apporte son soutien en terme de renouvellement de matériel, en essayant de faire dans la qualité. Il apporte également une aide financière à l’AS qui n’est malheureusement pas suffisante puisque cette année encore, le vice-président de l’AS m’a dit que le budget serait en déficit cette année, il ne le restera pas longtemps mais, en ce moment, il l’est.

Et puis l’essentiel pour moi, c’est l’équipe enseignante qui en effet ne compte pas son temps, qui partage aussi et c’est la chose la plus importante pour constituer une équipe car s’il n’y a pas le partage d’une certaine philosophie, on dira d’une certaine idéologie, on peut presque dire de certaines situations, il n’y a pas d’équipe et alors c’est difficile de faire fonctionner. Ils sont au nombre de 5, l’équipe s’est renouvelée périodiquement mais jeunes ou anciens le mélange se fait très bien et il y a cette culture d’équipe qui fait que chaque année ça repart avec pas nécessairement de nouvelles activités mais avec le même enthousiasme pour développer, apporter aux élèves ce qu’ils recherchent sur différents pôles. Il y un pôle loisir : on offre aux élèves du plaisir. Les adolescents ont besoin de ce plaisir parce que c’est l’endroit pour moi dans l’établissement scolaire où il y a un peu de vie et c’est souvent les disciplines que l’on ne considère pas nécessairement comme majeures (les arts plastiques, la musique, l’EPS…) c’est là où j’apprends le plus sur les élèves dans les conseils de classe. Si vous voulez mon avis, ce sera celui-là mais si vous réfléchissez à ce qui se passe dans les établissements scolaires, ça ne fonctionne pas encore comme ça, y a qu’à regarder la conception des bulletins et les rapports entre les gens.
Les adolescents ont vraiment besoin de trouver un endroit où il y a des rapports humains, notamment par des confrontations amicales avec des copains au travers du volley, badminton, vtt…
Dans l’AS, il y a également un pôle formation : beaucoup de formation à l’arbitrage, au respect de la règle (j’y tiens beaucoup). Un pôle compétition qui est le sommet de la pyramide et qui valorise en retour tout le reste puisque chaque année on a des équipes qui participent à des championnats de France, d’académie, ce qui nous pose d’énormes problèmes car il est anormal que ce soit l’établissement scolaire qui est en charge les frais des championnats de France. Par exemple, quand nos élèves vont au championnat de France de snowboard (alors qu’on est loin des stations de ski) c’est à notre charge. Tout cela demande de grandes améliorations.

Ce qui compte dans les activités sportives ce ne sont pas les résultats, ce qui m’intéresse c’est que les élèves y trouvent du plaisir et qu’à travers ces activités (d’où l’importance des pôles formation et loisirs) ils apprennent la responsabilité, la citoyenneté, les processus démocratiques, qu’ils soient heureux de s’y rendre et valorisés.

Il y a tout de même des difficultés d’ordre financier, on cherche des sponsors, des gens qui acceptent de payer des maillots, ça ne me pose pas de problème à partir du moment où les élèves auront de quoi se reconnaître, d’avoir des pratiques intéressantes, on sollicite la commune et pour le reste c’est l’établissement. On aide dans l’attente qu’un jour les moyens permettent l’équilibre mais en attendant l’établissement aide.
Autre difficulté qui apparaît périodiquement c’est la gestion du temps. Si on veut que ces activités sportives avec toutes les valeurs qu’elles véhiculent (en tant que chef d’établissement c’est ça qui m’intéresse), se développent, il faut du temps. La qualité de la vie scolaire repose, à mon avis, entre autre sur la qualité de vie des élèves donc la qualité de tout ce qu’il y a hors temps d’apprentissage, donc tout ce qu’on peut mettre à leur disposition dont le sport où ils vont acquérir plus facilement qu’en maths les valeurs que l’on dit citoyennes et qui sont indispensables à une bonne qualité de vie aussi bien dans l’établissement qu’en dehors. Avec la réforme du lycée, la multiplicité parfois des options on arrive à des moments où on est obligé de mettre des cours là où on en voudrait pas, on avait fait le choix que la tranche 12-14h était réservée tout autant aux activités du foyer que de l’AS. Donc il y a des périodes qui sont difficiles et les élèves, dont l’engagement est toujours fragile, peuvent de temps en temps se décourager car les cours ne permettent plus la disponibilité pour aller aux entraînements. Donc les plages d’entraînement sont un peu multipliées, néanmoins c’est une de nos difficultés avec le problème des finances.



5ème intervention : une initiative départementale
Serge Reitchess  (Collège Marie Curie, Les Lilas (93))

C’est au nom des collègues du collectif coupe de foot du monde scolaire de Seine St Denis en particulier Claude Roumieu qui est maintenant descendu à Aix-Marseille et Jean-Pierre Duval qui est toujours en Seine St Denis, que je m’exprime.

Je vais commencer par la fin car notre initiative n’est pas une initiative démocratique, ce n’est pas une initiative qui au départ a pris le temps de discuté avec les autres collègues. Dans le même temps elle est très démocratique car elle est issue de 20 ans de travail avec ces deux collègues, de discussions, de problèmes et d’initiatives en Seine St Denis avec l’ensemble des collègues du département pour faire que ce dernier fonctionne. La coupe de foot du monde scolaire veut démontrer que, sur une journée mais également sur l’organisation de l’EPS dans les établissements scolaires tout au long de l’année qui aboutit à cette coupe de foot au final, il n’existe aucune fatalité à l’échec scolaire des élèves, donc, on ne veut pas se positionner seulement dans le relationnel. Concernant le relationnel et la question du respect des règles, on est absolument pas sur la pacification de nos jeunes (on leur ferait faire des activités d’animation comme ça…c’est non !), la vrai et seule question qui vaille pour nous c’est la réussite de nos élèves. Dans ce sens, notre prise de parti, notre « étendard » c’est que face à des populations difficiles, en grande difficulté, il y a nécessité absolu de contenus ambitieux, exigeants et d’enseignants particulièrement compétents pour transformer et pour faire réussir ces élèves. Voilà notre parti pris depuis le début que l’on continuera à défendre.

La Seine St Denis (je vous passe les détails) est un département qui cumule énormément de problèmes, sans faire de misérabilisme et qui est parmi les derniers du point de vue de la réussite scolaire et l’un des premiers parmi le taux de chômage (je vous passe les détails car il y a bien sûr des pôles d’actions, d’associations, de militantismes, heureusement). Comment cela se traduit du point de vue du sport scolaire : si vous avez lu le rapport Leblanc, nous étions montrés du doigt car nous n’avons pas de bon résultat à Créteil ni en Seine St Denis, (hélas !) nous sommes les derniers de la classe avec 13,02% licenciés de la population scolaire pour l’UNSS Seine St Denis (on se rapproche de la moyenne académique 13,46%) mais on est loin des 18% de moyenne nationale. Le nombre de licenciés par enseignant est de 18,65 contre 21 dans l’académie et 25 au niveau national.
Mais comme nous nous méfions des apparences, parce qu'elles ne demandent qu’à être dépassées, notre prise de partie est qu’il n’existe aucune fatalité à la faiblesse du sport scolaire en Seine St Denis, c’est pour ça que l’on a pris le temps de faire le manifeste action qui est une réponse, on a pris au mot Leblanc, qui nous provoquait en disant dans son rapport que nous étions les derniers, que nous n’étions pas bons, qu’il fallait se mettre au travail… Il n’y a aucune fatalité à la faiblesse du sport scolaire par contre, M. Leblanc, lorsqu’on discute de ces questions il faut expliquer les difficultés (conditions de travail, changements d’enseignants, chefs d’établissement, jeunes profs, premiers postes, insuffisances des formations, publics difficiles). Expliquez-moi qui ne connaît pas parmi nos énarques et nos ministres ces difficultés et qui dans ces conditions spécifiques remettent effectivement en cause le service public d’éducation en Seine St Denis ? Qui ?


Donc effectivement le sport scolaire est gravement remis en cause, le service public d’éducation aussi et pour nous résumer, il y a trois problèmes emblématiques que j’ai cités au-dessus : le turn-over des enseignants (ce qui ne veut pas dire qu’en tant que militants syndicaux, on s’oppose au droit de mutations) qui remet en cause fondamentalement la question de la continuité et de la qualité du service public pour nos populations, la question des installations sportives où nous sommes un département sinistré (je vous renvoie à toutes les études qui ont été faites et les colloques que l’on a organisé) et la question de la formation initiale où l’on se heurte à un décalage entre les compétences de ces jeunes profs qui arrivent complètement affolés et qui avouent avoir de gros problèmes sur la question de la maîtrise des contenus.
Le sport scolaire est menacé, bien sûr, on le dit, on l’a écrit dans notre « manifeste action » mais il n’y a pas que le sport scolaire, toutes les structures associatives sont menacées pour toutes les raisons que j’ai citées et en particulier, en 1998, la grève du district foot car les bénévoles n’en pouvaient plus d’avoir cette violence permanente dans les quartiers lorsqu’ils se déplaçaient pour les compétitions. Donc nous ne sommes pas les seuls, le sport associatif est très menacé…et notre méthode d’analyse est très simple, par rapport à toutes ces difficultés, c’est une analyse militante, une prise de partie (2 militants dans notre collège où on a pas pris le temps de consulter les gens, ni d’élaborer des décisions sur ce qu’on pourrait bien faire). Il y avait ces difficultés et dans le même temps on se retrouve en 98 avec la Coupe du Monde (la vraie, la seule, l’unique, l’extraordinaire) avec la construction du stade de France (en Seine St Denis formidable, il y a des élus qui se sont investit là-dessus et c’est la plus grande opération dans un département sinistré du point de vue des installations sportives pour le sport scolaire, on ne fait pas mieux comme provocation…).


Donc avec mon collègue, comme cela faisait des années que l’on faisait un tournoi de foot et que des projets étaient lancés (entre autre l’UNSS nationale voulait faire les finales de sports co. au stade de France et avait mis 400.000frs - 61.000 euros - sur la table, ce projet a été refusé. Le sport scolaire n’était pas pris en compte alors que les déclarations des préfets, des élus affirmaient : « il faut faire de la coupe du Monde de 98 un grand temps fort pour la jeunesse, etc. ». On a décidé de faire un temps fort militant pour faire avancer nos revendications en mettant en avant ce décalage croissant entre les besoins de la pratique sportive quotidienne et soi-disant les valeurs de citoyenneté. D’autre part, il faut aussi parler des finances car on a parlé sponsoring mais l’argent existe (certains clubs sont côtés en bourse, il y a des milliards de milliards qui circulent dans le monde professionnel) et nous, pour organiser les choses sur, soi-disant, les valeurs les plus importantes de citoyenneté et d’éducation, on est obligé de dire « à votre bon cœur messieurs, dames ! », c’est comme si on leur arrachait le cœur quand on leur demande 150.000frs pour faire fonctionner. Les 150.000frs on les a eus exceptionnellement, ça demande 100.000frs de fonctionnement tous les ans, mais on ne les a pas. Il a fallut qu’on aille voir le Cabinet, à l’époque, de MG Buffet pour qu’on ait une subvention exceptionnelle. L’éducation nationale n’a pas donné d’argent…


On a donc démarré cette initiative à quelques-uns : évolution de la coupe scolaire. C’est une initiative exceptionnelle certes, mais elle est devenue un incontournable du point de vue des priorités du projet départemental du sport scolaire. C’est devenu en 4 ans un besoin, une nécessité pour tous les collègues de se réunir, de montrer leur force, de montrer leur dignité au moins une journée. Au moins une journée où l’on est ensemble, au moins une journée où l’on se fait respecter, au moins une journée où l’on montre qu’il y a possibilité de qualité de travail avec encadrements, installations quand on réunit toutes ces conditions-là.
Il y a les limites de cette initiative exceptionnelle, il ne faut pas se voiler la face, ça a permis de créer quand même une dynamique du point de vue l’UNSS puisqu’on a rattrapé notre retard, ça a permis de « bouster » le sport scolaire et d’avoir une augmentation de 10% l’année dernière sur les licences et encore 10% cette année, donc une augmentation en 2 ans de 20% des licences mais il ne faut pas se leurrer, il y a la pression de tous les problèmes de fond du fonctionnement du sport scolaire qui restent et donc on veut que la question du foot cristallise justement l’ensemble de ces questions du point de vue du contenu, du point de vue de la conception de l’enseignement, du point de vue de ce qu’est le foot et on sait très bien que les profs de gym ne sont pas mariés avec, pour toutes les raisons qu’on connaît. On veut porter cette contradiction au plus fort. Tout notre problème est de mettre en liaison une initiative exceptionnelle avec la vie quotidienne des établissements scolaires.
On pose très fortement la question du renouvellement des compétitions, c’est une création nouvelle du point de vue de la conception des compétitions mais j’attire votre attention sur le fait que ça n’oppose pas des rencontres qui sont de type convivial, où l’on joue pour jouer, à la qualité, aux exigences de contenu et d’arbitrage et aux exigences de résultat et de compétition. Dans ce tournoi qui réunit 400 équipes et 1600 jeunes (800 garçons, 800 filles), c’est le premier tournoi de ce type à parité en France, on va jusqu’au bout du défi, c’est-à-dire qu’on va jusqu’aux qualifications et aux finales car on veut montrer que ce n’est pas la compétition qui a un problème, c’est la qualité des contenus, de l’encadrement, des installations, de la formation, c’est ça qui est en jeu.


Il y a une formation jeunes arbitres, une formation réglementaire, là aussi les jeunes arbitres ce n’est pas un gadget : c’est lié aux contenus, à la formation, c’est les gamins qui sont en sport-études dans nos départements, c’est les meilleurs du point de vue de la pratique sportive qui font la formation jeunes arbitres et qui encadrent, donc c’est pas du tout une pacification de nos jeunes.
Dernière chose, les axes de développement. Le gros axe étant la question des contenus. Contenus du point de vue de la formation des collègues, contenus de ce qu’on enseigne, contenus de l’arbitrage et bien sûr on a posé et on commence à être entendu sur la question de la continuité du service public du turn-over, sur la question des installations et de la formation initiale, on montre qu’il n’y a pas de fatalité à la ségrégation et à l’échec et pour terminer on a réussi notre premier pari de faire vivre cette initiative et on est reconnu y compris dans les nouvelles conditions par la fédération française de foot pour le match France-Yougoslavie, il y a 1600 gamins (la fédé est obligée de passer au tiroir-caisse, elle est obligée de nous payer 1600 places), vous les verriez comme ça leur arrache le cœur, on est obligé de batailler du mois d’octobre jusqu’au dernier jour pour avoir ces places. On a obtenu les places et les jeunes arbitres seront les ramasseurs de balles.
Il ne s’agit pas, encore une fois il peut y avoir ce débat, de dire que le sport scolaire il cire les pompes de la FFF, pas du tout ! Mais c’est pour nous une première reconnaissance officielle. La reconnaissance politique de cette initiative étant le comité de parrainage qu’on lance à l’occasion de ces assises, parce qu’on veut que les assises du SNEP, dans lesquelles on se reconnaît, fasse écho de notre initiative. Donc on lance un comité de parrainage aujourd’hui, qui veut se faire reconnaître avec des personnalités du monde sportif, avec les élus de Seine St Denis et qui a pour mission de populariser les contenus, les objectifs de la coupe de foot du monde scolaire auprès des médias, des élus, de la FFF. D’ores et déjà, on a en perspective lors des premières rencontres avec les élus, d’une conférence de presse inaugurale, d’organisation d’un débat dans tout le département (on va essayer que ce soit au Stade de France) sur la question des enjeux de la pratique sportive et de l’éthique sportive et des moyens d’une pratique sportive aussi bien scolaire qu’associative. L’objectif enfin est d’aboutir à signer une convention avec la FFF pour obtenir des places au Stade de France voire plus, puisque notre initiative était que les scolaires investissent le Stade de France !

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Ce qui est commun entre toutes ces interventions, c’est l’enthousiasme et la fougue avec lesquels les différents collègues ont présenté leurs expériences.

Dans les différentes expériences qui ont été exposées, tout le monde a vraiment mis l’accent très fortement sur l’aspect du projet collectif, on a parlé d’aventure humaine, de l’essentiel : l’équipe. Ce qui serait intéressant que vous nous disiez à travers votre expérience, c’est la volonté commune de l’équipe (elle a tourné autour de quoi) pour l’AS, c’est-à-dire, en gros les objectifs prioritaires dans votre projet, tournent autour de quoi ? Cela nous permettrait d’articuler un petit peu ou d’aller plus à fond du débat que nous avons eu en commission précédemment.
Deuxième volet, tout le monde a parlé de l’adhésion et du nombre de licenciés mais adhésion et maintien, qu’est-ce qui est prioritaire pour maintenir les élèves dans les projets dont vous vous êtes fait l’écho ?

Qu’est-ce qui soude l’équipe, la volonté commune tourne autour de quoi pour l’AS ? Quelle AS, pour quel gamin ? Quelle conception de la formation ?


Christine - Je crois qu’avant toute ébauche de projet, il y a en préambule une capacité à travailler avec ses collègues. J’ai beaucoup de respect pour mes collègues même si nous n’avons pas forcément la même façon de voir les activités sportives. Ce sont des collègues « bosseurs » et je crois qu’à partir du moment où l’on travaille avec des collègues qui s’investissent, les choses sont beaucoup plus faciles. Ce qui nous a permis d’avancer, c’est effectivement qu’on a pas trop économisé nos temps de discussions, parce que je crois que c’est important de passer par là et on avait comme souci, encore une fois face à la population spécifique qui est la nôtre, d’arriver à répondre à ces trois besoins qui semblaient émerger, à savoir : des gamins qui avaient envie de faire des compétitions et qui avaient envie de jouer « la gagne » et je n’ai pas de honte à dire que lorsque l’on se déplace pour une compétition, c’est avant tout pour gagner mais évidemment dans le respect d’un certain nombre de choses qu’on essaie de leur inculquer. On avait aussi envie de répondre à cette demande des gamins qui étaient en manque d’éducation physique, car 2h ce n’est pas assez, surtout quand on passe 1h à se déplacer, et puis on avait aussi envie de répondre à ces gamins qui voulaient avoir une activité plus de type loisir pour y retrouver les copains de l’école. C’est aussi simple que ça et à partir de là on essaie de se donner les moyens de mettre en place le projet qui va s’articuler autour.

Hervé - Pour nous, la création du réseau LP qui synthétise un petit peu toutes ces énergies, c’était le besoin de se sortir de ces difficultés des cours et de l’AS que les collègues de LP avaient tous les jours. C’est-à-dire qu’à un moment donné, ce n’était plus possible d’enseigner, ce n’était plus possible d’amener des élèves les mercredis après-midi faire des rencontres ou d’avoir une AS intra-muros, donc ça n’a pu être résolu que par l’intervention collective des gens et la mise en place d’objectifs qui génèrent tout ça. Pour presque tous les collègues de LP, l’AS n’était pas le prolongement et la complémentarité comme on l’a fait remarquer de l’EPS, mais l’AS était souvent le moyen de pouvoir amener les élèves à pratiquer à l’intérieur de nos cours d’EPS.

Serge - On était 4 profs au départ et on se retrouve maintenant avec un collectif d’organisation de 60 profs. Ces derniers étant déchargés ces jours-là de cours. Il y a trois réunions d’organisation pour préparer le tournoi. Qu’est-ce qui a fait passer d’un projet complètement dingue, utopique, car on nous prenait pour des cinglés, à un projet réel ? Il suffit de venir à La Courneuve pour comprendre que la pression est telle dans les cours quotidiens que les collègues n’en peuvent plus alors ils lâchent, ils se résignent, ils trouvent des solutions d’adaptation, on a pas d’installations, on compte pour rien, on n’a pas assez d’horaire, il y a des conflits avec les élèves, il y a les galères de tous les jours, pour survivre un petit peu. La survie c’est et la mutation et la dignité. C’est le fait qu’on est capable de montrer que tout ce qui ressort des gens qui viennent sur le terrain c’est une initiative d’un enthousiasme et en même temps tranquille, 1600 gamins qui matchent sans arrêt, et pas un incident, donc on est vraiment loin des clichés de la télé et de la radio et c’est pour ça qu’on n’a pas eu les médias, car cette année c’était les présidentielle et les législatives et il fallait mettre à la Une le bordel dans les cités, et nous on leur montrait que 1600 gamins de Seine St Denis ça bouge pas donc ça n’intéresse pas ! On s’était dit qu’on inviterait 10 mecs qu’on connaît bien de nos AS rugby et on leur demanderait de venir faire le coup de poing mais pour rigoler, et là on aurait eu la presse. Donc il n’y a pas de fatalité à la galère quotidienne, en même temps on voit bien les contradictions et c’est pour ça qu’il y a un enthousiasme pour continuer cette initiative, les élèves ne veulent plus lâcher une fois qu’ils ont goûté à ça… ni les profs ! Mais on voit bien le danger qu’il y a et c’est la contradiction entre ces activités exceptionnelles qui peuvent et sont récupérées par l’administration et par l’IA en disant « les mecs vous êtes des supers bénévoles, sans installation avec la diminution des horaires, des crédits vous faites du super » et c’est ça le danger et on en est conscient. Donc toute la question c’est de ne pas lâcher sur ces questions fondamentales et de ne pas faire, comme l’a dit JY Rocheix dans de nombreux colloques (je réinsiste là-dessus car on le fait nôtre, on s’est retrouvé sur ses idées) il faut vraiment pas opposer l’idée que le quotidien du prof de gym, de l’AS ce serait le bordel… et que les initiatives exceptionnelles par contre conviviales, c’est super génial ! C’est ça qui se met en place dans la pédagogie du projet, or nous on dit que les deux sont intimement liées. Les initiatives exceptionnelles doivent traduire la qualité du contenu et de la formation des établissements scolaires et ces idées qu’on a semées, les collègues commencent à s’y accrocher.

M. Beuret - L’AS faisant partie d’un établissement scolaire, ces objectifs sont obligatoirement en grande partie ceux du projet de l’établissement, ça me paraît assez inévitable, ça ne veut pas dire qu’elle ne va pas avoir des objectifs qui lui sont propres, du fait de ses pratiques, de ses installations… en ce qui nous concerne ce sont des choses assez banales, comme un peu partout, c’est une pratique sportive qui est volontaire, qui est ouverte à tous, multi-activités avec de l’initiation jusqu’à la compétition selon les goûts et les aspirations des pratiquants. A travers ça et là on rejoint certains objectifs du projet d’établissement dont la qualité de la vie à travers le fonctionnement ordinaire et quotidien c’est-à-dire la sociabilité, la responsabilité et tout ce qui tourne autour pour développer aussi chez eux le goût et le sens de la vie associative. Quand on observe les choses, les résultats sont assez positifs. Voilà en gros les principaux objectifs de l’association que l’on retrouve aussi et c’est là qu’on pourrait dire qu’il y a une sorte de prolongement entre l’EPS et l’AS, aussi à travers les cours d’EPS, l’organisation des activités pédagogiques d’EPS qui sont, elles, évidemment obligatoires.

Christine - Si je peux me permettre, c’est vrai que l’on ne peut pas faire « notre » absolument de ces objectifs-là dans le projet d’EPS mais il faut savoir quand même, que les projets d’établissement sont, pour la plupart, inexistants. Il y a très peu d’établissements qui en ont, donc au mieux le projet d’établissement repose en grande partie sur le projet EPS au pire il n’existe pas. Donc je crois qu’il ne faut quand même pas non plus faire de récupération du travail et de l’implication des collègues d’EPS et notamment dans les quartiers difficiles, qui font vraiment tout pour travailler dans la dignité, il ne faut quand même pas faire de récupération au niveau des établissements scolaires et notamment des chefs d’établissement qui pour certains encore sont vraiment un frein à la pratique pour nous. Il ne faut pas éviter de le dire trop souvent.