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Discours de Jean Lafontan aux assises du sport scolaire
Le 06/01/04

L’histoire de ces assises, de nos assises, montre que le sport scolaire est l’objet et le fruit d’une action permanente de notre syndicat. Depuis les premiers jours du ministère Allègre nous réclamons des assises ; le refus opposé, incompréhensible, jamais argumenté a conduit le SNEP à les mettre en place. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne s’est rien passé entre temps. Des recteurs, des IA, ont pris des initiatives, souvent sur la pression de nos instances et des militants, mais nous avons du mal à en capitaliser toutes les réflexions car si beaucoup de nos responsables ou animateurs présents ont exprimé leur satisfaction, peu d’écrits restent. Aujourd’hui est une autre étape.

Vous avez pu juger, dans le déroulement proposé, de l’ambition qui nous anime : nous comptons sur chacune et chacun d’entre vous afin que tout cela devienne des propositions et des actes de toute la profession.
Nous ne reprenons pas un débat, nous le prolongeons, l’animons, tant la permanence des interrogations est caractéristique de ce dossier. Elles ne sont pas minimes puisqu’elles sont des questions de service public, mais qui s’expriment de façon si originale par rapport à toute l’expérience du système éducatif, que le rapport Leblanc avait cru pouvoir les travestir, voire les étrangler dans une indifférence supposée générale ! Tel n’a pas été le scénario car notre vigilance collective a permis d’éviter cette première chausse-trappe.
« Ni statu quo, ni rapport Leblanc » avons nous dit.

Ni rapport Leblanc, aujourd’hui, c’est une situation acquise.
Ni statu quo : on peut craindre que nous soyons toujours dedans.
Ces assises doivent nous aider à sortir de ce dilemme, c’est vital !
Disons-le nettement, l’option que nous prenons est un défi. Un défi parce qu’on peut penser que le sport scolaire fait partie de l’établissement scolaire, dans le même temps où toute sa place est, encore, à gagner. Ce n’est pas vrai de toutes les AS, mais cela est vrai dans leur grande majorité, en dehors des difficultés spécifiques liées à certains collèges lycées et LP. ; l’AS est encore beaucoup trop un bruit de fond dans la vie de l’établissement alors que tout commande qu’elle en devienne un pilier à partir des responsabilités qui sont les siennes et des ambitions qu’on lui prête.

L’époque récente que l’on vient de vivre avec le fameux rapport Leblanc est indicative des incertitudes que vit le sport scolaire. Et c’est bien parce que ces incertitudes sont nombreuses que l’auteur du rapport a pensé qu’un remède de cheval devait lui être appliqué, ne pensant jamais que le remède pouvait lui être fatal.
Ce rapport a été volontairement aveugle parce que son objectif était moins la connaissance des difficultés et de la réalité du sport scolaire que la perspective de le faire rentrer, au chausse-pied, dans des cadres dont nous contestions et la forme et, surtout, le contenu.

Les voies de développement du sport scolaire ne peuvent se penser hors ou coupées de l’établissement scolaire et, de façon plus générale, de l’Education Nationale. Ce n’est pas en ressemblant plus à une fédération sportive de régime commun, que le sport scolaire s’en sortira mieux, mais c’est en travaillant plus finement les objectifs du système éducatif qu’il pourra connaître une dynamique nouvelle. Le sport scolaire doit être une culture sportive de l’établissement scolaire et non pas dans l’établissement scolaire. On n’a pas à importer des solutions – et cela sans porter un jugement sur ce que fait le mouvement sportif – parce que les solutions ne viendront que des dynamiques nouvelles que le système éducatif doit inventer à partir de ses propres problèmes et objectifs. Cette cohérence ne se bâtira aussi qu’avec la structure de l’union nationale, rénovée, et à la condition aussi que cette structure partage la problématique précédente.

Voilà notre cadre général et voilà ce que vient de nous confirmer, un peu timidement mais positivement, le ministre L. Ferry dans son dernier courrier ; je cite : « … je vous confirme l’attachement que j’accorde au sport scolaire qui doit prendre, dans le cadre de la politique de l’engagement que je promeus, une place de premier plan….je veillerai tout particulièrement à ce que les services des professeurs, des titulaires comme des stagiaires, comprennent la part qui revient au sport scolaire…j’attache également une grande importance au rôle des associations sportives au sein des collèges et des lycées qui, sous la présidence des chefs d’établissement, doivent promouvoir et organiser le sport scolaire en complément des activités d’enseignement ». Ces réponses montrent que nos exigences ont été entendues. Mais l’essai est à transformer. Cependant, cela nous arme pour la suite de notre réflexion ; nos efforts sont à porter sur le développement du sport scolaire et là, bien des choses sont à inventer.

Quelle est la nature de la crise du sport scolaire ? De quel constat part-on ?

La nature de la crise du sport scolaire n’est pas celle du mouvement sportif en général même si nous avons en commun l’insuffisance quantitative et qualitative des installations sportives. Ce n’est pas une crise de l’associativité, de la compétence, du bénévolat, du financement, même si ces questions jouent un rôle incontestable, mais pour partie seulement. La crise du sport scolaire peut être, restons prudents, une crise de l’offre, de la qualité du réseau de rencontres et, pour le second cycle, des conditions de la scolarité des jeunes tant du point de vue des études – je pense ici à des formes de travail salarié des jeunes particulièrement développées dans les LP - que de l’insuffisance criante de l’EPS scolaire (ayons bien en tête les effets d’une pratique d’EPS réduite à deux heures « théoriques »). Si le sport scolaire est le prolongement de l’EPS, il ne faut pas s’étonner alors que dans les lycées ce « prolongement » fasse défaut… Notre revendication de 3 heures dans les lycées se justifie.
Ces quelques pistes expliquent pour partie les problèmes et les conditions de l’engagement des jeunes, mais aussi des collègues dans le sport scolaire.
Une faible partie des enseignants d’EPS s’est retirée de l’animation, mais une partie des 95% restants doit faire face à des difficultés telles que certains collègues restent dans une forme de démobilisation combative sinon de démobilisation tout court. C’est aux commissions de réfléchir à ces questions mais nous pensons que si le chef d’établissement, avec tout l’établissement, ne les prend pas en charge , les voies de sortie de la crise s’amenuisent. Je tiens à dire combien le rôle des chefs d’établissement est précieux et, dans leur grande masse, ils le jouent. Nous l’avons bien senti à propos de la question de la présidence ; beaucoup ont dit leur conviction de l’intérêt à demeurer président de droit. Nous leur avons dit aussi combien nous étions attentifs à ce que cette responsabilité ne conduise pas à leur faire encourir un risque, s’il n’est volontairement pris, et à ce que la réglementation fasse en sorte qu’il en soit ainsi.
Donc, pour le constat, on sait que l’on doit porter un regard nuancé, non pas sur les efforts globalement déployés par le sport scolaire et sur lesquels il a réussi mais aussi sur les contraintes difficilement dépassables par ses seules forces. Question réussite on pourrait citer rapidement l’augmentation des licenciés (qui ne relève pas d’astuces liées au mode de prise de licence, comme le rapport Leblanc, petite vilenie, le dit), la place importante des filles, la dynamisation de la ruralité ou son implantation dans les ZEP, pour qui, le sport scolaire demeure trop fréquemment la seule perspective de loisir culturel. Mais ce regard nuancé doit questionner aussi la situation concrète des jeunes, tant dans leur mode d’existence, les conditions de vie et de travail des parents, en clair, la question de leur scolarisation concrète et des formes de sollicitations extérieures qui rendent parfois la participation à des rencontres régulières, tout à fait « capricieuse » : ne parlons-nous pas entre nous de zapping qui rend, parfois, la constitution des équipes très aléatoire ? Doit-on se résigner à cet état de fait ? Est-il indépassable ? Les réponses apportées sont essentielles car, les meilleurs programmes que nous pourrions produire resteront insatisfaisants s’ils ne rencontrent pas l’engagement effectif des jeunes.
Ces préoccupations ne nous font pas abandonner l’idée que le sport scolaire a des atouts. La modicité du prix de la licence, son orientation omnisports, son réseau naturellement stable d’AS et la qualification de son encadrement sont des conditions indispensables à son développement. Pourquoi veut-on régulièrement s’y attaquer ? Rappelons-nous que l’obligation de création de l’AS a été mis en cause dès 1984, lors des débats sur la loi Avice et qu’à l’occasion de la toute dernière révision de cette loi par le ministère de MG Buffet, ces tentations étaient encore là, tapies dans l’ombre. Le prix de la licence, maintenu à un niveau supportable est le résultat d’un combat permanent tout comme le niveau de la subvention des ministères à l’UNSS. En même temps, le sport scolaire fait preuve d’un esprit d’innovation tant sur le contenu des activités que des rencontres, ce qui, sur certaines activités a débordé dans le milieu fédéral ; la formation des jeunes officiels est une initiative remarquable dont nous n’exploitons pas assez l’exemple et les jeux de l’UNSS demeurent trop confidentiels même dans le réseau interne à l’EN. Bien sûr, nous pouvons passer à la vitesse supérieure mais notre expérience de direction syndicale montre que ceux qui sont à même de prendre des décisions sur l’avenir du sport scolaire, à tous les niveaux de la hiérarchie administrative et ministérielle, sont totalement ignorants des efforts déployés. Il faut savoir les informer et les intéresser à nos initiatives ; il y a là une politique de contacts que les conseils départementaux et régionaux devraient aussi intégrer. C’est aussi vrai des parents et autres partenaires (mouvement sportif, collectivités locales…) qui n’imaginent pas la permanence du travail mené et l’inventivité des formes proposées.

Quels sont les débats que doit affronter le sport scolaire ?

Nous nous arrêterons sur 4 d’entre eux :
- la question de l’associatif
- la question de la cherté du sport scolaire
- l’unité du sport scolaire
- la conception de sa structure.

Sur l’associatif. Dans notre culture, partant du fait que le sport scolaire est volontaire, sa forme administrative ne devrait être qu’associative, c’est-à-dire celle définie par la loi de 1901. Cependant, l’associatif du sport scolaire n’est pas exactement celui-là. La forme associative n’est qu’une forme pédagogique parce que le sport scolaire s’est constitué historiquement comme une partie du système éducatif ; il est constitutif du service public à partir duquel ses militants, et le législateur, ont défini l’ambition de former le maximum de jeunes sur le terrain de la culture physique ; les fédérations sportives bénéficient d’une délégation de service public là où le sport scolaire en est sa substance. Dans le même temps, le travail de formation et d’intégration aux objectifs et à la vie de l’AS doit prendre une place croissante mais ne pas se substituer au service public lui-même. L’associatif ne doit pas remplacer le service public lui-même. C’est un combat essentiel parce que cette problématique n’est pas spontanément perçue ainsi. La majorité des débats porte sur cet enjeu.

Sur son coût. Sur cette question, il ne faut pas être sur la défensive. Un service public ne coûte pas. Il réalise des missions essentielles à la cohésion d’un pays; il absorbe une partie de son économie mais il crée aussi une partie de ses richesses. Par le biais des subventions, cadeaux fiscaux et baisse des charges sociales, le patronat coûte 45 milliards d’€ (300 milliards de F). Le chômage disparaît-il pour autant? Les salaires sont-ils augmentés à hauteur des besoins ? Entend-on les mêmes cris d’orfraie de la part de ceux qui disent que le sport scolaire «coûte»? Aujourd’hui le sport scolaire n’a pas assez d’argent pour effectuer ses missions, c’est ça qu’il faut dénoncer.

Son unité nationale. C’est une question persistante chez nos collègues qui peut être l’objet d’une incompréhension dangereuse, si elle se développait, pour l’avenir du sport scolaire. C’est à propos de l’Union. Il existe des voies «indépendantistes» qui théorisent le fait que l’AS doit rester centrée sur son établissement. Cette approche est une vraie exigence si elle permet un large développement auprès de tous les jeunes et de la communauté éducative ; mais elle ne résout pas tous les problèmes parce que le sport scolaire s’est toujours voulu un espace d’ouverture, et les jeux de l’UNSS en sont une bonne preuve, de même que les multiples journées qui sont mises en place avec les collectivités territoriales, bien que n’étant pas exemptes de critiques, traduisent malgré tout de véritables attentes. Cette «union» doit être profondément rénovée et ne pas apparaître comme une pièce rapportée dans la dynamique des AS. La question des programmes, des commissions mixtes, doit être revue et le travail démocratique sur les contenus plus largement popularisé.

La conception de la structure UNSS. Elle fonctionne au ralenti et de façon très imparfaite, pour ne pas dire formelle ; elle a besoin de réformes. Nos collègues directeurs, trop souvent, se distancent des collègues et ont une activité incomprise. Les structures de direction déconcentrées (CDUNSS et CRUNSS) sont pratiquement inconnues des collègues et ont peu d’activité ; elles sont parfois désertées par les autorités administratives ou par différents représentants. Les districts sont les éléments les plus dynamisants par les efforts déployés et l’activité régulière et de proximité qu’ils offrent aux jeunes. Cette activité est peu reconnue et des luttes sont régulièrement impulsées afin que leurs coordonnateurs soient justement rémunérés; ces structures devraient exister à tous les niveaux de représentation de l’Union.

Pour terminer ce tableau, je ne sais pas si les récentes élections des représentants des AS ont eu le succès escompté. Chacun en doute car il y a dans ce dispositif, certes généreux, beaucoup de formalisme dans la mesure où ces représentants ont une faible activité liée au fait que les CD et CR UNSS vivotent…et qu’eux-mêmes ne se vivent pas comme de véritables représentants.

Sur ces questions le SNEP a formalisé une trentaine de propositions que l’on se doit d’examiner pour établir un consensus véritable dans la profession.

Enfin, on ne peut pas terminer ce petit tour d’horizon sans avoir un œil sur quelques dossiers que le gouvernement active.
Nous savons que le Premier Ministre a un penchant démesuré pour les questions de décentralisation. Il va falloir aborder cette question ces deux jours puisque l’exemple de la ville d’Orange nous révèle que des décisions d’élus locaux peuvent conduire à l’asphyxie du sport scolaire ; en même temps, beaucoup de départements et régions apportent un soutien non négligeable au sport scolaire. Cet intérêt n’a pas qu’une composante électoraliste ; il faut y réfléchir de plus près car on ne peut pas laisser cette question à l’appréciation des uns et des autres ; un cadre national doit être réfléchi. Nous voyons bien d’ailleurs, à travers l’exemple présent des Etats Généraux du Sport que cette question de décentralisation est loin d’être acceptée spontanément par le mouvement sportif. Enfin, dans une approche voisine, des régions, à l’occasion de ces EGS, semblent (re-)découvrir des initiatives telles que les Centres d’Animation Sportive du début des années 70 que nous avions fermement combattus ; en clair, des types de structures, à cheval sur le monde associatif et scolaire seraient en charge du développement de la culture sportive des jeunes. On peut s’imaginer que tout cela revienne en surface, notamment à partir des CEL (contrats éducatifs locaux). La vigilance s’impose. Cela ne signifie aucunement que nous prêchons une quelconque frilosité à l’encontre du mouvement sportif, tout au contraire ! C’est pour cela que nous sommes très tôt intervenus auprès de L. Ferry sur la proposition faite par la commission européenne de faire de l’année 2004, « l’année de l’éducation par le sport ». A l’intérieur de cette initiative, le sport scolaire devrait pouvoir s’identifier et conduire des initiatives associant différents pays européens.
Du point de vue de l’activité syndicale, vous avez vu que le début de l’année s’annonce vigoureux. Grève le 17 octobre et actions prévues en novembre et décembre. Le gouvernement se prépare à affronter l’opinion sur d’importants dossiers : retraites, décentralisation, assurance maladie, éducation. Le budget 2003 laisse l’éducation sur le bord de la route et déjà, sur les recrutements, des déclarations laissent entendre que des coupes sombres seraient envisagées. Ne nous y trompons pas, nous avons face à nous un gouvernement décidé à aller jusqu’au bout de ses engagements électoraux parce qu’il juge que, détenant tous les pouvoirs politiques, tout lui est permis et qu’il doit « réformer » sans tarder pour montrer qu’il est capable de faire les changements que les Français attendraient à travers leurs votes à la présidentielle et aux législatives ! Sur l’ensemble de ces questions il va falloir convaincre les personnels, tous les personnels. Bien, qu’elles fassent partie de nos préoccupations je vous propose aujourd’hui de ne pas nous étendre sur ces questions.

Maintenant, tous ensemble, coltinons-nous les questions du sport scolaire...