|
Pour une gym alternative : acro-gym
Le 06/01/04
Sylvaine Duboz, lycée Doisneau, Corbeil Essonnes (91)
longtemps responsable de la CTD gym de l’Essonne
L’article publié dans le numéro 12 de la revue Contre Pied : « Ringarde la gym ? pas forcément ! » relate en détails les contenus de ce projet acro-gym.
« Acro-gym, code de pointage 2000 », projet rénové après dix ans d’expérimentation, a fait l’objet d’une publication aux éditions de la revue EPS dans la collection « De l’initiation au perfectionnement »
La gym ne faisait plus le plein
A la fin des années 80, en particulier en collège, où se retrouve l’essentiel des licenciés en gym, une chute très sensible des effectifs s’est produite. Cette chute se constatait à la fois dans le nombre d’AS proposant la gym mais aussi dans des établissements qui depuis longtemps accueillaient un grand nombre d’élèves. Cette baisse était tellement significative qu’elle n’a laissé indifférents ni les enseignants ni la direction départementale UNSS.
Pourquoi ?
Le contexte
Dans les années 80, en Essonne, un grand nombre de collèges ont vu leur population changer. Des collèges, qui jusqu’alors étaient considérés comme plus ou moins tranquilles, devinrent plus difficiles. Le climat s’y dégradait, les comportements des élèves laissaient apparaître de la violence, des tensions étaient perceptibles. L’évolution a été de plus en plus rapide. C’était des établissements situés dans des quartiers dans lesquels le tissu social s’est très vite dégradé, dont la population a subi la crise de plein fouet. Manifestement les besoins des élèves changeaient, ce que l’on enseignait avant n’était plus aussi efficace, ce que l’on pouvait enseigner avant n’était plus possible, ce qui « marchait » auparavant ne pouvait plus « marcher ». C’était l’époque de la mise en place des ZEP, c’était l’époque où le collège commençait à se poser des questions.
Alors la gym ? Eh bien, elle ne convenait plus ! Même si elle était pratiquée en cours d’EPS, elle ne faisait plus recette en AS. Il y avait un trop grand décalage entre ce que proposait l’UNSS et ce que nos élèves avaient envie de pratiquer de manière volontaire.
Une rupture
Ce sont donc ces établissements, où des changements relatifs à la population scolaire étaient les plus perceptibles, qui ont réagi rapidement. Pourquoi donc en cours les élèves aimaient-ils la gym et pas à l’AS ? (en particulier les garçons ?)
Nous avons donc procédé à l’inventaire de nos pratiques en cours d’EPS. Je me rappelle encore ces réunions de la commission technique départementale UNSS où finalement nous faisions de la FPC ! La CTD était devenue un lieu d’échanges de pratiques, d’ébullition d’idées, de confrontations, d’analyse. C’était très dynamisant. Nous nous sommes ainsi rendu compte que beaucoup d’entre nous privilégions la voie d’entrée par l’acrobatie. Peu nombreux étaient ceux qui proposaient des enchaînements et tous utilisions des agrès mixtes. De plus, nous aménagions beaucoup de situations d’apprentissage avec des réceptions à hauteur d’agrès.
Ainsi, confrontant la gym proposée dans nos cours et celle de l’AS, nous avons identifié une vraie rupture. |
Une gymnastique alternative
La conception de cette gym « simple mais correcte » en UNSS sur-valorise une gymnastique de maîtrise et d’exécution. Si ces dimensions sont présentes en gym, elles ne sont pas les seules, et dans la mesure où elles sont imposées au gymnaste, exclusives des autres composantes culturelles, elles dénaturent l’activité. Et c’est pourquoi nos élèves ne s’y retrouvaient plus. C’était donc notre hypothèse.
Quelle alternative ?
Il faut bien dire qu’à l’époque, nous nous sommes vraiment situés en opposition à la gym « simple mais correcte » de l’UNSS. Les travaux de P. Goirand commençaient à se diffuser et les connaissances sur la gym nous donnaient des arguments.
Les principes fondateurs
- pas de catégorie d’âge, seulement une différenciation filles/garçons
- une voie d’entrée par l’acrobatie, le voler et tourner sont privilégiés :
- donc des éléments isolés et pas d’enchaînement, beaucoup d’entrées et de sorties vu le niveau technique de nos élèves
- des agrès mixtes : la fixe et les parallèles pour les filles et la poutre pour les garçons
- des aménagements possibles en compétition, donc des réceptions à hauteur d’agrès palliant le manque de maîtrise de nos élèves pour des éléments plus risqués, l’utilisation de mini-trampolines ou de tremplins pour aider les phases d’ascension
Une innovation radicale : l’évaluation
La rupture la plus importante se situe dans le mode d’évaluation. L’évaluation soustractive de la gym traditionnelle met en avant, comme à l’école du reste, la faute, et non ce que réalise l’élève. On retire des points par rapport à un modèle idéal que nos élèves n’ont parfois jamais vu ! Ce n’est plus tenable. Il est urgent, sans démagogie, de valoriser ce que font nos élèves. L’exécution devient alors additive. Cela change tout. Si l’élément est réalisé, l’élève obtient tous les points de l’élément, mais s’il ne le réalise pas, il a zéro. De surcroît si l’exécution est parfaite, excellente, alors il aura des points en plus. Trois critères d’exécution ont été retenus : la tenue du corps, la réception axée et équilibrée et l’amplitude. Chacun de ces critères peut rapporter un point supplémentaire. Mais là encore, c’est binaire : ou c’est parfait et le point entier est accordé ou ce n’est pas parfait et le gymnaste n’a pas de point supplémentaire.
Conséquences
- la voie d’entrée par l’acrobatie permet dans un premier temps une activité de jeu, de vertige, une activité fonctionnelle.
- comme les critères de réussite sont très simples, peu nombreux et précis dans un système binaire, les élèves savent tout de suite s’ils ont réussi ou non l’élément.
- l’exécution n’est plus perçue comme une norme rigide mais déclenche des projets d’apprentissage technique : c’est un vrai défi d’arriver pile chute !
- l’évaluation additive permet une véritable alternative dans la stratégie des élèves : ou bien ils choisissent un élément difficile au risque de ne pas le maîtriser complètement et n’obtiendront que les points de l’élément ou bien ils choisissent un élément plus simple et sont sûrs de l’exécuter parfaitement et obtiendront alors les points supplémentaires. C’est toute la différence avec la gym « simple mais correcte » de l’UNSS.
Les conditions qui ont permis le développement d’acro-gym
- La volonté évidemment des enseignants et de la direction départementale de ne pas voir disparaître la gymnastique du département et de ne pas accepter la dégringolade des effectifs comme une fatalité.
- Un groupe de collègues s’est constitué au sein de la CTD gym.
- Le soutien inconditionnel et une grande confiance de la direction départementale de l’UNSS (à l’époque assurée par Monique Marie) à l’égard des réflexions, analyses et propositions de ce groupe. Quelques réunions ont été convoquées sur le temps de travail et quelques heures supplémentaires ont été attribuées au responsable de la CTD.
- La possibilité grâce aux statuts de l’UNSS de construire un projet départemental d’activité
- Une fois le projet construit et adopté par la CTD, une régulation permanente et régulière depuis plus de douze ans par l’ensemble des enseignants réunis au sein de la CTD, régulation qui a permis un bilan et des modifications chaque année.
- La prise en charge par la direction départementale de la diffusion du premier projet pour expérimentation et des modifications qui sont survenues par la suite.
- La publication du premier projet par le CDDP.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
L’UNSS nationale n’a toujours pas daigné jeter un œil sur ce projet vieux déjà de douze ans. En tous cas, elle ne nous a pas fait connaître tout l’intérêt qu’elle y porte !
Cela nous a conduits à faire publier le projet rénové « acro-gym 2000 » par les éditions de la revue EPS, ce qui quand même est un comble ! Nos établissements doivent donc acheter l’ouvrage non pas à l’UNSS mais à la revue EPS. Pourquoi cette décision ? Parce que la publication par le CDDP était une charge trop importante à assumer par l’UNSS départementale et parce que nous voulions aussi faire connaître ce projet au-delà du département puisque notre direction nationale n’en a jamais fait l’écho.
La gym se porte bien !
La pratique de la gymnastique est remontée en flèche dans le département et n’a pas baissé depuis. Plus du tiers des AS du département proposent la gym, en 2002 est née la première finale académique avec le département des Yvelines.
Si au départ, acro-gym s’est construite en opposition avec la gym de l’UNSS nationale, les passions se sont émoussées aujourd’hui et les deux pratiques sont devenues complémentaires. Encore qu’avec le nouveau programme national, la quasi-totalité des AS du département a abandonné la gym nationale !
De plus les enseignants du département se sont emparés du programme acro-gym, code de pointage qui est aussi pour les élèves et les profs un outil de formation.
Acro-gym est ainsi devenu le point de départ de la rénovation des contenus de gymnastique en EPS et de la mise en place de stages de formation continuée dans le département mais aussi en province.
La gym se porte bien dans l’Essonne !
Copyright © 2004 SNEP.
Tous droits réservés - Dernière modification le
10/07/06
|