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Argumentaire questionnaire UNSS (SNEP-FSU, octobre 2011)
Le 05/10/11

 

Nous revenons en détail sur ce qui nous a amenés, en urgence, à appeler la profession à ne pas remplir le questionnaire mis en ligne par la direction nationale de l’UNSS le 26 septembre 2011.

  • Revenir sur le plan quadriennal 2012 – 2016

Pour comprendre l’analyse que fait le SNEP du questionnaire, et la décision qui en découle, il faut revenir et se réapproprier ce que, depuis le début, nous disons et écrivons à propos du plan quadriennal d’orientation du sport scolaire.
L’analyse a été formalisée dans le dossier « Spécial Sport Scolaire » de juin 2011, et reprise dans les bulletins nationaux (856 du 08/06/2011 ; 857 du 28/06/2011 ; 858 du 02/09/2011). Quelques extraits significatifs :

  • Depuis le mois de juin 2010, le Directeur cherche à orienter l’UNSS autour de « 4 pôles et 16 programmes ». Le SNEP considère que cela participe à éloigner l’UNSS de ses missions avec la montée en puissance des objectifs les plus généraux et transversaux du système éducatif, sorte de cheval de Troie pour « désportiviser le sport scolaire »
  • Les interventions répétées du SNEP et des élu-e-s des AS l’ont amené à accepter la consultation de toute la profession au départ du processus en juin 2011.
  • Par lettre en date du 13/04/2011, il a demandé aux DSD et DSR de « profiter des diverses réunions de fin d’année (…) pour échanger sur ce sujet ». Lors de l’assemblée générale du 31 mai 2011, le Directeur s’est engagé à rappeler aux cadres de l’UNSS que les AG de fin d’année devaient  être le lieu à la fois de bilan de l’année sportive 2010/2011 et du débat sur les perspectives 2012/2016

Et le document du SNEP concluait : « Les orientations et le contenu du « plan quadriennal » doivent être débattus par toute la profession. Le MEN et le directeur veulent faire des « 4 et 16 » la base de ce plan. Le SNEP conteste fermement cette approche. Les collègues ne doivent se laisser ni intimider, ni piéger ».

Le bilan de cette période (fin d’année scolaire 2010/2011) et de celle de la rentrée 2011 fait apparaître que le débat n’a pratiquement jamais été instauré ni animé dans les AG UNSS où pourtant les collègues étaient présents en nombre. La profession n’a pas été saisie du plan quadriennal, n’en a donc pas débattu, ne l’a en aucun cas validé.

La proposition de la direction de l’UNSS, maintes fois reprise, de PQO avec 4 pôles et 16 programmes décentre le sport scolaire en minorant le rôle de la rencontre sportive et des apprentissages dans les APSA ; elle valorise des objectifs transversaux qui sont certes à poursuivre mais dans la pratique des APSA et à travers des rencontres inter établissements : comment les animateurs d’AS pourraient-ils être évincés de la réflexion sur cette nouvelles orientation ? De fait, ce questionnaire répond à la place des enseignants.

 

  • Comment le SNEP a découvert et pris connaissance du questionnaire

Par courrier en date du 26 septembre 2011 (copie du courrier adressé aux enseignants d’EPS, sous couvert des chefs d’établissement et des recteurs), le SNEP est informé qu’un questionnaire, pour lequel il aurait pu être consulté en tant que co-administrateur de l’UNSS, est proposé aux collègues, et mis en ligne sur le site de l’UNSS. Le questionnaire dans son intégralité n’est pas consultable d’emblée. Pour en prendre connaissance, il faut le compléter question après question. La demande du SNEP à l’UNSS de recevoir la version informatique, ne reçoit pas de réponse. Le SNEP doit s’astreindre à une impression page à page, puis à un découper-coller fastidieux, pour pouvoir disposer de la version complète !
Le CDN du SNEP (55 militants), réuni les 29 et 30 septembre en fait une analyse et conclut par un appel unanime à ne pas remplir le questionnaire. Simultanément au Flash info qui part en direction de notre réseau mél syndiqués le vendredi 30 septembre en début de soirée, un courrier est transmis à L. Petrynka, directeur national de l’UNSS, protestant sur la méthode, exigeant la mise en place d’une véritable concertation.

 

  • Caractéristiques et fonction du questionnaire

Il nous semble important de décrypter d’abord les principales caractéristiques du questionnaire.
- Il est en ligne, et complètement libre d’accès, sur les 2 sites de l’UNSS. Que ce soit dans la version « enseignants d’EPS » ou « chefs d’établissement », assez proches l’une de l’autre, aucun filtre n’a été mis en place : le questionnaire peut être rempli par n’importe qui, autant de fois que chacun le voudra. Cela pose a priori un énorme problème de crédibilité pour les résultats.
- Il comporte 24 questions dont il n’est pas possible de prendre connaissance dans la globalité. On ne peut pas avancer dans le questionnaire si on ne répond pas à chaque question. D’où un fort sentiment de se faire forcer la main, principalement sur les questions où il n’y a pas de réponses satisfaisantes parmi celles proposées.
Il y a donc l’obligation de rentrer dans le cadre imposé. Une réponse différente de celles soumises à choix n’est que rarement possible (6 fois en réalité sur 24, par l’existence d’une rubrique « autres »). A noter : cette rubrique « autres », qui permet une expression personnelle, est 5 fois sur 6 réservée aux questions proposant de valoriser les axes de développement choisis par le MEN et l’UNSS nationale : handicap, quartiers prioritaires, développement durable, participation féminine, santé (La 6e permet de proposer des idées pour … compenser l’insuffisance des installations sportives). C’est donc sur ces axes, et seulement sur eux, que l’enseignant d’EPS est autorisé à exprimer son point de vue personnel, pour autant qu’il se place dans une perspective de développement. Notons néanmoins la 1e question qui consiste à énumérer des « mots-clefs » du sport scolaire.
La ventilation des questions et réponses possibles provoque inévitablement une dispersion des réponses qui peut permettre n’importe quelle utilisation ultérieure. La 3ème question est de ce point de vue très éclairante.

 

Les activités de compétition permettent

 

 

 

 

 

 

 

Les activités liées aux jeunes officiels permettent

 

 

 

 

 

 

 

les activités non compétitives (initiation, activités d’entretien, rencontres, …) permettent

 

 

 

 

 

 

 

1ère remarque : Le cœur  des activités de compétition (apprendre la compétition, apprendre à s’affronter dans le respect de règles) n’est pas mentionné. Cela ne permet pas de choisir cette réponse !
2ème remarque : Les formulations retenues révèlent une assise théorique contestable qui présuppose que :

  • L’initiation à la compétition n’existerait pas puisque initiation et compétition sont placées dans deux rubriques différentes d’activité,
  • Dans l’initiation, il n’y aurait pas d’activité de compétition,
  • La rencontre ne pourrait pas être compétitive,
  • Il ne saurait exister d’activité d’entretien appuyée sur une activité compétitive.

3ème remarque : 3 types d’activités avec limitation à 2 réponses possibles par ligne. Cela peut générer de 2 à 6 réponses. Avec un tel encadrement, une même réponse peut se retrouver statistiquement valorisée ou à l’inverse totalement marginalisée. Et en toute bonne foi, des collègues peuvent se faire piéger et leurs réponses être instrumentalisées. On a beaucoup de mal à ne pas penser que les concepteurs du questionnaire ont organisé celui-ci pour tirer les réponses sur une orientation non validée par la profession : image caricaturale de la compétition, opposition compétition / initiation, opposition pratique sportive / vie associative (comme si la pratique n’était pas le cœur de la vie associative), opposition AS / UNSS, « focus » sur les publics cibles,  prédominance du transversal (comme si les objectifs transversaux, que nous ne rejetons pas, pouvaient être travaillés en dehors d’une pratique concrète); valorisation des Jeunes Officiels essentiellement vue sous forme de « gain », de récompense, ignorant que l’engagement associatif, ce n’est pas venir gagner quelque chose pour soi mais pour un collectif, pour mener à bien un projet commun. Pourquoi la valorisation ne pourrait-elle pas être envisagée sur un plan symbolique ? …
Cette approche est bien connue. Elle est au service d’une entreprise de fond visant à éloigner le sport scolaire, comme l’EPS aussi d’ailleurs (voir le rapport socle commun / EPS) de leur fond culturel, ce que le SNEP a qualifié de « désportivisation ». Il s’agit bien de tenter de transformer fondamentalement les contenus du sport scolaire, en cherchant une pseudo légitimité auprès de la profession à travers un questionnaire « fermé », sans qu’elle ait pu en débattre, sans que les véritables enjeux aient été clairement présentés. Une fois le contenu transformé, il sera alors plus aisé d’envisager ce qui a jusqu à présent échoué : la transformation statutaire.
Nous appelons donc les collègues à analyser et à interpréter chacune des questions et des réponses proposées à la lumière de cette grille de lecture : le projet implicite et sous-jacent devient alors saisissant !
C’est bien à partir de cette approche qu’il est possible de dévoiler l’objectif principal du questionnaire fermé qui nous est proposé : faire valider un projet déjà écrit (4 pôles, 16 programmes), mais sans annoncer la couleur ! L’analyse de la dernière partie du questionnaire portant sur les axes de développement, des questions et réponses afférentes, éclaire totalement cette affirmation.

Aucun filtre de saisie n’étant posé, quel crédit accorder aux conclusions qui pourraient en être tirées ? Il est impossible d’avancer dans le questionnaire sans répondre à chacune des questions. Les propositions de réponses sont très souvent fermées, caricaturales, orientées.

 

  • Dans ce questionnaire, le développement du sport scolaire n’est envisagé qu’en dehors de ce que nous faisons et réussissons !

Le cadre utilisé n’a pas été inventé par l’UNSS. Il est depuis plusieurs années en cours au ministère des sports, dans les fédérations sportives. Cela porte un nom : les publics cibles. Et cela n’a eu à ce jour aucune efficacité. Pour le SNEP, tous les jeunes scolaires sont un seul « public cible » ! Il est significatif que parmi les axes de développement, aucun de ceux proposés au choix, ne porte sur l’augmentation et le développement des pratiques et rencontres dans le cadre scolaire. C’est pourtant un objectif qui devrait figurer en priorité pour le service public du sport scolaire. Ce n’est pas le focus mis sur telle ou telle catégorie de pratiquant-e-s (les élèves en situation de handicap, les filles, les quartiers prioritaires) qui pose problème, mais bien la façon dont cela est fait, découplée de la question centrale de la rencontre sportive. Mis en avant dans un contexte institutionnel et ministériel qui est celui de la contractualisation, cela peut rapidement conduire à ne chercher que des solutions limitées (faire se rencontrer les quartiers prioritaires entre eux, les filles entre elles, les élèves en situation de handicap entre eux, les internats d’excellence entre eux, …) visant à rendre compte d’un objectif atteint, indépendamment d’ailleurs des contenus proposés. Cette option est une impasse ! Sa seule fonction est de répondre aux cadres et contraintes de la contractualisation. On est donc très loin, voire à l’opposé de propositions pour un projet UNSS 2012 – 2016 fondamentalement ancré sur la rencontre sportive inter établissements et la responsabilisation des élèves, ainsi que propose d’y travailler le SNEP.

Une orientation discutable : les publics cibles. Où est le meilleur bénéfice pour les élèves ? Dans la pratique « entre soi » ou dans la confrontation aux autres avec leurs différences ?

 

  • Le cœur du sport scolaire à nouveau ignoré

C’est bien le cœur du sport scolaire qui n’est pas placé au centre de la réflexion de la profession.
Les réponses proposées dans la partie « le rôle des rencontres et des compétitions » n’induisent pas une problématique prometteuse :

  • Pas d’interrogation sur la fonction de la rencontre inter établissements : quelle fonction sportive ? Quelle fonction scolaire ? Quelle fonction sociale ?
  • Pas de questionnement sur le contenu du sport scolaire (règlement, statut de la victoire et de la défaite, formes de confrontation, conditions de qualification des équipes au niveau supérieur, …)
  • Et par conséquent, pas de mise en perspective d’un travail à venir sur les modalités concrètes d’organisation (catégorie d’âge, effectifs, mixité-parité, formes de pratique, …).

Enfin, le mécanisme d’adhésion chez les jeunes est totalement passé sous silence. Ce n’est pas un objet d’étude potentiellement intéressant ou prometteur d’évolution et de développement : à quoi adhèrent-ils ? Quand ? Comment ? Pour combien de temps ?  Pourquoi former au processus d’adhésion au cours de la scolarité ? Quelles perspectives et quelle mise en chantier d’un vaste travail collectif professionnel sur ces questions. Rien de tout cela ne traverse ni ne transpire de ce questionnaire.

Les pratiques existantes ne sont pas interrogées dans leurs formes, leurs modalités, avec le souci d’évolutions novatrices et positives.

 

  • Un  questionnaire saturé par les projets ministériels

Même s’il faut noter la prudence des rédacteurs, les projets du ministère ne sont jamais très loin : référence à l’accompagnement éducatif ; rythmes scolaires dont mercredi après-midi ; présidence du chef d’établissement, question posée « à plat », sans aucune problématisation, sans pointer les enjeux ; licences pour les adultes, mais correspondant à quel investissement ? Encadrement ? Pratique personnelle ? ; Mutualisation de l’offre sportive. Et d’autres beaucoup plus éloignés, comme la validation des acquis de l’expérience (jeunes officiels), déjà citée, ou la réorganisation administrative avec la suppression du département (pourquoi l’échelon départemental n’est-il pas mentionné pour les compétitions comme pour les JO, dans le questionnaire ?)
Avec ce nouvel épisode, avatar diront certains, la profession est une nouvelle fois amenée à prendre son destin en main. Le refus du questionnaire ne peut être une finalité en soi. Un nouveau plan d’orientation nécessite autre chose qu’un questionnaire en ligne, c’est bien la question d’un travail collectif à initier  que l’on doit poser : pourquoi mettre de côté ce qui constitue le quotidien du travail des enseignants d’EPS sur le terrain du sport scolaire, pourquoi ne pas s’appuyer sur les groupes de compétences qui existent, produisent, se questionnent sur les pratiques et proposent chaque année à partir de l’existant de nouvelles pistes et les faire travailler aux axes de ce nouveau projet:
- AG de district,
- AG des coordonnateurs de district,
-  Membres des commissions techniques par activité au plan départemental et régional,
- Journées de réflexion à thème.

Cela aurait permis de répondre à un double objectif : associer les collègues aux axes – généraux et nationaux -du projet, et réfléchir aux pistes de développement au plan départemental.

C’est sur cette voie-là que l’UNSS doit s’engager et non dans une exploitation d’un questionnaire type sondage dont il n’est pas sérieux de penser que le dépouillement pourra constituer les axes d’un projet ambitieux pour le sport scolaire.

C’est bien dans les échanges, l’écoute de chacun, la diversité des analyses, que les dynamiques et les projets se construisent et non seul face à son écran ! C’est ainsi que se sont construites les pratiques innovantes sur le terrain du sport scolaire. Ensemble, il faut continuer. C’est dans le collectif que le professionnalisme de chacun s’exprimera le mieux pour le sport scolaire.

Ni l’UNSS, ni le sport scolaire en général n’ont besoin de cette enquête, qui les oriente vers des impasses, … si la volonté est réellement de les améliorer et les développer.

Il convient dès à présent de s’attaquer au travail collectif d’un projet ambitieux pour le service public du sport scolaire. Le SNEP proposera à la profession dans les semaines et mois prochains, de relever ce nouveau défi.