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Les programmes EPS dans la voie professionnelle
et les premières réactions du SNEP

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Premières réactions du SNEP


Enseignement professionnel
Un projet de programme EPS, à débattre

Le ministère vient de nous adresser le projet de programme EPS dans la voie professionnelle.
Le projet initial, remis au ministre par le Groupe d'Experts à la mi décembre, a été revu par la DESCO (division des enseignements scolaires) en liaison avec G. Klein, président du GE. Nous avions eu connaissance, officieusement, de cet avant projet et avions fait un certain nombre de remarques à G. Klein. 
Nous constatons :

  • qu'un nombre non négligeable de celles ci ont été prises en compte (réduction de l'importance accordée à la méthodologie, suppression d'un long développement sur la façon dont les enseignants devaient travailler avec l'apparition d'une notion nouvelle : " le module pour un projet de classe ", suppression de grilles très contestables de niveaux de compétences méthodologiques ; prise en compte de notre proposition que sur les " au moins trois APSA travaillées chaque année ", l'une puisse être l'objet d'un approfondissement, …) 

  • mais également qu'un certain nombre d'éléments intéressants du texte initial ont disparu (développements sur les installations indispensables à la mise en œuvre des programmes, sur les aptitudes totale et partielles, sur la caractérisation de l'enseignement en LP -même si nous ne partagions pas tout-, sur le fait que l'enseignement de l'EPS ne saurait se restreindre à des fonctions de socialisation, de réduction de l'incivilité ou de préparation spécifique aux métiers, …) ;

  • que l'AS n'est toujours pas traitée, contrairement aux programmes LGT.

Le texte présenté est relativement clair, dans le prolongement du texte précisant les orientations générales pour les trois voies de lycée du BO d'Août 2000.

Il présente des développements intéressants :

Notons l'insistance mise sur l'intérêt de l'enseignement des APPN pour ces élèves, sur le savoir nager, sur l'entretien et le développement de la santé ; ainsi que les rappels concernant les ateliers de pratique et les horaires de plein air en BEP, la reprise de la proposition d'enseignement complémentaire d'EPS en Bac Pro.

Pour ce qui est de la déclinaison des niveaux d'exigence dans les différentes classes, elle nous semble logique pour les BEP et BAC Pro : niveau 1 (idem niveau de seconde LGT) en seconde et terminale BEP où ceux l'ayant acquis aborderaient le 2. Travail sur les niveaux 2 et 3 en bac pro comme en cycle terminal de LGT.

Un certain nombre de points qui méritent débat :

Pour les CAP, la proposition d'alignement sur les exigences de BEP est-elle réaliste compte tenu du nombre de semaines de stages bien supérieur et du niveau de départ souvent différent ? 

Ce texte caractérise peu ce qui fait la spécificité relative de l'enseignement professionnel ( par exemple des cycles de deux ans débouchant sur des diplômes différents, un ancrage ambitieux sur le " professionnel ", la culture technique et technologique, des périodes de formation en entreprises qui " hachent " l'année scolaire et " mangent " du temps…). Les besoins des élèves n'y sont guère caractérisés qu'en creux dans la phrase : " l'EPS favorise ainsi la réussite dans les apprentissages, particulièrement les apprentissages moteurs, permet un progrès dans les activités physiques, aide à reprendre confiance en soi, initie l'envie de poursuivre une pratique physique régulière, et participe à la lutte contre l'échec. "
Ne faudrait-il pas une introduction même courte précisant certaines caractéristiques et le texte cherchant à y répondre?

Mais nous sommes conscients qu'il s'agit là d'un exercice difficile. Il faut à la fois prendre en compte certaines caractéristiques de l'enseignement en LP sans caricaturer, sans stigmatiser ces élèves ; Il faut éviter toute réaction excessive mais en même temps poser quelques questionnements et chercher à y répondre. 
L'enseignement professionnel c'est souvent une orientation contrainte et un échec scolaire important à l'entrée ( mais qui ne correspond pas forcément à un échec en EPS ), c'est une hétérogénéité connue, un milieu social souvent défavorisé, des problèmes d'incivilité, des élèves qui ont des difficultés à fixer leur attention, à appliquer des consignes, à se projeter sur le moyen et le long terme, … Autant de caractéristiques qui valent aussi pour les élèves en difficulté au collège ou au lycée.

Les jeunes de l'enseignement professionnel ont souvent un rapport particulier à l'école et aux savoirs ; il existe fréquemment un hiatus entre leur culture, la culture scolaire et ses normes. Le projet de programme EPS doit apporter des éclaircissements sur les exigences de contenus culturels ambitieux, sur la question du traitement didactique des contenus, du travail sur l'objet culturel lui-même.

Nombre d'élèves de LP sont aussi porteurs de caractéristiques à valoriser en EPS et ailleurs : leur dynamisme, leur côté " remuant " n'est-il pas une qualité ? De même leur capacité à la critique, leur côté " je dis ce que je pense " est sans doute à canaliser mais à valoriser plutôt qu'à étouffer ! Leur vision parfois particulière de la culture, les décalages avec une culture scolaire classique sont à étudier et exploiter : c'est souvent chez ces élèves que l'on trouve les garçons danseurs de Hip Hop et les filles joueuses de foot ! Ces jeunes accrochent dans des enseignements ancrés sur une pratique concrète, c'est celle ci qui en réconcilie beaucoup avec le système scolaire : l'EPS doit en tirer des conclusions sur son propre enseignement comme elle doit valoriser les réussites nombreuses dans son secteur, porteuses d'images positives pour des jeunes par ailleurs parfois en difficulté.

L'ensemble de ces questions, et la liste n'est pas exhaustive, ne devraient-elles pas être abordées dans le programme spécifique de l'enseignement professionnel. Ne faudrait-il pas qu'il interroge chaque APSA sur les défis intéressants qu'elle pose aux " élèves réels ", avec la question subsidiaire des filles et des garçons dans ce rapport aux différentes APSA ? Enfin comment gérer la contradiction qu'il y a à vouloir partir d'activités qui font sens pour les élèves et les mobilisent tout en ouvrant le programme sur des activités nouvelles pour des raisons évidentes de démocratisation dans l'accès aux APSA ?

La balle est maintenant dans le camp des enseignants d'EPS de LP. Comment apprécient-ils ce texte ? Considèrent-ils qu'il va leur permettre de mieux gérer leur pratique professionnelle ? Qu'elles propositions de modifications feraient-ils ? 

Le forum de discussions du site est ouvert ; le SNEP organise des débats dans les académies ; il intervient auprès du Ministère, de l'IG et des IPR pour qu'une véritable consultation soit organisée…
Nous l'avons dit plus haut, c'est un débat difficile parce que délicat, il ne s'agit pas de stigmatiser ou ghéttoïser ces élèves. Il s'agit bien de répondre au mieux aux exigences de réussite et de démocratisation.
Echangeons, proposons, construisons ensemble le meilleur texte possible à partir du document soumis au débat.

Serge CHABROL