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Saluons la publication de l'ouvrage de Maxime TRAVERT : " L'envers du stade, le football, la cité, l'école " chez L'Harmattan, collection Débats Jeunesse.
Agrégé d'EPS, fidèle militant, et anciennement collègue toulonnais, Maxime TRAVERT est désormais Maître de Conférence à l'IUFM d'Aix Marseille et chercheur associé au sein de l'UPRES de la Faculté des Sciences du Sport de Marseille, département " sport, loisir, santé " dirigé par Jean GRIFFET. Longtemps sensibilisé à un questionnement permanent sur le football, par sa pratique personnelle d'une part, mais aussi par sa mission d'enseignant de zone d'éducation prioritaire puis d'enseignant - formateur à la Faculté des Sciences du Sport de Luminy à Marseille, c'est tout naturellement sous la forme sociologique que sa recherche sera menée jusqu'à cette thèse d'Etat de juin 2000.
Partant d'une ambition basée sur un constat professionnel, l'objet de cette étude est de comprendre les similitudes et décalages entre le football des stades et celui de la cité populaire, celui là même qui fait la quotidienneté des jeunes s'adonnant à une pratique singulière, ce que l'auteur nommera " le football de pied d'immeubles ".
Basée sur une approche ethnographique, l'investigation de Maxime TRAVERT montre que le jeu de pied d'immeubles prend des formes inattendues où la règle devient objet ; le duel prend une place prépondérante, plaçant l'individu au centre des projets. Dès lors, l'affrontement n'est plus celui qui structure un ensemble de droits et de devoirs en fonction d'un statut ou d'un projet collectif mais le creuset d'une signification individuelle. Le joueur se pose en s'opposant. Le geste n'est plus finalisé par une rationalité tactico-technique mais par la virtuosité et l'émotion. De même, les lieux ludiques sont informels et permettent une existence momentanée, celle du jeu qui se construit à travers des formes conventionnelles aménagées.
Cette sociologie du quotidien présente deux mondes bien distincts : celui des stades et celui de la cité. Dans le football de pied d'immeubles, la porosité entre la vie sociale et la pratique vécue est mise en exergue notamment par une approche qui valorise l'investigation de la dimension sensible par une participation observante.
Ainsi, l'essence de cette pratique singulière, celle des rues, reflet d'un sous-monde, pourrait se définir comme une tension ludique qui oppose deux équipes par l'intermédiaire d'un ballon joué au pied dans un espace plus ou moins délimité et organisé autour de deux cibles.
Au sein du jeu prennent forme des duels ritualisés qui posent les grandes lignes d'une culture du quotidien faite d'habitus de groupe et d'expérience partagée. Le jeu est ici et maintenant, élaboré sur l'instantanéité des interactions. Le but de cette mise en scène est de briller par l'exploit afin d'être connu et reconnu.
Maxime TRAVERT illustre sa recherche de propositions concrètes. En partant du constat que le football est le sport le plus pratiqué, que ce soit de façon instituée ou libre, il propose une approche expérientielle qui place l'élève au centre du questionnement, en interaction permanente avec une culture. Le regard est alors celui du pédagogue mêlé de l'expérience de l'ethnographe.
A la lecture de cet ouvrage, il devient possible d'envisager l'enseignement du football sous une autre forme, une forme plus sensible rapprochant sans dérive démagogique l'école d'une réalité : l'expérience des élèves, celle de la pratique de rue.

Olivier REY