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Paris, le 25 octobre 2002

MONSIEUR Luc FERRY
Ministre de la Jeunesse, de l'Education Nationale et de la Recherche
110 rue de Grenelle
75007 PARIS

Monsieur le Ministre,

Dans un courrier en date du 24 mai 2002, nous attirions votre attention sur la réforme du baccalauréat en EPS ;
Nous rappelions que si l'arrêté du 9 avril 2002 sur le Contrôle en Cours de Formation (CCF) en EPS relevait d'un compromis professionnel exprimé au Conseil Supérieur de l'Education (CSE), la circulaire qui était censée en découler ne recevait pas l'accord de notre organisation. Nous parlions alors de rupture avec l'esprit comme avec la lettre des programmes et de l'arrêté voté par le CSE unanime.

Nous évoquions alors le sens que devait prendre la réforme : articuler un cadre national à un espace local ouvert du point de vue de la mise en œuvre pédagogique permettant la souplesse qu'impose l'hétérogénéité des conditions de travail.
Nous dénoncions la prétention d'un texte qui voulait régler, de façon administrative et par le biais de l'évaluation, des questions d'ordre pédagogique, professionnel et scientifique non tranchées à ce jour dans notre communauté.
Aujourd'hui, et à de rares exceptions près, les équipes pédagogiques EPS de lycée supportent seules les difficultés de la mise en place d'une réforme marquée par d'importantes carences des structures administratives et pédagogiques. 
Informations tardives et insuffisantes, manque criant d'anticipation face aux problèmes concrets qui émergent, absence trop fréquente de réponses aux questions posées par les personnels, indifférence face à leurs difficultés, autoritarisme et refus d'accorder, en général, un minimum de moyens financiers et matériels aux équipes : voilà ce qui, à trois semaines des premières épreuves, caractérise la situation actuelle.

L'administration doit aujourd'hui prendre ses responsabilités et agir.
De nos très nombreuses rencontres avec les enseignants des lycées dans la dernière période, nous retenons un certain nombre d'éléments que nous souhaiterions voir pris en compte.

La majorité des collègues adhère aux grands principes de la réforme :
- Définition d'un cadre national pour l'EPS au baccalauréat (référent national enrichi des singularités régionales),
- Développement et mise en perspective d'une pratique commune de l'évaluation et généralisation de barèmes nationaux,
- Mise en place d'une co-évaluation.
Mais les conditions de mise en œuvre de ces principes, les propositions concrètes censées les faire vivre suscitent un profond mécontentement, voire des refus et empêchent des établissements de répondre aux exigences institutionnelles. Cela vaut pour les épreuves (nature, nombre, exigences…), pour la co-évaluation, pour la composition des divers ensembles d'activités, pour les durées d'apprentissage des élèves. 

Il faut sortir de cette crise en prenant appui sur la profession. Cela suppose, à nos yeux, une démarche en deux temps :

  • Immédiatement il faut permettre aux établissements en difficulté d'apporter des réponses en assouplissant, pour cette année, l'application de la note de service et simultanément permettre à tous ceux qui ont pu inventer ou trouver des solutions originales de voir leur travail conforté et non remis en cause. 
    Dans l'ordre des préoccupations, on doit d'abord offrir des possibilités ouvertes à l'obligation de co-évaluation (moyens financiers, autres dispositions) sans amputer les temps d'apprentissage des lycéens. On doit autoriser les établissements à proposer certains aménagements d'épreuves, dans le respect des programmes, à confectionner des ensembles d'APSA moins formels en sortant de l'injonction : " l'enseignement de chaque ensemble est assuré par un même enseignant " et de la correspondance formelle entre " compétences " et groupements d'activités. Cela intéresse particulièrement les établissements qui proposent l'option facultative EPS ou un enseignement de complément. La possibilité " d'ensembles " de deux APSA (prévue par la note de service) doit être exploitée pour sortir de certaines impasses.
    Enfin, les collègues qui interviendront dans le cadre du contrôle en cours de formation en dehors de leurs heures de service doivent être convoqués officiellement, couverts en cas d'accident et rémunérés.

  • Dans ce contexte, les commissions académiques prévues par l'arrêté doivent être autrement sollicitées qu'en ce moment : on ne peut, en particulier, leur faire jouer un rôle d'injonction autoritaire d'application des textes sans prise en compte des conditions particulières. Elle doivent contribuer à la mise en place d'une pédagogie de la réforme faisant cruellement défaut aujourd'hui et être pleinement le lieu d'un travail sur la prise en compte des propositions des équipes pour l'amélioration des textes.
    En effet, s'agissant du moyen terme, la crise actuelle révèle aussi un formidable potentiel pédagogique et professionnel qu'il convient de mobiliser pour améliorer le baccalauréat 2004. Cette expertise collective ne peut être ignorée, elle doit venir compléter et enrichir l'expertise institutionnelle. L'année 2002-2003, au travers de l'expérience qu'elle constitue, doit être le moment où tous les collègues pourront apporter leur contribution aux travaux des commissions académiques et de la commission nationale. Cela suppose une volonté politique, des dispositifs, des moyens, en particulier de formation, pour capitaliser les savoirs de la profession et répondre mieux aux intérêts des élèves.
    Dans le cas contraire, nous risquerions d'aller vers une aggravation des dysfonctionnements actuels. 
    Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à l'expression de nos sentiments respectueux.

Jean LAFONTAN,
Secrétaire Général
Alain BECKER,
Secrétaire National