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  Secteur éducatif > Dossiers Spéciaux > Le programme CLAIR (maj le 24/10/10)

 

Les CLAIRs

CLAIR – Collèges et Lycées pour l'Ambition, l'Initiative et la Réussite

Lors de la clôture des États Généraux sur la sécurité à l’école, le Ministre de l'Éducation nationale a annoncé que 100 établissements seraient classés CLAIR : Collèges Lycées pour l'Ambition, l'Innovation et la Réussite. Ce nouveau label se substituerait aux dispositifs existants (notamment les RAR) pour les établissements où les difficultés et la violence seraient importantes. Officieusement, la liste des 10 académies concernées par l'expérimentation CLAIR dès la rentrée 2010 (théoriquement "les plus exposées aux faits de violence") serait : Aix-Marseille, Amiens, Créteil, Lille, Lyon, Montpellier, Rouen, Strasbourg, Toulouse et Versailles.
Il y aurait 101 établissements (79 collèges dont 50 réseaux ambition réussite, et essentiellement des LP pour les lycées). Les 53 établissements concernés par la mise à disposition d'un policier ou gendarme référent feraient apparemment tous partie du dispositif CLAIR.
Alors que le Ministre dans son allocution annonçait que la mise en place des CLAIR se ferait "au croisement de critères transparents, consensuels et objectifs, définis en concertation avec l’ensemble de nos partenaires ministériels (Intérieur, Justice, villes, Famille notamment)", force est de constater l'absence totale de transparence au sein même du ministère de l'Éducation Nationale puisque les établissements auraient été choisis par les rectorats et le Ministère sans même en aviser les personnels, alors qu’ils vont être le l'objet de mesures dérogatoires lourdes de conséquences.
Avant une généralisation d'ores et déjà prévu dans les réseaux de l'Education Prioritaire en 2011, les CLAIR sont expérimentés dans une centaine d'établissements dès la rentrée 2010.

Le programme CLAIR comporte trois axes essentiels :
Innovations dans le champ des ressources humaines.
Il s'agit ici, dans l'objectif de stabiliser les équipes, de permettre au chef d'établissement de recruter ses équipes pédagogiques. Des moyens lui seront attribués en conséquence afin de pouvoir "attirer" les personnels…
Innovations dans le champ de la pédagogie.
Ce que nous dénoncions depuis la parution du socle commun de connaissances et de compétences voit ici sa traduction concrète. Les établissements CLAIR n'auront que ce seul horizon et ce seul objectif à poursuivre. Pour y parvenir, le Ministre insiste même pour que le recours aux expérimentations permises dans le cadre de la loi Fillon de 2005 soit massivement utilisé…
Innovations dans le champ de la vie scolaire.
Cette innovation consiste en la création d'un préfet des études responsable tant sur le plan pédagogique que sur le plan éducatif…
Si au travers des axes retenus pour ce nouveau dispositif les "innovations" sont (malheureusement) bien présentes, quid de l'ambition et de la réussite ? Le gouvernement surfant comme à l'habitude sur des questions réelles et sur l'émoi provoqué par des faits divers en profite pour créer des établissements répondant en tout point à sa logique libérale de l'Éducation. Les établissements à deux vitesses que nous percevions dans nos analyses du socle commun sont maintenant annoncés. Pour acheter la paix sociale, le Ministère instaure des établissements du socle où, à n'en pas douter, l'essentiel ne sera pas l'acquisition culturelle, l'acquisition de savoirs émancipateurs mais un établissement où le "bien être" sera le maître mot pour éviter le conflictuel et donc de possibles violences.
La résultante de ce dispositif sera une stigmatisation encore plus vive des élèves de CLAIR. Élèves qui seront donc formés sur des compétences à visée utilitariste loin du développement de tout esprit critique. Il n'est en rien évident que ces élèves ne ressentent pas à court terme cette stigmatisation et n'ai, in fine, pas l'envie de se rebeller…
Le conseil Pédagogique ayant montré certaines limites comme niveau intermédiaire de décision, la création d'un super CPE aux compétences élargies permettra de donner caution aux orientations prises. Pour Blanquer (directeur général de l’enseignement scolaire) le préfet des études : " sera responsable de la vie scolaire et du suivi personnalisé des élèves pour un niveau donné (6e, 5e, 4e ou 3e). L’idéal serait que chaque préfet puisse suivre une même cohorte durant toute la durée du collège. On sait que nombre d’enfants, lorsqu’ils entrent en 6e, se sentent un peu perdus car ils n’ont plus en face d’eux l’adulte référent qu’était le maître ou la maîtresse. Le préfet des études pourra pallier cette lacune. Pleinement intégré à l’équipe de direction, il jouera un rôle pivot, au carrefour des métiers de chef d’établissement, de conseiller principal d’éducation (CPE), d’assistant d’éducation, de professeur... Il aura ainsi pour vocation de renforcer la cohésion de la communauté éducative. Car la vie scolaire est l’affaire de tous les adultes de l’établissement."
Bref, un super prof mi chef d'établissement, mi CPE… Il sera probablement le décideur des expérimentations à mener hors du Conseil Pédagogique et surtout hors du CA qui, de plus en plus, voit sa fonction réduite.
Dans ce contexte, les enseignants ne seront que de simples applicateurs au service du socle et sous les directives du préfet…
La dérèglementation, la fin des règles communes (notamment au niveau des ressources humaines) entamé dans les RAR s'installe donc plus profondément avec les CLAIR.
Enfin, le dispositif CLAIR est mis en œuvre dans le cadre de la sécurité à l'école. L'ambigüité qui consiste à d'une part vouloir éduquer au respect de la règle, au respect des autres, de soi et d'autre part bannir toute règle collective pour adopter des règlements propres à l'établissement saute aux yeux….


A l'occasion de la présentation de ces mesures, Chatel annonçait : "Je refuse l’effet d’annonce. Je refuse les promesses sans lendemain." Pas un effet d'annonce donc mais un nouveau moyen de restreindre les ambitions éducatives pour un grand nombre, de permettre une gestion des personnels en dehors de toutes règles; pas de promesse sans lendemain mais une promesse de non lendemain pour tous les élèves qui auront à vivre et étudier dans ces établissements.

Extrait du relevé de décisions du CDN des 21 et 22 octobre 2010 :

« CLAIR »
Le CDN du SNEP a analysé la problématique posée par le programme CLAIR expérimenté dans 105 établissements à la rentrée 2010. La déréglementation généralisée et le manque d'ambition éducative pour les jeunes de milieu populaire qui caractérisent ce dispositif doivent être fermement combattus pour affirmer que la réussite de tous est possible dans le cadre d'une politique d'éducation prioritaire rénovée.

Dans cet objectif le SNEP :

  • appelle les militants départementaux et académiques à rencontrer les personnels CLAIR dans leurs établissements pour débattre de la situation et envisager les actions collectives,
  • construira des analyses et argumentaires pour aider les collègues à "reconstruire" du collectif là où les contrats individualisent les situations,
  • appelle à renseigner l'enquête le plus rapidement possible pour permettre de dresser un premier bilan de la mise en œuvre de l'opération,
  • rencontrera le SNES et le SNUEP pour proposer l’organisation d’une rencontre nationale des établissements CLAIR.

Circulaire du 07 juillet 2010

 La liste des établissements concernés par l'expériementation en 2010

Les pages du SNES


Les initiatives locales :

 Pétition intersyndicale de Rouen

  Tract du collège Krafft de Béziers

 Pétition des enseignants des lycées général, technologique et professionnel Robert Schuman du Havre

  Motion lycée Malraux - Montataire, Oise

 Pétition - Lycée Jules Uhry, Creil

 


 

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