|

Monsieur le Directeur de la DPE,

Suite à la parution récente des modifications de la première épreuve d’admissibilité du CAPEPS, plusieurs formateurs engagés pour beaucoup depuis plus de 20 ans dans la préparation de ce concours ont estimé nécessaire de faire part de leur inquiétude. En effet, l’épreuve intègre désormais un nouvel item portant sur l’organisation de l’éducation physique en Europe, selon une formulation qui pose un certain nombre de problèmes :
1 – Il n’existe actuellement aucun travail disponible sur ce sujet, ni dans la production scientifique, ni dans la production pédagogique, ni dans la production politique de l’Union européenne, en dehors du rapport (non traduit) d’un collègue britannique sur quelques dimensions ponctuelles et de travaux français malheureusement obsolètes. Seules les déclarations d’intention des ministres de l’Education nationale et des ministres des Sports des pays de l’Union peuvent être retrouvées (MINEPS). Mais construit-on une formation à partir de cela ? Et la formulation de l’item ne précise d’ailleurs pas s’il s’agit de l’Europe politique. Un regard sur les connaissances produites dans d’autres pays confirme cette rareté. Je pense être en mesure d’être aussi affirmatif sur ce constat en tant que président de la Société internationale d’histoire du sport et de l’éducation physique, de « fellow » du Comité européen d’histoire du sport et d’ex membre du Comité européen d’éducation physique.
2 – En l’absence d’analyses disponibles, cette situation obligera les formateurs à procéder à un véritable travail de recherche sur les données empiriques originales, travail évidemment passionnant, mais qui ne peut être décemment demandé pour le mois de septembre marquant le début des formations, c’est-à-dire dans 8 semaines.
3 – Enfin, ce nouvel item se place en rupture avec le type de réflexions et la philosophie même de la première épreuve d’admissibilité. En effet, cette dissertation permet de s’assurer de la culture générale des futurs enseignants et de leur capacité à mobiliser des connaissances socio-historiques sur leur discipline pour mieux juger de leur action pédagogique, mieux se situer dans l’institution scolaire et mieux appréhender les enjeux de l’enseignement auquel ils se destinent. Or si la dimension européenne est incontestablement l’un des éléments de cette réflexion, la formulation même de l’item provoque un abandon de la démarche historique et sociologique au profit d’une description qui, au mieux, pourra s’ancrer dans des connaissances administratives et juridiques. Cela apparaît regrettable au regard des enjeux de cette épreuve dans la formation des futurs enseignants. Et cela l’est d’autant plus qu’à la différence des perspectives purement contemporaines, il existe des travaux disponibles en France sur la dimension historique des pratiques sportives et d’éducation physique.

Compte tenu de ces éléments, sans doute serait-il raisonnable de sursoir d’un an à la mise en œuvre de ces propositions afin de réfléchir à la manière d’intégrer la dimension européenne dans l’épreuve, de laisser le temps aux chercheurs de produire des travaux sur ces questions et de donner aux formateurs un délai suffisant pour préparer les candidats.

En espérant que vous puissiez éventuellement donner suite à ces réflexions, je vous prie de croire, monsieur le directeur, à l’expression des mes salutations respectueuses et l’assurance de mon engagement au service de la formation des enseignants.

Thierry Terret, professeur Université Lyon 1,
Président de l’ISHPES