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Une stratégie syndicale de transformation d’un artifice éducatif en espace de conquête professionnelle

Confronté au volontarisme de l’administration pour la réussite du volet sportif de l’Accompagnement éducatif -bien au-delà des 14 établissements « Education Prioritaire » de l’académie- le SNEP-Poitiers a développé, dès la rentrée, une analyse et une activité syndicale spécifique sur ce thème.
Ce dossier cristallise tous les enjeux liés au métier d’enseignant, plus particulièrement au métier d’enseignant d’EPS. Il nous contraint à une lecture subtile car, d’un côté il légitime notre demande de plus d’APS à l’école et de l’autre, il percute le sport scolaire, ignore les contenus d’enseignement, dilue nos missions et à terme fragilise notre statut. Devant l’ampleur des risques liés à ce dispositif, nous ne pouvons nous contenter d’une réponse émotionnelle ou affective qui nous conduirait, en  fonctionnant sous forme de préalable, à la politique du tout ou rien.
Nous avons au contraire, travaillé à construire une analyse syndicale, intransigeante et sans complaisance sur ses fondements et l’objectif politique de son introduction en particulier sur son volet sportif.  Partant des promesses de campagne et autres annonces politiques sur le doublement du temps de pratique sportive à l’école, nous nous sommes attachés à révéler les contradictions et à lever les ambiguïtés en décortiquant les budgets et moyens horaires, en identifiant les transferts de compétences et la création d’un système de tensions entre  l’UNSS-Education nationale et mouvement sportif dans un contexte de suppressions massives de postes d’enseignants d’EPS programmées depuis plusieurs années. Force est de constater qu’au niveau social,  ce dispositif agit comme un catalyseur faisant passer les relations entre les professionnels de l’EPS, du sport scolaire et les acteurs du  tissu associatif sportif, de la complémentarité éducative à la concurrence financière, sans prise en compte des contenus.
C’est à  partir de ce constat, et en voulant profiter de l’espace existant -avant la généralisation annoncée-de l’accompagnement éducatif, que nous avons élaboré  une stratégie syndicale en trois temps.

  • Dans un premier temps, en marge des échanges avec les DD UNSS, le DR UNSS, les parents d’élèves , le CROS, les CDOS, les collègues d’EPS des établissements RAR, nous avons pris la décision d’appeler les enseignants d’EPS à « occuper le terrain » du 16h-18h en portant dans toutes les instances (réunions convention organisées par les DDJS, réunions et CD UNSS, CA d’établissement) nos exigences : Faire reconnaître et respecter le rôle moteur et innovant de l’UNSS et des AS en matière de pratique sportive diversifiée et ses liens avec l’EPS prenant parfois la forme de soutien.
  • A moyen terme, après être intervenu au niveau des élus départementaux et des IA dans les CDEN, ainsi que des élus régionaux dans le cadre des CAEN, le bureau académique a sollicité plusieurs audiences (IPR, Recteur, préfet) afin de « borner » le dispositif dès sa mise en oeuvre « expérimentale » début 2008, pour en limiter les effets pervers destructeurs : Exiger l’adoption d’un principe de non-concurrence entre l’AS et les clubs locaux, sur une même APS.  Toute intervention extérieure ne pouvant se faire que sur une nouvelle APS, pour répondre à de nouveaux besoins, en accord avec le CA et le projet d’AS de l’équipe EPS de l’établissement, dans le respect des objectifs éducatifs contenus dans les conventions passées entre l’UNSS et les fédérations concernées dans le cadre des CMR et CMD.
  • Dans la durée, avec les collègues sur le terrain, partout où il siège,  le SNEP-Poitiers  s’attache à construire des alliances avec ses partenaires : syndicaux, parents, élus, représentants du mouvement sportif, pour faire déplacer le curseur du débat, vider ce dispositif de sa substance en mettant en perspective son coût exorbitant au regard de son hypothétique efficacité. Notre objectif à long terme est de contraindre l’administration à resituer l’enjeu « du plus de sport à l’école » dans le cadre du Service Public,  en étant force de proposition sur la redéfinition de ses missions et de nos statuts. Pour cela nous faisons dès maintenant le choix de réaffirmer la pertinence de l’UNSS avec ses 970 000 licenciés, véritable performance au regard de la faiblesse de son budget. Cette légitimité nous permet d’exiger la consolidation des forfaits UNSS, et le retour d’un recrutement d’enseignants d’EPS qui soit conforme aux besoins. En résumé,  partant du principe que ce dispositif n’est qu’ une traduction politique dévoyée, d’une réelle demande sociale « de plus de pratique sportive à l’école », nous tentons  par notre action militante « d’occupation du terrain » d’imposer les règles du jeu : Nous devons redéfinir l’accompagnement éducatif, lui donner sens  en le marquant du sceau de nos revendications  pour en faire un espace de conquête syndicale.

 

Christophe MAUVILLAIN