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Accompagnement éducatif

Le ministère de l’éducation a mis en place sur le créneau 16H00/18H00, un processus d’accompagnement éducatif pour les élèves qu’il nome péjorativement les orphelins de 16H00. Essayons d’y regarder d’un plus près.

Pendant l’été, le ministère de l’éducation nouvellement nommé a créé un dispositif qu’il va nommer l’accompagnement éducatif. Il va donner à cet effet plus de 250 000 heures pour que ce dispositif se mette en place dans les collèges dits ambition réussite. Les académies chargées d’expérimenter ces dispositifs sont principalement celle de Créteil et de marseille.
Les enseignants peuvent travailler en plus de leurs horaires de cours pour proposer aux élèves de l’aide au devoir, des activités sportives ou artistiques. Ces heures rentrent dans la logique de campagne de Sarkozy, où pour gagner plus, il faut travailler plus. La palisse n’aurait pas dit mieux, mais avant de plonger tête première dans un bassin inconnu, il faut sonder le fond !

L’école, le nouveau lieu pour développer les clubs sportifs
Un certain nombre de clubs voit d’un bon œil l’accompagnement éducatif proposé par le ministre de l’éducation nationale. Des mesures financières accompagnent ce dispositif, le CNDS propose des subventions pour les clubs qui animeront ces heures. On peut se demander comment peut il d’un côté réduire son budget et de l’autre donner des rallonges financières ?
« Il faut l’investir pour développer nos clubs », avance certains militants bien intentionnés. Cet engouement soudain pour être présent dans le temps scolaire est significatif d’une crise de sens de la vie associative qui ne sait plus quel est son rôle dans l’éducation de l’enfant.
Deux facteurs peuvent de notre point de vue expliquer ce glissement progressif.
Nous assistons ces dernières années à un processus de scolarisation des pratiques associatives. C’est un retournement historique, alors que l’école a puisé jusque dans les années 80 ses modes de faire, ses innovations pédagogiques dans le monde de l’éducation populaire et de la vie associative, les stages Maurice baquet en sont l’un des exemples marquant de l’histoire de la FSGT et de l’EPS de nos jours. Depuis une dizaine d’année, le mouvement s’inverse, la vie associative va peu à peu scolariser ses pratiques et ses modes de faire.

Une scolarisation du temps de l’enfant
Il étonnant, voir déroutant d’observer que les enfants dans le cadre des clubs ou des écoles omnisports fassent de plus en plus des exercices, des cahiers d’évaluation, que les animateurs régulièrement disent vouloir cadrer, ordonner leur séance alors que dans le même temps de plus en plus de professeurs d’EPS sont soucieux de faire jouer leurs élèves. Le part du jeu en soit tant à déserter la vie associative pour prendre une place au sein de l’école.
C’est ainsi que de nombreux clubs et centre de loisirs vont adopter sans les avoirs analyser les modes de fonctionnement langagiers et structuraux de l’école. Ce décalque du modèle scolaire ne prend que les formes de fonctionnement et l’ordre apparent dans l’école et fait l’impasse sur l’analyse de l’échec scolaire et des modes de faire qui tendent à laisser sur le bord de la route de nombreux jeunes.

Discipliner le corps
Cette volonté de scolariser le temps de l’enfant est l’expression d’une incapacité de notre société à travailler à partir de la turbulence des enfants et des jeunes. Notre société n’est plus capable d’inventer l’avenir avec les jeunes, de réenchanter le présent et propose comme seule alternative au besoin de mouvement des enfants et des jeunes, un ordonnement des pratiques. Les dérives sécuritaires et les dérives répressives de ces dernières années en sont les paroxysmes.
Bousculades, mouvements exubérants, agitation brouillent la lecture qu’on peut en avoir et rendent complexe le contrôle de ces groupes d’enfants particulièrement les garçons des quartiers populaire. Cette nouvelle volonté des clubs sportifs d’exiger d’emblé un mouvement codifié entre en conflit avec ces enfants et jeunes qui exercent leur liberté de bouger et de s’exprimer avec leur corps. Le tourbillon de mouvements et la joie de vivre devient souvent l’objet d’interprétation de défiance face à l’autorité ou à l’institution. Ce rapport au corps insaisissables est comme une revanche, un espace de protection de soi dans une société où les jeunes peuvent percevoir les commentaires des adultes comme une humiliation symbolique.
Cette volonté de discipliner les corps revient comme un boumerang rendant d’autant plus difficile la gestion du groupe.

Voir les réussites du monde associatif
Le monde associatif peut être le lieu de la réussite, le lieu d’autres modes de fonctionnement permettant de placer certains enfants dans un processus de réussite et de responsabilisation original. Tel enfant du club de foot qui entraîne les plus petits et qui pour autant est ingérable à l’école et va le devenir dans tous les systèmes où il n’aura pas de responsabilité. Nous sommes toujours surpris d’entendre que tel enfant est en grande difficulté à l’école alors même qu’il est un enfant moteur et dynamique dans le cadre du club.
Par ailleurs la vie associative crée un espace entre école et vie privé qui permet aux jeunes de pouvoir vivre d’autres types d’expérience, d’autres relations filles-garçons dans cet entre espace. Un espace de liberté où la famille a confiance et laisser l’enfant participer. Il s’en saisi pour nouer d’autres types de relations sociales avec ses camarades.  Un lieu où il pourra vivre en acte une relation sociale défaite des nécessaires modes d’être dans l’espace public. C’est ainsi que Imen (14ans) nous dit : « Les garçons dans la cité, ils se la jouent méchant et tout quand ils sont entre eux mais quand on ils viennent à l’association, cela n’a rien à voir, on rit ensemble, on joue ensemble, c’est bien quoi… »
Ce partage d’expérience commune, la création d’autre réseau de relation sociale qui extrait et diversifie les relations du bâtiment ou de l’école, ne sont elles pas autant de voies pour construire une société ensemble et sortir de la spirale sécuritaire ??

La fatigue d’être soi
Le monde du sport associatif ne doit pas céder trop rapidement aux sirènes de l’accompagnement éducatif, ils perdront non seulement la spécificité de l’éducation non formelle en se formalisant dans le temps scolaire. Mais ils ignoreront que les processus d’échec scolaire dont l’accompagnement éducatif est censé diminuer ne dépend pas seulement de la bonne volonté et du travail des enfants.  En effet l’accompagnement éducatif promeut un modèle de la réussite personnelle laissant croire aux individus que la réussite dépend d’eux. S’il est vrai que la part de l’investissement personnel n’est pas à négliger dans la réussite de l’individu, ils ne faut pas pour autant sous estimer que dans le même temps elles transforment ceux qui héritent en ceux qui méritent. Modèle de société tendant à légitimer comme implication personnelle la réussite des classes sociales favorisées, sous estimant la connivence qu’il peut exister entre le modèle de fonctionnement scolaire et la culture des ces familles.
Ainsi pour reprendre  les propos de Jaques généreux (contrepied n°21), « pour les néo-libéraux, l'individu rationnel est responsable de tout ce qui lui arrive. C'est ce qu'exprimé Alain Ehrenberg dans son ouvrage : « La fatigue d'être soi ». On comprend que la maladie psychique contemporaine relative à la difficulté d'être soi, ne soit plus la névrose mais la dépression ».  La socié­té, comme créatrice de sens, comme mode d'enchantement du monde, comme espace de relation, de solida­rité mais aussi de contraintes, dispa­raît. La nouvelle maladie est donc la « fatigue d'être soi ».  L’école s’est dotée de nombreux dispositifs comme le projet personnel de réussite éducative, l’aide personnel au travail…qui tendent à transformer les victimes du système en coupable de leur échec.

Développer le service public du sport
L’an dernier, le gouvernement avait proposé une suppression de nombreux forfaits de l’UNSS. Cette suppression s’appuyait sur une soit disante nécessité de sauver le sport scolaire, « d’avoir des exigences sur le service public » en terme de nombres d’élèves par  prof. SPA avait fait l’écho dans deux articles (revue SPA) des dérives comptables d’une telle logique sacrifiant les lieux les plus en difficulté au nom de la conformité avec la LOLF. Alors même que le décret De Robien a été abrogé, certains professeur d’EPS n’ont toujours pas leur 3H00, faut il penser que la loi n’est pas la même pour tout le monde ??
Par ailleurs dans le cadre de l’accompagnement éducatif, il n’y aucune exigence en terme d’effectif, d’engagement régulier des élèves…Curieux processus d’accompagnement éducatif laissé au libre choix des élèves. La logique du choix tend à légitimer l’existant, les enfants les plus en difficulté au sein de l’école, ne vont pas d’eux même avoir la démarche de rester dans l’école mais plutôt s’enfuir et se délecter de la liberté de mouvement une fois les portes franchies…en seront il coupable de ne pas avoir voulu réussir ? Difficile à 12 ans !
Mais sans entrer dans la logique comptable du nombre d’élèves par encadrant, l’accompagnement éducatif sportif ne précise rien au niveau des compétences de l’encadrement et des exigences d’acquisition des élèves. Cette déréglementation de l’encadrement sportif, ignore toutes les lois auquel était soumis jusqu’alors l’encadrement des pratiques sportives. C’est l’expression d’un renoncement à une exigence d’acquisition culturelle de haut niveau pour tous. Les élèves volontaires dans les collectivités territoriales dotées de bonnes installations et là où l’offre sera suffisamment diversifiée pour absorber tous les enfants auront un accompagnement éducatif , les autres seront libre de choisir ! Deux poids, deux mesures ! Peut être serait il préférable de renforcer l’existant, de consolider le service public du sport avant de vouloir externaliser vers la vie associative des champs entier de ce qui doit rester un droit d’éducation pour tous….

Sous l’eau bleue turquoise de l’accompagnement éducatif dans laquelle on aimerait plonger tête la première se cache des reliefs périlleux. Peut être que la vie associative au risque de devenir formelle et de participer elle aussi au processus de la construction d’une société de  plus en plus inégalitaire sans les jeunes devrait cultiver son identité et son originalité. Peut être que la vie associative devrait réfléchir en terme de complémentarité d’offre éducative pour les enfants, pour leur permettre d’avoir envie de grandir. La défense d’un service public de qualité est un enjeu collectif que chacun doit cultiver.