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EDITO
10 novembre 2011
MUTATIONS : LES ENJEUX
Pour de bonnes mutations,
il faut des postes
Plus de 70 000 postes ont été supprimés
dans l’Éducation nationale depuis 2003. Le
projet de budget prévoit d’en supprimer
encore 14 000 en 2012. Au nom de la lutte
contre les déficits et du maintien du triple A
des agences de notation, le gouvernement
persiste dans sa volonté de réduire
drastiquement l’emploi public et
asphyxie le système éducatif, obérant
ainsi gravement l’avenir de la jeunesse
et, donc, l’avenir de ce pays.
Les suppressions de postes pèsent lourdement
sur les possibilités de mutation dans
toutes les académies : à chaque poste en
moins, ce sont des possibilités de mutation
qui disparaissent.
Planifier des recrutements en nombre
suffisant, rétablir les postes supprimés,
répondre aux besoins non ou mal couverts
(remplacement, zones difficiles ou isolées),
rendre les postes difficiles vraiment attractifs,
c’est permettre à un maximum de collègues
d’exercer dans des conditions satisfaisantes
le métier qu’ils ont choisi. C’est ce
qui permet aussi de bonnes mutations.
La mobilité choisie passe
par le respect de nos métiers
et de nos statuts
Affaiblir nos métiers, isoler et déclasser les
personnels de l’Éducation nationale au sein
d’une fonction publique pulvérisée, c’est le
sens des attaques actuelles contre nos statuts
et de la déconcentration de plus en plus
poussée de la gestion des personnels :
• volonté de développer le profilage des
postes et les affectations hors barème ;
• dégradation des conditions de remplacement
;
• volonté d’utiliser le classement APV pour
contraindre les collègues à passer par certains
établissements difficiles pour obtenir
une mutation future ;
• soumission de la carrière aux hiérarchies
locales par le biais d’un « mérite » défini
arbitrairement et du renforcement du poids
hiérarchique du chef d’établissement.
Après la circulaire parue en catimini en
juillet 2010 sur le programme CLAIR, le
ministère annonce la publication en janvier
prochain d’une nouvelle circulaire sur le
programme ÉCLAIR dont le but sera de
fixer les modalités d’affectation sur les
postes des établissements qui en relèvent
et dont la liste a été publiée au B.O. n° 27
du 7 juillet 2011 (297 collèges et 28 lycées).
Après la censure récente du Conseil d’État
portant précisément sur les conditions d’affectation
telles que prévues dans la circulaire
de 2010, nul ne sait, à l’heure actuelle, ce
que sera le contenu de la future circulaire.
Cette opération est emblématique du
« pacte de carrière » que promeut le
ministre, ex-DRH de L’Oréal.
Dispositif expérimental imposé à la hussarde
et généralisé sans bilan, tutelle directe
des chefs d’établissement sur le recrutement,
les mutations et la carrière des personnels,
protections statutaires foulées au
pied... voilà le nouveau fer de lance de la politique
scolaire et de « gestion des ressources
humaines » du ministre.
À la fonction publique de carrière et de statut,
garantissant indépendance et responsabilité
du fonctionnaire, le gouvernement
substitue le contrat d’emploi et le choix brut
de la plus proche autorité : une gestion à la
France Télécom.
Un service public d’éducation de qualité,
assuré de façon égale sur tout le territoire
national, une fonction publique de carrière fondée
sur des garanties collectives statutaires
protégeant les fonctionnaires dans l’exercice
des missions de service public : ces deux
acquis sociaux majeurs doivent être défendus
face à l’offensive gouvernementale.
Le paritarisme, qui est le contrôle qu’exercent
les élus des personnels sur les actes de
gestion administrative, est la garantie du
respect des droits de tous et de chacun : il est
constitutif de la notion de service public.
Pour une mobilité réellement
choisie, il faut reconstruire
un mouvement national
Un mouvement national en une seule phase,
nourri par l’implantation de nombreux postes
et les recrutements nécessaires, dans un
cadre paritaire rénové et renforcé, est seul
capable de conjuguer efficacement les intérêts
des personnels (pas de mutation en
aveugle ni d’inégalité de traitement) et du service
public pour une couverture équitable
des besoins des académies.
Simone Sans |