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Nantes, le 29 octobre 2012

 


Didier HUDE
Pierre-Yves DORÉ
Représentant la FSU au CTM des ministères dits sociaux (versant santé)
à
Michèle KIRRY
DRH des ministères sociaux

Objet : formations label diversité

Madame la Directrice,

Nos services sont à juste titre fiers de l’obtention du label « diversité » qui vient de leur être attribué. Dans ce cadre, vous avez manifesté la volonté de « mettre en place un vaste plan de sensibilisation et de formation destiné à l’ensemble des agents des services centraux et territoriaux ». Vous élargissez cette faculté de formation « au bénéfice des représentants du personnel, les instances représentatives jouant un rôle important dans l’application des principes d’égalité et de diversité et dans le repérage des situations difficiles ». Nous vous remercions de cette attention.

Cependant, nous tenons à vous assurer que nos collègues et les représentants élus des personnels que nous sommes n’ont heureusement pas attendu d’être labélisés pour porter au quotidien depuis de longues années, parfois sans ou contre leur administration de tutelle, l’action publique contre les discriminations. Que celles-ci soient raciales, sexistes, confessionnelles, homophobes, politiques ou anti syndicales. Car ces dernières existent aussi et ont des parures plus ou moins habiles pour résister au talisman d’un label.

La FSU, au sein des ministères sociaux, peut vous éclairer sur plusieurs collègues qui, chefs de services ou membres de l’encadrement intermédiaire, ont été écartés avec la RGPP des postes à responsabilité. Nous pouvons encore témoigner – mais que vaut un témoignage syndical ? – de dizaines d’agents qui, au quotidien, vivent dans l’angoisse leur décalage, leur différence entre leur métier reconnu par concours et les nouvelles réalités administratives imposées. La souffrance des syndicalistes impuissants à rassurer leurs collègues, sombrant euxmêmes dans la déprime qu’ils ont à partager sera-t-elle un jour éligible comme une différence respectable pour qu’un syndicaliste ne soit pas, dans les faits, un fonctionnaire de second rang ?

Vous faites référence à un comité technique ministériel conjoint du 10 juillet, qui a favorablement accueilli l’objectif de déployer largement, via un séminaire, les bonnes pratiques en direction de l’encadrement et plus généralement d’agents en charge des ressources humaines. Ce souci nous apparaît louable. Nous espérons que vous serez en mesure de convaincre nombre de DDCS et DDCSPP de leur bienfondé afin qu’ils cessent de
s’illustrer dans l’ignorance de certaines déontologies basiques à l’origine des métiers techniques et pédagogiques des activités physiques et sportives et d’éducation populaire.

Sachez qu’en matière de discrimination, d’incivilités, de respect de l’individu, d’accessibilité à tous les handicaps, les réseaux de la jeunesse et des sports sont depuis toujours sensibilisés au quotidien à ces pratiques contributives à la mission de service public originale desdits réseaux. Nous espérons avoir fait vivre le label diversité avant même sa délivrance récente car il relève pour nous d’un b.a.-ba de l’action publique pour le sport éducatif, l’éducation permanente.

Nous concevons bien d’avoir toujours à apprendre en matière d’humanité et de plus grande concorde, aussi nous n’évacuons pas la nécessité d’affiner nos pratiques, de toujours mieux interroger les dispositifs et la réglementation en vigueur contre les discriminations sous toutes leurs formes. Cependant nous interrogeons le
cadre proposé. Un séminaire en amphithéâtre d’une journée nous apparaît correspondre à un cahier des charges un peu sommaire, prêtant le flanc à n’être perçu que comme un simple moment de médiatisation.

Nous n’étions pas au CTM du 10 juillet dernier pour des raisons que ni vous, ni nos ministres, n’ignorez. Sans avoir de leçon politique à formuler, il peut apparaître éventuellement utile à l’administration récemment labellisée de s’appliquer un questionnement interne pour examiner ce qui génère le phénomène d’exclusion. Ce dernier peut être induit – et non visible mais à traiter – ou vérifié – donc plus facile à appréhender et évaluer. N’y aurait-il pas de discrimination larvée ou exprimée dans nos administrations, établissements et services ?

La RGPP a créé une souffrance au travail importante. Elle est toujours à l’oeuvre faisant disparaître des emplois et missions dans tous les pans des ministères sociaux, ouvrant les ARS à des formes rampantes ou délibérées de précarisation. Le réseau jeunesse et sport, contrairement aux assertions convenues venant de votre DRH ou du secrétariat général, est en train de disparaître sur l’autel de la réduction recherchée des corps, des transferts et privatisations.

Il y a une forme d’ironie à prétendre nous « présenter les procédures et pratiques exemplaires en matière de
RH » alors que nous ne voulons plus de cette RH que nous subissons dans une logique interministérielle destinéeà nous faire disparaitre, nous et nos missions.

Nos ministres et vous-même ne comprendrez probablement jamais le profond malaise de collègues en déshérence avec tout le délitement que cela produit pour tout le monde, y compris pour les corps intermédiaires régulateurs que sont les syndicats. Nous vivons des phénomènes classiques d’assimilation, d’acculturation. Ces mécanismes sont à l’oeuvre à l’échelle de notre fragment de RGPP appliquée aux ministères sociaux, aux DDCS et DDCSPP.

Il y a une bien une singulière ironie, à moins que ce ne soit autre chose, à nous inviter à un moment dédié à la lutte contre les discriminations alors que nous avons le sentiment qu’elle nous est appliquée sous des formes à peine voilées. Mais notre remarque est-elle recevable par une GRH interministérielle, qui désormais labellisée, ne peut avoir aucune aspérité sur le sujet ?

Nous vous assurons, Madame la Directrice, de nos meilleures civilités.