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Paris, le 29 janvier 2014

CNOSF
Monsieur Denis MASSEGLIA
Président du CNOSF
Maison du sport Français
1 avenue Pierre de Coubertin
75640 PARIS Cedex 13

Objet : Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi (février 2014)

 

Monsieur,

Notre organisation syndicale milite pour des jeux sportifs internationaux à visée humaniste, émancipateurs et favorisant l’amitié entre les peuples, dans le cadre olympique ou non.

En relation avec cette ambition, il nous apparait que la préparation des Jeux Olympiques de Sotchi, dans de multiples aspects, entre en conflit avec les valeurs démocratiques et émancipatrices que l’on veut voir porter à tous les niveaux dans la pratique du sport et dans ses conditions de mise en œuvre.

Citons quelques aspects inacceptables, non exhaustifs et sans hiérarchie :

  • la question du coût historique et indécent de ces J.O, de l’ordre de 35 milliards d’euros, à l’heure où des besoins sociaux fondamentaux, notamment dans le pays d’accueil, la Russie, ne sont pas satisfaits ;
  • les dégâts écologiques et environnementaux liés au choix de ce lieu pour ces J.O et aux moyens utilisés pour construire les infrastructures et le milieu artificiel ;
  • Le non-respect des droits des travailleurs en particulier migrants et les dérogations néfastes autorisées par la Douma sur le droit du travail (la confédération syndicale internationale ne cesse de dénoncer ces graves atteintes) ;
  • La loi pénalisant la « propagande »  homosexuelle contraire à un des articles de la charte olympique ;
  • Le régime pour le moins autocratique et ultra sécuritaire, bafouant les libertés d’expression en particulier des journalistes, d’hommes politiques et des ONG avec l’utilisation de moyens répressifs inacceptables. Sans oublier les expropriations et expulsions de population qui ont déjà eu lieu.

Ces jeux sont significatifs de l’emprise économique et marchande de plus en plus grandissante à tous les niveaux qui ne cesse de transformer ces types d’événements en opérations de business pour nombre d’entreprises, notamment commerciales, qui sont pour certaines néfastes à la santé et contraire à certains objectifs de la pratique sportive (cf par exemple Mac Do et Coca-Cola responsables à leur niveau du développement de la pandémie d’obésité).

La pratique sportive dans ces conditions prend une dimension particulière et ne peut se réfugier dans l’argument fictif de l’« apolitisme ». Les Etats qui se réclament de la démocratie, le mouvement sportif et les sportifs de haut niveau eux-mêmes ne peuvent être indifférents au contexte de ces jeux, aux problèmes qu’ils posent en termes économique, social, écologique, de droits de l’Homme, etc, sauf à devenir complice de fait. Rien ne serait pire que le silence.

Nous savons que le choix politique du gouvernement français est de ne pas envoyer nos plus hauts représentants politiques, à l’instar du gouvernement américain, ou comme l’on fait savoir, entre autres, le Président allemand et Madame Reding, vice-présidente de la commission européenne, de ne pas se rendre à ces jeux. Choix symbolique mais par ailleurs facile puisque rares sont les présidents ou premiers ministres qui assistent à l’ouverture des JO d’hiver, où que ceux – ci soient organisés.

Le SNEP-FSU n’a pas fait le choix, d’un appel au boycott mais cela ne l’empêche pas de dénoncer l’ensemble des éléments inadmissibles dans l’organisation et la réalisation de ces Jeux. Il est nécessaire de critiquer et d’agir pour que puissent s’exprimer véritablement l’amitié et la solidarité entre les sportifs et les peuples. La contestation internationale de diverse nature (non gouvernementale, politique,…) semble avoir entraîné dernièrement quelques inflexions significatives et positives de la part de Monsieur Poutine. Il faut donc continuer à maintenir la pression et les critiques pour d’autres changements.

En tant que représentant du mouvement sportif olympique Français, nous attendons du CNOSF et de ses représentants une attitude de clarification, des prises de position fortes et une dénonciation des aspects inacceptables de la situation.
Nous vous demandons également d’intervenir auprès du CIO, pour que ce dernier, organisateur de ces jeux, fasse respecter à tout le moins la charte olympique. Celle-ci stipule par exemple la promotion « d’une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine »,  de créer « un style de vie fondé sur le respect des principes éthiques fondamentaux universels », ou encore que « toute ségrégation soit parfaitement interdite, qu’elle soit raciale, de religion, de couleur ou autre sur le territoire olympique… »

Plus généralement, il nous semble indispensable, Monsieur le Président, que vous impulsiez au nom du CNOSF et au sein du CIO une réflexion et des actions au plan international, entre toutes les parties concernées (Etats, mouvement sportif, partenaires, …) pour  que les conditions d’organisation et de compétition des évènements sportifs internationaux soient revues afin que soit garantis à la fois une pratique sportive humaniste, démocratisée, émancipatrice mais aussi le respect de règles décentes aux plans économique, social, écologique. Le CNOSF s’honorerait à lancer une initiative en ce sens. 

Espérant que notre courrier retiendra toute votre attention, recevez, Monsieur le Président, l’expression de nos salutations respectueuses.

 

Serge Chabrol,
Secrétaire Général
Pascal Anger,
Secrétaire National