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Réponses du SNEP à quatre questions
de la commission sportive du PCF

 

Analyses et propositions du SNEP (13 avril 2011)

  1. Les représentants du personnel et les syndicats ont été exclus des débats de l'Assemblée du sport. Comment expliquez-vous cela? Avez-vous une réponse de la Ministre ?

Rappelons qu’il a déjà existé un CNAPS (Conseil National des APS) créé par la loi Avice de 1984, mis en place par MG Buffet en 2002 et supprimé par Bachelot-Laporte en 2009, au nom de l’idée que ce Conseil ne servait à rien, et coûtait cher ! Ce CNAPS avait toujours été contesté par le CNOSF qui le percevait comme une institution concurrente car le dépossédant de la «  légitimité » de représenter tout le sport.
Aujourd’hui, cette Assemblée se construit à partir d’une vision fausse du sport dans la société. Sous pression du CNOSF, 4 piliers (CNOSF, Etat, collectivités territoriales, MEDEF) seraient constitutifs de la « gouvernance » du sport ; cette vision restrictive écarte en fait tous ceux que le sport mobilise et qui font qu’il est un fait social majeur. Le sport ne  repose pas sur 4 pieds parce que, dans la vie réelle, il est un mille pattes ! Donc, les composantes devant participer à cette Assemblée devraient être bien plus larges.
Nous contestons d’abord la démarche retenue pour constituer cette Assemblée du sport. L’urgence de l’idée a fait la méthode : Trois réunions rapides des 6 groupes de travail puis une synthèse ! Un document préparatoire qui oriente a priori les débats… Le présupposé de cette idée est clair : laisser croire que des propositions décisives se préparent alors que tout indique que le gouvernement a tiré un trait sur le sport pour toute la population ; l’heure est donc à l’affichage.
 Un débat plus largement public s’impose, décentralisé et organisé dans un temps suffisamment long. Toute autre méthode n’est que manœuvre politicienne.
En fait cette démarche ministérielle - soutenue par le CNOSF qui n’accepte même pas l’idée que la « société civile » puisse se mêler à la réflexion sur le sport car elle risquerait de « polluer » les débats ! – masque plusieurs stratégies :

  • la société civile de Mme Jouanno,  semble plus représenter un aréopage de connaissances susceptibles de lui apporter éventuellement quelque soutien face aux autres composantes ; cette « société civile » est amputée d’une partie de ses composantes, syndicales, associatives, culturelles et sociales et dont le dynamisme n’est pas à démontrer.
  • faire en sorte que le mouvement sportif demeure éloigné de toute rencontre avec la société et des questions qui risqueraient d’être posées dans ces débats ;
  • tenter un élargissement de la gouvernance du sport en l’arrachant aux velléités exclusives du CNOSF ;
  • accessoirement, promouvoir sa propre personne dans les médias.

La ministre s’enferme et ne reçoit pas les organisations syndicales (cinq mois après sa prise de fonction), ce qui démontre une capacité de dialogue social assez faible… 

  1. Quelles réactions ou actions envisagez-vous ?

D’abord élargir le front des « exclus » même si nous savons que la tâche est difficile. Nous envisageons de multiplier les analyses que nous entendons diffuser à tous les niveaux territoriaux du mouvement  sportif. La RGPP a créé de tels dommages dans la présence étatique que les besoins d’interlocuteurs informés dont le mouvement associatif a besoin, sont sans réponse quand les questions sur l’avenir sportif montent dans leurs préoccupations. Quand on voit combien les compétences des professeurs de sport dans les nouveaux services déconcentrés et établissements, sont bradées, c’est un gâchis inacceptable !

  1. Comment interprétez-vous la sur représentation du Medef dans les ateliers ?

Le MEDEF y est largement représenté, surreprésenté, alors que le patronat ne se distingue pas particulièrement par des politiques sportives dynamiques dans les entreprises. Le MEDEF bénéficie, de la part des dirigeants du CNOSF, et du gouvernement (c’est bien plus évident) d’un préalable de sympathie qui tient aux rapports noués à partir des financements que les grands (et plus petits) évènements appellent. La « manne » financière  est faible (8% du financement total du sport), sans être négligeable ; elle bénéficie à des partenaires ciblés. L’opération actuelle vise à accompagner en douceur l’expansion de la privatisation du sport.

Des entreprises adhérentes du MEDEF exercent une pression interne afin que le milieu sportif se structure au mieux de leurs intérêts (cotations, paris, règlementations sur les formations, médias, etc.). Le sport en entreprises a été totalement dévitalisé et dans le même temps, sponsoring, mécénat et fondations, sont sa perspective. Les entreprises veulent financer le sport comme elles financent d’autres besoins sociaux, non pas par philanthropie mais parce que cela relève d’une vision du salarié au service de l’entreprise.

Cette approche vis-à-vis du MEDEF, fortement soutenue par le CNOSF, est d’autant plus contestable que celui-ci est parfaitement muet sur le financement du sport par l’Etat (0,14% du budget) tandis qu’il aurait tendance à être exigeant à l’égard des  collectivités locales, dont il craint la défection !

  1. Quelles sont vos attentes d'une telle instance de concertation nationale, quels sont les sujets prioritaires pour l'avenir du sport en France ?

Écarté de cette instance et tout en connaissant ses limites, le SNEP revendique cependant d’être entendu. La multiplicité des engagements de nos syndiqués (enseignants d’EPS et professeurs de sport), leur expérience sportive, scolaire et sociale les met à des carrefours incontournables.

La mutation du sport est culturelle, sociale, économique et éthique. Mutation des besoins, crise endémique des structures, transformations de l’engagement bénévole, financiarisation de son développement, etc. Parallèlement, le sport s’est considérablement socialisé et est devenu partie intégrante du développement de l’individualité moderne ; il devrait constituer une forme d’éducation permanente intégrée à la vie quotidienne. Cela ne se fera pas sans efforts politiques considérables, bien au-delà des simples tentatives actuelles de faire « bouger » tous les français. Tous les ingrédients existent pour tenter de refonder une vision de l’intérêt général sur ce secteur, vision que l’Etat à abandonnée et dont il a organisé une partition condamnant  chacun des acteurs à trouver sa niche de survie. Sport professionnel tenté par le modèle américain, sport de compétition à usage des grandes confrontations internationales et exclusivement lié à la représentation étatique, sport des pratiques de tous, organisé autour des compétitions, loisirs etc. à usage local ou privé et dont l’Etat a abandonné le développement.

Les composantes du « modèle sportif français » doivent certainement être réexaminées dans le sens d’une présence plus forte des charges de service public ; il faut revenir sur les décisions RGPP qui ont  amputé la capacité d’intervention de l’Etat, rééquilibrer les missions des établissements trop exclusivement liées au sport de haut niveau (INSEP, écoles et CREPS), rouvrir les établissements fermés.

L’axe central devrait se déployer autour d’un projet national concernant l’ensemble des partenaires liés au développement du sport ; un Conseil Supérieur des sports, plus ambitieux que l’Assemblée en marche. La démocratisation des APS devrait être sa ligne directrice et donc impulsée par un budget nettement plus conséquent (porté rapidement à 5mds). Ce projet national devrait aider à la dynamisation des services publics locaux du sport, porteurs d’actions publiques vers tous les publics en même temps que le mouvement associatif serait soutenu dans ses démarches propres. Associations familiales, centres sociaux etc. devraient être soutenus lorsqu’ils portent des projets sportifs ; cela implique que l’Etat se donne des moyens humains d’agir.

L’action de l’Etat doit être réhabilitée et le montant de son budget (en termes financiers et humains) sera le signe de sa conviction. Les ressources du CNDS devraient devenir des ressources d’appoint dans le développement du sport et ciblées sur des projets particuliers ou comme caisse de compensation des inégalités.

Une urgence : parier sur l’éducation !

Enfin, ces questions sont indissociables des perspectives de développement de l’EPS dans le système éducatif. Celle-ci demeure, pour la grande masse des jeunes, sans discriminations, la seule assise du sport pour tous et de qualité. De même le sport scolaire demeure une des initiations de masse à la pratique compétitive, diversifiée et d’accès aux responsabilités associatives et officielles. EPS et sport scolaire demeurent les piliers pour l’engagement de tous les jeunes dans l’activité physique. Leurs moyens publics (crédits, postes) doivent être confortés.

Les politiques successives de substitution, complémentarité, pour quelques-uns au détriment de tous, doivent être abandonnées. Une politique de développement de l’EPS doit être programmée : montée en puissance vers la pratique quotidienne de tous les élèves, avec l’objectif de revenir aux 5h hebdomadaires ; Dans les programmes scolaires, la disjonction entre les contenus de l’EPS et ses références sportives, s’accentuent ; une sorte de développement séparé s’instaure en lieu et place d’une « contamination » réciproque fructueuse ; une commission mixte EPS/sport pourrait être mise en place afin de réfléchir à un développement de la culture physique de tous. Cette problématique devrait être dégagée de tout préalable rythme scolaire (commission Chatel d’aujourd’hui) ou « complémentarité » (accompagnement éducatif ou sport l’après-midi).

Le maillage du territoire en équipements sportifs pour tous, doit être décidé, avec le concours financier de l’Etat, afin de rattraper progressivement le retard considérable accumulé par notre pays.