| NOTE SUR LE RAPPORT D’AUDIT
RGPP2 (Note de J. Lafontan)
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le texte
RGPP2 : PLACE NETTE AU PRIVE !
DISPARITION DES CADRES
SUPPRESSION DES REGLEMENTATIONS POUR LA FORMATION
ABANDON PAR L‘ETAT DE L’ESSENTIEL DE SES MISSIONS
NE RIEN CONCEDER A CES PROPOSITIONS
- Ce rapport fait
par un auditeur de l’IGASS
(inspection des affaires sanitaires et sociales) a pour but de nourrir
en propositions les décisions du prochain CMPP en vue de la
RGPP2. Nous savons que celle-ci va être plus meurtrière
que la 1 ; Mrs Fillon et Woerth l’ont répandu à plusieurs
reprises. Les hauts fonctionnaires missionnés, « ergépépistes » convaincus,
proposent tout ce qu’ils jugent possible, dans la plénitude
de leurs convictions et de « l’air du temps » qu’ils
interprètent. En ce sens ils reflètent des débats
plus ou moins publics et que certains groupes de réflexion alimentent.
Ces propositions sont tout sauf des élucubrations. Elles reposent
sur le présupposé libéral que le service public
est trop étendu et qu’il peut être une source considérable
de récupération de moyens et source d’économies.
La RGPP1 a bien défendu cette orientation. Jugée décevante
malgré tout, la deuxième vague doit être – et
va être- plus meurtrière. L’auteur du rapport voit
bien la difficulté d’aller au-delà des propositions
de la première vague et cela, sans casse : « … avec
l’application du non-remplacement d’un départ à la
retraite sur deux, l’Etat ne pourra pas mener à bien à la
fois sa politique en faveur du sport de haut niveau et sa politique
de développement de sport pour tous, dans le cadre de la politique
générale de cohésion sociale, sans une réforme
importante de ses modalités d’action. ». L’aveu
est de taille et ne fait que confirmer ce que nous avons toujours dit
dans nos annalyses.
- Rappelons d’abord la conception
du service public du sport « à la française »
a. Une
vision globale du sport qui associait le sport pour tous au haut niveau
avec une valorisation forte des rendez-vous internationaux. L’Etat
s’est érigé en responsable des politiques
sportives et a délégué aux fédérations
une mission de service public.
b. Une administration classiquement organisée (selon la tradition
française) dotée de moyens de financement (qui ont
décru avec le temps) et impulsant une politique d’équipements
(lois programmes), de formation de cadres, d’encadrement règlementaire
des pratiques et des fédérations etc. (lois successives
puis Code du sport, présentement).
c. Un consensus rugueux avec le mouvement sportif
qu’il a lui-même
constitué (CNOSF en 1972).
Cet ensemble a produit des résultats sportifs (dans les confrontations
internationales et le développement des pratiques) non négligeables
et qu’il faudrait certainement examiner avec soin.
Ce dispositif est à reprendre ; il n’est pas à mettre à bas.
Les profondes mutations des pratiques physiques et sportives appellent
un service public qui veille à des adaptations afin de préserver
les missions de service public, d’encadrer sa marchandisation et
de les garder dans un espace éducatif tant leur impact social
est grand. Cette option n’est pas celle choisie par le gouvernement
en place.
3. Les
propositions de
l’auditeur.
- Se demande s’il faut persister dans le maintien d’une
règlementation des métiers du sport ! Voilà un
vrai scoop. L’annonce étant rude le rapporteur propose
une étude de benchmark pour démontrer que la France est
vraiment hors norme ! Les diplômes sont attaqués
comme inadaptés, pourtant produits par le ministère lui-même
(et parfois le mouvement sportif). Il propose des diplômes croupion
(passer de 10 UC à 4/5). Ce débat est ouvert, il risque
d’être rapidement refermé.
- Quant aux CTS, la mission propose leur suppression
et leur remplacement par des salariés de droit privé, passée la période
des conventions d’objectifs liée aux jeux de Londres !
Cette proposition est avancée à partir du constat-guillotine
que le système CTS est un dispositif à bout de souffle.
Ceci est d’autant plus curieux que les arguments examinés
sont le résultat d’une gestion contestable des ministres
successifs de ces cadres et renvoi même aux critiques que le
SNEP avait développées lors de la mise en place de ce
corps… « La « recentration » de
l’Etat sur ses missions de base ne demanderait pas ce type de
compétences, la responsabilité des recrutements est renvoyée
au mouvement sportif, dont il feint de comprendre qu’il le demande
avec quelques garanties cependant (avoir la main haute sur le CNDS).
- Le haut niveau doit être préservé et son identification
dans l’Etat est défendue (création d’une
agence…) ; quant au sport de masse, mêlé avec
la politique de cohésion sociale, le rapporteur est contraint
de feindre la prudence : « [supprimer les CAS] un
tel affichage reviendrait à condamner symboliquement (noter
le terme !) la politique de développement du sport
dans les DD et DR, ce qui n’est absolument pas l’objectif
de la réforme (nous n’avons pas la même lecture) ».Bref,
ce sursaut de lucidité est éteint quelques lignes plus
bas car le rapporteur se demande même si le recrutement de professeurs
de sport est utile à l’Etat et qu’il n’a peut être
pas besoin de leurs compétences !!
- Enfin, dans la même lignée des propositions précédentes,
la mission propose une « refonte globale et ambitieuse du
sport français » en faisant du CNOSF le centre de
ce dispositif. Ici, point de remarques pour étayer cette idée,
il faut croire qu’elle coule de source, qu’elle est évidente ;
en clair comment est-on passé « du constat d’incapacité du
mouvement sportif à se structurer et à se doter
des moyens de produire des sportifs de haut niveau capables de briller
dans des compétitions internationales » à la
situation actuelle ? Rien. Pourtant l’actualité pourrait
fournir de nombreux exemples justifiant l’incrédulité dont
l’Etat devrait faire preuve.
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4. Qu’en pensent le
Cabinet de Mme R. Yade et le CNOSF ?
- L’éclairage que nous apportent les contacts
avec le cabinet sont académiques, à savoir que celui-ci
tente de prendre ce rapport comme un buzz d’actualité,
n’en partageant ni la philosophie ni les propositions ;
un peu une « posture historique » liée à l’existence
de ce ministère.
- Le CNOSF est en appétit et son président,
avec toutes les précautions d’usage, tourne autour du
pot qui nous est présenté par le rapporteur. Des tractations
doivent se mener autour du CNDS qui devient le centre des enjeux, question
accentuée par la réforme des collectivités territoriales
et de l’avenir du financement du sport. Nous comprenons mieux
les signes détectés par l’auditeur qui pense, à juste
titre, que c’est l’attitude du mouvement sportif qui est
la clé des solutions. Il n’est pas sûr qu’il
soit de l’intérêt de toutes les fédérations
de sombrer dans le dispositif présenté…
En résumé : Ce
qui nous est proposé là n’est rien d’autre
que la suppression de tout ce qui a été bâti dans
ce secteur. C’est totalement condamnable. De telles propositions
dessinent les perspectives les plus abouties de ce « ratatinage » général
des politiques publiques. En clair, le gouvernement offre comme seule
perspective aux personnels d’admettre leur inutilité sportive
au nom d’une politique qui n’a tracé aucune alternative.
Quoiqu’il advienne de ces propositions, et nous
nous battrons pour qu’elles n’adviennent pas, elles sont
indicatrices de cette montée en puissance de l’appétit
des structures privées (dont Lagardère, mais aussi les
sociétés sportives sont les représentants les plus
agressifs) et qui ont une oreille très attentive du côté du
gouvernement actuel :
- Fameuse proposition de loi Cochet, signée par
50 parlementaires et qui ne visait rien moins qu’à transformer
tout le secteur hors compétition officiel en un vaste réservoir
de marchandisation et hors Code du sport !
- Récent projet de loi « pour la compétitivité et
l’éthique du sport » qui ne vise rien moins
qu’à « libérer » les sociétés
sportives de la tutelle des associations sportives. Nous y reviendrons.
La réforme actuelle des collectivités locales,
qui vient de supprimer la compétence générale aux
conseils généraux et régionaux va restreindre l’emprise
publique sur ce secteur.
Cette RGPP2 est bien la pièce du puzzle qui vise à effacer
durablement le poids des politiques publiques comme ressort de la démocratisation
des pratiques.
Ce gouvernement construit les inégalités sociales ;
ses propositions doivent être fermement combattues. |