|

Le sport français «monte au créneau»
Article de presseocean.fr du 21 octobre 2009

Denis Masseglia, le président du CNOSF, craint les conséquences de la réforme des collectivités territoriales.

Denis Masseglia, le président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), était à Nantes samedi à l'occasion de la signature du plan nautique. L'occasion d'évoquer la prochaine réforme des collectivités territoriales et son impact sur le sport en France.

La réforme des collectivités territoriales qui va être discutéeen conseil des ministres, avant de passer devantle Parlement, inquiètele monde sportif...

« En effet, le projet prévoit que les départements et régions n'auraient plus la compétence pour s'impliquer dans le financement du sport. Or, jusqu'à présent 1 milliard d'euros est investi dans le sport par les régions et départements. »

On parle quand même de garder la possibilité de financements croisés pour les équipements sportifs !

« Même si c'est le cas, on va vers l'obligation pour le maître d'ouvrage de mettre au minimum 51 % de la somme, ça veut dire que les communes rurales n'auront pas les moyens de financer les équipements nécessaires. »

Les conséquences ?

« On estime, nous, que le montant de la perte de financement pour le sport français représentera de sept cents millions à un milliard d'euros. Ça fait entre cinq et six fois le montant du CNDS (Centre national pour le développement du sport) et pratiquement cinquante fois ce que l'on pourra tirer des paris sportifs. »

Concrètement, que peut faire le mouvement sportif ?

« On a déjà alerté les pouvoirs publics. Maintenant on va monter au créneau, faire tout ce qu'il faut pour sensibiliser députés et sénateurs sur les conséquences. Non seulement pour le sport de haut niveau - à la limite ce n'est pas ça qui compte - mais aussi sur l'activité générale des clubs en terme d'éducation et de lien social. Peut-être n'a-t-on pas suffisamment dit ce que le mouvement sportif apportait à l'équilibre de la société française ? »

Peut-on imaginer vous voir descendre dans la rue ?

« Ce n'est pas notre métier. Il y a des outils que l'on peut utiliser qui sont liés à la communication. Faire savoir les risques que l'on fait courir à la société française, ça peut être percutant. Le monde sportif n'a pas assez fait savoir ce qu'il était, ce qu'il faisait, ce qu'il représentait. On ne veut pas faire de politique, seulement sensibiliser tout le monde sur les dangers de la réforme des collectivités. »

Vous avez évoqué les pouvoirs publics,avez-vous déjà échangé avec leurs représentants ?

Rama Yade (la secrétaire d'État en charge des Sports) a dit qu'elle était de notre côté. Quant à Brice Hortefeux (le ministre de l'Intérieur en charge des collectivités territoriales), à qui j'ai écrit, il m'a dit qu'on n'avait pas d'inquiétude à avoir. Mais entre ces réponses et le texte de loi tel qu'il est actuellement prévu, il y a un écart certain qui, je le répète, crée de la préoccupation et de l'inquiétude. »

La suite ?

« Il faut être vigilant et dire sans relâche que le mouvement sportif à un rôle à jouer dans l'équilibre de la société française. Dire que ce qu'il perçoit comme argent public, c'est de l'argent bien investi. »

Un dernier argument ?

« On nous parle de rayonnement de la France et de volonté d'accueillir de grandes manifestations. Mais avant cela, il faut qu'on se pose la question de savoir si on est bien pourvu. Sans parler des stades de football, on a indiqué à la ministre le rang des salles susceptibles d'accueillir des grands événements : Bercy est au 20e rang européen, Pau, le deuxième français, au 150e. On n'est pas du tout à la pointe en termes d'équipements. Actuellement, on est incapable de prétendre à un mondial de basket... »

Propos recueillis par Jérôme Le Garrec

repères

Qu'est-ce que la clause de compétence générale ?
La clause de compétence générale permet aux collectivités de financer les domaines (sport, culture...) de leur choix. La réforme des collectivités territoriales n'accorderait plus cette compétence générale qu'aux seules métropoles, communes et intercommunalités. Les régions et départements n'auraient plus que des compétences spécialisées à définir dans une prochaine loi.