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Réforme des collectivités territoriales et suppression de la taxe professionnelle : Inquiétudes pour l’EPS et l’AS.

 

Les enseignants d’EPS que nous sommes le savent bien : depuis 1982, début de la mise en œuvre de la décentralisation, c’est l’intervention incessante du SNEP avec la profession qui a permis d’obtenir des collectivités locales et territoriales, des avancées en matière de financement d’équipements sportifs pour l’EPS et de moyen pour le fonctionnement de l’EPS et du sport scolaire.

En effet, entre 1983 et 1985, les chapitres budgétaires spécifiques à la construction d’équipements sportifs correspondants aux subventions antérieures de l’Etat, ont été transférés aux collectivités, mais globalisés avec d’autres. De la même façon, dès 1986, les crédits EPS dits « franc-élève », prévus antérieurement pour les transports d’élèves, locations d’installations, achats et entretien de matériel, ont été globalisés avec ceux des autres disciplines au chapitre « crédits pédagogiques » du budget des établissements.
Les risques pour l’EPS, engendrés par cette nouvelle donne politique, ont immédiatement été perçus par le SNEP, d’autant plus que parallèlement, la loi sur le sport de 1984 se contentait de poser la question des installations sportives pour l’EPS en termes peu contraignants : « Lors de l’établissement du schéma prévisionnel des formations, il est tenu compte (…) de la nécessité d’accompagner toute construction d’un établissement scolaire des équipements nécessaires à la pratique de l’Éducation Physique et Sportive ».
Malgré tout cela, on peut faire le constat qu’aujourd’hui, des avancées, certes inégales en fonction des départements et régions, mais importantes, ont été obtenues en matière de financement de l’EPS et d’installations sportives.
Quelles en sont les raisons ?

  • L’important travail du SNEP, avec ses responsables départementaux et académiques, d’intervention régulière auprès des collectivités territoriales pour expliquer et plaider les besoins de l’EPS,
  • L’élaboration des référentiels, qui a fait du SNEP un interlocuteur incontournable, reconnu pour son expertise en matière de conception d’équipements sportifs,
  • L’article 1er de la loi du 2 mars 1982 qui dispose que « les communes, les départements et les régions s’administrent librement par des conseils d’élus »,
  • L’existence de la clause générale de compétence, qui permet aux collectivités d’agir, au niveau du fonctionnement et des investissements, pour des missions hors de leurs compétences institutionnelles, dès lors que la loi ne l’interdit pas explicitement.

Or c’est justement cette clause de compétence que le projet de loi actuel de réforme des collectivités territoriales prévoit de retirer aux départements et aux régions, bafouant par là même le principe de libre administration.
Le SNEP trouve une source d’inquiétude supplémentaire dans les recommandations du rapport Balladur, retenues par le gouvernement. En effet, il prévoit que seules les collectivités locales (communes, métropoles et intercommunalités), auraient désormais compétence en matière de construction d’équipements sportifs, et ce, au moment où le Président de la République a décidé de les priver de leur principale ressource financière que constitue la taxe professionnelle ! Les financements croisés ne pourraient perdurer que si le maître d’ouvrage (collectivité locale) apporte au minimum 51 % du coût total de l’opération : mission impossible, notamment pour les communes rurales.
Aujourd’hui, rappelle Alain Le Vern (voir sur le site du SNEP), président du conseil régional de Haute Normandie, dans une interview accordée au SNES dans « l’US magazine » : « avec la taxe professionnelle, pour 100 € de recettes fiscales, 51 viennent des entreprises, 49 des ménages. Demain, 73 seront prélevés sur les ménages… »
On peut donc parier que face à l’augmentation inéluctable des impôts locaux, les communes feront le choix de réduire le financement de ce qui, de l’avis général, peut sembler le moins indispensable à la population : le sport et la culture !
11000 maires de toute appartenance politique, réunis en congrès mi-novembre, ont rejeté à l’unanimité ce projet de réforme. Les conseillers généraux et régionaux, qui se verraient (entre autres) interdire le financement de nombreux services rendus aux habitants, y sont également massivement opposés.
Les convergences d’intérêts entre les revendications du SNEP, et l’opposition des élus locaux et territoriaux à ces réformes et leurs conséquences prévisibles, doivent être mises à profit par la profession et les responsables du SNEP pour développer l’action à ces niveaux décentralisés :

  • en exprimant leurs inquiétudes et exigences à l’occasion de la tenue des conseils d’administration des établissements scolaires,
  • en s’adressant aux élus des villes, départements et régions, et en demandant à les rencontrer, notamment à la veille des élections régionales,

Le CNOSF, par la voix de son président Denis Masseglia (1) exprime des craintes qui rejoignent les nôtres, concernant le financement futur du sport et des équipements. Il estime que cette réforme pourrait se solder par une perte de 700 millions à 1 milliard d’euros pour l’activité des clubs ! Une occasion de prendre ou reprendre contact avec le mouvement sportif, à ne pas manquer.

Martine Le Ferrand

    • voir interviews dans « Presse Océan » et « L’Humanité » sur le site équipements du SNEP.