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EPS / société / 2000

Il est (et il sera) nécessaire de procéder régulièrement à l’examen de l’état des rapports entre, d’une part l’EPS et la profession et, d’autre part la situation du sport et plus généralement des APSA dans notre société, en France certes, mais avec un œil sur l’Europe… et le monde. C’est une des tâches du Congrès.

Où va le sport aujourd’hui ? Les mots dopage, mainmise financière, corruption, surdose télévisuelle, violence, s’imposent d’emblée. Soyons lucides, mais résistons quand même à cette dérive intellectualiste qui fait tomber dans un certain catastrophisme confortable. Voyons aussi la diversité et l’élargissement des pratiques, le progrès des performances humaines, les réussites d’aventures sportives individuelles ou collectives qui font rêver au-delà du quotidien. Voyons surtout les besoins sociaux nouveaux.

Comment notre Société gère-t-elle tout cela ?

La " Gauche plurielle " a-t-elle une politique qui cherche à orienter les choses ou qui laisse faire ? A quoi peut servir un projet de loi et à quoi sert le Ministère de la Jeunesse et des Sports indépendamment de la cote d’estime de sa titulaire ?

Mais que font aussi les conseils régionaux, généraux, les mairies en matière d’animation, d’encadrement, d’équipement ? Que font également les associations, fédérations avec la crise actuelle du bénévolat et des formes institutionnelles anciennes ? Que fait enfin le secteur privé qui s’adapte intelligemment à tous les marchés potentiels ?

A ces grands paramètres s’ajoutent aujourd’hui des initiatives politiques qui tentent de traiter le chômage et la crise de l’emploi.

Ainsi, les emplois-jeunes ont une double interférence dans le secteur des APS mais aussi dans l’école avec les aides éducateurs.

Alors au total quel choc en retour de tout cela sur le service public d’EPS ? Comment en tenir compte dans notre bataille pour la démocratisation de l’EPS et du sport scolaire, dans notre volonté de contribuer aux transformations qualitatives nécessaires de l’EPS elle-même et de la profession ?

Cela fait beaucoup de questions, pointons seulement quelques enjeux :

Vous avez dit " Services publics " ?

Le sport, comme l’audiovisuel, le cinéma, n’échappe pas à la dure loi du libéralisme. Il y a même explosion du marché.

Un état de droit, un état social va-t-il pouvoir réguler, orienter ? On est au cœur de l’enjeu politique du moment.

Le débat sur le projet de loi a été significatif : Des forces puissantes s’opposent à tout ce qui serait contrôle politique des logiques financières et elles préféreraient qu’il n’y ait pas de loi du tout. D’autres tentent de ménager la chèvre et le chou et n’osent pas poser le problème d’un vaste service public, certes profondément démocratisé et décentralisé, mais qui ferait prévaloir l’intérêt général. On l’a vu avec le dopage : compétence stricte du mouvement sportif ou problème de santé publique ?

On le voit aussi avec la formation des cadres où l’esprit de boutique des fédérations joint à une vision pauvre d’animation sociale du ministère aboutit à oublier l’existence des 45.000 étudiants en STAPS qui, certes mieux formés, pourraient répondre aux besoins.

Le 1er degré en concurrence

Avec les intervenants extérieurs et aujourd’hui les aides éducateurs, la société répond comme elle peut aux besoins d’EPS dans le 1er degré. Doit-on prendre acte que l’on passe du maître au contremaître, du polyvalent unique au coordonnateur de partenaires comme le propose Allègre. Est-ce irréversible ? Comment, à partir de ces réalités ouvrir une autre perspective, ne pas lâcher, peut être dans des formes nouvelles, l’idée forte de compétences dominantes ? Faut-il ouvrir en même temps un nouveau front : celui des qualifications exigibles de ces aides éducateurs en EPS … dans la perspective de rejoindre le niveau enseignant…sulfureux… mais… ? du pain sur la planche pour le SNUIPP et le SNEP !

L’exemple de la série EPS au bac

Il est frappant de constater combien nous et les autres, sommes marqués par une vision " EPS générale " et combien il est difficile de relier contenu culturel exigeant en APSA et utilité sociale de ces contenus dans une perspective professionnelle alors que de l’autre côté la société fait n’importe quoi en matière de qualification. Sommes-nous encore victimes de " l’inutilité " de l’EPS, du supplément d’âme ou de corps alors que la fonction sociale des APSA prend de plus en plus de force. Leçon à méditer aussi dans les STAPS pour redescendre du ciel des abstractions universitaires. Dans le cadre de la diversification générale des seconds cycles, apprécions l’intérêt d’une option APSA renforcée.

Faire vivre culture et citoyenneté

Mais dans le second degré, sommes-nous mieux protégés de la concurrence extérieure ? Certes, il y a 30 000 enseignants et des horaires assurés mais demandons-nous de quel poids pesons-nous en regard des réalités des APS dans la Société ?

Et si on regardait le débat-programmes sous cet angle au delà de nos petites querelles mesquines et la tendance détestable de nos institutionnels à tout scléroser et académiser ? Faut-il animer une opération deuxième souffle pédagogique dans la profession en valorisant par exemple tout ce que les collègues font en matière de fêtes sportives et culturelles, autour et dans l’AS ? Même chose pour construire des pratiques sportives citoyennes !

L’idée du projet culturel et social n’a d’intérêt que si cela provoque des passages à l’acte. A Grandcamp-Maisy on avait évoqué l’idée de " micro-projet d’établissement ou d’équipe EPS ". Comment aider à briser le carcan du conformisme d’un faux œcuménisme pour afficher des projets pédagogiques explicitement engagés pour l’apprentissage d’un nouveau sport ?

Faut-il suggérer qu’un mouvement prenne forme, que des réseaux d’équipes volontaires échangent et se solidarisent sur cette base… Le SNEP, le Centre EPS – Société en rêvent. C’est un défi, un challenge que nous lance la Société.

Jacques ROUYER