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RAPPORT D’OUVERTURE
Présenté par J. LAFONTAN, Secrétaire Général
A LILLE le 15 mars 1999

logcongr99.gif (4559 octets)Chères et Chers Camarades

Sans l’avoir choisi, le SNEP tient son congrès à un moment crucial, qui voit se développer l’action avec une puissance et une mobilisation accrues depuis ces dernières années ; les débats autour de la nécessaire transformation du système éducatif, prend une vigueur nouvelle, faute de volonté politique de la part du ministre chargé des questions éducatives, et du gouvernement qui le soutient fermement.

Enfin, le récent retrait de notre secrétaire général fédéral de ses responsabilités, nous fixe de nouveaux défis collectifs, tant en interne qu’en externe, que nous devons surmonter rapidement si nous voulons garantir l’audience et la capacité de propositions de notre fédération, qualités qui l’ont placé en tête des votes de confiance des personnels de la Fonction publique d’Etat.

Au plan le plus général, voyons rapidement le panorama.

Les débats sur le développement de l’Europe et que les élections futures ont tendance à activer, surdéterminent nos propres questions nationales ; la politique sociale et économique du gouvernement de la gauche plurielle laisse beaucoup de questions sans réponse  même si des dossiers importants – parité, PACS, 35 heures, loi sur l’exclusion ont permis des avancées incontestables. A l’inverse, les privatisations partielles, les restructurations industrielles fracassantes, le diktat des actionnaires (Alcatel – Renault), les méga fusions bancaires…, suscitent beaucoup d’inquiétudes et de mobilisations de la part des salariés touchés.! Cette évolution suscite des interrogations sur la nature même des politiques qui sont menées : sociales-libérales ? néo-libérales ? et que sais-je encore… Bref, ne nous cachons pas les yeux pour savoir que tout cela crée un vrai trouble parmi nos personnels attentifs aux décisions qui les concernent professionnellement, mais aussi à toutes les décisions que ce gouvernement prend. Cela ne crée pas pour autant un gel de leur mobilisation lorsqu’ils estiment de leur droit le plus fondamental de s’engager dans la lutte lorsque telle situation leur apparaît insupportable sur leur établissement. Plus que les autres années, nous avons assisté à des grèves très fortes, mobilisant très largement les personnels (80-90 voire 100% de grévistes), sans que cela apparaisse comme une défiance à l’égard du gouvernement, mais plutôt comme autant de signes pour que celui-ci rétablisse ses priorités et fasse de l’école, comme de la santé la prochaine utopie, pour reprendre l’expression de Jacques ATTALI dans un article du journal Le Monde, maintenant fameux.

A travers cette remarque, ne lisons pas de quelconque connivences politiciennes avec un gouvernement de gauche qu’il faudrait épargner, mais plutôt une vraie question qui embrasse celle des possibilités de créer de vraies transformations sociales qui fassent durablement disparaître chômage, pauvreté, précarité dont près de 10 millions de nos concitoyens sont frappés. Cette question est essentielle pour nos responsabilités d’éducateurs, soucieux de transformer le système éducatif en une vraie chance pour tous, de développer une juste formation citoyenne de tous les jeunes capables de comprendre le monde et d’y trouver une place digne, c’est-à-dire d’avoir un emploi et un engagement correspondant aux exigences de notre temps. Cette tâche est devant nous. Elle est considérable. Elle nécessite l’énergie de tous parce qu’il n’y aura jamais trop de bras pour la réaliser. C’est pourquoi, on peut juger l’action de notre actuel ministre de l’EN comme étant une erreur politique fondamentale que d’être arrivé à avoir fait exploser tous les équilibres fragiles entre les diverses organisations, et de penser qu’il réalise un coup de maître alors qu’il en fait une vaste désolation.

Pour rester au général, il faut garder à l’esprit le mouvement de généralisation des échanges internationaux, que certains appellent " mondialisation " et qu’en son nom beaucoup de décisions sont prises, notamment la soumission de tous les peuples aux exigences capitalistes les plus fortes et qui ont conduit aux divers désastres financiers, dont la crise asiatique est une des dernières de l’actualité. Combattre les mafias internationales, réguler le marché mondial, arrêter le saccage de la planète, faire reculer la misère, revaloriser la chose publique, mettre fin à l’exclusion sociale, freiner l’exploitation du Sud : autant de problèmes qui nous interpellent et qui supposent une citoyenneté ouverte sur le monde. Le SNEP, sans se réfugier dans sa petitesse pour évacuer ces questions, ne doit-il pas aussi travailler ces questions afin de mieux faire comprendre à chacun le rapport de force à l’intérieur duquel nos propres revendications s’expriment ?  Une commission du congrès va chercher à réhabiliter cette intervention et fonder une approche syndicale de ces questions.

Sur ces problématiques rapidement esquissées, le congrès du SNEP doit pouvoir prendre le temps d’y réfléchir : analyser la situation, n’écarter aucune sensibilité, mais aussi produire des revendications susceptibles de rallier plus largement tous nos personnels et les mettre en rapport avec les autres organisations, d’enseignants, de parents, associations et mouvements que les questions de l’école mobilisent et avec qui, l’expérience récente nous le prouve, nous n’avons pas de convergences spontanées sur les objectifs, méthodes et moyens de transformer l’école. Tout cela est à réussir, c’est un travail de longue haleine mais qui est indissociable d’une professionnalité réussie et d’un métier qui répondrait mieux aux exigences de chacun.

Ayons cela en tête dans nos travaux qui vont suivre.