| RAPPORT
D’OUVERTURE
Sans lavoir choisi, le SNEP tient son congrès à un moment crucial, qui voit se développer laction avec une puissance et une mobilisation accrues depuis ces dernières années ; les débats autour de la nécessaire transformation du système éducatif, prend une vigueur nouvelle, faute de volonté politique de la part du ministre chargé des questions éducatives, et du gouvernement qui le soutient fermement. Enfin, le récent retrait de notre secrétaire général fédéral de ses responsabilités, nous fixe de nouveaux défis collectifs, tant en interne quen externe, que nous devons surmonter rapidement si nous voulons garantir laudience et la capacité de propositions de notre fédération, qualités qui lont placé en tête des votes de confiance des personnels de la Fonction publique dEtat. Au plan le plus général, voyons rapidement le panorama. Les débats sur le développement de lEurope et que les élections futures ont tendance à activer, surdéterminent nos propres questions nationales ; la politique sociale et économique du gouvernement de la gauche plurielle laisse beaucoup de questions sans réponse même si des dossiers importants parité, PACS, 35 heures, loi sur lexclusion ont permis des avancées incontestables. A linverse, les privatisations partielles, les restructurations industrielles fracassantes, le diktat des actionnaires (Alcatel Renault), les méga fusions bancaires , suscitent beaucoup dinquiétudes et de mobilisations de la part des salariés touchés.! Cette évolution suscite des interrogations sur la nature même des politiques qui sont menées : sociales-libérales ? néo-libérales ? et que sais-je encore Bref, ne nous cachons pas les yeux pour savoir que tout cela crée un vrai trouble parmi nos personnels attentifs aux décisions qui les concernent professionnellement, mais aussi à toutes les décisions que ce gouvernement prend. Cela ne crée pas pour autant un gel de leur mobilisation lorsquils estiment de leur droit le plus fondamental de sengager dans la lutte lorsque telle situation leur apparaît insupportable sur leur établissement. Plus que les autres années, nous avons assisté à des grèves très fortes, mobilisant très largement les personnels (80-90 voire 100% de grévistes), sans que cela apparaisse comme une défiance à légard du gouvernement, mais plutôt comme autant de signes pour que celui-ci rétablisse ses priorités et fasse de lécole, comme de la santé la prochaine utopie, pour reprendre lexpression de Jacques ATTALI dans un article du journal Le Monde, maintenant fameux. A travers cette remarque, ne lisons pas de quelconque connivences politiciennes avec un gouvernement de gauche quil faudrait épargner, mais plutôt une vraie question qui embrasse celle des possibilités de créer de vraies transformations sociales qui fassent durablement disparaître chômage, pauvreté, précarité dont près de 10 millions de nos concitoyens sont frappés. Cette question est essentielle pour nos responsabilités déducateurs, soucieux de transformer le système éducatif en une vraie chance pour tous, de développer une juste formation citoyenne de tous les jeunes capables de comprendre le monde et dy trouver une place digne, cest-à-dire davoir un emploi et un engagement correspondant aux exigences de notre temps. Cette tâche est devant nous. Elle est considérable. Elle nécessite lénergie de tous parce quil ny aura jamais trop de bras pour la réaliser. Cest pourquoi, on peut juger laction de notre actuel ministre de lEN comme étant une erreur politique fondamentale que dêtre arrivé à avoir fait exploser tous les équilibres fragiles entre les diverses organisations, et de penser quil réalise un coup de maître alors quil en fait une vaste désolation. Pour rester au général, il faut garder à lesprit le mouvement de généralisation des échanges internationaux, que certains appellent " mondialisation " et quen son nom beaucoup de décisions sont prises, notamment la soumission de tous les peuples aux exigences capitalistes les plus fortes et qui ont conduit aux divers désastres financiers, dont la crise asiatique est une des dernières de lactualité. Combattre les mafias internationales, réguler le marché mondial, arrêter le saccage de la planète, faire reculer la misère, revaloriser la chose publique, mettre fin à lexclusion sociale, freiner lexploitation du Sud : autant de problèmes qui nous interpellent et qui supposent une citoyenneté ouverte sur le monde. Le SNEP, sans se réfugier dans sa petitesse pour évacuer ces questions, ne doit-il pas aussi travailler ces questions afin de mieux faire comprendre à chacun le rapport de force à lintérieur duquel nos propres revendications sexpriment ? Une commission du congrès va chercher à réhabiliter cette intervention et fonder une approche syndicale de ces questions. Sur ces problématiques rapidement esquissées, le congrès du SNEP doit pouvoir prendre le temps dy réfléchir : analyser la situation, nécarter aucune sensibilité, mais aussi produire des revendications susceptibles de rallier plus largement tous nos personnels et les mettre en rapport avec les autres organisations, denseignants, de parents, associations et mouvements que les questions de lécole mobilisent et avec qui, lexpérience récente nous le prouve, nous navons pas de convergences spontanées sur les objectifs, méthodes et moyens de transformer lécole. Tout cela est à réussir, cest un travail de longue haleine mais qui est indissociable dune professionnalité réussie et dun métier qui répondrait mieux aux exigences de chacun. Ayons cela en tête dans nos travaux qui vont suivre. |
POLITIQUE
SCOLAIRE Trois lignes de force organisent la tactique politique menée par ALLEGRE :
A y regarder de plus près, cette stratégie avait un double objectif : geler lopposition politique et passer à la trappe limmense effort des moyens à déployer par lEtat pour transformer qualitativement la situation actuelle. Sur la première question. La forme tonitruante du ministre visait à donner des " garanties " à lopposition sur la transformation de la gauche au pouvoir : le ministère, le gouvernement, voulaient montrer quils nétaient plus sous la coupe de sa base électorale traditionnelle : les enseignants ; des réformes auraient lieu. Citons Marc FUMAROLI, peu suspect de sympathie pour la
gauche, dans le Figaro Magazine du 6 mars 99 : " Allègre
a énoncé des propositions qui témoignent dun bon sens évident et
dun certain courage. Il a réaffirmé des principes que ses prédécesseurs
ne Cest FAVILLA aussi qui, dans les Echos du 25 février note : " lopposition elle-même nest pas épargnée par une certain trouble, mais pour de tout autres raisons. La règle naturelle en politique eût été de se joindre à cet hallali inespéré sur un ministre socialiste, mais comment justifier lopposition à des réformes quon ne cesse soi-même de préconiser sans dailleurs avoir su les réaliser en son temps ? Et alors quon a fait un thème de campagne de la dénonciation du corporatisme des enseignants du public, comment attaquer celui-là même qui laffronte, avec lapprobation dune majorité silencieuse au reste plutôt située à droite ? " Il poursuit : " Homme dun seul sujet, il poursuit une mission et non une carrière. Tout cela est assez rustique en effet. Il ne doit de poursuivre son sillon quà lénergie de son premier ministre, lequel, tel un bon cheval, assure sans défaillance la traction de lattelage. " Enfin, cest Franz Olivier GIESBERT, dans le Figaro, qui nous dit : " il ny a pas le choix, il faut soutenir le ministre ". On comprend mieux ainsi les hurlements contre notre signature de la Déclaration unitaire du lycée Henri IV, que nous avons publiée dans notre bulletin, car il y a le SNALC, hurlements visiblement orchestrés pour faire le pendant à ces appréciations On comprend mieux aussi pourquoi, certaines forces, devant le tollé créé par ses méthodes, préconisaient de " virer Allègre pour sauver sa réforme ". Sur la question des moyens. A travers la multiplicité des fronts ouverts, il sagissait de laisser croire que la transformation du système ne nécessitait que des mesures de mise en ordre et de réaménagement de lexistant en blâmant toutes les revendications quantitatives. En ce sens, il sest fait le porteur zélé de la politique daustérité du gouvernement. La réalité, cest quaprès avoir affirmé que le budget de lEN était redevenu le premier budget de la nation, le gouvernement la enfermé à un niveau insuffisant, eu égard aux besoins, et qui limite donc toutes possibilités de profondes transformations. Tous les exemples actuels le montrent : que ce soit dans le premier degré, le second degré ou le supérieur, ce sont les redéploiements qui règlent les initiatives nouvelles au détriment dautres qui sont abandonnées. Cest la question cruciale de lallègement des effectifs en lycée pour lequel aucune décision forte nest prise. Certes, des moyens nouveaux ont été donnés sur les ZEP, après de fortes mobilisations, qui ne voulaient pas que les résultats positifs, uvre de lengagement des personnels, ne soit perdu sur lautel de laustérité. Cette bataille dun budget plus important pour lécole est devant nous. Rappelons-nous le tract commun de la rentrée - FAEN, FCPE, FEN, FIDL, SGEN, UNEF-ID, UNL qui disait que lon pouvait faire mieux avec lexistant Quelques unes de ces organisations, SGEN, SE, là où elles sont le mieux implantées, cest à dire dans le premier degré, ont appelé à la grève pour aujourdhui, en réclamant, par ailleurs, larrêt du gel de lemploi public, revendication qui leur brûlait la bouche il y a encore peu ! Ne désespérons daucune prise de conscience. Mais, cest encore MEIRIEU qui, dans le Dauphiné du 5 mars, déclare : " ma conviction reste quà budget constant, on peut faire des choses parvenir à une gestion plus rationnelle des moyens ". Pour notre part, nous savons que cette orientation, sur la question des lycées, à chacune de nos propositions, il nous a été répondu une fin de non-recevoir faute de moyens disponibles ! Toutes ces appréciations rejoignent une croyance développée dans les milieux européens que le maximum des dépenses déducation est atteint dans les budgets publics ; tout dépassement serait intolérable. La violence de lengagement, de part et dautre, ne tient pas à la partition entre ceux qui veulent changer et ceux qui se contenteraient du statu quo, comme il le déclare dans le journal Le Monde. Certes, si on pense à la Société des Agrégés ou au SNALC, il y a là du vrai. Mais la question nest pas là : elle porte sur lenjeu qui structure fortement le contenu des débats actuels : la question de légalité des jeunes devant la réussite scolaire, la question de la justice sociale. Le débat est redoutable. Donner plus à ceux qui ont moins est devenu un leitmotiv que personne ne conteste. Pourtant il conduit plus à gérer les inégalités à défaut de les supprimer ; il tend à fléchir sur le niveau des exigences communes pour tous, redéfinir autant dobjectifs appropriés aux " dons " de chacun par des contenus, des exigences et parcours différenciés. Peut-on créer une école qui soit une réussite pour tous tout en maintenant des exigences élevées sur les contenus et la formation des maîtres chargés de les mettre en uvre ? Doit-on alléger les programmes, les horaires ou doit-on penser les modes dappropriation, dans la diversité des biographies dont on sait quelles sont fortement marquées par les appartenances sociales et les conditions de vie de chacun. Cette remarque, qui mériterait de longs développements, postule que léchec à lécole nest pas léchec de lécole, et que les discours sur légalité peuvent, en contrebande, la desservir, si, en son nom, on prépare des contenus susceptibles dêtre adaptés aux différentes populations que le système éducatif rencontre. Cétait un peu les propositions du recteur FORTIER à propos de la Seine Saint Denis. Ce présupposé se nourrit aussi de lidée que léchec viendrait dune trop forte exigence de lécole (encyclopédisme) alors que certainement nous avons à mieux réfléchir le contenu de lactivité de pensée durant les cours. Ces pistes, qui rencontrent les préoccupations de nombreux chercheurs, nont pas été retenues par le ministre. Pour lavoir déjà dit, nous savons que ce sont les moyens qui font défaut, mais aussi, des obstacles dordre idéologique qui ont " canné " sur la capacité de tous les jeunes à faire le meilleur chemin. Nous voici donc avec un ensemble de Chartes XXI siècle pour le primaire, des lycées généraux et technologiques, celle des LP est en débat dont les contenus sont largement contestés et dont il ne lui reste plus que les enseignants pour les mettre en uvre. Autant dire quelles ne sont pas encore en place. Encore faut-il que nous sachions animer la demande sociale de plus et mieux décole, afin de conduire le gouvernement à réviser ses orientations. Noublions pas que dans un récent sondage CSA/Libération du 6 mars 99, 78% des français interrogés font confiance aux enseignants pour assurer léducation de leurs enfants, et ce sont ceux des couches populaires qui sont leur meilleur soutien. Nest-ce pas un bon signe ? Dautre part, ce sont les enseignants du service public qui sont le plus plébiscités (83% contre 70%). De même, les français pensent massivement que les enseignants ne font pas obstacle à une réforme du système éducatif (14% pensent le contraire) et 27% pensent que les syndicats lui font obstacle. Par contre 50% pensent que les moyens financiers manquent. Ces données sont encourageantes et montrent que nous ne prêchons pas dans le désert. Le combat va continuer et la question des moyens va devenir la question centrale des mois et années à venir. Un exemple parmi dautres, la négociation actuelle du plan U3M pour les équipements universitaires, particulièrement les installations sportives pour lesquelles une enveloppe de 1 à 1,5 milliard de francs pourrait être affectée. SUR LES QUESTIONS DES PERSONNELS Cette question nest que lautre face de la question de la démocratisation de lenseignement : pas de démocratisation suffisante si les personnels chargés de lanimer ne disposent pas de conditions statutaires, de conditions de travail et demploi correspondant aux objectifs que sest fixée la nation pour une scolarisation réussie, si labsence dunification catégorielle persiste. Les décisions du ministre sur les contenus et lorganisation du système éducatif se sont accompagnées de décisions non moins déstabilisatrices sur des garanties statutaires, notamment le paritarisme, et le métier : heures supplémentaires, formation continue, remplacements... On peut penser que le rapport PAIR, rapport dorientation gouvernemental sur la territorialisation de lEducation Nationale, na pas fini de produire ses effets. La déconcentration du mouvement des personnels du second degré, nest que la première étape dune volonté de donner plus de vivacité au local. Cest dans la lettre de léducation du 1er mars 99 que Claude Lelièvre désigne cette orientation comme étant constitutive du libéralisme, dont la caporalisation des personnels est certainement un des risques majeurs. Mais au-delà, en tirant la diversification des méthodes, des contenus, des modes de gestion et en la soumettant à lautorité des chefs détablissement, nous aurions tous les ingrédients dun éclatement du système tel que nous le connaissons jusqualors. Nous aurons, ce soir, un exposé plus méticuleux sur cette question. Loin de nous lidée quaucune possibilité ne puisse exister de gestion par les équipes enseignantes, de décisions locales dordre pédagogique, mais les intentions gouvernementales vont bien au-delà : elles ont lambition de porter sur les promotions, les recrutements des personnels. Des " innovations " ont déjà eu lieu dans ce sens, et on apprend aussi que des chefs détablissement modifient les états VS des collègues, à qui on ne leur présente même plus pour signature ; de même, des formes de gestion globale du forfait UNSS se développent. Sommes-nous assez contestataires de ces décisions ? La question majeure demeure la lutte contre le gel de lemploi public. Citons J. ATTALI : " Telle est lextraordinaire prédiction quon peut faire au vu des tendances les mieux établies : notre société sera durablement dominée par lépargne des grands parents et la consommation des petits enfants. Cela devrait nous conduire à remettre en cause toutes les fausses évidences dont se nourrit aujourdhui le débat public. Et dabord celles concernant la prétendue limite à imposer à la croissance des prétendus prélèvements obligatoires, dont les deux premières composantes seront demain léducation et la santé . Car, il faut sy faire - dit-il dans nos sociétés, ces dépenses ne peuvent quaugmenter, en valeur absolue et en pourcentage, pour de bonnes raisons : on vit plus vieux et les savoirs deviennent plus riches. Et comme on ne peut automatiser les soins et léducation au rythme où on automatise les autres services, il est tout à fait normal quaugmente leur part dans le revenu national Or, comme la rentabilité du capital qui gère les fonds de pension pour le compte des plus riches sont grevés par les dépenses de santé et déducation augmenter les dépenses déducation et de santé, cest réduire la rentabilité du capital. Les réduire, cest condamner la société à nêtre plus quun rassemblement inégal. " Cest cette problématique qui pèse sur les dépenses publiques et dont le gel de lemploi nest quun avatar. Reconnaissons notre plus grand mal à le combattre, même si les actions en cours mettent au cur cette dénonciation. La revendication demplois statutaires, en nombre, pour faire face aux besoins de démocratisation est centrale pour les possibilités dévolution du système. Les questions liées aux débats sur lavenir des retraites se situent dans des perspectives proches. Les techniques de dramatisation de la situation présente, la volonté de démontrer lessoufflement des systèmes de répartition en cours poursuit lidée que hors de solutions de fonds de pension, nous organiserions la famine dans le début des années du XXIème siècle, responsabilité écrasante que nous ne saurions prendre pour les générations qui suivent. Certes, un débat particulièrement difficile existe, mais de nombreuses forces pensent que des solutions sont possibles et vivables à partir des édifices en cours. Sachons que cette question est devant nous et que le fameux rapport CHARPIN doit paraître prochainement. Notre pari tient à notre capacité de faire de cette question une question nationale, qui intéresse tous les personnels, publics et privés, et cela quel que soit leur âge. La mission BANCEL prend fin ; nous allons devoir être vigilants sur toutes les questions quelle soulève. Déjà, la charte des lycées a esquissé quelques propositions, sur le rôle des CA, des équipes pédagogiques, sur les services qui vont appeler toute notre vigilance, mais aussi nos capacités à faire des propositions sur chacune de ces questions. Enfin, parce que le temps presse, le dossier de la déconcentration du mouvement prend un tour plus aigu. Le SNEP doit être en bon ordre de bataille car il se joue là, un nouveau dispositif qui peut être les prémisses de la flexibilité et de la caporalisation que nous dénonçons.. Donc, que des dossiers brûlants en perspective ! OU EN EST-ON SUR LEPS ? Les questions que nous avons à affronter sont simples : le SNEP saura-t-il impulser une relance du développement de lEPS dans tous les ordres de lenseignement ? et saura-t-il faire de la question des équipements sportifs la question centrale du développement de notre discipline. Lexpérience du premier degré et du débat lycée montre que les tentations de trouver des solutions à moindre coût se généralisent. La situation actuelle stagne et rien ne serait pire que de se laisser enfermer dans ce constat. On peut penser que la façon dont le débat sest développé sur les questions du système éducatif nont pas pu mettre lEPS à la place que nous souhaitions. Ne devons nous pas revendiquer maintenant une heure dEPS en plus dans tout le second degré ? Nous sommes dans une situation paradoxale où les jeunes, réclament plus dheures, comme le rapport Meirieu le reconnaît, et où le gouvernement fait durablement la sourde oreille : questions de coûts en personnels, mais aussi questions idéologiques. Je pense que le ministère na pas tranché sur le dispositif des rythmes scolaires : animation globale sur létablissement (style revendication du SGEN) comprenant café lycéen, avec montée en charge de personnels style emplois-jeunes, ou bien enseignement à la carte avec généralisation de loption facultative ou horaire annualisé sur le modèle des enseignements artistiques dans la réforme actuelle des lycées. Ce ministre na pas pris la mesure de lapport de notre discipline à un nouveau rapport des jeunes à létablissement, aux connaissances ; il ne pense pas, quoiquil en dise, que lEPS puisse être constitutive de la formation des jeunes dans ce que cette formation est appelée par la constitution des compétences et personnalités que la société produit par son développement même. Le sport, dans son approche, est vécu comme un loisir, une sorte de détente indispensable, compensatoire des déséquilibres nés du travail lui-même ; il nest pas compris comme étant à la source des qualifications que le développement des formes de travail crée. Cette incompréhension domine dans la façon de traiter le développement des STAPS et la mise en place des qualifications dans le secteur sportif. Ses préventions rejoignent celles quil a concernant les enseignements artistiques lorsquil déclare " quil préfère encore un élève qui se cultive tout seul, quun élève à qui un professeur imposerait ses propres goûts, car la démocratie, cest lépanouissement des individus " (Le Monde de lEducation, décembre 1998). Tout en ne voyant pas pourquoi cette remarque ne sappliquerait pas à toutes les disciplines, si tant est quelle est pertinente, on comprend aussi sa propension à faire appel à des intervenants qualifiés, certainement plus sensibles au respect de cette errance personnelle ! Nous avons donc là un combat à gagner, il lest à gagner dans nos rangs, et à lextérieur. Rappelons-nous que les chefs détablissement, les parents, le SGEN, nont pas entièrement soutenu nos revendications de porter à 3 heures lenseignement en lycées. Notre décision de relancer une grande campagne publique pour le développement de cet enseignement, est certainement une bonne décision dactualité. Déjà, des personnes connues du grand public pour leur prestige sportif, scientifique, médical, culturel, nous ont rejoints. Il va falloir quà tous nous animions la pression constante de leur conviction afin quelle devienne décision politique conforme à nos demandes. Récemment encore, le prix Nobel Pierre-Gilles de Gennes, dans un article au journal Le Monde, ne revendiquait-il pas un développement du sport dans les universités ? Bien sûr, nous ne dirions pas les choses comme lui, mais nous sentons bien que lémergence de ces pratiques est à lordre du jour. Cest à nous, dans le débat avec toutes les composantes sociales, que nous revient la responsabilité den affiner lexigence, pour tous les jeunes, dans le service public et avec des enseignants spécialement formés. Cest à travers cette problématique que nous cherchons à mieux définir ce que nous appelons, depuis le congrès de Montargis en 95, notre projet social et culturel du métier. Cette perspective vise à créer une convergence de buts et dintérêts avec le sport civil dont nous pensons que les plus profondes réformes doivent permettre denrichir son message social et son utilité pour la formation et le plaisir de tous. Avec notre Centre " EPS et société ", nous avons cherché à dépasser la seule formulation idéologique pour retravailler la force des contenus dans des programmes rénovés. Cela ne fait que commencer, mais allons-nous assez vite ? Il y a un vrai appétit de débats, de confrontations auxquelles nous ne donnons pas entièrement satisfaction. Nous sommes certainement encore en position trop défensive par rapport au sport réel ; nous ne voyons trop dans celui-ci, mais il faut les voir, que les scandales, dérives, mercantilisation, trafics le mot nest pas trop fort de joueurs, recherche implacable de profits, parts de marchés, en fait, une activité sociale comme toutes les autres, là où la tradition voulait y voir un îlot relativement préservé des turpitudes économiques et sociales. Le sport se découvre violemment pour ce quil est, une activité sociale comme une autre et aux prises aux mêmes forces qui visent à lui faire rendre profit économique, symbolique pour les seuls besoins dintérêts privés et limités. Visiblement, lactuelle ministre de la Jeunesse et des sports sest attaquée vaillamment aux phénomènes de dopage, mais lévolution du sport embrasse de nombreuses autres questions que la loi résout avec plus ou moins de bonheur. Il nen est pas moins vrai que toutes ces questions ne peuvent pas nous rester extérieures, ou à la seule responsabilité de la direction nationale à travers ses diverses participations aux initiatives, telles les Assises nationales du sport, dans lesquelles nous jouons notre rôle. Pour parler vrai sur léducation physique, nous avons à intégrer la sensibilité de lévolution de ce secteur qui nous est proche par ses objectifs et son contenu ; cest à nous de savoir travailler leur fécondation réciproque. Sur le sport scolaire, nous navons pas réussi à transformer notre proposition dassises en actes. La direction des enseignements scolaires tergiverse alors que la situation, surtout dans les lycées, ne saméliore pas. Le congrès doit se donner les moyens dune pression accrue afin que cette proposition soit mise en uvre. Ne laissons pas sommeiller ce secteur, le réveil peut être brutal. SUR LES QUESTIONS DE LACTION Laction a pris un tour nouveau. Cette constante dune grande diversité de mobilisation demeure. Le second degré, dans la région parisienne a connu, un peu sur le mode de la Seine Saint Denis lan dernier une continuité peu commune dactions. La journée du 4 février, avec le premier degré, a rassemblé près de 20000 personnes. En province, mais vous le direz mieux que moi, nous navons pas connu ce type de réactions, même si le premier degré a organisé des grèves particulièrement massives. La journée daujourdhui montre que nos propositions dactions étaient fondées et que les attentes, parfois impatientes, de ceux qui étaient en lutte à Paris sont récompensées. Les efforts pour mener des actions unitaires se développent. Aujourdhui même est un exemple ; parlons plutôt dactions convergentes puisque nous navons pas pu étendre à tout le second degré lengagement des syndicats du 1er degré. Cette difficulté traduit les analyses divergentes actuelles : que cest la mobilisation qui permettra à chacun dapprécier la justesse de ses propositions. Le ministre devra apprécier cette forte contestation et le conduire à réviser ses projets, car cest bien ses projets qui sont visés par ces actions. Noublions pas aussi que nous avons un ministre particulièrement déterminé à mener à leur terme ses réformes. Il ne manque pas dappuis, même si le gros de ces forces est extérieur aux professions concernées sa stratégie a réussi à créer un champ de ruines. Le débat serein y devient particulièrement difficile et toute prise de position sapparente vite à de la traîtrise. Retenons que ce ministre a été dans lincapacité à organiser le débat public, le voulait-il seulement ?, son souci a été de se créer un club de supporters, opération, là, réussie. Les négociations que nous avons pu mener ont été cantonnées à peser des avancées sur des demi-heure, des séries, des dédoublements qui nont pas débouché sur des avancées jugées satisfaisantes et contre lesquelles nous avons voté au dernier Conseil Supérieur de lEducation du 4 mars 99. Le ministre sest enfermé dans une vision limitée des transformations à opérer, à hauteur des moyens dont il disposait, mais aussi de sa propre conception de la démocratisation, que nous jugeons étriquée et, à terme créatrice de nouvelles injustices. Reconnaissons que ce débat, nous ne lavons pas entièrement mené, et avec la clarté exigée par la situation. La crispation sur la personne, la demande par certaines coordinations de sa démission, a effacé le fond du débat et favorisé un rassemblement idéologique de 13 organisations qui réclament des dispositions allant au-delà de ses propositions. Nous y avons retrouvé, pour les plus anciens dentre nous, nos combats dans la FEN contre le " travailler autrement " et cette façon de laisser croire quune animation de type socio-culturelle dans les établissements réglerait positivement les problèmes de léchec scolaire. Sur toutes ces questions nous avons à convaincre et à être plus démonstratifs. Notre congrès doit nous y aider. La journée du 20 semble bien se préparer ; elle est le fruit dune longue histoire dont lambition était de permettre une mobilisation régulière contre les dispositions Allègre et pour un ensemble de mesures que nous préconisions. Les vives réactions au ministre ont conduit à la naissance de coordinations, dont lune, animée à partir du collectif des enseignants dHenri IV, a débouché sur un manifeste, puis une déclaration unitaire, dont nous avons été, après bien des hésitations, signataires, avec le SNES et, au final, par près de 25 organisations. Le texte, que nous avons publié, comporte des idées fortes sur le sens des transformations à mener ; il est très exigeant sur les questions de contenu, des disciplines ; peut-être un peu aveugle aux exigences de méthodes. Il a la volonté de lancer un débat de fond là où le ministre se contente de comptes dapothicaires. La signature par le SNALC a épinglé ce rassemblement comme un front du refus, du statu quo. Il y a un peu de ça, mais pas de la part de nos organisations SNEP et SNES. Cest parce que le trouble est profond et que nous sommes des syndicats de masse, cest-à-dire habités par un vrai pluralisme, que nous avons signé ce texte, qui nest pas notre texte, mais un compromis nécessaire pour se faire comprendre de tous et les rendre plus attentifs à nos propositions. Nous avons déjà montré que tout le monde avait à balayer le devant de sa porte. Cest lintransigeance ministérielle, son incapacité à négocier qui a conduit à polariser les passions, là où il aurait fallu savoir les mêler. Cette rusticité calculée a gelé la situation là où le mouvement des idées devait lemporter. Le gouvernement, le Premier ministre, devrait prendre acte de cet échec et proposer dimpulser une nouvelle orientation combinant linitiative des personnels avec des efforts considérables des pouvoirs publics. Les signes pour cette journée semblent encourageants, cest à vous de nous le dire. Enfin, le forum FSU du 21 mars a la volonté de retravailler des propositions pour un système éducatif donnant toute sa place à la réussite des jeunes, au développement des qualifications et à laccès de tous à la culture. Il est la suite de lEduscope de 96 qui avait connu un réel succès et qui avait fait apparaître la FSU comme une force inventive au service du développement du service public à la française. Le forum sest donné ce même objectif. A lheure où nous parlons, et pour notre part, les dés sont jetés concernant la participation. En tout cas, il doit pouvoir présenter un moment collectif de reprise de notre synthèse fédérale et dadresse vers lopinion publique, que nous avons encore à conquérir et à dialoguer avec elle. LA F.S.U. Chacun a peut-être pris connaissance de linformation selon laquelle Michel DESCHAMPS vient de remettre son mandat de secrétaire général à lorganisation. Cette décision est une décision à forte composante personnelle. Michel DESCHAMPS a su gérer, avec doigté, les débats inévitables que la constitution même de la FSU en 1993, Fédération de syndicats nationaux, sans structure fédérale forte, entretenait. Ces débats réguliers, plus ou moins passionnés, ont connu des périodes plus difficiles avec le refus de SNETAA de participer aux directions fédérales. Aujourdhui, ce syndicat traverse une crise interne grave qui a conduit le Secrétaire Général à suspendre 87 militants de leurs responsabilités. Pour faire le point, et mettre chacun sur un pied dégalité, exposons à nouveau sa décision. Mercredi 10 mars, Michel a informé ses proches collaborateurs
de sa décision de ne pas mener à son terme son mandat de Il revient à chacun, à tous les niveaux de responsabilités, de sengager dans la vie des directions afin daider à trouver les solutions communes. Le choix de Michel DESCHAMPS est fortement guidé par une conviction personnelle ; il souhaitait trouver un prolongement à son engagement militant de longue durée et quil avait longuement mûri à lapproche de sa retraite. Lensemble de la presse, comme chacun a pu le constater, a rendu compte sobrement de cette décision. Le SNEP a tenu à renouveler à Michel lappréciation du rôle important quil a su jouer durant ses 6 années de mandat. Dans le même temps, il ne faut pas se cacher que cette décision nous met dans un embarras momentané et quil nous revient de résoudre collectivement. LE SNEP Si javais à utiliser une formule pour qualifier notre syndical, elle pourrait se réduire à la formule suivante : un syndicat connu, mais pas assez proche des collègues. Il ne sagit pas de produire une critique par coquetterie, mais il me semble que nous avons une tendance assez régulière à traiter des questions, pas toutes, sous une forme générale mais pas assez sous la forme vécue par les collègues. Cela tient au traitement dans notre presse, certainement où la synthèse, le développement de lanalyse ne porte pas sur tous les points de vue contradictoires avec assez de hardiesse. Cela tient aussi au fait que le débat " corps à corps " avec les collègues, dans les établissements, les secteurs, nest pas assez engagé. Il nous manque une capacité à " ramasser " toutes les questions que se posent les collègues dans létendue de leur problématique. Il nous manque une veine nourricière qui a tendance à nous enfermer dans des approches dun syndicalisme médian, donc un peu virtuel parfois, cela se traduit certainement par des difficultés de mobilisation où de trouver des formes revendicatives dans tel établissement. Mais surtout, cette orientation nous coupe des " services " que les collègues attendent et que nous ne pouvons pas garantir faute de connaissances ! Dans cet esprit, il faut voir que les pétitions que nous avons régulièrement lancées, à part celle sur la déconcentration , elles ont connu un succès faible, voire négligeable (lycées = 300 !). Dans notre syndicalisme, qui veut placer ladhérent au centre de notre orientation, celui-ci sert-il à quelque chose ? Navons-nous pas encore, et trop, tendance à produire une critique permanente des maux dAllègre, du gouvernement, des autres syndicats qui occulte la nécessaire critique qui débouche sur des exigences davancées, statutaires, professionnelles et dautres . pour les personnels ? Enfin, il y a toujours lépineuse question des rapports du syndicat au politique. A la difficulté des partis douvrir des voies réelles de transformations sociales partagées par des fractions importantes de la population, ne recherchons-nous pas à opposer une cohérence syndicale sur les alternatives économiques ou sociales, cest à dire de faire croire que la prise en charge dune volonté transformatrice reviendrait aux syndicats. Les syndicats ne peuvent pas se substituer aux partis politiques, mais, dans notre conception, ils doivent participer à lélaboration de ces alternatives, dans lindépendance de leur réflexion. Noublions pas que les revendications sont pleines de ces transformations, si elles sont capables de formuler toutes les incidences des exigences quelles portent, et surtout si elles sont comprises et portées par la grande masse de nos collègues. Voilà notre vrai défi et que nous réussissons que trop rarement. Nous avons tout le congrès pour en parler. Une enquête dopinion de la CGC révélait que les jeunes ont une bonne opinion des syndicats, (50% des 25-29 ans) tous se dégrade après : les plus de 50 ans ne sont que 33% à le penser. En clair, essayer les syndicats, ce nest pas les adopter. Est-ce ainsi chez nous ? Dans lenquête CSA/Libération de mars 99, les français interrogés pensent, à 27% que les syndicats sont un obstacle à une réforme du système éducatif - ce qui nest pas un rapport important me semble-t-il, dautant plus quaprès les luttes importantes de ces 18 mois, le taux est en baisse depuis septembre 97 passant de 33 à 27%. Dans ce même sondage, sur une série dappréciations, lensemble est plutôt positif :
Les camarades, ces données doivent nous amener à être hardis, à réfléchir nos revendications, nos capacités à rencontrer lopinion publique, les parents, avec la conviction que nous ne prêchons pas dans le désert, mais que la terre est déjà cultivée et que les pousses revendicatives ont déjà un terreau fertile prêt à les nourrir. Je nous souhaite un bon congrès. Copyright © 1999 - SNEP. Tous droits réservés - Dernière modification le 4/07/06 |