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MOTION FORMATION INITIALE Congrès après congrès, le SNEP a accumulé un important patrimoine de réflexions et de propositions relatives à la formation des enseignants. Cet acquis reste valide et constitue un fond de références collectives originales, dexpériences quil nous faut faire évoluer, mais aussi préserver. Des écoles, des collèges, des lycées monte lexigence dune amélioration qualitative, quantitative de la formation des personnels. Lévolution des savoirs et des techniques, laugmentation des besoins sociaux de connaissances, lhétérogénéité parfois extrême des publics scolaires, la dégradation socio-culturelle de lenvironnement scolaire, marqué par le chômage de masse, la pauvreté, la violence, le consumérisme, laccumulation déraisonnable des objectifs confiés à linstitution, taraudent au quotidien lexpérience enseignante, introduisent le doute sur les compétences acquises, interrogent sur la nature de la mission enseignante. Le corps professoral vacille. Il convient de lui redonner une perspective, une identité professionnelle claire, de travailler à son unité et sa cohésion au-delà de ses diversités fonctionnelles. Depuis un an, le ministère, soucieux lui aussi de répondre à sa façon à la crise enseignante, a mis en débat la question du métier. Mais la logique qui fonde le projet initial de réforme de lEcole pourrait avoir comme conséquence la déqualification des enseignants (scolarité obligatoire maintenue à 16 ans, constitution dun bloc école-collège coupé du lycée, retour de la bivalence voire généralisation de la polyvalence). Elle saccompagne dun argumentaire tentant en permanence dopposer éducation à enseignement, méthodes à contenus, linterdisciplinaire ou le transversal au disciplinaire, lenfant aux savoirs. Cest cette idéologie scolaire globale quil nous faut fortement interroger et contester pour mieux y repérer peut-être ce qui, dans une approche plus complexe et plus contradictoire, pourrait en être finalement retenu. Le Ministère a demandé à la Conférence des directeurs dIUFM, puis à la Conférence des présidents duniversité, de plancher sur une nouvelle organisation de la formation des maîtres. Le retour en force dune formation sur le tas sannonce, ainsi quune conception très réductrice, très " applicatrice " du métier. Les deux institutions interpellées ont fait des propositions répondant à des logiques similaires. Lune ou lautre permet une sélection et une réduction des candidats aux concours, lune et lautre proposent une formation plus " professionnelle " sur deux ans, et confortent en fait la partition des rôles entre luniversité chargée du " scientifique " et lIUFM responsable du " professionnel ". Les deux avec des nuances remettent en cause lannée de préparation au concours comme première étape de la formation initiale et couplent admissibilité au concours avec entrée à lIUFM. Le SNEP naccepte pas ces orientations. Avec les syndicats de la FSU, il fait des propositions alternatives. Il tient ici à rappeler les principes qui, à ses yeux, doivent fonder une formation capable de faire de tout enseignant un acteur et un concepteur critique du système, un professionnel de la démocratisation scolaire dabord en EPS. |
Tout dabord, la durée de la formation doit augmenter pour permettre de répondre aux formidables défis de scolarisation. Les pouvoirs publics, la société doivent comprendre la difficulté et la complexité de ce métier et en tirer les conséquences. Simpose donc aujourdhui, pour les professeurs dEPS ou plus exactement pour linscription au CAPEPS, une formation universitaire portée à 4 ans incluant la maîtrise STAPS qui doit se substituer à la Licence exigée depuis 50 ans pour linscription au concours. Pour linscription à lagrégation, le diplôme de référence doit se situer à Bac+5 ans (DEA, DESS ). La formation " par la recherche " doit être réaffirmée comme une nécessité du métier aujourdhui, la condition première de la mobilité professionnelle, de la formation permanente. A lissue de lannée de stage, une formation initiale prolongée est nécessaire pour permettre une adaptation à lemploi. La qualification initiale de lenseignant dEPS ne peut se réduire à lannée de préparation au concours, à lannée de stage et la formation initiale prolongée que nous demandons, elle doit intégrer la formation universitaire (Deug, Licence, Maîtrise, Dea, Dess) dans sa partie scientifique fondamentale et dans sa dimension technologique et " pré-professionnelle ". La formation des enseignants, dans ce cadre, doit se caractériser par une progressivité cohérente avec les différentes étapes du cursus. Depuis plusieurs années maintenant, le SNEP exige une réflexion approfondie sur le contenu du cursus STAPS. Il a exprimé ses positions lors des deux tables rondes sur les STAPS (96-97, 97-98) en proposant que lessentiel des contenus soit réorganisé ou repensé autour dune approche technologique des études (articulation pratique-théorie, travail sur les " savoirs " pratiques) et du concept dintervention dans le cadre bien sûr dune diversification des débouchés en STAPS. La pluridisciplinarité des STAPS, caractérisée aujourdhui par une simple juxtaposition de contenus, gagnerait en pertinence et en efficacité à prendre pour objet de formation lintervention dans le domaine des APSA. Cette prise de distance apparente avec la discipline EPS permettrait en fait de tirer les diplômes universitaires en STAPS vers une contribution à la maîtrise des apprentissages dans le domaine des APSA. Dans cet esprit, la " préprofessionnalisation " devient un élément à part entière du contenu scientifique universitaire et peut permettre lélaboration dun regard critique sur le savoir, aiguiser la curiosité scientifique des étudiants ; bref établir un rapport vivant et dynamique à la culture chez les futurs enseignants et préparer dès cette étape les décloisonnements disciplinaires. Contenu universitaire à part entière, validée comme tel dans lattribution des diplômes, comprenant une partie disciplinaire mais aussi une approche interdisciplinaire, sappuyant à la fois sur des stages et sur lexpérience " denseignés " des étudiants, elle devrait conduire, dans le cadre de modules spécifiques, à sinterroger sur les " savoirs " eux-mêmes, leur histoire, le contexte socio-culturel de leur émergence, déboucher progressivement sur des approches anthropologiques, épistémologiques, donc didactiques, donnant sens aux connaissances, aux techniques constitutives du patrimoine corporel à transmettre, aux sciences " contributives " du cursus STAPS. Durant son cursus létudiant doit lui-même vivre des situations denseignement qui soient en adéquation avec les principes énoncés ci-dessus qui sont autant de sources de qualification.
Lannée de préparation aux concours et les concours eux-mêmes constituent un moment déterminant de mise en perspective et délargissement des connaissances scientifiques, de problématisation des savoirs, de ses propres apprentissages et expériences diverses denseignement au regard des contraintes spécifiques du système éducatif. Ils constituent le terme de la première étape préprofessionnelle de la formation. Le SNEP propose quon sinterroge aujourdhui sur leur architecture, sur les épreuves qui les composent. Sans nul doute, les concours de recrutement des enseignants dEPS sont porteurs dacquis incontestables. Citons la dimension didactique et pédagogique globale, la dimension historique de la discipline. Les concours externes doivent continuer à caractériser fondamentalement les conditions dentrée dans un métier spécifique, dans un corps de la fonction publique dEtat. Les concours internes doivent, eux, dabord valoriser les acquis professionnels et permettre la promotion sociale du personnel. Les programmes, les documents daccompagnement, définissent les APSA comme base concrète de lEPS. Ils conduisent à se questionner sur le statut quoccupent ces " objets ", ces " uvres " dans les concours et leur préparation. Sans patrimoine (uvres, valeurs) à transmettre certes de façon critique, il ny a pas nécessité denseignement, sans enseignement, quels sont les contours dune éducation ? Plus encore, cela doit nous amener à nous interroger sur la nature du rapport aux APSA, induit chez les futurs enseignants, par les concours. Il est évident, particulièrement dans les épreuves dadmissibilité, que la place accordée à la connaissance des APSA nen fait pas aujourdhui des objets de connaissance scientifique à part entière, comme si ces activités, lactivité humaine quelles impliquent, ne relevaient pas dapproches légitimes de ce niveau-là. Lapprentissage par tous des APSA, fonde aujourdhui la justification sociale, lexistence concrète de la discipline EPS et de ses enseignants. Leur maîtrise et leur connaissance critiques constituent une exigence didactique et pédagogique fondamentale. Lhistoire de lEP montre quà dautres moments, dautres contenus ont constitué la référence concrète de la discipline. Lavenir de notre enseignement est donc ouvert. La société peut décider demain que les APSA (les activités physiques, les activités sportives, les activités physiques artistiques, ce que nous pourrions appeler, et cest déjà un débat, les activités corporelles extraordinaires hors activités physiques " laborieuses " et ordinaires relevant elles aussi de la culture corporelle) ne constituent plus les pratiques culturelles de référence pour lEPS. Bien sûr et à moins que lEPS comme " contenu concret de lEPS ", se suffise à elle-même, il faudra bien afficher des contenus précis pour éduquer physiquement. Ces contenus, quels quils soient, parce que lenseignement procède toujours de la didactique et de la pédagogie, donc de lactivité créatrice de lenseignant, nécessiteront une approche socio-historique, anthropologique de leur émergence, de leur développement, de leurs modes de pratique, de leurs crises, de leurs contradictions. Cela constitue un enjeu épistémologique déterminant pour les enseignants dEPS et suppose en tout état de cause, maîtrise et connaissances critiques. La mise en perspective dune appropriation par tous des APSA suppose un travail rigoureux sur les règlements, les espaces, les matériaux, les techniques et leurs évolutions. Ni objets anecdotiques, ni éléments " supports " dune pédagogie générale, les APSA dabord et les problèmes liés à leur apprentissage, incluant le sujet élève, sont au cur des enjeux de la discipline EPS. Les épreuves dadmissibilité du CAPEPS et de lagrégation externes devraient pouvoir être rapidement modifiées et inclure tant dans leurs définitions que dans leurs programmes un positionnement nouveau et exigeant des APSA comme objet de connaissances rigoureuses à part entière. Sagissant des épreuves dadmission du CAPEPS externe, loral 1 doit conforter lobligation dun stage pédagogique. Un véritable oral doption liant prestation physique personnelle et connaissance approfondie dune APSA validée par les pratiques scolaires, des principaux enjeux dapprentissage, doit être rétabli. Lactuel oral II doit sappuyer sur les prestations et lexpérience des candidats pour aborder la question des contenus, de la didactique et de la pédagogie. Linscription en IUFM est aujourdhui partout soumis à de véritables numerus clausus. Outre que ces réalités gestionnaires marquent linsuffisance des moyens consacrés aux IUFM, elles s'accompagnent de dispositions sélectives, sans transparence aucune, source dinégalités. Le congrès appelle les formateurs, les syndicats de la FSU, les syndicats Etudiants à débattre publiquement de ces dysfonctionnements et à élaborer ensemble des solutions qui permettent de marier qualité de la formation et démocratisation de laccès aux IUFM.
La deuxième étape de la formation initiale. Une formation dadulte Ces deux années doivent sinscrire dans le principe de progressivité de la formation. Elles constituent létape véritablement professionnelle de la formation initiale. Les formations proposées doivent à la fois respecter la spécificité du métier denseignants dEPS et de ses missions. Elles doivent permettre aux jeunes professeurs dEPS de déceler leurs lacunes et de leur apporter des réponses. Véritable formation dadultes qui place le jeune professeur en position dacteur critique de sa formation qui développe son esprit de responsabilité, ses prises de risque, les deux dernières années de formation initiale doivent impérativement faire vivre le principe fondateur des IUFM de liaison permanente théorie-pratique. Toutes les formes de pédagogie autoritaire, dinfantilisme, de scolarisation sont à proscrire afin de favoriser lémergence dune véritable citoyenneté enseignante. La recherche doit irriguer ces deux années. Le congrès tient à rappeler ici le principal des propositions retenues dès 1995 : mise en réseau des établissements daccueil, sortie des enseignants stagiaires de la DHG, recherche déconomie de temps pour les jeunes enseignants en prenant notamment en compte les acquis de leur formation universitaire et du concours sans pour autant nier tout lintérêt de principe des formations communes et/ou générales du décloisonnement disciplinaire. Les dispositifs sensés poursuivre ces objectifs doivent pour autant être profondément revus et réorientés. Sagissant du suivi du stagiaire, celui-ci doit pouvoir bénéficier de plusieurs visites-conseils, de séances danalyse de pratique, de " remédiations ", en particulier pour les stagiaires en difficulté. Pour gagner en qualité et en rigueur, ce suivi doit être assuré par des conseillers pédagogiques, formateurs à part entière et formés pour cela. Les services en responsabilité des stagiaires EPS doivent être abaissés. Ceux-ci doivent être pris sur le service du conseiller pédagogique qui bénéficiera dune décharge de service équivalente pour assurer sa mission et pouvoir bénéficier dune formation de formateur à lIUFM. Tous les personnels du second degré participant à la formation doivent avoir accès à des formes diverses de recherche de formation continue. Il sagit encore de sortir le mémoire du formalisme dans lequel il senfonce aujourdhui. Il doit pouvoir permettre un véritable travail collectif, sappuyer sur des travaux déjà engagés, déboucher sur une reconnaissance universitaire. Léquilibre de lévaluation doit être reposé et lEvaluation de Qualification Professionnelle doit être repensée.
Se préoccuper aujourdhui de la qualification des enseignants nécessite, sans tomber dans le travers de " lenfant au centre ", dintégrer dans la formation, la question des élèves, des sujets, dans leur rapport aux savoirs et celle de leur activité dans les apprentissages. Cette centration sur le rapport savoir-élève doit nécessairement, dans une perspective de culture et de savoirs communs universels clairement réaffirmée comme le pilier de lécole républicaine, permettre d'inclure dans le processus didactique lhistoire particulière des élèves, leur affectivité, leur représentation pour mieux leur offrir une perspective de transformation " délévation ". Dans le même esprit, la formation doit développer chez le futur enseignant, chez lenseignant le respect et la prise en compte dans la pédagogie concrète, des élèves en tant que personne, de leur sensibilité, de leurs différences sexuelles et culturelles.
Le travail collectif, la concertation, voire la confrontation critique didées et dexpériences constituent et constitueront plus encore demain, une caractéristique importante du métier denseignant. La détermination concrète et rigoureuse des tâches qui organisent lespace de travail collectif est un enjeu si lon veut éviter le formalisme professionnel, ses impasses et ses découragements. Si ces formes nouvelles de travail sont aujourdhui incontournables, elles ne peuvent, pour autant, se substituer à la responsabilité et à lengagement personnel des enseignants dans leurs classes et leur travail. La liberté, la créativité individuelle de chaque enseignant restent une garantie et une richesse pour les élèves et le système éducatif. Elles constituent une condition nécessaire du travail collectif qui doit demeurer un espace ouvert aux contradictions, à la pluralité des contenus et des méthodes. Le métier denseignant et les formations qui y conduisent doivent toujours déboucher sur la capacité à prendre des décisions, des risques individuels, à récuser le conformisme et la pensée pédagogique unique, à contester, sil le faut, les normes institutionnelles du moment, à leur opposer des alternatives. Cest le prix de la citoyenneté enseignante. Cest tout au long de la formation que ces compétences doivent être développées.
Dans le même esprit, les formations préparant au métier denseignant supposent le développement dune attitude réflexive et critique, donc dune prise de conscience à légard de sa propre activité, quelle soit intellectuelle, technique ou pédagogique. Loin dentraîner vers un doute (professionnel) stérile, la prise de distance par rapport à son action peut éviter une dramatisation inutile des situations difficiles ou déchec qui accompagnent le " métier " au quotidien. Elle est au contraire une aide à la prise de décision, à ladaptabilité à des situations concrètes rarement prévues et souvent imprévisibles. CONCLUSION Le SNEP affirme quil ny a aujourdhui et à terme aucune perspective ambitieuse pour une EPS qui ne serait pas dabord une discipline denseignement des APSA en milieu scolaire et qui ne déboucherait pas sur des apprentissages spécifiques stabilisés. Aucun objectif éducatif général ou transversal (santé, citoyenneté, gestion de sa vie physique ) ne sera atteint sil ne sinscrit dabord dans les apprentissages concrets dactivités physiques, sportives ou artistiques qui opèrent de véritables transformations chez les élèves. Cest lenjeu aujourdhui des formations, cest le défi qui doit être relevé par la profession. LACTIVITE SYNDICALE La démocratisation en EPS nous met au défi de placer les problèmes de formation au cur de lactivité et de la réflexion professionnelle et syndicale. Nous avions un patrimoine considérable dans ce domaine, véritable conquête professionnelle : la FPC et sa dynamique démocratique. Elle est aujourdhui radicalement mise en cause. Cette expérience nous a permis de nous doter de solides convictions quant à la formation initiale elle-même. Comment réintroduire dans la profession cette préoccupation fondamentale sur nos qualifications, nos compétences. Nous navons pas de réponses toute faite. La nouvelle CA, les sections académiques départementales, les districts doivent aujourdhui intégrer cette réflexion. Il nous faut sans hésitation porter nos propositions publiquement, elles peuvent intéresser et convaincre les différents acteurs nous devons en être persuadés. Soyons offensifs et confiants sur ce sujet. Il faut partout imaginer, réaliser sans crainte des rencontres avec les formateurs et surtout les étudiants des UFR, des IUFM, les professeurs stagiaires. Nous devons inventer les formes de cette reconquête dinfluence-là en sappuyant sur toutes les forces amies, sur toutes les personnalités qui, sous légide du SNEP, souhaiteraient relever ce défi. Il nen manque pas.
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