|

INTRODUCTION AU DEBAT PEDAGOGIQUE DU 13.03.99

Le contexte du système éducatif

Tirer le plus loin possible le fil de l’idée de démocratisation, c'est le défi que s'est fixé le SNEP pour son congrès de Villeneuve d'Ascq. Le contexte actuel n'y est sans doute pas pour rien. L'enjeu est pour nous de persuader le gouvernement de rompre avec les politiques libérales qui ont précédé, tout en recherchant des appuis dans les médias et l'opinion publique. Cela a le mérite de nous pousser à aller plus loin dans notre analyse et nos propositions concernant une nouvelle étape de démocratisation.

A quelles conditions pouvons-nous espérer plus de réussite pour le système éducatif ? Comment aider davantage d'élèves à accéder dans de bonnes conditions à un niveau scolaire et universitaire élevé ? Comment réactiver l'objectif des 80% de jeunes au niveau du baccalauréat, et au-delà améliorer la réussite dans les premiers cycles universitaires ? Comment faire face dès les premières alertes à l'échec scolaire ? Comment surtout faire la part du possible pour l'Ecole, dans un environnement social marqué par la crise, le chômage ? Comment répondre au mieux aux attentes fortes de la société, sans céder à la pression consumériste et utilitariste ?

Ce défi est rendu plus compliqué par le conflit permanent imposé par le ministre de l'EN, qui cherche à discréditer les syndicats de la FSU, le SNES en particulier, aux yeux de l'opinion publique, en se présentant comme LE réformateur de l'EN, confondant allègrement "modernisation " et "démocratisation". Le ministre prétend que l'évolution souhaitable n'est que qualitative, que le quantitatif est derrière nous. Il cherche tous les artifices pour masquer le refus gouvernemental de considérer l'Education comme une priorité puis d'en tirer les conséquences en terme budgétaire.

Face à la caricature des positions et propositions des syndicats de la FSU dans les médias, nous choisissons de lier cette nouvelle étape à la réflexion sur une nouvelle professionnalité. Celle-ci nécessite des efforts qui ne peuvent être le fait des seuls personnels.

Le dogme du gel de l'emploi public, de la réforme à coût constant, est en effet en filigrane de tous les chantiers ouverts, de toutes les propositions ministérielles depuis 20 mois. Plus insidieuse, l'idée que les tâches des enseignants ne demandent pas de grandes compétences (on peut les remplacer par des aides-éducateurs non formés), qu'elles sont largement rémunérées (" le quantitatif est derrière nous ", dit le ministre, qui de plus diminue le taux des HSA), que les enseignants travaillent peu et sans contrôle (les inspecteurs n'inspectent pas, et il y a lieu de "caporaliser" l'administration), et qu'enfin le cadre national de l'Education du même nom a fait son temps, qu'il est un frein à l'innovation, au progrès, à la réussite du plus grand nombre (on déconcentre, en prétendant démagogiquement que chacun sera mieux traité, et on ouvre la porte à l'installation de " petits chefs " locaux, prêts à mettre les établissements en concurrence, et à renforcer ainsi la ghettoïsation de l'EN.

On peut ici résumer les principaux chantiers ouverts.

ð Premier degré et la "Charte du XXIe siècle". C'est l'introduction massive des aides-éducateurs, aux qualifications aléatoires, et la tentative de modifier l'essence même du métier d'enseignant à l'Ecole primaire. Dans ce processus, nous avons tout à craindre pour le statut de l'EPS.

ð "Assises des ZEP". Le tapage médiatique de l'an dernier n'a donné lieu ni à des décisions qui pourtant étaient demandées par tous (service et effectifs allégés, concertation institutionnalisée...) ni même à des expérimentations sur ces thèmes. Plus d'indemnités ZEP, certes, mais est-ce la meilleure voie à prendre ? La contractualisation dans les REP représente-t-elle autre chose qu'un chantage aux moyens et aux résultats qui permet tous les abus ?

ð Débat sur "le collège de l'an 2000" que le ministère a finalement lancé sans donner l'impression d'en attendre beaucoup. Nous en sommes à la phase locale, mais soyons vigilants : les échanges préparatoires ont montré que 10 ans après, les "vieilles lunes" de la bivalence, de la primarisation du collège, du regroupement des disciplines dans des champs disciplinaires... gardent les mêmes fervents supporters. Et puis, l'exemple du chantier "lycées" doit aussi être une référence.

ð La "Charte du lycée" n'en finit plus de provoquer polémiques et divisions. La préparation de la rentrée 99 montre toutes les difficultés pour mettre en oeuvre les changements (aide individualisée, baisse des effectifs, TPE...) à moyens constants, et sans alléger l'enseignement disciplinaire. Pendant que les proviseurs découvrent les effets pervers de la gestion de la DHG par l'opposition des disciplines (et des enseignants entre eux), le ministre pérore dans les médias même si ses conseillers en communication lui ont imposé une attitude moins méprisante, il persiste à nier le problème des moyens.

ð Le secteur de l'Université n'a pas trouvé, dans les esquisses de l'application de la réforme Bayrou, la solution à ses difficultés. Les pistes tracées par le rapport Attali (3,5,8) continuent à inquiéter le monde de l'enseignement Supérieur. La recherche universitaire est elle aussi l'objet de controverses avec le ministre.

Une journée de débats pour aller plus loin : place de l'eps dans ces débats ?

quelle eps ?

Il nous revient d'aborder le point de vue "pédagogique", de pousser le plus loin possible notre réflexion collective, pour définir les contours d'une nouvelle professionnalité, mise au service d'une EPS "mieux démocratisée", au sein d'une Ecole plus ambitieuse. Nous avons la volonté d'envisager tous les aspects de la mise en oeuvre de notre discipline, de définir, à différents niveaux, de nouveaux caps à franchir, et de tracer une ligne directrice pour notre action syndicale à venir.

Nous avons proposé un double découpage, forcément arbitraire, pour cette journée :

Trois objets d'études et de débat pour la matinée.

Ce premier découpage doit nous permettre d'aller au fond de la relation "démocratisation-professionnalité", tant en ce qui concerne les contenus proposés que notre capacité et nos propositions pour les mettre en oeuvre. Qu'est-ce que démocratiser en EPS ? Quels sont les facteurs de l'expertise professionnelle, qui ne réduisent pas celle-ci à un ensemble de recettes à acquérir, et qui définissent un "enseignant concepteur" sans pour autant lui donner la tâche de tout réinventer. Il s'agit bien de revisiter des sujets de réflexion souvent juxtaposés, en particulier à l'occasion de l'élaboration des motions de congrès, et de tenter des mises en relation.

1) Le premier groupe abordera les thèmes suivants : PROGRAMMES, EVALUATION, PROGRAMMATION, FORMATION, CONTENUS D'ENSEIGNEMENT, DUREES D’APPRENTISSAGE. Quel regard l'exigence de démocratisation nous fait-elle porter sur la culture commune ? Quels choix d'activités, de durées et de progressivité des apprentissages, pour obtenir des acquisitions stables, significatives de progrès ? Quelles formes d'évaluation à la fois possibles, crédibles et pertinentes ? Quelles conditions d'enseignement indispensables ? Ces questions ne peuvent manquer d'interroger les formations initiales et continues, de proposer une forme nouvelle de citoyenneté enseignante.

2) Dans le même temps, cette professionnalité nouvelle est confrontée à des réalités que le débat théorique conduit souvent à occulter, et qui traduisent des souffrances, des échecs, des difficultés diverses. Ainsi, ne convient-il pas de parler de l'échec en EPS, même si ce peut être un exercice douloureux ? Ne doit-on pas considérer que derrière ce problème, il y a, pour la discipline EPS, un enjeu en terme de pérennisation, de développement... voire de disparition ? Comment dépasser l'approche trop simpliste de l'explication de cet échec par le déterminisme génétique ?

Ainsi, l'appréhension de la mixité en EPS ne doit-elle pas être réexaminée au vu de cet objectif de démocratisation ? Comment mieux prendre en compte la tension inévitable entre l'universalisme de l'acte d'enseignement et la nécessaire prise en compte des particularités, pour ne plus fermer les yeux sur les problèmes posés par la gestion de la mixité, par l’hétérogénéité des intérêts, des motivations, des niveaux de pratique ?

Ainsi enfin, comment situer l'enseignement de l'EPS eu égard aux classes et aux élèves difficiles ? Quelles que soient les formes que prennent les comportements en question (refus, absences, violence verbale ou physique...) ils représentent un autre niveau du défi de démocratisation, et une autre facette de l'exigence de professionnalité des enseignants dans laquelle l’A.S. et l’UNSS ont aussi un rôle à jouer.

3) Enfin, le troisième groupe débattra du double sujet du BAC EPS et du SPORT SCOLAIRE.

La question peut être posée, de la pertinence d'intégrer le problème de la série EPS au bac dans ce débat articulé autour de la démocratisation. Il nous a semblé que ce problème nous invite à reconsidérer le statut et la fonction de l'EPS au lycée, et qu'il permet de poser, à travers l'EPS et la réussite à un bac "étiqueté" EPS, la question d'une amélioration des perspectives d'insertion universitaire et professionnelle. Le débat actuel sur l'organisation du lycée montre que l'enjeu de démocratisation concerne le rôle du lycée en général, celui de la diversification et de ses différentes voies, et nous offre l'occasion de pousser plus loin notre revendication de l'institutionnalisation d'une voie EPS de réussite au lycée.

Nous avons pris acte de diverses formes de réticences à cette proposition. Cependant, il nous semble que la série EPS (appelons-la ainsi provisoirement) invite à un nouveau regard sur la place de l'EPS à l'Ecole, et sur la possible contribution de notre discipline à une nouvelle étape de démocratisation des études. En ce sens, cette question entre tout naturellement dans la logique du débat contenu dans les points précédents ; elle n'est pas contradictoire avec l'affirmation de ce que l'EPS doit développer chez tous les élèves.

Concernant enfin le SPORT SCOLAIRE, il nous semble qu'il y a lieu de croiser cette réflexion spécifique avec les éléments précédents. Le SNEP propose depuis maintenant un certain temps une réflexion de fond sur le sport scolaire comme instrument de démocratisation. Nous avons à préparer de façon offensive des "Assises des A.S. et du sport scolaire" qui mettent en évidence le rôle original et la richesse des activités qui y sont développées. Nous avons aussi sans doute la responsabilité de poser l'ensemble des problèmes auxquels sont confrontés certains de nos collègues, afin d'envisager collectivement des voies d'amélioration.

Deux remarques avant de conclure cette introduction :

1) Nous avons choisi de ne pas poser comme sujet spécifique d'étude de cette matinée la question des équipements sportifs pour l'EPS et le sport scolaire et universitaire. Cette question, nous souhaitons qu'elle irrigue chacun des débats de cette matinée, tant il est évident qu'on ne peut envisager les questions de démocratisation, de réussite ou d'échec, de professionnalité, sans les lier à celles des installations sportives. Le SNEP ne peut faire l'économie d'une nouvelle approche, tant qualitative que quantitative, qui pose comme clef de la démocratisation la question des installations sportives.

2) De la même façon, l'exigence d'une nouvelle professionnalité nous invite à pousser notre réflexion sur les objectifs de santé et citoyenneté. Il est indispensable que chacun s'applique à débusquer les conceptions implicites que dissimule l'omniprésence de ces thèmes dans les textes et les discours actuels sur l'Education, et l'EP en particulier. Nous devons refuser le traitement appauvrissant de ces deux notions, leur juxtaposition encore plus appauvrissante, en préciser le sens, les apports, et en tirer les conséquences dans la définition des contenus d'enseignement, et surtout refuser d'en rester à des généralités qui justifient pour ce qui nous concerne une EPS sans ambition et sans exigence.

En conclusion, nous souhaitons que ce fil directeur d'une professionnalité à vocation démocratique nous permette de poser fortement et peut-être différemment les questions liées à l'exercice de notre métier d'enseignant d'EPS. Dépasser la réduction de ce débat à la question de formation et de conditions d'enseignement implique une prise de conscience d'enjeux fondamentaux, l'intégration de valeurs définissant un "citoyen-enseignant d'EPS", la prise de conscience d'enjeux sociaux, l'ensemble nécessitant une démarche individuelle à intégrer dans une activité syndicale forcément collective. C'est le défi qui est aujourd'hui lancé au SNEP et à ses militants.