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CONTRIBUTION AU DEBAT LAIQUE

Aujourd’hui, l’évolution des sociétés oblige à reconsidérer l’actualité même et les termes du débat laïque.

La laïcité marque une conception de la société qui revendique le dialogue et la confrontation des cultures et refuse l’enfermement dans sa communauté d’origine, sa religion et sa culture. En ce sens, elle n'est pas neutralité.

Il s’agit de favoriser l’intégration, de transmettre des valeurs essentielles qui fondent la citoyenneté, de soustraire les jeunes à l’emprise des intérêts marchands et particuliers, et de leur donner ainsi des moyens d’agir et de penser par eux-mêmes, d’offrir à chacun des chances égales d’accès à l’éducation et à la formation, quelles que soient ses origines sociales, ethniques, géographiques, son appartenance sexuelle, ses convictions religieuses ou philosophiques.

Le Service Public d’Education Nationale joue à cet égard un rôle essentiel et irremplaçable.

Le débat laïque est marqué notamment par :

- le recul ou l’effondrement des idéologies fondées sur des conceptions totalisantes du monde ;

- un lent mais continu processus de sécularisation des sociétés européennes ;

- les conséquences de la crise économique qui entraînent pertes de repères, peurs, désespoirs et alimentent les replis identitaires, le racisme et la xénophobie, le communautarisme, l’exclusion ;

- la domination de fait d’une pensée économique unique, celle de l’économie ultra-libérale, encore trop peu critiquée ou contestée, alors qu'elle revêt un caractère totalitaire ;

- l’emprise accentuée des multinationales et des puissances financières sur la vie culturelle (AMI), la formation, la recherche ;

- le bouleversement des valeurs et de l’éthique.

En même temps :

- s’affirment des conceptions religieuses à visées hégémoniques telles que celles parfois violentes de l’Islam en Iran, en Algérie, en Afghanistan, du judaïsme au Moyen-Orient, du catholicisme sous l’impulsion de certains de ses courants intégristes ;

- grandit le rôle des médias, amplifié par les technologies modernes, notamment l’Internet. Les conditions insatisfaisantes de leur utilisation et de leur contrôle aboutissent à une emprise grandissante sur la vie culturelle, sociale et politique ;

- se poursuit la construction de l’Europe, dans laquelle les principes de la laïcité, font exception et restent à conquérir.

En France :

  • ces évolutions ont des répercussions dans la société et dans l’Ecole ;
  • la réforme de l’Etat en cours remet en cause la conception même des Services Publics et de leur rôle. Les mesures envisagées pour le secteur de l'Education comportent des risques rééls : inégalités d’accès, dérives liées au partenariat et aux projets éducatifs. Le développement de l’apprentissage et le maintien du dualisme scolaire contribuent à augmenter les inégalités au sein du système éducatif ;
  • des tentatives réitérées ont lieu visant à permettre ou à favoriser le développement du financement public des établissements privés (tentative d’abrogation de la loi Falloux, arrêt du Conseil d’Etat, initiatives de collectivités locales..) ;
  • des dispositions contraires à la laïcité perdurent dans certains départements (Alsace Moselle, DOM…).

Le débat laïque est donc très actuel, et la réflexion mérite d’être reprise et approfondie en intégrant ces aspects nouveaux.

Les personnels de l’éducation, de la recherche, de la culture, les enseignants sont concernés par ce débat tant il irrigue les divers domaines de leur activité professionnelle. L’empiétement des intérêts commerciaux, religieux, idéologiques dans l’espace scolaire est contraire à l'esprit de laïcité et nécessite leur intervention active.

Les enseignants d’EPS sont également concernés, de façon générale, mais aussi de façon spécifique par les questions liées notamment au refus de suivre l'enseignement obligatoire de l'EPS, aux incidences des conceptions religieuses sur l’image du corps, le choix des APS, les contenus de l'EPS (voile, fêtes religieuses, ...).

Ils y font face avec conscience professionnelle, une volonté de dépassionner les situations, en respectant à la fois les intérêts jeunes quant à leur formation et à leur éducation, et leur liberté de conscience ainsi que celle de leurs familles. Toutefois, dès lors que certains veulent, en utilisant des jeunes, imposer une hégémonie (politique, commerciale, religieuse, philosophique) ou des intégrismes quels qu’ils soient, introduire des sectes ou recruter pour leur compte, les principes doivent être réaffirmés et appliqués. Ces situations inacceptables doivent être appréhendées par l'institution avec la plus grande fermeté.

La plus grande vigilance doit s'exercer au sujet :

  • du financement public des établissements privés, sans remise en cause de l'équilibre acquis depuis 1994 ( en particulier, suite à l'arrêt du Conseil d'Etat du 18/11/98) ;
  • de la répartition géographique de l'offre des formations, et de la place du Service Public dans celle-ci ;
  • de l'organisation de la sectorisation, qui doit combattre la mise en concurrence des établissements et l'émergence d'établissements "ghettos", ou "d'élite", contraire à l'objectif de démocratisation du Service Public d'Education.

C’est dans cet esprit que le SNEP appelle les collègues :

  • à la nécessaire recherche d'alliances ;
  • à s'impliquer dans la résolution des problèmes qui surgissent dans les établissements ;
  • à poursuivre le débat, à contribuer à l'élaboration des positions du syndicat et de la FSU, et à leur large expression dans les instances consultatives ( C.A, CTP, CDEN, CAEN, …).