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  Congrès 2007 (maj le 1/03/17 )

 

STAPS : À la croisée des chemins ?

Dans un contexte libéral de l’enseignement supérieur, de la recherche, la chute des débouchés vers le professorat d’EPS renforce une logique de diversification qui tend à renier l’identité de l’objet STAPS.

Le contexte universitaire : panorama éclaté et inégalitaire.

La logique concurrentielle
Dans un contexte libéral de « compétition internationale », on voit se développer des logiques concurrentielles entre universités. La concentration des « pôles d’excellence » et des PRES autour de « mentions » (excluant d’autres) met en cause la survie de certaines « antennes » ou petites UFR.
Les UFRSTAPS n’échappent pas au processus. L’éclatement des formations et la multiplication des sites sans investissements conséquents ont, malheureusement pour certaines UFR, amplifié les inégalités de conditions d’études et de formation.

Le LMD
La réforme LMD a renforcé la dérive concurrentielle en supprimant les cadrages nationaux. Conjuguée à l’entrée massive des étudiants après 1995, elle a eu des effets profonds sur les cursus STAPS (volume des enseignements d’APSA et de mise en stage, place des langues et d’enseignement non fondamentaux dans les maquettes) mettant à mal l’égalité et la lisibilité des formations.
Le ministère a refusé un domaine STAPS pour le grade Master et a donc fragilisé la filière. Il a par contre laissé une liberté importante de conception « d’offres de formation » locales en s’appuyant sur l’autonomie grandissante des universités. On assiste alors  aujourd’hui à une « balkanisation » des formations proposées dans les UFRSTAPS. Chacune proposant des parcours de formation modulables par les étudiants en diminuant la part des enseignements identifiables STAPS. Seuls les étudiants les mieux préparés et les plus encadrés culturellement ne s’y perdent pas. Les autres nourrissent les statistiques d’échec durant les deux premières années (40%).

Les STAPS à un tournant ?

Les attaques contre les recrutements en EPS : inoffensifs pour les STAPS ?
La filière STAPS enregistre, à la rentrée 2006, la plus forte baisse (-7,7%) de toutes les filières universitaires. La baisse était de -11,6% en 2005. Ces chiffres démontrent une désaffection réelle qui dépasse les seules données démographiques. La chute des postes offerts au CAPEPS depuis 3 ans ne peut y être étrangère. La relative « pompe aspirante » que constituait le professorat d’EPS est en panne. La filière devient moins attractive. Certes, une baisse des effectifs peut permettre de meilleures conditions de travail pour tous mais ceux qui y voient l’opportunité d’en finir avec la filière historiquement structurante et générique (la filière éducation et motricité) se trompe. Lutter pour un nombre conséquent de postes au CAPEPS est vitale pour l’existence des Staps. S’en accommoder, c’est renoncer à une entrée importante d’étudiants dans cette voie universitaire. La diversification des filières est nécessaire mais ne constituera pas une attraction suffisante, notamment pour les bacheliers. 

Diversification : oui mais jusqu’où ?                                                                
La diversification des mentions STAPS s’explique historiquement par la multiplication des modalités d’utilisation des APSA dans la société (l’éducation, la réadaptation, l’insertion, la rééducation, l’entraînement…).
Une nouvelle vague de diversification a été entamée avec les possibilités offertes par le LMD et l’autonomie des universités. Celle-ci prend deux directions que nous souhaitons interroger ?
- Une  logique de diversification centrée sur des perspectives d’adaptation immédiate des formations à des « niches d’emplois » : licence, licence pro et Deust spécialisés, jouant à plein la concurrence avec les formations du MJSVA.
-Une tentation de glissement vers des perspectives scientifiques très proches des sciences d’appuis, tournant le dos à des approches pluri disciplinaires de l’objet APSA et entrant en concurrence avec d’autres formations (paramédical, économiques et gestion, rééducateur…).
Cela se traduit par un émiettement des formations en contradiction avec une conception des formations universitaires ayant pour finalité le développement d’intervenants, diplômés universitaires, maîtrisant les référents scientifiques, les analyses didactiques, les enjeux sociaux et les savoirs et mises en œuvre pratiques des apprentissages dans le domaine des APSA . Cette orientation universitaire est pour nous la seule raison d’être d’une filière STAPS à l’Université.

Les débouchés des étudiants.
Il faut, d’une manière générale, développer les métiers de l’éducation, de l’entraînement, de l’adaptation en et par les APSA dans la société. Des métiers reconnus par des contrats, des rémunérations et des conditions de travail, satisfaisants. En ce sens, la Convention Collective Nationale sur le Sport doit être renégociée et améliorée.
Il faut dépasser la concurrence avec les formations du MJSVA. La lisibilité, pour les étudiants et les employeurs, passe, dans un premier temps, par une complémentarité et mutualisation des formations pour, dans un second temps, tendre à une unification de celles-ci.
Le nombre de postes au concours doit être immédiatement porté à 1500 et intégré à un plan pluri annuel de recrutements afin que chaque étudiant s’engageant en STAPS ait connaissance des débouchés dans la fonction publique (CRPE, CAPEPS, Agrégation) 4 ans plus tard.

Il faut recentrer l’objet des STAPS autour DES interventions en APSA

La diversification ne doit pas être synonyme d’émiettement de l’objet. La structuration des STAPS en mentions présente dès 1982 (Éducation & Motricité, Entraînement, Activité Physique Adaptée, Management, Ergonomie) doit se protéger d’une autonomisation de chacune. Les dérives de cette autonomisation se cristallisent dans des cursus qui tendent à se différencier dès le semestre 2 pour finir à la fin de L3 par des diplômes STAPS dont il est parfois difficile de trouver l’objet commun. Une réflexion doit s’ouvrir sur la conception d’un cursus commun, plus unifié autour d’un cœur de métiers : les interventions en APSA. Un entraîneur peut-il passer à coté des connaissances didactico-pédagogique de sa discipline en ne développant que des connaissances biomécaniques et physiologiques de l’acte moteur ? De même, un enseignant d’EPS peut-il ignorer les connaissances produites sur le handicap ou sur une notion aussi fondamentale que la performance ? Ou encore, un responsable territorial des APSA peut-il ignorer les enjeux des classifications, des modalités de pratiques et des programmations d’APSA en lien avec leurs répercutions sur la motivation des différents publics ?

Des contenus de formations ambitieux.
Une approche approfondie des APSA dans toute leur complexité historique, sociale, anthropologique doit permettre d’asseoir un véritable champ culturel, objet de connaissances.
À toutes les étapes, les contenus de formation et de concours, leur maîtrise et leur connaissance critique constituent une exigence didactique et pédagogique fondamentale. Contenu universitaire à part entière, validée comme tel dans l'attribution des diplômes, l’enseignement des APSA doit comprendre une partie disciplinaire mais aussi une approche interdisciplinaire. Cette dernière, s'appuyant sur des stages et sur l'expérience "d'enseignés " des étudiants, devrait conduire, dans le cadre de modules spécifiques, à s'interroger sur les savoirs eux-mêmes, leur histoire, le contexte socio-culturel de leur émergence. Ces modules devront déboucher progressivement sur des approches anthropologiques, épistémologiques, donc didactiques, donnant sens aux connaissances, aux techniques constitutives du patrimoine corporel à transmettre, aux sciences " contributives " du cursus STAPS.

Réaffirmer la place et le rôle des APSA au sein de la 74ème section du CNU.
En plus des recherches à caractère fondamental, s’imposent des recherches utiles et utilisables pour et par les étudiants et les formateurs.
Le ministère et les universités doivent apporter leurs soutiens aux laboratoires et aux doctorants s’engageant dans ce type de recherche afin de drainer les UFRSTAPS de connaissances technologiques, didactiques, professionnelles…dans le domaine des APSA.
Le rôle du CNU est sur ce point indispensable. Il doit impulser et soutenir des Ecoles doctorales centrées sur l'intervention et exercer une vigilance sur l’orientation de l’ENS. Les collègues qualifiés doivent manifester une culture des APSA; celles-ci ne doivent pas être simplement des lieux d’application de concepts migratoires de sciences d’appuis.

Les savoirs sur les « pratiques professionnels » comme objet de recherche et de formation.
Les pratiques et techniques professionnelles doivent devenir des éléments à part entière du contenu scientifique universitaire et peuvent permettre l'élaboration d'un regard critique sur le savoir, aiguiser la curiosité scientifique des étudiants ; bref établir un rapport vivant  et dynamique à la culture chez les futurs enseignants et préparer dès cette étape les décloisonnements disciplinaires.

Unification des diplômes STAPS sur le territoire.
Rétablir un cadrage national des diplômes LMD en définissant, pour chaque niveau d’enseignement, les volumes horaires, les matières, les options envisageables, les modalités de contrôles des connaissances… .
Réaffirmer du L jusqu’au M la place d’un enseignement significatif (pas moins de 30% du temps des maquettes) de « pratiques et de théories » des APSA.
Assurer la continuité territoriale du service public de l’enseignement supérieur en offrant, dans chaque UFRSTAPS, un cursus proposant l’ensemble des filières à minima jusqu’au M2.

Renforcer le rôle des formateurs dans les APSA.

Il faut alléger le service (250h/année) des PRAG et PRCE pour permettre un investissement en formation personnelle par la recherche, pour produire des documents de formations initiales et continuées, pour libérer des temps de travail d’équipe (rapprochement Enseignant-Chercheur/2nd degré), de concertation, d’accompagnements d’étudiants.
Intégrer au service, des collègues le souhaitant, des horaires significatifs de l’investissement réel dans l’animation de l’Association Sportive.

Les formateurs du second degré doivent pouvoir intégrer des équipes de recherche, bénéficier des décharges de service pour activités de recherche. Par ailleurs, ils doivent pouvoir faire valoir les acquis de l’expérience lorsqu’ils s’engagent dans des formations diplômantes. Ils doivent être recrutés selon des modalités connues et en toute transparence.
Dans le cadre de l’intégration des IUFM à l’université, nous revendiquons que des mesures spécifiques permettent l'accès à des emplois d'enseignants chercheurs pour les enseignants en poste dans l'enseignement supérieur, titulaires d’une thèse et qualifiés.

D’une manière plus générale, dans un contexte de baisse des effectifs et de départ massif en retraite (40% des formateurs « second degré » en poste dans l’enseignement supérieur partiront en retraite dans les 10 années qui viennent), il est souhaitable de préserver les postes « second degré » libérés par mutation ou départ en retraite. C’est une condition indispensable à la préservation d’un niveau quantitatif d’APSA dans les formations.

 

 


 

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