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LA SANTE DES JEUNES ET LES COMPORTEMENTS
Par le professeur tubiana

D’après la définition de l’OMS de 1945, il faut distinguer 3 aspects différents mais complémentaires de la santé : la santé physique, la santé mentale et la santé sociale. Chez l’enfant, ces trois aspects sont fortement liés : la santé mentale retentit directement sur la santé physique puisque le tabac, l’alcool, la drogue, les accidents sont, dans une large mesure, l’expression d’un mal-être et que la santé mentale est elle-même, très influencée par les dysfonctionnements de la cellule familiale, le niveau d’intégration dans la société, la précarité.

La santé physique des très jeunes enfants est, en général, satisfaisante. Les bilans de santé effectués avant trois ans se sont améliorés (même si des progrès restent à faire) et les déficits sensoriels (audition, vision) décelés assez tôt pour permettre un traitement précoce. De grands progrès ont été faits dans l’hygiène bucco-dentaire, mais hélas environ 15 % des enfants n’effectuent pas l’effort nécessaire dans ce domaine, faute d’incitation par les parents.

Il existe, néanmoins, quelques gros problèmes. Le principal est celui de l’obésité infantile qui s’aggrave régulièrement depuis deux décennies dans tous les pays industrialisés, notamment en France. A 6 ans, environ 4 % des enfants sont obèses et 13 % en surpoids. Dans les quartiers défavorisés (ZEP) ces chiffres sont nettement plus élevés (7 % d’obèses) et les pourcentages sont encore plus élevés chez les enfants de chômeurs. De façon générale le taux d’obésité des enfants est inversement proportionnel au niveau socio-économique des parents.

L’obésité est due à un déséquilibre entre les apports alimentaires et les dépenses physiques. Il faut agir sur ces deux facteurs : donner des habitudes alimentaires saines, lutter contre le grignotage entre les repas et réhabiliter l’exercice physique : encourager les enfants et les adolescents à monter les escaliers à pieds, à marcher pour venir à l’école et, à courir dans les jeux et à participer à des activités sportives. Il faut toutefois éviter les sports de compétition qui risquent d’induire le dopage ou de conduire aux excès de la troisième mi-temps dans les stades ou hélas, on consomme largement des boissons alcoolisées. Il faut, aussi, organiser des activités les jours sans école (en France, un jour sur deux). L’exercice physique pendant cette période de la vie à d’autres avantages : introduire le sens de l’effort, la maîtrise de soi et faire comprendre à l’enfant l’influence qu’il peut avoir sur son apparence physique et sur sa santé, ce qui est une façon de lui donner confiance en lui.

Ceci montre la convergence santé physique et santé mentale. Or cette dernière n’est pas satisfaisante en France pour une proportion notable des enfants (environ 20 %). Les comportements nocifs pour la santé témoignent d’une prééminence accordée au présent sur l’avenir, d’une fuite hors du monde réel, de la recherche de compensations à diverses frustrations, qu’il s’agisse du grignotage entre les repas, de l’alcool, et bien entendu, du tabac. Il faut à la fois faire comprendre à l’enfant les dangers de tout excès, l’influence de ses comportements sur sa forme physique et, celle de l’image qu’il a de lui-même sur ses comportements et rechercher comment on peut améliorer son équilibre psychique.

Plus l’enfant avance en âge et plus l’impact de la santé mentale sur la santé physique devient important. Le taux de mortalité des adolescents français est l’un des plus élevés de l’Union européenne (des quinze) à cause des accidents et suicides particulièrement fréquents. De plus entre 15 et 20 ans, les garçons français sont ceux qui, dans l’Union européenne, fument le plus du tabac et de cannabis, boivent le plus d’alcool, parmi ceux les plus fréquemment contaminés par le HIV. Mais ces troubles, qui se manifestent chez les adolescents, sont la conséquence d’une altération de la santé mentale apparue pendant l’enfance et surtout la petite enfance (0-4 ans). C’est pendant celle-ci que se construit la psycho-affectivité du futur être, l’estime (ou la mésestime) de soi dont vont dépendre son attachement de la vie, sa capacité à se projeter dans le futur, à affronter les difficultés de l’existence (résilience), son attachement pour la vie. La sociabilité d’un enfant dépend à la fois de son autonomie donc de sa confiance en lui et ses relations avec les autres donc de la confiance qu’il a en eux. Les deux sont fonction du vécu de sa petite enfance.

Après les parents, l’école maternelle a un rôle primordial. C’est à ce moment que s’établissent les relations du petit enfant avec son corps. Les sarcasmes, les critiques, les punitions peuvent le décourager alors qu’au contraire les marques d’intérêt, les stimulations, les critiques constructives peuvent l’aider, le valoriser et lui donner envie de se surpasser.

Dès l’école maternelle et plus tard à l’école élémentaire, on doit lui apprendre à respecter son corps. D’abord en lui montrant qu’il existe des rythmes : des heures pour aller se coucher et dormir, d’autres pour prendre des repas ou aller aux toilettes. La nature obéit à des alternances : le jour et la nuit, les saisons. Il en résulte l’existence de rythme pour tous les organismes vivants. L’organisme humain est soumis au rythme nycthéméral et ne pas le respecter (les travailleurs de nuit tels les infirmiers) entraîne des fatigues et l’affaiblit, ce qui nécessité des repos compensateurs et la recherche de nouveaux rythmes. Prendre régulièrement des somnifères pour s’endormir est une conséquence du non-respect de ces rythmes. D’autre part, il faut éviter les manques et les excès : pas assez de sommeil ou d’exercice, trop de nourriture et une alimentation déséquilibrée. Il suffit de réfléchir au mode de vie de ceux qui s’entraînent avant des épreuves sportives pour comprendre que même les plus doués doivent s’imposer des règles pour être au mieux de leur forme. La machine humaine est comme une voiture de course, prodigieusement puissante et souple si elle est bien entretenue mais fragile, susceptible de se dérégler facilement.

Comme l’a rappelé l’OMS, dans la charte d’Ottawa (1985), la santé n’est pas un but en soi mais un moyen essentiel pour s’épanouir, pour se réaliser, pour s’adapter à son environnement et s’accomplir, pour être utile aux autres. Il ne faut pas opposer le corps et l’esprit, l’individu et la communauté. On ne peut pas avoir un corps sain si on a un esprit malade et réciproquement. Un homme sain a sa place dans la société mais il a aussi des devoirs envers elle, comme dans une équipe sportive. On trahit cette mission si l’on ne respecte par son corps, par exemple si l’on triche, en particulier si l’on se dope ou se drogue ou encore prend des somnifères ou des tranquillisants. L’équilibre physique et mental doit s’obtenir par des moyens naturels et non pas des moyens artificiels. La maîtrise de soi commence par le respect de son organisme et requiert la confiance en lui. Celle-ci s’acquiert, ou se perd, très jeune au cours de la petite enfance et de l’enfance.

L’esprit et le corps d’un enfant, d’un adolescent se construisent dès la naissance et interagissent entre eux. Les parents, le corps enseignant, et au premier chef les professeurs d’éducation physique, ont donc un rôle important à jouer pour réduire le mal-être de nos jeunes et les rendre capables de faire face aux inévitables difficultés de la vie.

A télécharger :

  • Le document PowerPoint qui a servi de support à la présentation du sujet par le Professeur Tubiana. (zip, 950ko)