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RAPPORT D’OUVERTURE
Présenté par J. LAFONTAN, Secrétaire Général
A La Londe, mars 2004

Nous ouvrons notre congrès après des élections régionales et cantonales qui montrent certainement qu’un premier écho des luttes que nous avons menées s’est fait entendre. En effet, les premiers résultats révèlent que la droite est fréquemment mise en échec alors que toutes les sensibilités de gauche progressent.
Le vote du Front national se maintient de façon inquiétante à un niveau important. La politique initiée par Sarkozy qui voulait concurrencer cette formation dans le domaine sécuritaire est un échec complet et montre par là même le contenu particulièrement réactionnaire de cette formation politique. De nouvelles régions peuvent être conquises et il faudra toute notre vigilance afin que les politiques mises en œuvre répondent pleinement à nos exigences.
Notre congrès doit prendre ces résultats comme autant d’encouragements à poursuivre la stratégie qu’il a développée en permanence à savoir : de façon constante être guidé par le souci du développement des services publics, de ses personnels, dans la perspective bien comprise de l’intérêt général.

Ses travaux doivent s’inscrire dans une double exigence :

  • Mieux comprendre l’actualité et ce qui la fait ainsi ;
  • Examiner plus précisément les questions de notre système éducatif, de son évolution, du statut de notre discipline et de ses personnels.

Le choix de ce rapport est de s’attarder sur la première question, sachant que les autres journées aborderont largement la seconde.
Sans m’étendre sur cette question qui a pourtant réglé la vie politique au moment du déclenchement de la guerre en Irak, la situation internationale pèse sur toutes les politiques intérieures et on peut dire que le gouvernement actuel a joué de sa position contre l’intervention en Irak afin d’essayer de calmer l’opinion publique qui affrontait des décisions particulièrement graves. Après l’attentat de Madrid, le gouvernement a cherché à utiliser l’échec Aznar et son alignement sur les USA pour faire avaliser la justesse de toute la politique gouvernementale.
Depuis l’arrivée du gouvernement au pouvoir, nous n’avons pas connu de répit dans l’activité syndicale. Et là, je voudrais saluer l’engagement des militants que vous êtes et qui ont su faire face aux multiples exigences de cette activité, qui ont su inventer toutes les formes d’animations et de rassemblements que les situations exigeaient.
Ce gouvernement issu des élections de 2002 a décidé d’affronter la société sur ses bases les plus fondamentales : les secteurs et services publics, tels la recherche, les transports, les télécommunications, la poste, l’EDF, les hôpitaux, la justice, l’éducation et la protection sociale. En même temps, dans le secteur privé, il est entièrement à l’écoute du MEDEF et recueille son soutien nécessaire.

Pour comprendre l’époque présente il faut avoir à l’esprit deux éléments :

1. Le gouvernement issu du 21 avril part de l’idée que son accession aux responsabilités lui impose de définir un programme de grandes transformations sociales qui, de fait, mettent en cause l’essentiel des acquis issus de la seconde guerre mondiale. Il juge utile de rendre visible de grandes orientations structurantes – décentralisation – retraite – assurance maladie – sécurité – système éducatif – avec l’intention de les faire passer coûte que coûte avec l’idée de résister jusqu’au bout à l’encontre de tous ceux qui s’y opposeraient.
Le MEDEF renchérit : Seillières déclare « l’opinion est prête à des réformes, qu’elle les souhaite et qu’il faut les faire parce que la plupart des pays européens les ont faites. Le MEDEF ne peut qu’apprécier cet état d’esprit ».
Fillon, dans une récente interview au Monde précise la stratégie gouvernementale : « Quel que soit son résultat [rappeler Juppé], cette élection – celle qui vient de se tenir – ne remettra pas en cause le mandat reçu par la majorité en 2002. Elle a trois années devant elle, qui doivent être trois années de réformes pour gagner en 2007. Contrairement à ce qu’espèrent la gauche et les extrêmes, il n’y a pas de crispations généralisées de l’opinion sur les questions sociales. Il y a bien sûr un contexte économique difficile, qui a entraîné des préoccupations légitimes. Si nous avons pris le risque d’une certaine impopularité en menant des réformes courageuses, c’est parce que l’état de notre pacte social interdit toute démagogie. Je sens bien que certains doutent, mais je sens aussi que les français comprennent combien le statu quo n’est plus possible ».
Une telle déclaration, qui représente la philosophie de tout le gouvernement, induit une ère de brutalité dans les rapports sociaux, que nous avons expérimentée dans les retraites, mais aussi tout refus de négociations ramenées à « un marchandage à la petite semaine » dixit Raffarin dans sa réponse aux chercheurs en lutte. Ferry parle des momifiés de la pétition à propos des signataires du texte des Inrockuptibles sur la guerre à l’intelligence.
Cette approche fondée sur la confrontation, sans concession, avec l’opinion publique pense que c’est par le travail sur les conflits d’intérêts entre les diverses couches sociales qu’il est à même d’opérer au rassemblement de son électorat. Les mesures à l’égard des buralistes et des restaurateurs sont significatives de cette stratégie. Ainsi les restaurateurs vont empocher 1,5 milliards d’euros, alors que dans le même temps 20 millions sont refusés aux chercheurs. Ce sont autant de mesures irréversibles qu’il souhaite entreprendre afin qu’elles ne puissent être défaites par aucun autre gouvernement qui lui succèderait.
Ses campagnes de matraquage veulent habituer l’opinion publique à ses arguments afin de creuser l’espace avec des alternatives progressistes perçues comme irréalistes.

2. Deuxième élément. Ce gouvernement organise les inégalités sociales sciemment, parce qu’il croit que celles-ci sont créatrices de dynamisme qu’elles promeuvent les plus responsables. Les exemples sont nombreux de cette chasse aux dispositifs dits « coûteux et inutiles » qui sont pourtant des éléments essentiels de la solidarité sociale. Pensons au RMA, aux 265 000 chômeurs éjectés de l’indemnisation de l’UNEDIC, à ces baisses d’impôts où 1% des plus riches profite des 35% de la ristourne, où le salaire maximum a été multiplié par 30 en dix ans pour arriver à représenter 200 fois le salaire moyen.
L’approche nouvelle tient au fait qu’il n’y a plus de honte à aborder ces questions, quitte à dissimuler la violence de cette orientation sous la notion de responsabilité individuelle. Ces orientations conduisent à marginaliser une part croissante de la population enfermée dans une précarité sans perspective de sortie parce que l’emploi plonge et que les licenciements frappent lourdement de nombreuses entreprises.
Le CERC vient de révéler qu’il y a 1 à 2 millions d’enfants pauvres, selon les comptages, soit 8 à 16% de la population des jeunes et que ces jeunes sont les plus exposés à l’échec scolaire puisque à 17 ans 18 % des enfants du plus bas décile ont arrêté leurs études (dont 12% sans diplôme) contre 1% en moyenne pour les 3 plus hauts déciles.
Fort de ces orientations, le gouvernement entend poursuivre l’œuvre entreprise depuis avril 2002 sur des dossiers qui vont venir rapidement d’actualité.

Quelques exemples :

  • Privatisations en perspective de la SNECMA, France Télécom, ADP, Air France, diverses entreprises où l’Etat est minoritaire, enfin EDF-GDF où le choix de la concurrence plutôt que du développement du service public va conduire à son éclatement et à terme aux difficultés que la Californie et l’Angleterre ont expérimentées. Un projet doit être connu en avril et une loi votée en juillet.
  • Sur l’assurance maladie, des propositions seront connues à la mi-avril. Des déremboursements, des rationnements de soins, des éléments de privatisation ont commencé et l’augmentation de la CSG pour combler un trou largement organisé sont mis sur la place publique. La campagne d’affolement, qui a connu un certain succès pour les retraites, est reprise sur ce dossier. Le statu quo n’est pas possible car le système est trop inégalitaire tant au niveau social que territorial, nous devons populariser et approfondir nos propositions. Tout comme les retraites, les questions de financement sont au cœur des décisions à prendre. Nous devons convaincre les salariés que la répartition des richesses créées doit connaître un déplacement en leur faveur afin de rattraper ce que le patronat leur a dilapidé dans ces vingt dernières années. Si nous n’arrivons pas à avancer sur cette question, tous les dispositifs qui visent à fragmenter les solidarités sociales accentueront l’éclatement des intérêts communs des salariés et débouchera sur leur fragilisation professionnelle et sociale. Le gouvernement doit agir par ordonnance en juillet.
  • Loi sur l’emploi. Cette loi encadrée par le rapport de Virville et par les 44 propositions du MEDEF veut conduire à la baisse du coût du travail en faisant pression sur les prélèvements obligatoires, détricoter les 35 heures et réduire les garanties des salariés. Elle représente une attaque frontale contre le Code du Travail. Elle vise à accentuer la précarité des salariés en faisant pression sur les durées d’indemnisation comme les recalculés de l’UNEDIC où les intermittents en font la dure expérience.
  • Réforme de l’Etat. Au nom de la performance des services publics le gouvernement tente de réduire les dépenses en faisant de la fonction publique une variable d’ajustements en sabrant dans le nombre de fonctionnaires : le remplacement d’un fonctionnaire sur deux conduit à 9 milliards d’économies, en même temps, il cherche à transformer profondément le statut général en assouplissant les mesures de recrutement, en développant le mérite et des CDI hors statut. La tentation de négocier la baisse des effectifs contre des salaires revalorisés mais encadrés hante les négociations
  • Sur les transports publics le Ministre de Robien tente de mettre en place des « accords de prévention des conflits » depuis quelques mois et en tout état de cause imposerait, si échec de ces négociations, une loi de service minimum en juin
  • Plan hôpital 2007. Cette réforme est une réforme imposée, dissociée de l’assurance maladie alors qu’il pèse la moitié des dépenses. La tarification à l’activité qui conditionne les ressources des hôpitaux au nombre et à la nature des actes réalisés privilégie la rentabilité des actes techniques plutôt que la sécurité. L’hôpital est mis en concurrence avec le secteur privé qui pourra choisir les malades les moins coûteux. En même temps, la réorganisation interne des hôpitaux va permettre une flexibilité accrue des personnels et des formes d’intéressement de ceux-ci aux résultats de l’hôpital.
  • Sur le front sécuritaire, la loi Perben II votée en février bouleverse la justice pénale et est attentatoire aux libertés, elle favorise une justice expéditive tout en renforçant les moyens mis à la disposition de la police. Les lois Sarkozy sur la récidive (peine plancher et sanction maximale de prison ferme si troisième récidive) et la prévention de la délinquance qui veut généraliser la vidéo surveillance, sécuriser les établissements scolaires et obliger les travailleurs sociaux à signaler aux maires toute personne demandant de l’aide, font l’objet de luttes importantes.

On voit que ces dossiers couvrent deux orientations : l’une d’ordre idéologique et qui vise à s’attaquer à l’insécurité sociale que sa propre politique produit et l’autre sur la volonté de réduire drastiquement les moyens alloués à la dépense publique afin d’entraîner des coupes sombres. Toutes les problématiques autour de la baisse de certains impôts au nom que ceux-ci n’inciteraient pas à travailler, à investir, que « l’énormité des prélèvements obligatoires » ferait fuir cerveaux et entreprises, conduit à un abîme entre les prestations attendues et les recettes collectées. Cela explique la grogne des services publics qui sont particulièrement visés dans le budget 2004 à travers les baisses de recrutements, des moyens qui conduisent à l’asphyxie des services, et des rémunérations très insuffisantes.
Cette mise en difficulté des services publics cherche à démontrer à l’opinion leur nécessaire privatisation. Leur mot d’ordre est bien « d’affamer la bête » afin que l’opinion soit amenée à détester même l’Etat et cela pour conduire à son nécessaire allègement. Pourtant, sans impôts pas de capacité collective d’agir. C’est bien l’effet recherché lorsque que le libéralisme s’empare de l’Etat.

Toutes ces remarques ne doivent pas conduire à la croyance de l’existence, face à nous, d’un bloc immuable contre lequel nous ne ferions que nous briser ; elles doivent nous amener à mieux réfléchir aux conditions que nous devons réunir afin de faire fléchir ce gouvernement. L ‘exemple des retraites, qui demeure notre première expérience de confrontation violente avec celui-ci, ne doit pas être interprété unilatéralement comme un échec que nous serions seuls à payer. Un des objectifs majeurs que souhaitaient atteindre Fillon et Raffarin, c’était bien la baisse drastique de la part publique dans le montant de la pension versée. Nos luttes n’ont pas permis, à ce jour, qu’ils aient pu atteindre l’objectif qu’ils souhaitaient. Certes, des mécanismes ont été votés, et vont entamer le montant des pensions de chacun mais le combat pour les retraites est largement devant nous si l’on part de l’analyse que nos résistances ont fait que le financement et les mécanismes mis en place ne sont pas ceux que ce gouvernement souhaitait mettre en oeuvre.
Il est clair, pour nos collègues, et pour nous, que c’est la capacité syndicale collective qui n’a pas pu faire face à cette échéance. Cette évidence est lourde à porter, car elle tient pour une très large part à l’audience et donc à l’implantation syndicale, principalement dans le secteur privé. Avec 7 à 8 % de syndiqués, il est difficile au syndicalisme de se faire entendre à hauteur des exigences de l’heure. Mais ce n’est pas la seule explication. La volonté de résistance de ce gouvernement est une première depuis bien des années, et il faudrait remonter à avant 1981 pour trouver une telle volonté. Sa détermination est simplement à hauteur des transformations qu’il cherche à opérer.

Prenons l’exemple de la lutte des chercheurs. Ceux-ci mènent un combat de masse qui regroupe, derrière un collectif « Sauvons la recherche » une grande partie des organisations syndicales, rassemble en signatures, plus de la moitié de la communauté des chercheurs et près de 150000 publiques, conduit à faire démissionner de leur fonction administrative plus de 2000 directeurs d’unité ou de labo, organise des manifestations particulièrement massives et malgré cela rencontre un gouvernement qui refuse de céder sur des revendications sans commune mesure avec ce qu’il a lâché aux restaurateurs et buralistes. « Le mouvement français est à l’avant-garde de ce que l’on peut faire en Europe » , déclare le commissaire européen à la recherche ; « la France est à contre-courant de tous les autres pays de l’UE », insiste-t-il, malgré cela, le Président de la République écrit au collectif SLR pour leur dire qu’il ne cèdera rien. « Nous entrons en résistance » déclare A. Trautmann, porte-parole du collectif. Mieux, des manœuvres se trament autour des Etats généraux afin de rendre illisibles les propositions que les chercheurs portent et dont le combat est très largement soutenu par la population. Ne faut-il pas lire dans le résultat des élections d’hier que cette invulnérabilité est compromise ?

Prenons l’exemple des STAPS. Ce mouvement a été nourri des interventions du SNEP dans ce milieu, interventions que nous avons répétées régulièrement, dès la connaissance du projet de budget 2004 et surtout, dès la publication du nombre de postes. Notre pétition a recueilli près de 40 000 signatures. Il a aidé à faire comprendre la cohérence d’intérêts entre les actifs et les étudiants. La grogne s’est renforcée par la mise en circulation, par le ministère des Sports, d’un projet de décret qui barrait à tous les diplômes STAPS, la voie de l’emploi sportif. Nos argumentaires ont été connus, par vos efforts, les étudiants s’en sont saisis selon l’état de leur organisation ou désorganisation locale. Les multiples initiatives ont débouché sur une manifestation nationale de 8 à 10000 participants qui a connu un vrai retentissement national et local. Les négociations qui ont eu lieu dans la foulée n’ont pas débouché sur la réévaluation des postes au CAPEPS mais ont enregistré un recul sur le projet de l’article 43. La question de la suite de ce mouvement est posée ; elle nous interpelle directement tant les étudiants ont porté avec pugnacité les questions que nous défendons et leur attachement doit nous conduire à réfléchir à une forme particulière d’action commune, rapidement, qui doit aider à structurer de façon permanente leur organisation avec l’UNEF, le SNESUP et tous ceux qui sont prêts à des actions solidaires. Ayons bien à l’idée que les étudiants ont les yeux rivés sur le SNEP, que nous les avons encouragés à intervenir, qu’ils s’y sont fortement impliqués et que nous devons poursuivre ce combat commun. Nous y reviendrons.

Le paysage des mobilisations syndicales est incontestable, il est certainement pour quelque chose dans l’évolution des engagements politiques.

Depuis janvier, nous assistons à un développement régulier des actions :

  • EDF/GDF grève unitaire le 20 janvier- 50% de grévistes,
  • Cheminots, grève unitaire le 21 janvier 30% de grévistes,
  • Hôpital : 22 janvier (appel unitaire avec 3 syndicats de médecins) ; en nov. 1155 Chefs de service et médecins avaient lancé un SOS sur l’état de l’hôpital public sans réponse gouvernementale. Grève à nouveau le 11 mars. Dans les deux cas, la grève est faiblement suivie,
  • France Télécom : quelques manifestations + tracts.. Les syndicats sont en grande difficulté face aux manœuvres de division de la direction qui procède à des incitations financières afin que les agents partent dans d’autres administrations,
  • Radio France, ce sont trois semaines de grève qui débouchent sur un protocole accepté du bout des lèvres,
  • Poste : grève nationale et manifestation unitaire le 5 février ; 25% de grévistes,
  • Avocats et magistrats manifestent contre la loi Perben II qui amènera le Conseil d’Etat à sanctionner deux des dispositions les plus graves.
  • Les Travailleurs sociaux réussissent le 17 mars une grosse manif – 10000 – contre le projet de loi sur la prévention de la délinquance,
  • Intermittents et précaires, réunissent difficilement le 13 mars des manifestants contre les dispositions qui les privent d’un régime indemnitaire suffisant.
  • On pourrait ajouter psychanalystes et anthropologues…

Bref, ce panorama montre à l’évidence que si mobilisation il y a, les secteurs se mobilisent selon leur rythme propre, c’est-à-dire selon leurs revendications et selon le mouvement de conscience que les personnels portent.
On ne peut pas, bien sûr, oublier notre grève du 12 mars. Rappelons qu’elle a été impulsée par la FSU lors de son dernier congrès de Perpignan. La presse, mais aussi quelques responsables syndicaux, parlent de « réussite inattendue ». C’est une bonne grève de 30 à 40% avec beaucoup de participants aux manifestations. Cette journée est un signal de reprise de la combativité qu’il va falloir prolonger. Nous avons noté la bonne présence des enseignants d’EPS et des étudiants STAPS, la présence hégémonique de la FSU. Vous devez, dans le débat qui va suivre ce rapport, nous dire vos propres analyses, combien la circulaire de rentrée est destructrice pour la rentrée prochaine et tester la volonté de poursuivre parce qu’il faut une suite. Le « miroir des débats » de Thélot doit être rendu public début avril et le peu qui est apparu publiquement laisse craindre qu’un retour conservateur ne s’empare des propositions définitives. Nous devons le rencontrer le 29 mars.

Regardons aussi l’EPS : la volonté de rogner sur tout : options, forfait, indemnités, bac, Sections Sportives Scolaires…, la campagne éhontée sur les enseignants soi-disant en surnombre démontre la vision caricaturale qu’ils ont du système éducatif et de la formation des jeunes. Lors de notre dernière rencontre avec le cabinet, il y a une dizaine de jours, aucun argument n’est avancé pour démonter nos propositions sauf à dire que nous sommes de bons avocats ! Gardons à l’idée que la question du sport scolaire va rapidement devenir un des enjeux majeurs de notre profession pris en tenaille entre une aspiration légitime des personnels à voir leurs maxima baisser et perpétuer un engagement important sur la question de la démocratisation de l’école, passionnant mais coûteux en temps et en disponibilité. Le ministère le sait, ne voulant prendre lui-même le risque de s’exposer publiquement sur une telle question, attendant son heure car sachant que des organisations travaillent pour lui ; je pense plus particulièrement au SE qui vient, dans son bulletin national, de réitérer sa proposition d’un paiement du forfait en HS, au gré des demandes de chacun. Le congrès réexaminera cette question.

Quels enseignements syndicaux tirer de cette période ?
Les militants nous le répètent sans cesse lorsqu’ils nous disent qu’il manque des alternatives politiques. Nous sommes, il est vrai, obligés d’avancer sur fond de crise de la pensée progressiste. Dans la population, lié à l’augmentation du chômage, à la crise de l’emploi, au développement de la précarité, à l’augmentation des taxes et impôts, il existe un fond de désarroi, un sentiment de perte progressive des acquis. L’avenir des grandes questions qui structurent la vie professionnelle (retraite, assurance maladie) paraît incertain et inquiétant. Cela peut expliquer, pour partie, les formes diverses de reprises de la mobilisation, avec des niveaux de rassemblement très différents et selon des schémas qui sont loin des représentations des militants et personnels.
Là où on attend du commun, il y a du divers. Le souhait de grands rassemblements intersyndicaux est loin de se réaliser, voire de s’envisager. En aucun cas, il ne s’agit nullement de volontés de directions syndicales qui voudraient garder leur pré carré et sinon lequel ? Chacun, qui au niveau local s’est confronté dans le travail intersyndical à ces questions a pu constater les difficultés rencontrées… mais il y a des exceptions encourageantes. La confédéralisation de l’action revendicative est souhaitée par tous sauf que nous avons les plus grandes difficultés à la travailler avec les personnels, les salariés, à cause d’une assise syndicale réduite ; les inégalités de mobilisation doivent nous obliger à affiner nos stratégies notamment en cherchant à élargir les consciences de chacun en reliant mieux les questions professionnelles et personnelles que chacun expérimente dans son métier, aux divers enjeux qui les sous-tendent.
Il faut que nous comprenions mieux les exigences de radicalité que les actions du printemps dernier ont révélées, qui vient de l’action sociale actuelle mais qui ne s’appuie pas sur ses formes traditionnelles ; elle demande, de notre part à tous, à intégrer cette exigence dans les formes revendicatives que nous proposons, tout en évitant toute marginalité publique.
Les opinions peuvent évoluer rapidement, nous sommes dans une phase de relative fluidité ; on voit bien qu’une dynamique de manifestations accompagne une dynamique de grève ; les tests avec le gouvernement sont multiples et traduisent la profondeur des remises en cause de la société ; le gouvernement cherche à en tirer partie, les caricaturer comme autant de corporatismes rivés sur la seule préservation de leurs acquis, nécessairement inadaptés aujourd’hui, ce qui justifierait d’autant sa propre vision des transformations nécessaires qu’il cherche à impulser.
On comprend mieux les divisions qu’il cherche à introduire entre les uns les autres, la détermination dont il fait preuve afin que chacun cède au découragement… ou se jette dans des formes d’expression qui les isolent de l’opinion. Nous connaissons tous ces écueils. Le syndicalisme que nous avons à développer doit allier l’action à la négociation, la contestation à la proposition et l’identité à l’unité. Nous avons à relever le défi de l’union et de l’élargissement, notamment chez nous, dans notre secteur EPS mais plus largement éducation nationale ; nous devons offrir de nouvelles perspectives de mobilisation, c’est la tâche de l’heure, et nous avons à travailler les convergences c’est-à-dire nouer tous les contacts avec les secteurs en lutte sinon les encourager à celle-là. N’oublions pas que nos luttes sont autant d’encouragements pour tous ceux qui ne se satisfont pas de leur situation et qui ne peuvent pas, dans l’immédiat organiser leur propre riposte.
Il est vrai que ces propos peuvent paraître largement optimistes lorsque l’on voit l’état des rapports entre organisations syndicales au niveau national. Le lâchage de la CFDT, CGC, CFTC dans la lutte sur les retraites montre les limites d’un front commun lorsque les salariés ne s’emparent pas mieux des revendications. Certes, ces organisations semblent payer leur attitude par départ des syndicats mais aussi au niveau électoral, le SGEN en est un bon exemple.
Il n’en demeure pas moins que l’exigence du développement de l’action va nous conduire à rechercher inlassablement toutes les formes d’unité d’action les plus larges en visant à mieux implanter les exigences que nous portons.

Nous avons assumé quatre fronts, que nous citons rapidement, attendu que notre réflexion est peu engagée sur les actions à mettre en œuvre.
1 – FRONT GENERAL
Il concerne les questions de l’assurance maladie, des privatisations que le gouvernement souhaite engager et de l’Europe.
Sur les deux premières questions chacun se rend bien compte qu’un travail intersyndical doit se mettre en place. Nous en avons déjà parlé.
Sur l’Europe, la CES a décidé de deux journées de mobilisation et de manifestations les 2 et 3 avril. Au centre des préoccupations sont les questions de l’emploi, les droits sociaux des salariés et les services d’intérêts généraux. La FSU a appelé à la journée du 3 avril sur la base de nos propres revendications qui rejoignent parfaitement le contenu des journées décidées de la CES. Les S3 et S2 doivent s’employer à la réussite de cette journée.
2 -- FONCTION PUBLIQUE
Il faut reconnaître que sur ce front l’entente intersyndicale est difficile et, en tout état de cause, est peu productive. Elle a donné lieu à une mobilisation commune sur les salaires, mobilisation indispensable, mais cependant bien loin des questions qu’elle devrait embrasser. Celle des retraites comme la question du statut général devraient donner lieu à des contacts plus étendus, voire à des décisions d’action. Nous n’en sommes hélas pas là et le présent nous laisse douter d’une mobilisation commune imminente.
3 – FRONT EDUCATION NATIONALE
La question immédiate est bien celle de la poursuite du 12 mars. Dans l’immédiat, deux voies se dessinent : soit travailler à une mobilisation nationale sous forme de manifestation, soit envisager une grève le plus près possible après les vacances de Pâques. Les motifs d’insatisfaction qui ont permis la réussite du 12 mars demeurent et les premières approches sur le projet de budget 2005, tout comme le prochain vote à l’Assemblée Nationale concernant la décentralisation des TOS, justifient une poursuite de l’action.
4 – FRONT EPS ET STAPS
La mobilisation des étudiants doit trouver des convergences avec les revendications que les enseignants d’EPS portent dans leurs établissements. Notre réflexion devra envisager les actions communes que nous allons pouvoir mener ensemble. Nouvelle pétition de masse ? mise en place d’initiatives communes publiques et médiatiques au niveau local ? En tout état de cause on ne doit pas décevoir les jeunes qui ont fait de l’EPS une de leurs préoccupations importantes.

Concernant le Ministère des Sports, les collègues y exerçant, et qui sont ici, présents pourront témoigner de l’émotion de tous les personnels. L’article 43, qui vient d’être renégocié, étant un souci majeur de ce ministère, va entraîner des inquiétudes. Il est clair que nous devons discuter avec eux des perspectives d’évolution de cette structure ministérielle dont la disparition, sans être annoncée, semble bien engagée. En effet, l’article 76 de la nouvelle loi sur la décentralisation institue une conférence régionale de développement du sport qui occupe les mêmes responsabilités que les structures déconcentrées.
Enfin, il serait utile de reprendre le débat avec le mouvement sportif, à tous les niveaux, afin que les questions de l’emploi sportif et de la place de l’EPS dans le système scolaire impulsent une nouvelle dynamique commune de propositions et d’interventions.

LA FSU
Quatre de ses syndicats viennent de connaître des élections professionnelles. La FSU progresse de 1,2%, cela démontre qu’elle demeure une organisation de rassemblement pour les revendications des personnels. Son récent congrès qui vient de se tenir a démontré sa capacité collective à traiter les grandes questions d’actualité qui concernent tant l’Education que la Fonction Publique et les grands dossiers sociaux. Sa décision d’élargissement, que le SNEP a largement questionnée, est un pari qui reste entièrement à démontrer. Il est du plus haut intérêt que sa stratégie prioritaire de rassemblement et d’unité d’action avec toutes les composantes syndicales qui sont attachées à faire progresser les droits des salariés et leur couverture sociale, soient préservés. Les questions d’unité et de rassemblement connaissent une acuité particulière et doivent répondre aux attentes fortement exprimées par nos militants, syndiqués et personnels. Cette question est le test du futur.


Le SNEP a une audience incontestée et la perte actuelle de militants ne correspond en aucun cas à une crise de confiance. Beaucoup d’incompréhensions demeurent sur l’analyse et les suites à donner à l’action, suite à la mobilisation du printemps 2003. Nous pensons que ces attitudes sont résorbables dans l’activité que nous développons présentement. Cependant, nous devons rester particulièrement attentifs à toutes les questions qui nous sont posées et tenter de les prendre en compte tant dans nos analyses que dans nos propositions d’actions.
Enfin comment ne pas remarquer la participation particulièrement importante de jeunes collègues, ce qui bat en brèche toutes les approches pessimistes qui voulaient que nos jeunes collègues n’étaient pas interpellés par nos questions syndicales et professionnelles ? Ce beau démenti doit nous rendre optimiste sur toutes les questions posées par le renouvellement de nos bureaux et responsabilités diverses.
Plus que jamais, mettre le syndiqué au cœur du syndicat et les jeunes au cœur des responsabilités reste notre boussole qui nous permet de cueillir les premiers fruits.