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ALLOCUTION Marcel BERGE
La Londe les Maures 24 mars 2004

Mes chers camarades,
Une pensée pour Alain Boeuf, notre camarade et ami, qui fut de tous les combats pour la construction du "Nouveau SNEP" et que ses proches enterrent aujourd'hui.

Merci au Secrétariat National et aux organisateurs du congrès de me donner le plaisir, pour mes 75 printemps de tirer quelques enseignements du Congrès de Nice qui, les 22, 23, 24 mai 1969 donnait pour la première fois la majorité à l'orientation Unité et Action dans notre syndicat.

Pour ceux qui, mis en appétit par cette intervention forcément limitée vont rester sur leur faim, je signale la présence dans leur dossier d'un bulletin spécial édité à l'intention des PLC1 et des PLC2 par le SNEP et le Centre EPS et Société intitulé « Regards sur l'histoire de l'EPS des années 60 à nos jours », bulletin qui doit beaucoup à Jacques Rouyer.

Je voudrais d'abord évoquer la formidable mobilisation unitaire autour du jeune STAPS de Nice en 1977/78 dont la suppression avait été annoncée par les ministres Soisson et Alice Saunier Seité Après des semaines de luttes, de défilés, soutenus par la population, mise en grève de toute l'Université et meeting sur le campus, devant les milliers d'étudiants rassemblés, Daniel Monteux Secrétaire général du SNESUP, et moi même avons fait acclamer le mot d'ordre "NOUS SOMMES TOUS DES STAPS", les ministres durent reculer et le STAPS fût sauvé. Quelle joie et quelle émotion de constater, 26 ans après que les étudiants sont à nouveau entrés dans le combat, soutenus et épaulés par le SNEP et le SNESUP avec à Paris cette tonique manifestation jeudi dernier, et aussi dans tout le pays où des milliers d'étudiantes et d'étudiants se sont levés pour défendre, avec leur avenir, celui de l'EPS.

Je reviens maintenant à ce Congrès 1969 qui a marqué l'Histoire de l'EPS.

C'est à partir de ce Congrès que la corporation a pu refonder son syndicat pour en faire l'outil efficace, incontesté, représentatif à plus de 80% aux élections professionnelles que nous connaissons depuis. D'abord, quelques citations, éclairantes, qui ne sont pas seulement la mémoire d'un acteur, dont les historiens soulignent la fragilité, mais qui sont extraites du Compte rendu du Congrès paru au bulletin SNEP N°2 de juillet 1969.

Dès l'ouverture du Congrès, je déclarais: "Ce Congrès ne doit pas être celui d'une quelconque "revanche" ou ressembler à un règlement de comptes entre tendances. Cela est étranger à notre orientation qui, devenue majoritaire, doit permettre de faire de notre syndicat une véritable organisation de masse, unitaire, dynamique, combative, défendant quotidiennement nos syndiqués et jouant un rôle actif dans les luttes communes menées dans le cadre de la FEN. sur les problèmes intéressant les enseignants ou l'ensemble des travailleurs, et fonctionnant dans le respect rigoureux des principes de démocratie et d'indépendance auxquels nous sommes profondément attachés ... Je demande donc à tous, dès l'ouverture et tout au long de ce congrès de garder présent à l'esprit qu'en dépit de certaines divergences, l'adversaire est ailleurs que dans nos rangs et que nous n'aurons pas trop de toutes nos forces et de celles de nos alliés pour le combattre victorieusement »

Au moment de la discussion du rapport d'activité de la direction sortante, suite à un déchaînement de quelques délégués de la tendance "autonome" et après que le Secrétaire général sortant ait déclaré :"..le processus est en route, vous perdrez 2000 syndiqués l'an prochain..", je déclarais: "..Quant aux prévisions concernant le dépérissement de notre syndicat, nous le mettons sur le compte de l'amertume ressentie par le secrétaire général sortant à la connaissance du verdict de la corporation. Et nous ne voulons pas penser, malgré la formule particulièrement malheureuse, qu'il s'agit là d'une menace de caractère scissionniste...

"La suite prouva hélas que la tentative de scission fût bel et bien tentée avec la complicité de la même majorité U.I.D de la direction de la FEN. La corporation la fit échouer, et loin de perdre des syndiqués, le SNEP, qui comptait 4400 adhérents en 1969 en comptait 5400 en mai 1970.

Le "nouveau SNEP" était sur de bons rails.

Dans mon 1er éditorial de Secrétaire général, paru dans le bulletin n°1 sorti 10 jours après le Congrès (une vraie performance à l'époque due à André Drevon responsable du Bulletin), je déclarais en conclusion "Armés de mandats unitaires sur les questions essentielles, soucieuse de faire le maximum pour que chacun ait le sentiment d'être chez soi au SNEP, décidée à s'appuyer pleinement sur l'ensemble des syndiqués et à rechercher la collaboration nécessaire avec tous nos alliés, la nouvelle équipe appelée aux responsabilités nationales mettra tout en ouvre pour faire aboutir nos revendications dans le respect absolu de la démocratie et de l'indépendance syndicale."

Vous comprendrez que je veuille rendre hommage à l'équipe de ce 1er Bureau National qui m'entourait, Jacques Dumontaux, Yvon Adam, Simone Ditlecadet, Jean Ladegaillerie, Jacques Rouyer et André Drevon, comme à tous nos responsables académiques de l'époque car la tâche qui nous attendait au lendemain du Congrès allait être rude. Des années de luttes âpres, complexes, avec des avancées considérables mais aussi des reculs comme la suppression programmée des ENSEPS.

La construction d'un syndicat qui devait rompre avec une pratique de collaboration, de discussions de couloirs, de méfiance à l'égard des jeunes et de l'action, pour s'appuyer résolument sur toute la corporation, pratiquer la transparence dans les négociations, développer l'action, rechercher sans cesse les alliances les plus larges et le soutien de l'opinion pour créer un rapport de forces favorable aux revendications.

Jusqu'en 1981 où nous avons arraché, avec les engagements pris et tenus par la gauche venue au pouvoir, notre intégration à l'Education Nationale, notre revendication fondamentale, les gouvernements successifs se sont acharnés, sous des prétextes divers à faire de notre enseignement un corps étranger à l'Education Nationale. Pendant ces années, le SNEP, avec les forces vives de la corporation a déjoué tous les pièges et fait émerger sur le champ des A.P.S.A une véritable discipline d'enseignement et une recherche universitaire qui légitime la parité conquise par les professeurs d'EPS avec ceux des disciplines universitaires constituées. Nombreuses et déterminées furent les luttes, les grèves, les manifestations depuis les Assises pour l'EPS de 1970 (30.000 participants dans tout le pays), jusqu'au mémorable 13 octobre 1978 où plus de 20.000 profs, étudiants, parents, défilèrent à Paris contre le plan SOISSON en passant par les manifestations qui mirent en échec les CAS, les SAS, et dénoncèrent la loi Mazeaud de 1975.

S'il a fallu 4 ans entre le Colloque de la Sorbonne que nous avons organisé avec le SNESUP en février 1971"Pour un enseignement supérieur et une recherche dans le domaine des APS et la formation des cadres de ce secteur", et la création du DEUG en 1975 puis de la Licence STAPS 1ère étape de notre intégration universitaire, c'est qu'il a fallu que le SNEP, soutenu par la corporation combatte toutes les tentatives officielles qui, avec le soutien de la direction du SNEEPS et de la majorité du corps des inspecteurs Jeunesse et Sports. ont tenté d'imposer des expédients qui s'opposaient à nos revendications sur la formation des maîtres.

Ce sont tous ces acquis des luttes, dans notre secteur comme dans l'ensemble de la vie nationale, que le gouvernement d'aujourd'hui, véritable mandataire des puissances d'argent et du MEDEF s'acharne à détruire pièce par pièce.

Il est nécessaire, même indispensable que la mémoire de nos luttes soit portée à la connaissance des nouvelles générations d'enseignants d'EPS. Car, au cours des 20 dernières années notamment, une sorte de révisionnisme a sévi dans le milieu des historiens ou pseudo historiens de l'EPS, visant à ignorer le rôle du SNEP et des luttes menées à notre initiative, voire à le défigurer sous le prétexte usé mais toujours apparemment efficace de l'anticommunisme. Les dirigeants Unité et Action instrumentaliserait le syndicat au profit du Parti Communiste!

Qu'elle dérisoire absurdité !

Aux élucubrations d'un J.L. Martin qui a pu écrire que "Ce n'est que lorsque l'élection de F.Mitterrand est apparue gagnante que les dirigeants du SNEP se sont décidés à jouer la carte du rattachement à l’Education Nationale et qui vient d'entreprendre de décrypter ce qui dans les publications du SNEP est connoté avec les articles de l'HUMANITE s'oppose heureusement la recherche de plusieurs jeunes doctorants qui, dans leurs thèses, ont contribué à mettre en évidence le rôle incontournable joué par le SNEP dans la défense et le progrès de l'EPS en France.

J'écrivais récemment à l'un d'eux, Stéphane Merzejewski que j'avais bien aimé ce qu'il appelait dans un courrier "...le risque de s'adonner à la validation incontrôlée d'hypothèses préconstruites"...du type de cette affirmation de J.L.Martin selon qui la direction du SNEP "respectait sans faille la ligne officielle du PCF"! Quant à Benoît Caritey, professeur à l'Institut d'Histoire contemporaine de Bourgogne qui organisait en Octobre dernier une journée d'étude sur "La place du SNEP dans l'histoire de L'E.P", il est réconfortant qu'il ait pu dire "qu'une histoire critique dénonciatrice",(qui va de J.Thibaut à JLMartin), " n'a pas d'intérêt scientifique", et qu'il serait bien que certains historiens "aient une vision objective de leur subjectivité"!

Le débat, fécond, qui s'est maintenant instauré entre les historiens et les "acteurs" permettra, comme le souligne Jacques Girault, professeur d'histoire contemporaine avec qui nous travaillons dans le séminaire d'Histoire de l'Institut de la FSU- et dont vous lirez la contribution dans notre bulletin spécial publié avec le concours du Centre EPS et Société, ce débat permettra que"l'historien devienne un peu acteur, parfois complice, parfois dubitatif mais toujours attentif, et que l'acteur saisira pleinement le sens du moment qu'il a vécu, les origines et les répercussions de ses apports".

C'est dans cet esprit que l'acteur que j'ai été -et que je suis-, a voulu évoquer ce Congrès de Nice de 1969.

Je voudrais maintenant faire écho aux fortes paroles d'Alain Becker avant hier dans le débat d'orientation.

J'ai déjà évoqué quelques principes permanents qui fondent notre orientation syndicale, contraire d'un catéchisme inspiré d'une idéologie politique importée dans le mouvement syndical.

L'indépendance dont se réclame notre courant de pensée n'a rien à voir avec une neutralité concernant les problèmes politiques et les grands enjeux sociaux et humains de notre temps, neutralité qui n'existe d'ailleurs pas!

Prenant en compte cette réalité incontournable de l'existence de classes sociales antagonistes dans notre pays comme dans tous ceux au monde où sévit le régime de l'exploitation de l'Homme au service du capital, notre conception s'appuie sur les traditions et l'expérience du mouvement ouvrier.

Unité et Action, courant totalement respectueux des opinions philosophiques, religieuses et politiques des syndiqués, a choisi son camp, celui de toutes les causes humaines contre l'impérialisme, les guerres coloniales et ethniques, l'apartheid,la marchandisation mondiale de tous les aspects de la société, le camp de la Paix entre les peuples.

Oui, Unité et Action, courant syndical a pris position sur des choix politiques qui non seulement s'opposaient à nos revendications, mais engageaient l'avenir de la France, de la Paix dans le monde, la survie de l'humanité. Ce faisant,le courant unitaire, dès 1953 s'est situé dans le droit fil d'une tradition syndicale forte dans notre pays, portée par la CGT réunifiée en 1945, dont notre syndicat et sa fédération de l'Enseignement firent partie de la Libération à la scission syndicale de 1947.

Dès la création de la FEN, dont chaque syndicat (dont le SNEP) avait opté pour l'"autonomie" (c'est à dire qu'ils refusaient le choix entre la CGT maintenue et la CGT Force Ouvrière qui avait décidée de faire scission),notre courant "Unitaire", devenu Unité et Action a choisi son camp.

Choisir son camp, celui des Libertés et des Droits de l'Homme, et a fait que l'indépendance à l'égard des gouvernements comme des partis politiques soit une règle à ne jamais transgresser.

Il a fait en sorte que la démocratie interne soit le mode permanent de fonctionnement du syndicat (qui a vocation à regrouper l'ensemble des enseignants d'EPS), pour l'élaboration des revendications et le choix des moyens d'action ce qui n'enlève rien aux responsabilités que doivent prendre les élus à tous les échelons. Il a veillé enfin que, sachant qu'aucune conquête démocratique et sociale n'a jamais été octroyée sans combat par le pouvoir politique, la recherche du meilleur rapport de force possible pour l'avancée des revendications se fasse dans l'unité la plus large et le soutien recherché de l'opinion publique.

Ne croyez vous pas, chers camarades, que, contrairement à l'idée que "les tendances c'est dépassé", que nous avons plus que jamais besoin de débattre de problèmes d'orientation et de la meilleure façon d'organiser démocratiquement les choix clairs que nous avons à faire sur les questions qui relèvent de la responsabilité syndicale?

Et de gagner, notamment à l'occasion d'actions comme le remarquable mouvement présent des STAPS, étudiants et jeunes professeurs à la prise de conscience des principes qui fondent l'orientation du SNEP depuis 1969, et de notre F.S.U.?

L'existence d'un courant de pensée, baptisé historiquement tendance ne se justifie pas seulement pour permettre d'accéder aux responsabilités. Si elle fut cela nécessairement dans l'histoire de la FEN qui caricatura le système au point d'en faire une machine à conserver le pouvoir, notre courant de pensée avec les listes "d'Unité" puis Unité et Action justifie l'ardente obligation de poser et de débattre au fond des questions revendicatives et plus générales qui ont nécessairement des incidences politiques. Sinon le syndicat risque d'être de n'être perçu que comme une amicale ou un prestataire de services. La caractéristique d'UA, à l'opposé de la conception des tendances qu'avait UID dans la FEN, est de débattre, en son sein comme avec les autres tendances, dans la perspective d'aboutir au plus large consensus possible correspondant aux revendications démocratiquement exprimées par les syndiqués. Cette volonté d'unité permet des cohérences à géométrie variable suivant les questions débattues ce qui évite "l'étiquetage" à priori et l'argument d'autorité des directions. Tout cela sans perdre de vue les principes qui constituent le socle de notre orientation et sans vaine naïveté quant à l'existence, dans le mouvement syndical d'aujourd'hui comme hier de courants largement influencés par l'idéologie dominante libérale ou social libérale.

Nous savons bien qu'un syndicalisme d'intégration et de régulation sociale, faisant l'impasse sur les revendications au nom de la lutte contre les inégalités, considérant les grèves et les manifestations comme des survivances du passé persistent dans le paysage syndical, syndicalisme dont la mission essentielle est de favoriser l'adaptation des salariés aux mutations en cours de la société capitaliste.

Ni la FSU, ni aucun de ses syndicats ne sont à l'abri de telles conceptions qui prennent racine dans les difficultés à obtenir des succès et aux trahisons des engagements pris par des gouvernements y compris se réclamant de la gauche politique.

Le SNEP n'a jamais élaboré les revendications à partir d'un objectif politique mais à partir des aspirations exprimées par ses mandants. Et c'est la lutte syndicale qui non seulement est susceptible de les traduire en décisions politiques mais d'éviter qu'elles soient sans cesse remises en cause.

Aussi, malgré les difficultés du temps présent, fort de l'embellie que constitue le résultat du 1er tour des élections régionales directement lié aux actions multiples qui se sont développées récemment contre les conséquences d'une désastreuse politique de régression sociale, c'est un message d'espoir et de confiance dans le résultat et l'avenir de nos luttes que je voudrais lancer par cette évocation du bénéfique changement d'orientation institué par le Congrès de Nice en 1969 et dont nous sommes les héritiers.

Vive le SNEP! Vive l'Unité et l'Action!