Mercredi 18 juillet 18 | 10:57:51 

 
         

NOUS CONTACTER

accueil@snepfsu.net
01.44.62.82.10

  Congrès 2011 > Contribution du Secteur Sport (maj le 12/04/11 )

 

Contribution du Secteur Sport

Dans le trou noir de la RGPP

Ambiance :
Les personnels ne savent plus à quel saint se vouer et leur vocation en prend un coup.
La perte d’identité générée par la Révision Générale des Politiques Publiques cumulée à l’absence de quelque reconnaissance que ce soit par le respect des statuts, des compétences ou par le salaire, la pension de retraite, place les personnels Jeunesse & Sports dans une nuit froide sans boussole ni phare.

La gouvernance du sport :
D’un congrès à l’autre, nous sommes passés du Ministère Jeunesse Sports Vie Associative avec Jean-François Lamour au Ministère des Sports (MS) avec Chantal Jouanno. Entre temps, nous avons subi une scission en 2 secrétariats d’Etat :

  • Sports : rattaché au ministère de la Santé et des Sports avec Roselyne Bachelot et 2 secrétaires d’Etat successifs (Bernard Laporte puis Rama Yade),
  • Jeunesse : au sein d’un haut commissariat avec Martin Hirsch rattaché au premier ministre.

Des termes choisis, des personnes choisies pour du vent.
Le plus marquant de ces gouvernements se situe dans le nombre de ministres. Nous sommes passés de 1 à 2 puis 3 et enfin 4 en 2010 (Jouanno aux Sports, Bougrab à la Jeunesse et à la Vie Associative sous Chatel à l’EN, et toujours Bachelot mais à la Cohésion Sociale, bref, de la poudre aux yeux !). Nous pourrions citer Leroy à la Ville dont la politique interministérielle prend beaucoup de place dans les Directions Départementales Interministérielles (DDI) sous l’autorité des Préfets, mais aussi Morano à la Formation Professionnelle depuis que les BEES sont devenus des BP.
Les missions Jeunesse Sports Vie Associative Education Populaire (JSVAEP) n’en sont que plus diluées voire absentes.
A noter qu’en passant des BEES aux BP, les professionnels ne sont plus éducateurs mais de simples professionnels.

La démocratisation du sport s’est arrêtée fin des années 80. Depuis le nombre de licenciés stagne et la marchandisation avance au détriment de la qualité et du vivre ensemble.

Les restes ou les loques du MS et autres branches gouvernementales :

  • DDI : des conglomérats où JS est perdue avec de piètres effectifs. Les personnels tentent d’exister dans des services appauvris, essaient de tisser des liens avec les agents des autres administrations autant déboussolés qu’eux. Quant au public, il nous cherche ; même ceux(celles) qui nous connaissaient bien sont désorienté(e)s. L’administration se limite à administrer, devient illisible et se déshumanise au profit d’une gestion de dossiers. Les crédits pour le Sport se cantonnent aux subventions du Centre National pour le Développement du Sport (CNDS) avec des aides plancher désormais à 750€ qui obligent les associations à mener des opérations ciblées (femmes, handicapé(e)s, habitant(e)s des quartiers sensibles) nécessitant un budget conséquent ; petits clubs s’abstenir ! Les seuls crédits propres sont sur la Jeunesse et la Vie Associative. Ces crédits déjà faibles sont amputés en 2011 du tiers. Ils permettent difficilement une politique éducative territoriale, quand les Préfets ne s’intéressent pas trop à ces enveloppes avec la volonté de les orienter vers leurs priorités (l’emploi, la délinquance, les drogues). L’investissement éducatif, la construction sociétale dans la durée reculent.

Pour rajouter à cette confusion, tous les services et établissements (CREPS, EN, INSEP) ne sont plus liés verticalement : les DDI relèvent du ministère de l’intérieur et du 1er ministre tandis que les DRJSCS et les établissements dépendent du ministère des sports.

  • DRJSCS : la déclinaison du ministère s’arrête au niveau régional avec soi-disant le niveau départemental pour la proximité. Les DR ont à piloter les politiques publiques et les services en DDI sont chargés de la mise en œuvre. Les profs de sport n’arrivent plus à travailler ensemble et en continuité. Les liens se distendent : trop de travail pour peu d’effectif (parfois 1 seul prof de sport en DDI après détricotage des DRD). La réalité s’éloigne des DR et donc du ministère qui rédige des textes pour organiser mais sans étude de faisabilité. La Fonction publique devient archaïque.

La situation des Conseiller(e)s Techniques Sportifs(ves) (CTS) placé(e)s auprès des fédérations est bousculée régulièrement. Ces professeur(e)s de sport, géré(e)s par les DRJSCS, sont fragilisé(e)s dans l’exercice de leurs fonctions par de nouveaux(elles) directeurs(trices) qui méconnaissent leurs missions. Les inspecteurs(trices) généraux(ales) ont été missionné(e)s pour rédiger un rapport pouvant remettre en cause leur lien direct avec le ministère des sports. Le risque d’un détachement comparable à celui des collègues directeurs UNSS est réel. Le SNEP revendique que les CTS restent des cadres d’Etat, au même titre que les CAS (Conseiller(e)s d’Animation Sportive) dans les services et établissements, œuvrant en faveur d’une politique sportive ambitieuse.

  • CREPS : les établissements publics survivants sont mis dans un réseau de l’excellence sportive piloté par l’INSEP. Dans le prolongement de la politique exclusive centrée sur le haut niveau le sigle signifie désormais Centre de Recherche d’Expertise et de Performance Sportive. Cependant ils ne vivaient qu’avec l’accueil de stages et l’organisation de formations aux métiers du sport et de l’animation. 8 ont disparu et les 16 restants sont bancales si toutes les formations BP sont données au privé ; et selon la branche privée ces formations peuvent se réduire à des CQP (certificat de qualification professionnelle).

Les exemples du Groupement d’Intérêt Public de Dinard, des Structures Associées de Formation de Caen, de Lyon et de Limoges, de l’association de Voiron….. font appréhender une extension déstructurante du réseau JS. Ne serait-ce pas des expérimentations avant une généralisation ?
Le SNEP revendique une gestion par l’Etat des établissements publics et le rétablissement du principe d’un CREPS par région.

  • INSEP : cet établissement a changé d’appellation au profit d’une politique uniquement tournée vers le haut niveau. Il est devenu l’Institut National du Sport de l’Excellence et de la Performance. Il a un statut de grand établissement dont le fonctionnement est contesté par la communauté universitaire.

L’INSEP est confié en grande partie au privé, sous la forme d’un Partenariat Public-Privé (PPP) qui est excessivement coûteux pour l’Etat (loyer annuel).

  • Ecoles Nationales (EN) : 3 écoles, l’Ecole Nationale de Voile et des Sports Nautiques, l’Institut Français du Cheval et de l’Equitation et l’Ecole Nationale des Sports de Montagne ; ces 3 établissements publics ne devraient-ils pas devenir également de grands établissements de l’enseignement supérieur ?
  • Ministère : une administration centrale sans budget et donc sans ambition, qui n’a ni DGRH ni CTP spécifiques et  transforme la politique en loi du marché. La centrale anime des contradictions. D’un côté il y a production de textes qui demandent aux DDI d’avoir des référents sport et handicap par exemple. D’un autre côté les pôles ressources nationaux ne convoquent que les correspondant(e)s régionaux(ales) se coupant de la base, du lien avec les acteurs(trices) locaux(ales). Le filtre des organisations parallèles à l’administration est un facteur limitant qui, malheureusement, convient au fonctionnement superficiel ou ciblé du gouvernement se traduisant par des effets d’annonce.

La déréalisation s’ajoute à la déshumanisation.

Quel service public du sport ?

  • Jeunesse : la mise en réseau est à renforcer ; les initiatives sont à soutenir. Les activités artistiques, scientifiques et culturelles sont à dynamiser.
  • Sports : les pratiques sous toutes les formes sont à promouvoir et à développer.
  • Vie Associative : la loi de 1901 demeure une richesse démocratique à entretenir.
  • Education Populaire : l’éducation hors de l’école, à tous les âges, doit exister.
  • Développement : pour le mener des Conseiller(e)s Techniques et Pédagogiques (PS et CEPJ) sont nécessaires en nombre et en qualité. Le soutien humain en dépend. Les crédits doivent être investis et non pas dépensés ; arrêtons les pansements, construisons les relations.
  • Formation : l’Etat doit piloter et réaliser la formation aux métiers du sport et de l’animation du niveau 5 au niveau 1. L’effet démultiplicateur est ici aussi un investissement et un vecteur de politique ambitieuse. A cet effet un CREPS par région est le minimum.
  • Entraînement et sport de haut niveau : l’Etat doit assurer aux athlètes les conditions optimales à la réussite de leur double projet, sportif et professionnel.
  • Réglementation : un encadrement des activités de l’accueil collectif de mineurs à l’entraînement des athlètes doit s’appuyer sur des textes pensés et adaptés à la sécurité comme à la valeur éducative, et, sobres pour être applicables et compris de tous.

L’Etat doit s’organiser pour apporter ses services aux publics dans leur variété avec une volonté d’élévation ; une politique s’impose et, pour la mener, des équipes dans un réseau national sont nécessaires à tous les niveaux.

Quels moyens ?

Crédits : le budget ridicule de l’Etat consacré au sport (hors CNDS) doit très nettement augmenté pour contribuer à un projet de société qui laisse une place à tous. L’amélioration de l’accessibilité hétéroclite aux pratiques sportives, sur le territoire ne peut être laissée au bon vouloir et moyens en régression des collectivités territoriales. La mort annoncée d’une politique sportive qui ne repose que bien trop sur le CNDS n’est pas acceptable. Il faut réfléchir à l’usage du CNDS et donc au financement du mouvement sportif comme des mouvements de jeunesse et d’éducation populaire. Le budget de l’Etat doit être un levier du développement de la dimension sociale, culturelle et éducative du sport.

Administration :
Une réflexion sur le positionnement gouvernemental des missions JSVAEP est à faire. Son organisation doit recréer un MJSVA.

Personnels :
Les professeur(e)s de sport ont toute leur place dans une politique au plus proche du citoyen. Les concours doivent permettre de recruter des conseiller(e)s techniques & pédagogiques et doivent porter sur leurs missions :
1. la formation, l’animation et/ou l’entraînement,
2. le conseil et l’expertise,
3. l’expérimentation et la recherche
Ils doivent également s’appuyer sur une caractéristique forte, leur spécialité sportive.
L’ouverture de ces concours doit éviter le recours aux contrats précaires.
Un recrutement massif de CTPS (conseillers techniques et pédagogiques supérieurs) doit être mis en place pour renforcer l’attrait de nos métiers face aux sports business qui recrutent l’élite des managers/entraîneurs.

Quel avenir ?
La vision du  SNEP est la suivante :
Une politique sportive forte doit être mise au service d’un projet de société. Cette politique doit s’appuyer sur un diagnostic partagé, elle ne doit laisser personne sur la touche.
Ce projet doit être ambitieux et porter sur toutes les composantes du sport en particulier la défense des valeurs éducatives.
Le sport business et sa logique lucrative voire destructrice des valeurs humanistes, n’a pas à être alimenté par quelque argent public que ce soit (exemple des PPP).

Cette politique nécessitera la mise en place :

  • d’un grand chantier de création d’installations sportives novatrices, écologiques, pluridisciplinaires au service de l’EPS, du sport scolaire, du mouvement sportif et des familles,
  • d’une structuration de l’Administration avec un réseau JS comprenant : EN, INSEP, CREPS, DR avec la création d’Unités Territoriales et une gestion des personnels en région,
  • d’un plan de recrutement ambitieux de personnels au service d’un projet de société dont le fil directeur est l’éducation et l’épanouissement de tous les publics. Ces personnels feront le lien entre les différentes formes et cadres de pratiques (temps scolaire, club, loisir …),
  • d’un budget conséquent qui ne sera que le reflet d’une meilleure redistribution des richesses de la nation.

L’heure est à investir et à construire dans la durée.

Le SNEP entend prendre toute sa place aux côtés des personnels, pour proposer des stratégies de développement.

 

Télécharger la contribution du secteur sport


 

Copyright © 2018 SNEP. Version 5 publiée le 8 mars 2018 - Mentions légales & Pub