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  Congrès 2011 > Thème A (maj le 24/09/11 )

 

THÈME A

Pour une EPS de qualité et un sport éducatif pour toutes et tous

Les transformations sociales régressives imposées par le libéralisme économique au nom d’une « concurrence libre et non faussée », conduisent à une aggravation des inégalités et à une paupérisation croissante de la majeure partie des populations. En tant qu’enseignant(e)s, professeur(e)s d’EPS et de sport en particulier, nous comprenons pourquoi l’école, l’EPS, le sport doivent s’affranchir de cette logique concurrentielle et compétitive. L’objectif est de construire un modèle critique éradiquant inégalités, tri et reproduction sociales. Ce modèle doit trouver sa traduction aussi bien dans les contenus et dans les modes d’appropriation du savoir que dans l’organisation des relations enseignant(e)s-élèves et les modalités de vie de groupe.

Le système scolaire français a confié aux enseignant(e)s d’EPS, dans le second degré, la mission d’instruire-éduquer-former tous les jeunes à la culture physique, sportive et artistique. Il en a fait les seul(e)s dépositaires de cette mission qui doit rester inscrite dans leurs statuts. Pourtant, à l’Education Nationale, depuis la loi Fillon et la mise en place du socle commun, on ne considère plus l’ensemble des savoirs proposés à l’étude en EPS comme faisant parti des « fondamentaux », à part le « savoir-nager » (à la définition par ailleurs contestable) et on y supprime plus de postes qu’ailleurs.

Le modèle sportif français a confié aux personnels du ministère des sports la tâche de participer à l’accès du plus grand nombre aux pratiques physiques et sportives volontaires. Mais le service public du sport est désormais géré par plusieurs ministères, générant des confusions et un appauvrissement des missions « jeunesse, sports, vie associative, éducation populaire ». La politique gouvernementale conduit à l’abandon du rôle de l’Etat dans l’accès du plus grand nombre aux pratiques sportives.

Le SNEP considère que les deux sphères complémentaires, EPS obligatoire et loisir physique et sportif sont ainsi attaquées en tant que services publics. C’est un des fondements de la société française qui est alors remis en cause.

L’opposition à ces régressions culturelles et sociétales ne peut se construire en dehors d’une posture offensive et prospective visant à proposer un pas en avant significatif vers une société plus démocratique et égalitaire.

Dans ce contexte, il est de la responsabilité syndicale du SNEP-FSU d’appeler les enseignant(e)s d’EPS et les professeur(e)s de sports à s’engager collectivement dans un processus réflexif et revendicatif qui reparte de la question centrale du droit d’accès pour toutes et tous au plus haut niveau de culture. Cela appelle nécessairement des évolutions et des transformations des contenus effectifs de l’EPS et des pratiques sportives. Nous pensons ainsi, par notre regard spécifique, réinterroger profondément, avec d’autres, l’Ecole et la société.

Une conception de l’EPS au cœur de l’Ecole
- Face au risque de destruction de l’Ecole, l’EPS et le sport scolaire, repensés et améliorés durablement doivent réaffirmer qu’ils peuvent constituer une voie incontournable et originale de réussite scolaire, universitaire, professionnelle pour tous les jeunes. Il s’agit de leur donner les moyens de s’approprier la culture des APSA de manière critique. Ceci demeure pour le SNEP une visée émancipatrice fondamentale.

- A l’école, l’objectif principal de l’EPS, démocratique et exigeant, doit rester celui du développement de toutes et tous par l’apprentissage d’éléments reconnus comme formateurs et caractéristiques de la culture des APSA. Les tentatives actuelles de faire de l’« entretien de soi » la priorité de l’EPS, risquent d’aboutir de fait à la minimisation voire à l’abandon à terme de ce que devrait être son objet central : se confronter, s’exprimer, s’exercer, apprendre à s’entrainer, jouer…dans et par les APSA. C’est le développement global de chacun(e) qui correspond à la définition moderne de la santé.

- Tous les élèves peuvent réussir en EPS. L’affirmation d’un «toutes et tous capables » est constitutif d’un projet authentique, ambitieux et alternatif à une école qui entérine les inégalités.

- L’EPS poursuit des grands objectifs (citoyenneté, sécurité, solidarité mais aussi apprendre à s’entrainer, « cultiver » sa santé...).
Nous affirmons que ces objectifs ne peuvent être atteints qu’au travers d’apprentissages spécifiques clairement identifiés. C’est l’enjeu des programmes disciplinaires. La généralisation des savoirs ne peut s’opérer que sur la base d’acquisitions concrètes.

- L’EPS s’appuie sur ce que l’Homme, à travers la culture, a produit. Elle participe à transformer et enrichir cette culture pour la rendre plus humaniste et émancipatrice. L’éducation reste le meilleur investissement pour espérer plus d’égalité et de justice.

La mise en œuvre de cette conception nécessite à la fois de redéfinir les conditions d’enseignement (5h d’EPS par semaine, équipements à proximité, effectif maximum par groupe EPS, dédoublement…) et de repenser l’ensemble des opérations professionnelles qui permettent de franchir une nouvelle étape significative de démocratisation scolaire. L’EPS, par le travail et le rôle concepteur des enseignant(e)s, avec ses contenus spécifiques y contribue de façon efficace.

La centration sur la réussite de toutes et tous oblige à reprendre le travail à ce jour non abouti par les programmes actuels. Un débat inscrit dans la durée doit reprendre, visant à apporter collectivement des réponses à un ensemble de questions que se pose la profession pour construire l’EPS de demain :

- quelles sont les APSA retenues pour le champ scolaire ? Certaines sont-elles incontournables pour toutes et tous ?
Au-delà de ces choix, comment identifier ce qui est le plus représentatif des acquis humains et qui doit faire l’objet d’un traitement didactique, opération au cœur de notre professionnalité pour faire vivre une culture physique, sportive et artistique en acte ?

- quels sont enfin les modes d’appropriation, d’entraînement, les types d’épreuves et de rencontres à valoriser à l’école ?  

Cette réflexion doit structurer l’EPS en tant que discipline scolaire de l’école maternelle à l’université.

Dans cette optique, le rôle de la culture en général, de la culture physique, sportive et artistique en particulier ne peut être uniquement conçu comme pansement aux plaies sociales, économiques et de santé publique engendrées par la politique du gouvernement actuel.

Une conception de l’Ecole au cœur de la société
La fonction de l’Ecole (toutes les disciplines scolaires y contribuent) est impérativement d’entraîner l’ensemble des jeunes à apprendre et à comprendre les aspects les plus essentiels de la culture qui nous construit, pour pouvoir agir au présent, progresser et se projeter dans l’avenir. Les acteurs de cette transmission ne peuvent être que des enseignants concepteurs de contenus riches et originaux.

S’éduquer c’est en quelque sorte s’emparer de façon critique ce que l’histoire a produit. Ainsi le développement de la personne passe fondamentalement par l’appropriation de ce qui lui est dans un premier temps extérieur, c’est-à-dire la culture, à travers les objets, outils, théories, techniques, œuvres, formes de pratiques...

Dans une société qui se veut démocratique, solidaire, il n’y pas d’autres choix que de faire de l’école l’institution où se transmettent ces éléments permettant d’organiser et de comprendre les mondes qui nous entourent. C’est le contraire de ce qui est proposé pour l’école aujourd’hui !

Mais, s’éduquer, « s’élever », reste une aventure qui coûte, qui suppose des ruptures, des prises de risques et des déséquilibres personnels et collectifs. Autant d’exigences dont on ne s’empare pas spontanément, ni facilement, ni seul(e). Il faut y être aidé, conduit. Pour le système éducatif, il s’agit d’un véritable défi que de combattre tout risque d’enfermement des élèves dans leurs origines, dans leurs représentations, dans leurs différences. Il nous faut rebâtir un idéal pour l’école, dont le cœur et la visée sont bien l’émancipation par l’apprentissage de savoirs et de compétences permettant à chacun(e) de sortir de ce que l’on considère trop souvent comme des déterminismes.
Ce projet est aussi celui de la FSU tout entière, organisé autour de l’accès à une culture commune.

Il s’agit donc de combattre les transformations, tentées ou en cours, du système éducatif, dont la finalité ultime est bien une société fondée sur l’accumulation financière au détriment de la réponse aux besoins sociaux et légitimant les inégalités, les mises en concurrence, l’individualisme. D’une manière ou d’une autre, les dispositifs mis en place, les opérations de communications du gouvernement (dont la première mesure phare a été la suppression de la carte scolaire, avec les effets que l’on connaît aujourd’hui) organisent le dépouillement et l’appauvrissement de l’école publique laissant aux plus défavorisé(e)s le socle commun, les plus aisé(e)s disposant de l’accès aux meilleures prestations d’éducation.

Une conception du sport au cœur de la société
« Le sport est un droit et un bien commun » : le SNEP impulse une réflexion sur les questions de démocratisation réelle du sport. Il fixe des objectifs de développement des pratiques de toutes et tous pour toutes et tous, réactive le débat sur les questions posées par la pratique compétitive de haut niveau ou professionnelle et des conditions humanistes, émancipatrices de sa réalisation. Mais le SNEP ne saurait assumer ce travail seul. C’est en partenariat avec un maximum de forces intéressées aux pratiques physiques et sportives (mouvement sportif, cadres sportifs publics et privés, pratiquants, collectivités territoriales, élus, mouvements de jeunesse et d’éducation populaire...) qu’il faut réfléchir à la culture de demain. Pour cela, retissons ou construisons des liens entre les enseignant(e)s d’EPS et les partenaires locaux et nationaux.

Le sport, dans son rôle formateur, ne perdurera que s’il peut durablement contribuer au processus d’éducation de toutes et tous par l’appropriation du patrimoine que sont les pratiques, règles, règlements, tactiques, techniques, accumulés tout au long de l’histoire. C’est un terrain de lutte sociale à part entière. Il met en jeu nos potentialités, notre créativité. Il met également en jeu nos modes de relations sociales dont une des finalités est certes de se confronter ou de se dépasser mais aussi d’échanger et de se connaitre avec les autres, dans un jeu libre et consenti, pour le plaisir, contrairement à ce qui se passe dans la compétition sociale et économique, ou même dans la course à la réussite scolaire.

En ce sens, le sport doit rester une activité de transformation de soi pour soi, qui, à travers les autres, a un sens  social bien au-delà d’une simple convivialité. Cette « activité » est d’autant plus porteuse de sens que le lien social subit les assauts du libéralisme : management inhumain, travail parcellisé, précarisé, socialement déqualifié, sans parler du chômage et des politiques d’exclusion ou de stigmatisation,... La politique sportive du gouvernement est la traduction de sa politique sociale générale : mise en place de pratiques socialement ségrégatives, sous-qualification de l’encadrement, transfert au mouvement associatif et marchand des charges de service public abandonnées par l’Etat lui-même. L’existence d’un Service public du sport développé et renouvelé pour les hommes et les femmes, séparément ou ensemble, doit devenir une exigence partagée.

On ne peut se satisfaire de l’utilisation actuelle du sport (violences, tricheries, xénophobies, mercantilisme, exclusion) et des politiques sportives qui les accompagnent, voire les génèrent.
Non, l’essentiel n’est pas de gagner « à tout prix ». Faire du sport doit redevenir un jeu dont l’objectif est de rencontrer les autres en s’affirmant et en se perfectionnant sur tous les plans. La privatisation de plus en plus importante du sport de haut niveau, sa marchandisation, les effets d’une médiatisation uniformisante, masquent le travail rigoureux et régulier requis pour le pratiquer et tranchent avec les vertus supposées que certains accordent à ce sport pour éduquer. L’essentiel n’est pas non plus de développer un marché individualisé de la forme et de la santé dans lequel la consommation reste l’objectif prioritaire.

Il nous faut donc avoir un questionnement lucide et rigoureux sur l’évolution des pratiques physiques et sportives actuelles, y compris celles que nous véhiculons nous-mêmes. Nous devons nous interroger sur les formes de pratiques, dans les fédérations « traditionnelles » et affinitaires, sur le rapport entre le sport de haut niveau, le sport professionnel et le sport de masse, sur la conception trop souvent réductrice des pratiques des femmes, sur les pratiques de sports adaptés, sur les pratiques émergentes et plus anciennes, sur le sport professionnel...
L’EPS et le sport scolaire, par leur rôle et leur action sur la jeunesse, sont un véritable laboratoire d’inventivité et des lieux d’éducation pour aller vers « un autre sport », ancré dans une conception de la société plus juste, plus solidaire et réellement émancipatrice.
Le sport scolaire, à l’interface de l’école et du sport est un carrefour stratégique pour expérimenter de nouvelles formes de rencontres.

En conclusion, l’éducation physique et sportive, le sport scolaire, et les pratiques physiques, sportives et artistiques en général, à travers leurs structures, leurs droits et obligations, leurs formes de pratiques, leurs objectifs, révèlent l’image des citoyennes et citoyens que l’on souhaite viser par l’éducation. Sans naïveté ni concessions, faisons de cette image un espoir et non une régression.

 

Mandat complémentaire thème A : Les programmes d’EPS

Le SNEP s’est toujours investi dans les diverses opérations, institutionnelles ou non, portant sur les programmes disciplinaires. Ils devraient être, officiellement, tout à la fois l’image de la discipline, son identité formelle, et des repères sur ce qu’à chaque étape de la scolarité, les élèves sont censés apprendre. Le socle commun, institué en 2005, et quel que soit son contenu, ne peut se substituer à eux.

Le SNEP, tout en réaffirmant ainsi son attachement à cette fonction des programmes, dénonce la démarche qui a aboutit aux textes actuels :

- aucun bilan sérieux, argumenté et public sur leur application n’a été fait pour justifier des évolutions souhaitables,

- lors des précédents changements de programmes, les enseignant(e)s n’ont, dans leur grande majorité, jamais été réellement associé(e)s à la réflexion. La pseudo-consultation organisée par l’institution sur les derniers programmes a été une mascarade,

- le parti pris des ministères de l’Education nationale et de l’agriculture, notamment pour les programmes lycées, de refuser d’écouter toute voix s’opposant aux textes proposés en dit long sur la mainmise politique sur ces opérations.

Le SNEP, suite à ses rencontres avec la profession et à la préparation de son congrès, demande instamment :

- d’organiser un débat national sur les programmes d’EPS et sur l’évaluation aux examens, leurs intérêts et leurs limites, avec des formes permettant l'expression réelle de l’ensemble de la profession,

- d’établir un bilan public de l’état de l’enseignement de l’EPS en France pour mieux identifier les difficultés réelles d’enseignement,

- d’organiser une réflexion, intégrant professionnels, institution, chercheurs sur l’utilité, la pertinence et l’opérationnalisation des classifications d’APSA. En tout état de cause, le SNEP demande de revenir sur celle existante, notamment en lycée et lycée professionnel, qui génère trop de problèmes pratiques et théoriques (à titre d’exemple, regrouper dans une même « compétence » les activités comme le rugby et le tennis de table est un non-sens) entrainant des inégalités sur l’ensemble du territoire. De ce point de vue, les programmes des lycées sont en régression par rapport à la logique qui avait présidée à l’écriture de ceux de 2000 à 2003,

- de revenir, toujours en lycée, sur l’imposition de la « CP5 » à tous qui, rendant le seul groupe d’APSA associées à cette « compétence propre » réellement obligatoire au niveau 4 donne à l'EPS en lycée une image essentiellement «fitness ». Toutes les APSA retenues pour les programmes doivent faire l’objet de la même attention de la part du ministère,

- de modifier, dans les programmes collège, l’ordre de présentation des trois objectifs généraux assignés à la discipline. La mise en exergue de l’accès de tous à une culture commune des APSA nous paraît prioritaire.

Résultat du vote :
Pour : 179 - Contre : 0 - Abstention : 0 - Refus de vote : 4

 

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