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THEME 3
Des personnels à la professionnalité renforcée et en capacité de faire leur métier

A Temple sur Lot, le 29 mars 2001

Avertissement : les questions abordées dans le texte ci-dessous sont vastes et nombreuses. Elles ont fait l'objet de mandats lors des précédents congrès du SNEP (Formation Initiale, Formation continue, Premier degré, Condition de vie et de service des enseignants d'EPS, Santé des enseignants…). Ces mandats restent pertinents et d'actualité pour la plupart d'entre eux, aussi ne sont-ils pas repris ici. Seuls sont abordés les principes généraux et les questions nouvelles, ou insuffisamment approfondies à ce jour. 
Démocratiser l'école et l'EPS, cela nécessite des enseignants bien formés, en nombre suffisant, revalorisés socialement et financièrement, stabilisés, protégés et défendus et - c'est essentiel pour l'EPS - exerçant dans de bonnes conditions matérielles.

Des enseignants bien formés….
La démocratisation de l'EPS de la maternelle à l'Université suppose des enseignants mieux formés, avec une professionnalisation de haut niveau, susceptibles, non seulement d'accompagner les élèves dans leur développement en leur faisant vivre des APSA mais aussi de les faire progresser, en particulier les plus en difficulté, pour qu'ils accèdent à des niveaux d'exigences élevés et soient aptes à faire des choix de culture. Cela suppose aussi des enseignants citoyens, concepteurs, formés au travail en équipe, de saisir les enjeux et les évolutions de la discipline et du système éducatif.

Articulation formation universitaire, formation initiale, continue et recherche.
La formation des enseignants ne se limite pas aux deux années de formation à I'IUFM. Elle doit se caractériser par une progressivité cohérente depuis la formation universitaire, la formation initiale puis la formation continue, en lien avec les recherches en didactiques et en éducation. L'articulation entre la préparation au concours (PLC1) et la formation professionnelle (PLC2) pose problème et interroge à la fois les STAPS, les IUFM et les épreuves au concours de recrutement. La préprofessionnalisation articulant les connaissances scientifiques et technologiques doit être proposée dès le DEUG sous forme d'options validées préfigurant les mentions de licence. Les épreuves des concours de recrutement doivent intégrer cette dimension professionnelle dès les écrits.

La formation professionnelle (initiale et continuée) doit être nourrie à la fois par les connaissances théoriques et les apports du " terrain ", permettant d'articuler un ancrage disciplinaire fort avec la capacité à traduire concrètement les finalités éducatives et le travail interdisciplinaire. A toutes les étapes, les contenus de formation et de concours doivent être revus pour instituer les APSA comme objets de connaissances à part entière, leur maîtrise et leur connaissance critique constituant une exigence didactique et pédagogique fondamentale. Cela est particulièrement vrai en STAPS où les temps de formations pratiques doivent être garantis dans les maquettes harmonisées nationalement. Il convient de créer les conditions pour les pratiques associatives dans le cadre de la FFSU et les valider dans les cursus. 

En parallèle, les STAPS doivent accentuer la diversification des débouchés dans le cadre d'une commission d'harmonisation MEN- MJS.
La nécessité d'une formation Continue pour tous, sur le temps scolaire, doit s'appuyer sur des besoins repérés et analysés dans des instances permettant la participation de tous (des collègues d'établissement, des formateurs, de l'institution (IPR…) et des représentants des personnels). La formation doit être un droit effectif, elle doit s'appuyer sur des problématiques professionnelles permettant à chaque collègue d'y trouver du sens. Le SNEP estime que la formation doit redevenir un objet de travail syndical, il met en débat la nécessité de nouvelles modalités de formation continue dans le cadre d'une reconquête du dispositif.

La formation doit être irriguée par les recherches sur l'intervention en EPS et en APSA en prise avec les besoins sociaux en matière d'éducation. Les STAPS, notamment le CNU doivent développer, promouvoir et reconnaître ces recherches et faciliter leur accès par les personnels. 

Défi quantitatif et qualitatif
Le contexte d'aujourd'hui est particulier : 40% de la profession va être renouvelée dans les 10 années à venir. C'est un formidable défi quantitatif qu'il faudra relever en créant les postes nécessaires dans les UFRSTAPS (1000 postes ) et les IUFM et en introduisant les réformes qui s'imposent. La politique consistant à recruter des vacataires (actuellement près de 50% d'heures d'enseignement en STAPS sont assurées sous forme d'heures complémentaires) est intolérable et inefficace du point de vue des personnels et du service public. Il faut des formateurs qualifiés, reconnus, plus nombreux et recrutés en toute transparence (ce qui exige des procédures garantissant le paritarisme, et définies par un texte national). Il faut améliorer leurs conditions de travail leur permettant un réel investissement dans la recherche en éducation.

Dans ce contexte, le plan Lang sur la rénovation des IUFM n'est pas à la hauteur des enjeux. Si au plan des principes, on peut considérer qu'il y a des avancées (accueil de tous les étudiants désirant devenir enseignant, valorisation des recherches en didactique et en pédagogie, prise en compte d'un accompagnement à l'entrée dans le métier), d'autres en revanche sont porteurs de régression, notamment l'avancée du concours en janvier qui nourrit la rupture entre les aspects théoriques et professionnels de la formation.

Le plan Lang rappelle que les stagiaires doivent être acteurs critique de leur formation et développer leur esprit de responsabilité. Cependant, il cumule les exigences lors de l'année PLC2 et ne prend pas suffisamment en compte la spécificité de l'EPS (formation à l'A.S. et à la sécurité).
Le plan Lang valorise le recrutement de formateurs associés dont il faut améliorer les conditions d'exercice, aussi bien à l'IUFM que dans leur établissement scolaire (contrat, décharges horaires réelles, formation et intégration dans l'équipe EPS de l'IUFM). Mais dans le même temps, nous dénonçons le risque d'affaiblissement du noyau de formateurs permanents. 

Enfin, le plan Lang fait l'impasse sur les moyens nécessaires à une réelle réforme de la formation, permettant une amélioration qualitative de l'école.

Une responsabilité pour toute la profession
Dans ce contexte, la formation ne peut être l'apanage des seuls formateurs institutionnels, ni à l'inverse des seuls conseillers pédagogiques. Cependant, environ 1/3 de la profession est concerné par le conseil pédagogique, depuis l'année de licence jusqu'à la première année d'exercice ; c'est une chance pour la profession qui peut participer ainsi massivement à l'accueil des jeunes et la transmission d'une culture professionnelle. Cela suppose de définir des critères précis : la sortie des enseignants stagiaires de la DHG, la mise en réseau des établissements d'accueil, la stabilité des équipes, le recrutement des conseillers pédagogiques en toute transparence... Tous les conseillers pédagogiques doivent bénéficier d'heures de décharges, de formations spécifiques et avoir accès à la recherche en liaison avec les formateurs universitaires. Les compétences des conseillers pédagogiques doivent être reconnues. La SNEP met en débat la nature de cette reconnaissance (contrat, rémunération, diplôme universitaire, statut ?). 

La formation des professeurs des écoles :
En ce qui concerne la formation des professeurs des écoles, le plan Lang représente une première étape dans la reconnaissance d'une dominante de formation en EPS que nous revendiquions. Pour que cette dominante soit effective, il faut un horaire conséquent, aussi bien en Formation Initiale qu'en Formation Continue. Cette dominante doit être conçue sur l'ensemble du cursus (pré-professionnalisation, concours, 2ème et 3ème année d'IUFM et FC). Ce n'est qu'à cette condition qu'elle est susceptible d'impulser de réels changements dans le fonctionnement des écoles. La formation pour tous les professeurs des écoles doit leur permettre d'assumer leur entière responsabilité en matière d'enseignement de l'EPS. Elle doit leur donner les moyens de maîtriser la complémentarité éducative imposée par les lois de décentralisation. Cela suppose de renforcer le potentiel de formation actuel des IUFM en créant des postes, d'y associer de manière nouvelle les CPD en liaison avec les équipes départementales EPS.

Nous proposons que l'activité syndicale s'oriente prioritairement vers :

  • les conseillers pédagogiques et de l'accueil des jeunes collègues,

  • une action d'ampleur avec la FSU pour le développement des IUFM pour exiger un renforcement de ses moyens dès la rentrée prochaine,

  • la reconquête de la F.C par les collègues,

  • le développement d'Observatoires de pratiques en liaison avec les STAPS, les IUFM et la recherche,

  • les formateurs STAPS et les étudiants pour défendre la qualité des contenus de formation et leur harmonisation, notamment dans le cadre du groupe de travail STAPS.

  • la mise en réseau les collègues formateurs des différentes académies,
    une initiative nationale en liaison avec la FSU, type " assises de la formation ".

….nombreux
- Le renouvellement massif d'enseignants d'EPS, lié aux départs à la retraite attendus dans les années à venir,
- Les indispensables mesures de progrès horaire de la discipline,
- L'amélioration des conditions de travail,
- La qualité du remplacement,
- La nécessaire prise en compte des besoins du Supérieur,
imposent une volonté politique forte de recrutement national de personnels titulaires. Cela doit se traduire par une programmation budgétaire ambitieuse à la hauteur des besoins. Actuellement, le " plan pluriannuel " pourtant obtenu grâce à nos luttes, ne répond pas à cette exigence.

….revalorisés…
Pour recruter des enseignants titulaires qualifiés en nombre, il faut que la fonction soit attractive :

1. par sa reconnaissance sociale et les conditions d'exercice du métier,
2. par le rattrapage et l'augmentation du niveau de rémunération. La revalorisation des salaires, l'augmentation du pouvoir d'achat sont des obligations pour la nation, comme s'impose la refonte de la grille de la Fonction Publique. Cela est possible dans le contexte de la croissance actuelle et cela est favorable à l'économie du pays,
3. par l'élargissement des possibilités des promotions de grades et de corps pour tous, avec l'objectif d'une unification accélérée des corps.
En particulier, au moment où un plan prévoit l'intégration des personnels précaires dans le corps des professeurs d'EPS par des voies prenant en compte les acquis professionnels, les CE et PEGC doivent bénéficier d'une intégration accélérée et massive. Le SNEP continuera à rechercher les convergences et l'unité d'action avec le SNES et le SNUIPP.

…titularisés…
Un plan de résorption de la précarité (plan Sapin) se met en œuvre. Il comporte des avancées importantes par rapport au plan Perben, mais entraîne des réserves que la FSU a exprimées (en particulier ses insuffisances par rapport au Supérieur). Cependant, l'arrêt du recrutement de non titulaires, condition essentielle et première exigence du SNEP, n'est pas assurée par la loi. L'insuffisance du recrutement de titulaires et la gestion des personnels souvent incohérente dans les académies ont déjà provoqué dès cette année, la réactivation de l'embauche de nombreux non titulaires. Ce n'est pas acceptable.

Dans une réelle perspective de résorption de la précarité, il reste à obtenir pour l'application la plus favorable du plan :
1. les emplois et transformations budgétaires à hauteur des besoins,
2. le réemploi assuré des non titulaires pouvant y prétendre, dans des conditions qui leur permettent d'accumuler les années d'ancienneté requises ( notamment par la contractualisation des vacataires),
3. une formation préparant au concours prévue dans le contrat et incluse dans les services,
4. une meilleure prise en compte des services antérieurs pour le reclassement des contractuels et vacataires,
5. une formation en IUFM pour tous les stagiaires.
Par ailleurs, pour une gestion paritaire transparente des non titulaires, nous demandons :
- la clarification de leur gestion (recrutement, affectation),
- le respect pour tous des droits statutaires des non titulaires

…stabilisés…
La volonté de l'administration de gérer, par la DHG, les moyens de manière étroitement comptable, non plus en postes mais à l'heure près, entraîne un émiettement croissant des services des enseignants. Leurs possibilités de s'investir durablement dans leur établissement, au sein d'une équipe stable sont trop souvent remises en cause. De plus, ils sont, en EPS en particulier, peu ou pas remplacés, sauf recours à l'embauche de nouveaux personnels en situation précaire. Cela tient au trop grand nombre de postes provisoires, sur lesquels sont affectés les personnels remplaçants, qui font alors défaut pour assurer les suppléances.

Le SNEP revendique des implantations massives de postes dans le second degré (postes fixes et de remplacement) comme dans le supérieur, assortis des recrutements indispensables.

Ces mesures sont déterminantes pour permettre la mobilité des enseignants, puis leur stabilisation, leur remplacement.
Dans les TOM, le SNEP demande que la durée de séjour soit portée de deux ans renouvelables une fois, à 6 ans au total.

….. protégés, défendus….
Le SNEP dénonce le développement actuel d'une juridicialisation excessive qui met gravement en cause le sens même de notre métier.
Bien évidemment, il n'est pas question de justifier des mises en danger délibérées de nos élèves, des comportements, violents ou dangereux ni le moindre abus à caractère sexuel.

Mais, les apprentissages conduits dans l'enseignement de l'EPS exigent de la part de l'enseignant des prises de responsabilités et de risques qui doivent avoir pour seul objet la réussite des élèves.

Pour être efficaces, ces apprentissages, mettant forcément en jeu le corps, ne peuvent se mener au travers d'une EPS aseptisée. En EPS, les jeunes doivent être confrontés à des situations de risques raisonnés, d'affrontements régulés, de contacts corporels, prévues dans le cadre des programmes officiels.

Les exigences éducatives qui en découlent nécessitent des efforts et de la rigueur de la part des jeunes comme pour les autres disciplines d'enseignement ; les impératifs de sécurité doivent guider l'intervention des enseignants, en particulier en ce qui concerne les gestes professionnels d'aide et de parade, la gestion des violences entre élèves, la surveillance effective, y compris dans les vestiaires...

L'importante mobilisation de la profession autour notamment des affaires MERITTE-KAPLAN et sur des mises en cause pour abus sexuels totalement infondées, a abouti à une expression positive du Ministre sur les risques spécifiques du métier d'enseignant d'EPS.

De même en matière d'accidents en EPS, la loi du 10 juillet 2000 sur la définition des délits non intentionnels doit permettre de faire reculer les dérives actuellement constatées vers une pénalisation.

Les lettres de J. LANG du 9 mars 2000 ont le mérite, en cas d'incident ou d'accident, de constituer un point d'appui pour engager le débat et obliger tous les échelons de la hiérarchie à assumer ses responsabilités, garantissant ainsi le bon fonctionnement du service public.

Afin de conforter notre crédibilité professionnelle, permettre d'enseigner dans la sérénité et la dignité, et prendre en compte les exigences nouvelles du service public d'enseignement , le SNEP demande :
- l'amélioration des conditions d'exercice du métier : effectifs moins lourds, meilleur encadrement de certaines activités, mixité équilibrée des équipes pédagogiques, formation initiale et continue développée, équipements adaptés, contrôlés et mis en sécurité, définition plus précise des conditions de déplacement des élèves, etc… 
- l'élargissement de la protection du fonctionnaire au titre de l'article 11 : établissement entre les Ministères concernés (EN, Justice, Intérieur ... ) de procédures garantissant la dignité des personnes et l'étude contradictoire des conditions du déroulement des éventuels accidents ou incidents (violences de toutes natures)
- remise en cause des conditions d'application de la circulaire ROYAL d'août 97 sur les violences sexuelles à l'école qui ont conduit à des effets pervers dont, non seulement des enseignants innocents ont été victimes, mais des élèves eux-mêmes.
- Les luttes menées pour le respect de la présomption d'innocence et la réhabilitation de collègues injustement accusés doivent aboutir à un affinement des procédures prévues.
- Le texte ministériel paru au BO du 22 mars 2001, adressé à la hiérarchie, annonce un document d'accompagnement de la circulaire ROYAL pour la rentrée 2001 ; le SNEP demande qu'y figurent des recommandations particulières qui tiennent compte des spécificités de la mise en œuvre de l'EPS. Celles-ci doivent concerner notamment la référence aux contacts corporels liés aux exigences de sécurité dans certaines activités et aux conditions d'interventions dans les vestiaires, mais aussi sur les moyens à mettre en œuvre pour la réhabilitation des collègues injustement mis en cause.
- Le SNEP fera des propositions dans ce sens.

…exerçant dans de bonnes conditions de travail
La pénibilité du métier d'enseignant s'est accrue, ainsi que la diversité et le poids de la charge de travail. Cela justifie, entre autres mesures, la réduction des effectifs de classe et , pour les enseignants d'EPS, l'allégement et les aménagements du service pour les fins de carrière.

Le SNEP demande la réduction des obligations de service pour les enseignants d'EPS, avec maintien du forfait d'animation de l'A.S.
Par ailleurs les enseignants, dont ceux d'EPS, n'ont-ils pas droit comme les autres travailleurs, à la réduction du temps de travail ?

VOTE

POUR 138 - CONTRE 0 - ABSTENTIONS 12 - REFUS DE VOTE 3