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THEME 1
L'organisation institutionnelle et les formes de l'EPS et du sport scolaire nécessaires à la démocratisation de l'école

A Temple sur Lot, le 29 mars 2001

Nous avons besoin aujourd'hui d'une réflexion approfondie sur l'organisation de l'EPS dans l'école. L'organisation, qui va de la prescription en terme de programmes ou d'évaluation, aux horaires, à la participation à la "vie scolaire", aux installations.... est une chose complexe qui peut selon les cas être un point d'appui ou au contraire un frein à l'objectif de démocratisation. Si l'on veut que ce dernier ne soit pas uniquement un slogan, il conviendrait d'étudier plus précisément ce que produit l'organisation scolaire en tant que telle. Il n'existe pas d'évaluation globale sur cette question, malgré nos demandes répétées, et nous n'avons par exemple aucune image du réel niveau physique d'une classe d'âge donnée. En même temps, il faut pouvoir proposer des modifications, pour adapter le système scolaire, et l'EPS pour ce qui nous concerne, aux nouveaux défis qui s'annoncent. Samuel Joshua, lors du précédent colloque du SNEP, disait ainsi que le principal est de " réfléchir à comment donner aux enseignants les moyens de faire fonctionner leur classe comme des collectifs dévoués à l'étude " car les nouvelles exigences de professionnalité sont profondément ancrées dans le projet d'une éducation de masse de haut niveau dans un pays lui-même de haut niveau culturel.

Le contexte
L'EPS, au plan international subit des attaques, voire des remises en cause pures et simples. Il convient d'abord de constater que les plus fortes attaques se font dans les pays en voie de développement. L'EPS dans les pays "riches", et en particulier ceux de l'Europe de l'ouest, est a contrario nettement moins en difficulté. Un des critères de référence est la capacité du pays à couvrir les exigences du programme et les horaires obligatoires. Aucun pays ne couvre à 100% ces horaires. La situation française peut paraître la moins en difficulté, voire la plus en avance dans certains domaines : 4 heures en 6ème, existence d'options au lycée en plus de l'horaire obligatoire, existence d'un sport scolaire... Comme dans d'autres secteurs, l'harmonisation souvent invoquée dans un contexte de mondialisation ne doit pas provoquer un nivellement par le bas. Il s'agit donc, pour nous, d'être encore plus offensifs pour prouver le bien-fondé de nos revendications et de notre "orientation". Nous faisons l'hypothèse que la situation française, en tant qu'" exception ", tient en partie à la voie originale choisie consistant à proposer des contenus en phase avec les pratiques sociales et scolairement pertinents et à avoir " transformé " le syndicat en véritable " outil " au service de la discipline. L'éducation en France se caractérise par la présence de l'EPS, en terme d'enseignement obligatoire et avec des horaires divers, à tous les échelons du système primaire et secondaire. Cependant cette réalité ne correspond pas aux attentes : l'horaire moyen, compte tenu des conditions réelles d'exercice, est largement en dessous des horaires théoriques, en particulier à cause des déplacements occasionnés pour se rendre sur les espaces de pratique et au temps nécessaire à l'installation du matériel. Cette situation est profondément inégalitaire et met en cause le droit pour tous d'accéder à une culture commune dans le domaine des APSA. Dans le cadre du fonctionnement actuel des établissements, critiqué par ailleurs, nous demandons qu'un bilan réel soit effectué et que des moyens supplémentaires (construction d'installations, augmentation des horaires, budget supplémentaire) soient alloués par les pouvoirs publics pour respecter l'égalité d'accès de tous à une EPS de qualité.

L'EPS, propositions institutionnelles
Longtemps l'EPS n'a été régie que par des Instructions Officielles. Depuis l'année 2000, chaque niveau d'enseignement a ses propres programmes. Cette situation nouvelle doit nous faire réfléchir à partir d'un premier bilan. Les programmes posent directement la question des contenus en EPS et ils sont, comme les examens, un révélateur du fonctionnement de l'EPS en France.

Contenus en EPS
Programme national, évaluation aux examens
Le SNEP s'est prononcé depuis le début pour des programmes nationaux. Le pari de programmes garantissant pour tous un niveau significatif d'acquisitions est un enjeu du service public d'éducation. Cela renvoie à la conception même des programmes et à leur fonction, mais aussi de façon corollaire aux conditions de leur élaboration. Il n'y a pas d'issue aujourd'hui pour l'EPS sans implication forte de la profession, pas de " bons " programmes sans participation active des enseignants eux-mêmes. La profession doit se réapproprier l'évolution de la discipline, ce qui n'exclut pas que chacun, à son niveau, prenne ses responsabilités : faire le choix d'annoncer dans des programmes (ce qui n'est pas fait), que " nul ne sortira de l'école sans savoir nager " est un choix politique, un choix de société. L'un des enjeux aujourd'hui est de renforcer les liens de la communauté des enseignants d'EPS, ouverte à tous les partenaires. Elle doit être en capacité de peser sur l'avenir de la discipline et d'assurer la réussite de tous. Pour cela il convient de créer à tous les niveaux des lieux institutionnels de rencontre et de débat, des observatoires centrés sur les pratiques quotidiennes permettant de croiser divers types d'expertise, enseignants, chercheurs, organisations professionnelles. Par ailleurs s'impose une politique volontariste de moyens permettant au plus grand nombre possible d'enseignants d'être associés à ces dispositifs.

Une analyse rapide des textes programmes de chacun des niveaux montre une disparité importante dans la conception de la discipline, les usages des termes utilisés, les notions abordées, la nature même de la prescription et derrière, la conception des programmes. On peut distinguer les programmes pour le primaire, les programmes collèges, les programmes lycées, les programmes pour les CPGE, soit 4 textes qui proposent des conceptions parfois très différentes de la discipline. Sauf à considérer qu'il n'y a pas de "discipline" EPS, la démocratisation souhaitée pour nécessite une meilleure lisibilité, des programmes cohérents, une adaptation argumentée des contenus à chaque niveau de la scolarité, une définition précise des niveaux d'exigences. 
Si l'évaluation certificative aux examens est déterminante pour notre discipline, les systèmes actuels proposés ne permettent pas de répondre à l'exigence principale : définir ce qu'est la réussite en EPS. La démocratisation impose de dire ce qui doit être appris et validé dans le cadre d'épreuves nationales aux examens. 

Prendre le temps
La réussite passe par un allongement du temps consacré à l'apprentissage, question sur laquelle les récents programmes pour les lycées sont curieusement muets. 

C'est d'abord en dehors de l'école que se construit l'échec scolaire, mais l'école a aussi sa part de responsabilité. Au lieu de diminuer le temps scolaire, permettre à l'école de lutter contre les inégalités ne consiste-t-il pas au contraire à en offrir plus, en particulier à ceux qui ont moins, pour permettre à chacun d'apprendre et d'entrer dans la culture ? Dans notre discipline cela a des répercussions sur les horaires obligatoires : nous défendons l'idée que 5 heures, c'est le bon rythme. Les 4 heures en sixième en comparaison avec les 3 heures des autres niveaux font la démonstration des bénéfices pour les élèves et la communauté scolaire. Dans cette logique, des étapes immédiates à 3 et 4 heures sont nécessaires dans les lycées généraux et technologiques, et à 4 heures pour tous dans les collèges, SEGPA comprises. Dans les lycées professionnels, nous demandons le maintien des 4 heures en BEP partout où elles étaient mises en œuvre, et à titre d'étape vers les 4 heures, le passage rapide à 3 heures pour tous les BEP, enfin la généralisation des ateliers de pratiques en BEP et leur extension aux BAC Pro.

Mais au-delà, les programmes devraient s'interroger sur les temps d'apprentissage nécessaires pour chaque activité physique, permettant d'accéder à un niveau significatif de "performance scolaire", et poser la question dans le cadre de l'enseignement obligatoire et polyvalent de l'EPS et à toutes les étapes du cursus scolaire, d'un approfondissement réel dans au moins une APSA. Entamer une réflexion sur cette idée nécessite de sortir des schémas actuels de l'organisation de l'EPS, où l'année scolaire est divisée en cycles égaux en fonction des prescriptions institutionnelles. 

Culture commune et diversification
L'organisation du second degré s'est historiquement constituée autour d'un collège "unique" et d'un lycée de détermination et de diversification, qui ne satisfait pas entièrement l'objectif de démocratisation. Dans cette perspective la question d'une articulation nouvelle entre culture commune et diversification se pose dans les deux niveaux. Dans le collège, sous une apparente uniformisation se dissimule une diversification anarchique et ségrégative, une déréglementation accrue. Il est urgent d'activer tous les dispositifs existant permettant de sortir de l'échec lourd, les 60 000 élèves qui quittent chaque année l'Ecole et de leur offrir une première qualification. Le collège pour tous s'impose, il exige de compléter la culture commune par des objets d'études ou des activités disciplinaires choisies, qui excluent tout retour à des filières, toute hiérarchie des cursus et n'enferment pas les jeunes dans leur histoire personnelle. Par ailleurs ce nouveau collège doit valoriser des qualités, des compétences, des pratiques plus variées que celles qu'il valorise actuellement et hiérarchise inconsidérément.

A l'inverse si le lycée doit être le lieu de la détermination et de la diversification, il doit continuer à garantir une culture commune en proposant plus de cohérence et de lisibilité dans les parcours proposés. A tout moment, le second cycle du secondaire doit permettre des orientations ou des ré-orientations positives, choisies, et autoriser des études post-bac. 
L'EPS est dans le lycée la seule discipline à proposer les mêmes contenus programmatiques pour toutes les voies et séries dans le cadre de l'horaire obligatoire. N'y a-t-il pas lieu aujourd'hui de s'interroger sur cette particularité et d'envisager d'éventuelles évolutions ? Nous engagerons avec la profession des réflexions sur ce sujet.

Nous souhaitons conserver et étendre les offres optionnelles existantes qui correspondent à des publics et des objectifs différents. En particulier, il faut créer, en poursuivant l'option de détermination de la seconde, un véritable pôle de réussite en EPS permettant notamment d'offrir une réussite originale au Bac et une formation sérieuse et cohérente qui ouvre, sans que ce soit exclusif, vers les STAPS. 
Enfin il faut parler de la possibilité d'étendre les offres facultatives dès le collège . Actuellement, nombre d'établissements proposent des classes sportives, à horaire renforcé...., sans véritable cadre institutionnel. Ce trop grand " localisme " et cette trop grande hétérogénéité doivent être discutés. Nous proposons qu'un bilan de l'organisation actuelle soit réalisé et que soit redéfinie une politique nationale permettant de répondre aux vrais besoins des jeunes.
Dans les lycées professionnels, nous demandons que soit créée l'équivalent d'une " option lourde " ou de véritables diplômes spécialisés débouchant sur une qualification. Ceux-ci doivent permettre d'accéder à des emplois dans certains nouveaux métiers du sport et des pratiques physiques (excluant les domaines pédagogiques).

L'EPS, intégration des nouvelles tâches et participation à la vie scolaire
Nous avons déjà critiqué l'alourdissement des tâches qui sont demandées aux enseignants. Celles-ci s'ajoutent aux difficultés de plus en plus importantes rencontrées dans l'exercice quotidien du métier. Mais nous les avons surtout critiquées parce qu'elles étaient présentées ces dernières années comme la solution à l'échec scolaire. Sans reprendre l'ensemble des tâches dévolues à l'enseignant, dans lesquelles le professeur d'éducation physique prend toute sa place, il faut pourtant ne pas perdre de vue l'essentiel : rencontrer les parents, suivre les élèves, participer aux conseils de classe... sont des actions qui permettent d'aider, soutenir, informer, ce qui est nécessaire. Mais l'échec scolaire et en EPS se joue principalement dans la classe et dans l'accès aux savoirs et savoir-faire. Il convient de se centrer sur cette mission, tout en assurant, pour les enseignants, les conditions d'un meilleur suivi des élèves, et un décloisonnement disciplinaire...

Pourtant, et pour atteindre au mieux les objectifs fixés, s'il est une tâche sur laquelle nous pourrions insister, c'est le travail en équipe. Bien au-delà d'une simple réunion pour se répartir les installations sportives, pour pouvoir échanger collectivement sur le métier, sur les expériences et les difficultés, élaborer des contenus communs, et, alors que tout pousse à l'individualisme, au repli sur soi, il pourrait être un moyen efficace de faire face aux difficultés, d'innover, d'adapter les prescriptions. Bref, de "garder la main" sur l'itinéraire de la discipline.

L'EPS, structures matérielles et référentiels
Toute bonne volonté, toute pédagogie novatrice se trouvera inopérante si les conditions matérielles ne sont pas au rendez-vous. Cette bataille, que le SNEP mène depuis de longues années, pour des espaces de pratiques adaptés, est une priorité dans le combat pour la démocratisation. Et cette bataille a changé de sens : si auparavant nous nous battions pour l'accès à des installations sportives (hélas uniquement définies par des normes fédérales), l'expérience des enseignants d'EPS en la matière nous a montré qu'il fallait aujourd'hui se battre pour des installations qui prennent en compte les normes du travail scolaire qui impose de nouvelles articulations en terme d'espaces, de matériel, de contenus... Et nous pouvons faire l'hypothèse, comme cela a été mis en évidence lors des dernières " rencontres équipements " organisées par le SNEP et dans le référentiel " Grandes salles " qui en est issu, que la prise en compte de ces contraintes pourrait aussi servir au monde sportif, comme cela a d'ailleurs été le cas par le passé sur des questions purement pédagogiques.

Des équipements plus nombreux et de meilleure qualité
C'est une exigence pour permettre l'application normale des programmes officiels d'EPS ainsi que le fonctionnement du sport scolaire et universitaire.
Ces espaces d'enseignement, véritables salles de classes de l'EPS, répondant aux exigences fonctionnelles de l'enseignement, doivent se trouver à l'intérieur de l'établissement ou à proximité immédiate.

Leur diversité, leur qualité, leur sécurité doivent permettre une formation physique complète et équilibrée des jeunes sur l'ensemble du territoire.
Cela suppose que des plans de rattrapage et de création des installations nécessaires à l'EPS, soient exigés par le Ministère de l'Education Nationale, qui doit assumer sa mission de garant de la mise en œuvre des programmes et du respect des horaires obligatoires en EPS. 
Le Ministère de l'Education Nationale, les rectorats, IA et chefs d'établissements doivent prendre leurs responsabilités et rappeler aux collectivités de rattachement (régions et départements), aidées par l'Etat et en concertation avec les communes, leur obligation de résultat en matière de constructions, rénovations, et fonctionnement des installations à usage scolaire.

Le sport scolaire
Le sport scolaire est lui aussi une particularité française par sa présence, sous des formes différentes, à tous les niveaux de la scolarité. A l'heure où l'école se donne comme finalité principale l'accès à la citoyenneté et où elle souhaite "s'ouvrir sur la vie", l'existence du sport scolaire ne peut être que confortée par les responsables politiques. Dans la réforme des lycées, le sport scolaire était en avance sur son temps : alors qu'on invente des " ateliers de pratiques " pour d'autres disciplines, l'EPS avait déjà les siens depuis longtemps. Il en va de même pour la découverte de la vie associative. Malgré cela, le sport scolaire, en particulier dans le second cycle, peut avoir du mal à exister : cours le mercredi après-midi, désaffection dans certains lycées, difficultés à s'inscrire dans un projet à long terme... Aujourd'hui, le sport scolaire doit évoluer, s'adapter, sans renier ses formes anciennes. C'est la raison qui nous a fait demander depuis plusieurs années la tenue "d'assises du sport scolaire", lieu d'une réflexion démocratique et ouverte de grande ampleur. Faute de cela le sport scolaire pourrait être durement remis en cause dans les années à venir : à l'heure de la décentralisation, de la privatisation, le sport scolaire est une véritable contradiction à la logique libérale. L'existence d'un cadre national pour le sport scolaire demeure pourtant une façon de répondre efficacement à la démocratisation dans l'accès de tous à la pratique des APSA, sans ignorer que la question des structures, en particulier l'articulation national/local, est cruciale. 

Le SNEP déplore l'absence de toute référence au sport scolaire dans les nouveaux programmes pour le lycée (2nde-1ère) et demande expressément que tous les textes programmes concernant l'EPS soulignent l'intérêt du sport scolaire.
La " consultation nationale " que nous avons obtenue ne correspond ni dans sa forme, ni dans ses contenus, au large débat que nous avons souhaité. Le SNEP appelle à une mobilisation de ses militants et de l'ensemble des enseignants d'EPS, pour que cette consultation soit l'occasion de débats et d'initiatives syndicales qui débouchent sur de nouvelles perspectives de développement du sport scolaire.
Le congrès du SNEP lance un appel solennel " pour un nouvel essor du sport scolaire ", en direction de l'opinion publique, de l'institution (MEN, MJS, UNSS) et de l'ensemble des enseignants.

Une exigence de démocratie.
Malgré un changement de ton notable depuis l'arrivée de Jack Lang au ministère, les prises de décisions, l'élaboration des propositions restent encore opaques. Il y a des carences sérieuses. Peut-on vraiment mettre en place une "démocratisation" dans l'accès au système scolaire sans une démocratisation réelle du système lui-même ? N'est-ce pas une tâche fondamentale du syndicat que de rappeler constamment cela ? Ne faut-il pas réclamer sans cesse et à tous les niveaux que des procédures d'échanges, de négociations, d'évaluation soient mises en place ? Comment les décideurs peuvent-ils parler de citoyenneté, si leurs pratiques ne sont pas citoyennes ?

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