Interview de Serge Chabrol
secrétaire Général du SNEP
Pour un plan d’action sur la durée
Le 26/09/08
Le SNEP sort d’un conseil national qui a réuni 150 militants, comment caractérisent-ils la situation ?
Les militants départementaux et académiques du SNEP ont dressé un état des lieux sévère. Contrairement aux affirmations du ministre et des recteurs sur une rentrée « techniquement réussie », ils ont eu à intervenir dans nombre d’établissements pour limiter les dégradations des conditions de travail et d’emploi des personnels, donc d’étude des élèves. De plus en plus de postes à cheval, d’heures supplémentaires imposées, d’effectifs alourdis, de dispositifs représentant des « plus en EPS » supprimés, des forfaits AS remis en cause, etc. Les TZR paient souvent le prix fort en cumulant les difficultés, et en même temps, il reste peu de personnels pour assurer les remplacements.
Et quelles sont les perspectives pour l’année scolaire 2009 ?
Nous allons connaître dans les jours qui viennent le détail du budget 2009. Le gouvernement le gouvernement prévoit 13 500 suppressions de postes à l’EN, qui s’ajouteraient aux 11 200 de 2008. C’est inacceptable ; même si nos luttes ont permis d’éviter les 20 000 prévues initialement. Les projets de réformes engagés (lycée, formation des enseignants) répondent à des exigences syndicales formulées de longue date. Il nous appartient de mener l’action de façon plus massive et plus unitaire pour qu’elles ne soient pas pilotées par la réduction des coûts et par une transformation profonde profilant un système éducatif beaucoup plus inégalitairec ce qui serait lourd de conséquences pour le métier, l’EPS et le sport scolaire.
Parallèlement les réformes des retraites, de l’assurance maladie, le refus d’augmenter les salaires, la volonté de privatiser la Poste, etc. appellent des mobilisations de grande ampleur avec l’ensemble des salariés et usagers concernés.
Le conseil national a donc décidé d’adresser une interpellation solennelle au ministre de l’EN.
Des collègues doutent de l’efficacité des actions menées l’an passé
Effectivement, mais le CDNE du SNEP a constaté, exemples à l’appui, que les pressions exercées l’an passé et à la rentrée, faisant suite à celles menées les années précédentes, ont permis de faire bouger des lignes, de mettre en difficulté le pouvoir dans l’opinion et au sein de la majorité gouvernementale, l’empêchant d’aller aussi loin qu’il le souhaitait et le contraignant à prendre en compte, même si ce n’est pas sous les formes revendiquées, un certain nombre d’exigences portées par le mouvement social. N’oublions pas qu’il a reculé sur le démantèlement du CNRS, qu’il n’a pas donné suite pour l’instant au rapport Pochard sur le métier d’enseignant, qu’il a inventé la GIPA (garantie individuelle de pouvoir d’achat) et attribué une prime de 1500€ aux néo-titulaires, en réponse à nos actions sur les salaires, qu’un certain nombre d’HS ont été transformées en heures postes, qu’il a du évoluer sur le financement du RSA, qu’il vient de reculer partiellement sur le fichier Edvige, qu’il a maintenu le remboursement des soins pour affection de longue durée, etc.
Certes, mais ce ne sont que rarement des victoires nettes ?
Nous sommes face à un pouvoir qui manoeuvre : à chaque fois qu’il est contraint par les luttes de prendre en compte une demande du mouvement social, il cherche à mettre en place des solutions qui répondent pour partie au problème soulevé, mais servent par ailleurs son orientation fondamentale de casse des solidarités, de développement du chacun pour soi, d’opposition entre les personnels : la GIPA pour quelques uns en lieu et place d’une augmentation du salaire de tous, la prime (par ailleurs légitime) pour les profs principaux de 1re et Term des bacs pro en trois ans, quand il veut faire accepter une réforme contestée ; et si le Rapport Pochard est mis de côté, c’est par la réforme des lycées que pourrait revenir la tentative d’alourdir la charge de travail des enseignants ou d’annualiser leur service !
Même s’il est en difficulté (sondages, élections locales et sénatoriales, grogne de son propre électorat, mouvements sociaux, indicateurs économiques dans le rouge…), le pouvoir poursuit dans son choix de transformer profondément notre société, ce que N.Sarkozy a appelé son projet de civilisation.
Sur l’école, c’est une véritable bataille idéologique qu’il mène, non seulement pour réduire les coûts du service public d’éducation mais surtout pour transformer celui-ci, ayant abandonné de fait l’objectif d’élévation des formations et qualifications de tous les jeunes : réduction du temps scolaire, socle, programmes du primaire, bac pro en 3 ans, suppression de la carte scolaire,… participent de cette orientation « ultra libérale ».
|
Tu crois qu’il est vraiment possible de peser davantage ?
Nous n’avons pas d’autre solution que de poursuivre et amplifier la mobilisation syndicale, pour mettre un terme aux dégradations, mais aussi pour imposer des services publics rénovés, notamment celui de l’éducation, pour répondre aux besoins de la population, mais pour porter et faire entendre nos propositions.
Nous avons, comme professeurs d’EPS dans l’enseignement et comme professeurs de sport à la JS, la double responsabilité de mener les luttes spécifiques nécessaires à la défense et la promotion de l’EPS, du sport scolaire, du service public d’éducation et du service public du sport, et d’inscrire simultanément ces luttes dans les grands mouvements sociaux qui s’opposent au démantèlement des valeurs, notamment de solidarité, qui fondent notre société.
Oui, c’est possible : rappelons-nous des forces que nous avons su rassembler, dans une période récente, contre le CPE !
Le plan d’action multiforme, développé par le SNEP et ses partenaires devrait permettre à chacun de s’investir à la fois sur son lieu de travail et dans des actions, coordonnées nationalement :
- jeudis de l’éducation destinés à mettre le système éducatif sur le devant de la scène ; le 2 octobre, ce sont les questions d’emplois précaires, de services partagés et de conditions de travail des TZR qui seront au cœur des actions ;
- états généraux de la formation le 4 octobre à Créteil ;
- grève le 7 octobre dans le second degré à l’appel à ce jour du SNES, du SNEP, du SNUEP et de l’UNSEN CGT, dans le cadre d’une journée internationale unitaire d’action pour le « travail décent ». CGT, CFDT, CGC, FSU, Solidaires et UNSA appellent les salariés à participer massivement aux multiples initiatives organisées (rassemblements, manifestations, grèves…) ;
- manifestation unitaire nationale à Paris le 19 octobre pour l’école avec la quasi-totalité des fédérations syndicales de l’éducation, des mouvements pédagogiques, la FCPE.
- forums inter-académiques SNEP des STAPS, SUAPS et IUFM en novembre.
- organisation d’assises SNEP pour l’EPS et le sport scolaire dans les académies.
Mais n’est ce pas là la reprise du type d’actions de l’an passé avec grèves d’un jour et manifestations alors que de nombreux collègues réclament de nouvelles formes d’actions ?
L’action miracle qui pèserait sur le pouvoir sans coûter aux personnels n’est pas facile à inventer. De nouvelles formes, c’est ce que nous initions avec les jeudis de l’éducation, chaque semaine, partout en France, des collègues se regroupent en un ou des lieux symboliques pour mener des initiatives publiques et y invitent les médias, avec le souci d’informer la population de faire pression sur élus et pouvoirs publics. Il nous faut les réussir, et cela passe par l’engagement de chacun. Les forums du supérieur, les assises de l’EPS et du sport scolaire, en cours d’organisation, sont aussi des formes originales pour une campagne d’opinion renouvelée.
La manifestation nationale unitaire du dimanche 19, à Paris, peut et doit rassembler des dizaines, des centaines de milliers de personnels de l’éducation et de la recherche et d’usagers (parents, lycéens, étudiants,…). La réussite de ce temps fort pèsera sur la politique éducative. La participation du plus grand nombre par la montée à Paris et la souscription pour financer les déplacements est indispensable.
Fallait-il décider d’une grève le 7 octobre ?
Tout d’abord, je rappelle que même si nous nous employons à varier les formes d’action, la grève reste le moyen privilégié qu’a une profession pour contester des orientations, des décisions la concernant. Elle est considérée comme le vecteur le plus fort dans le mouvement social, par les médias et par les décideurs (qu’ils soient patronat, élus, gouvernement, …). C’est également un moment de disponibilité pour réunir les personnels, débattre de la situation, des enjeux et des suites à donner à l’action, agir ensemble pour leurs revendications.
Les articles de ce bulletin montrent les enjeux considérables pour notre métier, notre discipline que posent la réforme des lycées, celle de la formation des maîtres, le développement de l’accompagnement éducatif, … La situation de rentrée dans nombre d’établissements, laisse augurer de ce que serait la rentrée 2009 si nous n’agissions pas contre les 13 500 suppressions de postes prévues.
Les raisons d’une action de haut niveau sont évidentes.
Pourquoi le 7 octobre ?
La confédération syndicale internationale (CSI) a décidé de faire du 7 une journée mondiale de lutte pour le « travail décent ». Les principales confédérations et fédérations syndicales françaises appellent les salariés du public et du privé à participer activement à cette journée. Des rassemblements, des manifestations sont prévus. Des secteurs appellent déjà à la grève, d’autres en débattent.
Le 7 représente donc, avec des formes de mobilisations variées, un « tous ensemble dans l’action » que réclament de nombreux collègues. La FSU et ses syndicats ont décidé de placer les questions du service public d’éducation au cœur de cette problématique. Il ne s’agit pas de diluer nos revendications dans un ensemble fourre tout, mais bien de profiter de ce tous ensemble pour éclairer les enjeux sur les questions scolaires. D’autant que ce sera la période du débat budgétaire !
C’est dans ce cadre que (à ce jour) les syndicats de la FSU : SNES, SNEP, SNUEP, et l’UNSEN CGT ont décidé d’appeler les personnels de second degré à la grève le 7 octobre.
Cela ne s’oppose donc pas à la manifestation nationale du 19 ?
Bien au contraire, réussir les jeudis de l’éducation, les assises de la formation du 4, la grève du 7 seront les meilleurs moyens de faire monter la mobilisation, de renforcer la prise de conscience sur les enjeux et de rassembler largement le 19 pour une grande manifestation nationale.
Il est de notre responsabilité d’élargir l’action à tous les citoyens attachés à la défense du service public d’éducation ; et les sondages montrent qu’ils sont nombreux !
Un véritable plan d’action ?
Effectivement, dans le contexte actuel, avons-nous d’autres choix que de mener différentes initiatives de front et sans exclusive ? La grève et la manifestation d’octobre ne sont pas des fins en elles mêmes. Elles s’inscrivent dans la suite logique des luttes menées l’an passé et devront être suivies d’autres initiatives, cette année. Le défi qui nous est posé, après avoir contraint le pouvoir à repositionner certaines de ses velléités, c’est bien d’être en capacité de le contraindre à répondre à nos revendications. Pour cela il faut des forces, beaucoup de forces et se préparer à inscrire leur action dans la durée.
Alors tous dans l’action ?
Oui, nous appelons l’ensemble des personnels à être dans les luttes avec le SNEP.
Il y a 30 ans exactement, la profession s’est dressée contre le plan Soisson qui alourdissait les service des enseignants d’EPS, réduisait le forfait du sport scolaire, procédait à de multiples transferts de postes. L’EPS et le sport scolaire, notre métier étaient menacés. Le 13 octobre 78, 30000 enseignants d’EPS se retrouvaient à Paris pour une manifestation historique. 30 ans après, l’EPS et le sport scolaire sont dynamiques et plébicités par la population grâce à l’activité des enseignants d’EPS avec le SNEP. Mais des menaces réapparaissent régulièrement, comme c’est le cas aujourd’hui. Une nouvelle fois, la profession, comme elle a su le faire contre le projet Thélot-Fillon en 2004-2005, contre le décret de Robien en 2006-2007, doit par l’action de masse faire prendre en compte ses propositions pour l’EPS, pour le sport scolaire, pour le métier, pour l’école.
Le 26 septembre 2008
Copyright © 2008 SNEP.
Tous droits réservés - Dernière modification le
26/09/08
|