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Réaction aux programmes d'EPS de l'enseignement agricole.

Certains d'entre vous ont été surpris par la réaction du SNEP aux programmes d'EPS  de l'enseignement agricole. Christian Couturier secrétaire national chargé du secteur pédagogique leur répond.

 Cette réaction s'inscrit dans un contexte politique qui lui donne sens. Nous sommes confrontés à deux problèmes qu'il convient d'apprécier, pour mieux comprendre les enjeux. Le premier concerne la nature de la discipline scolaire dans le cadre de la politique scolaire actuelle. Le second concerne la nouvelle « gouvernance » du ministère qui instaure aujourd'hui un véritable déni de démocratie.

L'EPS réduite à la « motricité »

Lorsque qu'un texte réglementaire est écrit, nous avons un débat systématique sur les notions employées, la lecture formelle qui peut être faite, et finalement le sens que l'on donne à la discipline. Sur ce plan là, après deux ans de discussions souvent conflictuelles avec l'inspection générale, nous avons estimé que la proposition sur les bac pro agricoles constitue une rupture dans l'affichage de l'EPS. Alors qu'il y a une tentative, justifiée de notre point de vue même si nous sommes en désaccord avec les termes, de l'IG pour harmoniser les textes programmes, nous avons simplement dénoncé ce décalage préjudiciable à l'unité de la discipline.

Sur le fond, le SNEP considère que les propositions constituent un appauvrissement des objectifs de l'EPS. Sans rentrer dans les détails que des articles antérieurs dénoncent, même la finalité est réécrite, ainsi que le champ de référence des pratiques.

Une question se pose alors : pourquoi ? Quel besoin d'afficher une telle différence ? A quoi cela peut-il servir ? Deux possibilités : ou bien il s'agit effectivement d'afficher coûte que coûte une singularité. Les élèves de l'enseignement agricole serait ainsi traités différemment des autres. Ou alors il s'agit, dans un espace restreint, de modifier durablement le sens de la discipline pour ensuite l'imposer « au reste du monde » scolaire.

Dans les deux cas, le SNEP ne peut cautionner la démarche.

Discréditer le SNEP, une opération politique qui sert qui ?

Regardons un peu lucidement l'état des lieux « politique »:

  • Le gouvernement a affiché depuis longtemps sa volonté de détruire tous les contre-pouvoirs existants, et particulièrement les plus forts : dans notre champ, la FSU en général, et le SNEP en particulier.
  • L'inspection pédagogique ne supporte pas de voir son point de vue contesté par le SNEP. Nous assistons aujourd'hui, sur l'ensemble des dossiers pédagogiques, dont évidemment les programmes, à une imposition de ses thèses. Ce sont eux qui décident ce que doit être l'EPS, ce sont eux qui font appliquer les programmes, ce sont eux qui évaluent (et qui sanctionnent éventuellement). Il s'agit d'une reprise en main totale de la discipline. Notons que nous avons dans d'autres disciplines scolaires, la même chose, par exemple en histoire-géo au lycée, dans les SES, etc. Autrement dit l'institution dans son ensemble fait de l'opération programme une bataille politique au service du ministère.
  • Nous rentrons dans une nouvelle année où se profilent de nouvelles élections professionnelles. L'enjeu est évidemment très lourd. L'ensemble des autres syndicats n'ont qu'un seul objectif : déstabiliser le SNEP pour gagner « des parts de marché ». Sur l'opération programme en EPS, se démarquer du SNEP devient une attitude identitaire et systématique du SNALC, de l'UNSA et du SGEN (qui rappelons le représentent à tous les 3 moins de 13 % aux précédentes élections). Dans la situation actuelle, cela se traduit par un dénigrement des APSA et la promulgation des activités de la « CP5 » au rang de vitrine de l'EPS. Cette « compétence » (qui n'en n'est d'ailleurs pas une si on se réfère aux définitions de la notion de compétence) est affichée comme la seule obligatoire. Cela se fait au mépris de la liberté pédagogique.

Pour résumer il y maintenant un front uni gouvernement-inspection-petits syndicats, qui prennent comme emblème la « CP5 » pour sauver l'EPS ! Une campagne anti-SNEP, on le comprends alors, est en train de se développer. Il ne faut pas se laisser abuser.

Le SNEP, dans un souci de cohérence sur l'ensemble de l'EPS a demandé à ce que les programmes pour l'enseignement agricole soit mis en conformité avec les autres, alors même que nous avons combattu certains aspects des autres (Collège-LP-Lycées). Notre souci est bien ici de défendre et rassembler la discipline, même lorsque nous avons, en tant qu'organisation professionnelle, des désaccords.

Nous avons ensuite défendu le principe d'une limitation des contraintes organisationnelles, au nom du métier de concepteur qui est le nôtre. Si on prend en compte les problèmes d'installation, les projet d'établissement et les programmes, une équipe donnée n'a pratiquement plus aucun choix dans la programmation. Quel paradoxe aujourd'hui de prôner soi-disant l'autonomie, et par ailleurs de ne produire que des textes de plus en plus contraignants et réduisant de fait notre marge de manœuvre. Nous avons défendu ce principe, seuls contre tous, en refusant, non pas les activités comme le STEP ou la musculation, mais l'imposition systématique de la CP5.

Enfin nous défendons le droit au débat et à la controverse. Comme cela nous a été dit lors des commissions qui étudient les textes, la décision de l'orientation actuelle se prend « en haut lieu ». Il s'agit bien d'une politique délibérée, qui, comme tout ce qui se passe sur le champ de l'école, se passe désormais sans débat, sans consultation, sans respect du minimum démocratique.

Le SNEP continuera à se battre, même si cela dérange les décideurs, pour défendre des valeurs. On ne peut pas tout laisser filer...