| CONSEIL DELIBERATIF NATIONAL DU S.N.E.P.
DES 21 ET 22 OCTOBRE 2010
Texte
analyse de la situation et relevé de décisions
Analyse de la situation
Le CDN du SNEP des 21 et 22 octobre 2010 se réunit dans un contexte
inédit, parce qu’au cœur d’un mouvement social
d’autant plus exceptionnel qu’il a commencé à monter
en puissance à une période habituellement peu favorable,
une semaine avant les congés d’été. La précédente
instance du SNEP (CDNE des 23 et 24 septembre) ayant du être annulée,
c’est à l’analyse d’une période
longue et très intense de 8 semaines, depuis le CDN de fin août,
qu’il s’est livré.
Sur les 40 dernières années, on ne trouve pas de mouvement
social enchaînant, au moment de la rentrée, 6 temps forts
de cette puissance en un mois et demi : entre 2 et 3,5 millions de manifestants à chaque
fois ! Ces seuls éléments témoignent déjà du
caractère exceptionnel et même historique des mobilisations
dans lesquelles nous sommes engagés.
L’unité maintenue au sein des 8 organisations syndicales
de notre pays, par delà la diversité qui les caractérise,
a permis d’engager une dynamique de grèves et de manifestations
largement suivies dans le secteur public, mais aussi dans les entreprises
privées. Elle s’est développée conjointement
au travail d’information, d’explication, et parallèlement
aux multiples débats et initiatives diverses, menés par
l’ensemble des forces démocratiques de notre pays. Chacune à leur
place, elles ont contribué à élever la prise de
conscience populaire sur les enjeux de société au cœur
des choix politiques gouvernementaux, contrant ainsi l’idée
d’une réforme prétendument juste. Elles ont nourri
le soutien largement majoritaire de l’opinion, qui se confirme
et s’amplifie de jour en jour. L’entrée des jeunes,
lycéens et étudiants, dans l’action a permis de franchir
un nouveau pas.
La stratégie syndicale développée, alternant jours
de grève et manifestations le week-end, a permis une entrée
dans l’action, diversifiée et progressive, de différentes
couches de la population, dont les familles et les jeunes. Elle s’est également
appuyée sur le choix de la construction et de la gestion démocratiques
d’un mouvement unitaire, articulant concertations intersyndicales
des directions et développement, au plus près du terrain,
d’actions décidées et gérées démocratiquement
par les personnels, dont la reconduction de grève et permettant
de s’inscrire dans la durée. La FSU et le SNEP se sont pleinement
inscrits dans cette stratégie et l’ont portée dans
leurs rangs.
En difficulté évidente, attestée par toutes les
enquêtes d’opinion, le président de la République
et son gouvernement s’arc-boutent néanmoins sur le cœur
idéologique de leur projet politique. L’affichage d’une
prétendue volonté de « sauver notre système
par répartition » n’arrive plus à en masquer
les orientations fondamentales : abaissement général
du niveau des pensions, contraignant, de fait, à compléter
ses revenus par un système de capitalisation ; respect
de critères économiques libéraux visant à satisfaire
aux agences de notation, en particulier par une baisse drastique des
dépenses publiques.
Ils persistent dans leur volonté politique de figurer parmi « les
bons élèves » du capitalisme financier qui
se nourrit de la misère sociale.
Après l’adoption par le parlement du traité constitutionnel
européen rejeté par le suffrage universel, après
s’être « assis » sur le cuisant
revers aux dernières élections régionales, le pouvoir
instrumentalise à nouveau la démocratie parlementaire pour
passer en force sur son projet de contre réforme des retraites,
refusant de prendre en compte les exigences très largement majoritaires
dans le pays. Il espère ainsi qu’écœurement,
résignation et désespérance l’emporteront.
Sachant que les reculs et les inégalités engendrés
dans tous les domaines par sa politique, génèrent un mécontentement
croissant dans le pays, il s’emploie, dans la perspective des présidentielles
de 2012, à détourner l’attention populaire. A cette
fin, il amplifie une communication fondée sur le mensonge, la
culpabilisation et la peur, installée dès le début
du quinquennat de Nicolas Sarkozy (Fillon « les caisses sont
vides », « le pays est au bord de la faillite » mai
2007, le déficit public et maintenant la note !). Après
la stigmatisation des immigrés et les expulsions de sans papiers,
c’est la chasse aux roms, les descentes de police impressionnantes
au nom d’un grand banditisme qui serait en subite expansion, la
réactivation des menaces d’attentats… il est à craindre
que, pour plaire à son électorat privilégié,
le pouvoir ne mette la jeunesse, déjà tant malmenée,
en ligne de mire ! Le CDN dénonce également la violence
avec laquelle le gouvernement tente de mettre fin aux mobilisations (déblocages
de piquets de grève, menace sur les jeunes, réquisitions…).
Son choix d’autoritarisme et son refus de répondre à la
demande sociale, sa stratégie de désigner des boucs émissaires font
prendre à notre pays le risque d’une montée en puissance
du populisme, du discrédit de la démocratie parlementaire, à l’instar
d’autres pays d’Europe. Le gouvernement en porte l’entière
responsabilité.
L’ampleur du mouvement social montre qu’au-delà du
rejet massif du projet de réforme des retraites, il s’agit
plus largement du rejet de la politique destructrice de décennies
d’acquis sociaux.
La campagne d’explication que nous menons, commence à porter
ses fruits en mettant au cœur des enjeux le partage des richesses.
Les débats sur les retraites mettent en exergue l’ensemble
des éléments qui font système : emploi, salaire,
fiscalité. Ils permettent de faire prendre conscience des injustices
et des inégalités flagrantes que les réformes et
projets gouvernementaux ne font que renforcer et qui sont le moteur de
la colère sociale qui monte.
Le pouvoir est contraint de manœuvrer sur des éléments
significatifs ou emblématiques de son projet politique :
suppression de niches fiscales (soit 10% d’un montant total - 75
milliards d’euros!), mais sans s’attaquer aux plus juteuses
et aux plus injustes ; suppression du bouclier fiscal (679 millions d’euros)
mais en contre partie de celle de l’ISF (3 milliards 2 !) :
faire croire qu’il entend, qu’il prend en compte, pour mieux
tenir sur le plus fondamental. |
L’ampleur de la mobilisation
ne saurait cacher qu’il reste aussi une marge non négligeable
de citoyens et de salariés, parmi lesquels nombre de nos collègues,
insuffisamment ou pas du tout investis dans le mouvement. Le défi
qui est le nôtre aujourd’hui c’est de participer à la
transformation du mécontentement majoritaire en une entrée
effective dans l’action, de nature à peser réellement
sur d’autres choix politiques prenant prioritairement en compte
les besoins sociaux. Cette question est également posée à l’ensemble
des forces sociales.
Si l’état du mouvement actuel doit être compris comme
force de protestation et de résistance aux dégradations effectives
et en préparation, il doit simultanément être conçu
comme investissement et préparation du futur. Plus le rapport de force
est important et inscrit dans la durée :
- plus nous pourrons peser sur les autres phases d’examen
du projet de réforme des retraites et ses décrets
d’application ;
- plus le pouvoir sera en difficulté pour poursuivre
la même politique sur d’autres dossiers en cours (santé,
protection sociale, fonction publique et services publics, budget 2011, …).
- plus nous pèserons également sur l’émergence
ou la prise en compte d’alternatives possibles par l’ensemble
des forces politiques en présence.
En ce sens, le rapport de force que porte actuellement
le mouvement social, s’il comporte aussi des contradictions, contribue
cependant à structurer le paysage politique d’aujourd’hui
comme celui de demain. C’est pourquoi la revendication de retrait
du projet du gouvernement, du retour sur les lois Balladur (1993) et
Fillon (2003), d’une retraite à taux plein à 60 ans
pour tous, doit continuer à être portée. Mais cela
nécessite et nécessitera l’intervention et la vigilance
constante des salariés. C’est également pourquoi
il, est indispensable que nos arguments, particulièrement ceux
sur le financement du système de protection sociale et sur la
fiscalité, soient encore développés plus
largement auprès des collègues et dans l’opinion
publique.
Dans ce contexte, le SNEP a fait le choix de développer une activité et
une animation de la vie syndicale qui fait de nos collègues, concepteurs
de leur métier, des concepteurs aussi dans l’action syndicale :
construction et gestion démocratique d’un mouvement unitaire,
se développant au plus près du terrain, avec des actions
décidées majoritairement, entraînant une mobilisation
significative des personnels, actifs et retraités ; nécessité de
décider des formes d’action permettant de s’inscrire
dans la durée, pour gagner.
En usant des différents médias dont il s’est doté (bulletin,
site, réseau mèl), le SNEP a multiplié les informations,
les analyses, les éléments sur les prises de décision
et les actions menées, les appels à l’action. Il
a ainsi cherché à faire des collègues les acteurs
conscients de leur implication dans les luttes sociales et non de simples
exécutants de décisions prises en dehors d’eux.
Relevé de décisions
Au plan général
Les 2 nouvelles journées d’action qui viennent d’être
décidées par l‘intersyndicale réunie le 21.10.2010,
s’inscrivent dans la volonté exprimée très
majoritairement par la population de poursuivre les luttes et d’élargir
la mobilisation.
C’est pourquoi, malgré la période des congés
de Toussaint qui s’ouvre et qui va modifier les conditions de participation
des personnels de l’éducation nationale aux luttes, le SNEP
appelle, avec la FSU et l’intersyndicale, les enseignants d’EPS
et professeurs de sport, à tout faire pour y manifester là où ils
se trouveront :
- « le jeudi 28 octobre, lors de la journée de mobilisation
et manifestations dans la semaine du vote au Parlement »,
- « le samedi 6 novembre, lors de la journée de mobilisation
et manifestations avant la promulgation de la loi par le chef de l’Etat ».
Il les appelle également à participer aux diverses initiatives
locales unitaires décidées et gérées démocratiquement
(tractages, blocages divers,…) et à contribuer aux soutiens
financiers organisés.
Le SNEP appelle les collègues à se réunir dans
les établissements, les services, les secteurs, en AG syndicales
et intersyndicales, dès la rentrée des vacances de Toussaint,
pour examiner la situation après la journée d’action
du 28.10.10, analyser les luttes menées pendant les vacances dans
différents secteurs, et préparer les manifestations du
6 novembre. Ce sera l’occasion d’examiner collectivement
les meilleures façons de poursuivre la lutte avec le souci de :
- la gestion démocratique du mouvement,
- la volonté de poursuivre et d’amplifier l’action
dans la durée, au plus près du terrain, dans les établissements
et services,
- la préservation de l’unité syndicale et du maintien
du soutien de l’opinion publique.
Sur cette base, toutes les hypothèses seront à examiner :
grèves tournantes, reconductibles, villes ou régions mortes,
blocages, adresses massives au gouvernement, etc…
L’importance des luttes menées sur le dossier des retraites
ne saurait éclipser celles que nous devons continuer à mener
simultanément sur le terrain du service public d’éducation
et de celui de l’EPS, du sport scolaire et du sport.
Budget
Le projet de budget 2011 de l’État avec les 31 000
nouvelles suppressions d’emplois prévues dans la fonction
publique, va accentuer la dégradation des conditions de travail,
la disparition d’options EPS, l’accentuation des horaires
non assurés (notamment en LP) et des remplacements non effectués,
etc… Dans le secteur sport, où 38 postes sont restés
vacants à l’issue du mouvement, la situation risque de
s’aggraver. Le SNEP proposera à ses partenaires d’articuler
l’action autour :
- d’interventions en CA et en direction des
parlementaires,
- d’un refus massif des DHG et d’un référendum
auprès des parents et de la communauté éducative
sur cette dotation,
- d’une nouvelle campagne de refus d’HSA,
- d’exigence et d’augmentation des
recrutements.
Le SNEP se félicite de la déclaration unitaire des fédérations
de l’éducation qui dénonce ce budget.
Il considère que les mois d’octobre et novembre doivent être
le moment du renforcement de l’action sur les questions budgétaires
en liaison avec les contenus d’enseignement et les conditions d’exercice
du métier. Il demande que la FSU soit porteuse pour sa part, de
propositions offensives.
EPSiliades
Les réformes politiques que nous contestons dans les grèves
et manifestations sont de même nature que celles qui mettent à mal
nos formations, nos métiers, nos statuts, nos conditions de travail… dans
les différents ministères où interviennent enseignants
d’EPS et professeurs de sport.
Les EPSiliades organisées par le SNEP, les 12, 13 et 14.11.2010,
doivent être considérées comme le prolongement d’une
expression revendicative de masse sur nos champs spécifiques d’intervention.
Le CDN du SNEP appelle les militants, à tous les niveaux, l’ensemble
des syndiqués et de la profession, à mettre à profit
les 3 semaines qui restent pour s’inscrire à cette initiative
et en faire un moment fort du rapport de force à construire, pour
faire avancer la prise en compte de nos exigences et revendications.
« CLAIR »
Le CDN du SNEP a analysé la problématique posée
par le programme CLAIR expérimenté dans 105 établissements à la
rentrée 2010. La déréglementation généralisée
et le manque d'ambition éducative pour les jeunes de milieu populaire
qui caractérisent ce dispositif doivent être fermement combattus
pour affirmer que la réussite de tous est possible dans le cadre
d'une politique d'éducation prioritaire rénovée.
Dans cet objectif le SNEP :
- appelle les militants départementaux et académiques à rencontrer
les personnels CLAIR dans leurs établissements pour débattre
de la situation et envisager les actions collectives,
- construira des analyses et argumentaires pour
aider les collègues à "reconstruire" du
collectif là où les contrats individualisent les situations,
- appelle à renseigner l'enquête le plus rapidement possible
pour permettre de dresser un premier bilan de la mise en œuvre
de l'opération,
- rencontrera le SNES et le SNUEP pour proposer
l’organisation
d’une rencontre nationale des établissements CLAIR.
Rythmes scolaires
Pour le SNEP, le débat sur les rythmes scolaires doit déboucher
sur une amélioration des conditions de travail et d’études
des élèves et des enseignants, dans une perspective explicite
d’éradication de l’échec scolaire et de la
réussite de tous.
L’organisation de l’école peut certes être
améliorée, mais le temps scolaire doit d’abord être
appréhendé d’un point de vue qualitatif.
L’enquête du SNEP, 1er bilan de l’expérimentation
sport l’après-midi (SPAM), montre que cette opération
de communication fait peser sur l’EPS un risque de déscolarisation
et de dénaturation des contenus. A cet égard, nous contestons
la publicité faite à celle-ci par l’UNSS, notamment
dans la revue « Équilibre ».
Le SNEP appelle la profession à renforcer ses exigences de première étape
d’augmentation des horaires de l’EPS obligatoire à 4h
en collège et 3h en lycée (2 séquences hebdomadaires).
Le CDN appelle les enseignants d'EPS à porter ces analyses
et propositions sur le site dédié du MEN et dans les débats
académiques (voir dossier spécial « rythmes
scolaires »).
UNSS
Le 2 décembre, aura lieu le vote pour l’élection
des représentants au Comité d’établissement
(CE) et des délégués du personnel de l’UNSS
(vote par correspondance les 15 jours précédents).
Pour la 1ère fois, les cadres de l’UNSS, détachés
depuis le 1er novembre 2009, participeront à cette élection.
Il est indispensable de les rencontrer : l’enjeu de ce vote
est d’importance.
C’est pourquoi le CDN demande aux militants départementaux
et académiques du SNEP de prendre contact avec les cadres
de l’UNSS et de les appeler à voter pour les listes SNEP-UNSS.
Les fonctionnaires stagiaires et les titulaires
Un premier bilan de la rentrée montre, comme il fallait s’y
attendre, que les fonctionnaires stagiaires sont fatigués, débordés
et stressés. Ils ont besoin d’une formation professionnelle
digne de ce nom. Pour le SNEP, l’objectif reste que dès
maintenant leur situation s’améliore et que la prochaine
rentrée des stagiaires se fasse sur de toutes autres bases.
Dans l’immédiat, le SNEP :
- appelle les militants à poursuivre le travail de proximité auprès
des stagiaires pour les aider,
- décide de continuer à proposer des stages de formation
syndicale sur les questions du métier,
- appelle les stagiaires à s’intégrer dans le même
mouvement revendicatif que les autres stagiaires pour obtenir des décharges
de service et une meilleure formation et un tutorat de qualité.
Le SNEP demande que toutes les forces convergent
pour les aider et qu’il
n’y ait pas de pression inutile sur l’évaluation et
que l’institution renforce le suivi individualisé des stagiaires
en cas de difficulté.
Il demande aux militants départementaux et académiques
de prendre contact avec les tuteurs et si possible avec les équipes
d’accueil, pour examiner avec eux les conditions de prises en charge
actuelles des stagiaires et leur proposer des initiatives communes, pour
qu’à l’avenir ces jeunes aient une réelle formation.
Pénibilité
Le SNEP appelle à renforcer la campagne de signatures de la carte-pétition
sur la pénibilité du métier.
Secteur sport
Les résultats des élections pour le CTP des directions
départementales interministérielles (nouvelle configuration
dans laquelle nos collègues du secteur sport se trouvent désormais
en minorité, comparée aux ex DDJS), font apparaître
la FSU comme la 5ème force syndicale. Dans les 68 DDI où la
FSU siègera en CTP, le SNEP veillera à ce que les revendications
qu’il porte sur le secteur sport, soient défendues.
Les élections en DRJSCS (Directions Régionales Jeunesse,
Sport et Cohésion Sociale) ne sont pas totalement terminées
puisqu’il y aura un 2ème tour en novembre en Ile de France
et en PACA. Le SNEP appelle les militants à continuer, dans ces
2 régions, à mener campagne pour le vote FSU.
Syndicalisation
Les mobilisations en cours montrent une adhésion très importante
de l’opinion publique, dont font partie les enseignants d’EPS
et professeurs de sport, à l’expression et aux mouvements
unitaires à l’initiative des 8 principales organisations
syndicales, dont la FSU. Le CDN appelle la profession à se rassembler
plus que jamais dans le SNEP, en passant du soutien à la syndicalisation
effective. Il appelle les S2 et S3 à prendre toutes les mesures à cet
effet.
VOTE :
Texte voté à l’unanimité
Copyright © 2010 SNEP.
Tous droits réservés - Dernière modification le
24/10/10
|