|

CONSEIL DELIBERATIF NATIONAL DU S.N.E.P.
DES 17 ET 18 NOVEMBRE 2011

 

  Analyse de la situation

Analyse de la situation

 

Elections professionnelles

Le conseil délibératif national du SNEP FSU des 17 et 18 novembre 2011 considère que les résultats obtenus par le SNEP, la FSU et ses syndicats nationaux lors des élections professionnelles d’octobre 2011 dans la Fonction Publique d’Etat, sont un atout pour le syndicalisme de transformation sociale, dans le contexte politique et économique que connaît le pays. Ils sont la marque d’une volonté affichée par une majorité de collègues, de solutions alternatives à celles mises en œuvre actuellement par le pouvoir. Pour autant le SNEP continue à demander, avec la FSU, malgré le refus du MEN d’une enquête administrative, une commission d’enquête parlementaire sur les difficultés entraînées par les procédures de vote qui ont empêché la participation de nombreux collègues.

La dette utilisée pour justifier tous les mauvais coups sociaux

La situation budgétaire liée à la dette est en réalité totalement instrumentalisée et sert de prétexte à accélérer les « contre réformes » visant à installer une rupture irrémédiable avec les éléments de solidarité nationale qui ont structuré la société française depuis la seconde guerre mondiale.
Le nouveau plan d’austérité développé par le gouvernement, comme le précédent, est pour l’essentiel bâti au détriment des ménages, des plus défavorisés et des classes moyennes, il entraîne augmentation des inégalités, paupérisation de la population, montée du chômage, affaiblissement des services publics et des protections sociales. 
Les services publics, dont ceux de l’éducation et du sport, sont en première ligne des remises en cause : réduction drastique des moyens en crédits et personnels, réformes ne leur permettant plus de jouer  leur rôle dans la démocratisation, transformation des missions des personnels,  modification des modes de gestion avec multiplication des hiérarchies, casse du paritarisme, ... Le dernier élément en date, le projet sur l’évaluation des personnels, en est un exemple criant.  La convention sur l’éducation de l’UMP confirme et aggrave les orientations scolaires mises en œuvre par le gouvernement actuel :

  • plus d’autonomie des établissements,
  • mise en concurrence des personnels et des EPLE,
  • multiplication des hiérarchies avec un rôle accru des chefs d’établissement,
  • casse du statut des enseignant-es.

La question que tout le monde se pose est : peut-on faire autrement ? Le SNEP répond oui, parce que la dette a été fabriquée par ceux là mêmes  qui disent la combattre.

Les éléments d’analyse et de compréhension de la situation économique, financière, politique, ont été développés dans les textes « action » du CDNE (31 août - 1er septembre) et du CDN précédent (29 et 30 septembre). L’évolution de la situation confirme ce que nous en disions : la gravité de la situation n’a pour cause ni pour solutions les éléments auxquels le pouvoir tente, mais avec difficulté, de faire adhérer l’opinion publique.
La dramatisation à laquelle il se livre vise à faire accepter comme inéluctables, toujours plus de sacrifices aux ménages et aux salarié-es. C’est la véritable marque du quinquennat.  Cela fait maintenant des années que F. Fillon tente de faire croire que la France, 5ème économie mondiale, est au bord de la faillite ! A chaque fois la rengaine est là pour rendre inexorables les contre réformes qui ont pour fonction réelle de mettre en œuvre et d’organiser la régression sociale. La situation de la Grèce est utilisée par les libéraux qui privent l’opinion publique des éléments indispensables de compréhension (la Grèce c’est seulement 1.5% du PIB de la zone euro ; sa dette exprimée en % de son PIB est comparable à celle du Japon).

Cette dramatisation de la situation permet d’évacuer du débat :

  • L’origine des dettes : la pression sur les salaires pour la dette privée ; et pour la dette souveraine la baisse organisée des recettes d’Etat (notamment par le vote de la loi Tépa en 2007, par la multiplication des cadeaux fiscaux aux plus riches, la défiscalisation des HS, l’augmentation massive du chômage), la spéculation boursière, le rôle des banques qui font payer l’état (service de la dette).
  • Les responsabilités politiques passées : les différents rapports (Cotis, Carrez, Cour des comptes) font apparaître qu’une fiscalité qui serait restée à hauteur de celle en cours jusqu’en 1999, aurait permis une situation sereine. Ils sont systématiquement passés sous silence. Même V. Giscard d’Estaing rappelle, avec délectation, qu’il a quitté le pouvoir en 1981 avec une dette inférieure à 10% du PIB. Nicolas Sarkozy, le président des riches, est aussi le président de la dette : en 5 ans, il l’a faite passer de 950 à 1 650 milliards d’euros. Seul 1/3 de cette augmentation est imputable à la « crise ».

La spéculation et les profits faramineux continuent de plus belle. Les très confortables profits réalisés par les banques françaises (11 milliards d’euros au 1er semestre 2011) permettent de relativiser leurs pertes liées à la réduction de 50 % de la dette grecque (8 milliards d’euros). Malgré ces profits et pour les augmenter encore, des banques décident de plans de licenciements.
Le Traité Constitutionnel européen (TCE), adopté au forceps contre l’avis des peuples, révèle son vrai contenu, mis en évidence lors du référendum français, ce qui confirme l’analyse du SNEP approuvée par ses syndiqués à l’époque. En confortant la Banque Centrale Européenne (BCE) comme organisme indépendant, le TCE prive les instances politiques nationales et européennes d’un levier décisif de lutte contre la spéculation : par son article 123 (qui faut abroger) la BCE n’est pas autorisée à prêter aux états. Mais elle prête à des taux très bas, de l’ordre de 1%, aux banques qui à leur tour prêtent aux états : à 1.9% à l’Allemagne, à 3.5% à la France, à 7% à l’Italie, et à 18% …à la Grèce !
Les véritables desseins politiques du TCE éclatent donc au grand jour, et les décideurs politiques s’alignent sur les diktats des marchés, au gré des agences de notation qu’ils ont créées à cette fin. Un summum de déni de démocratie a été atteint avec les cris d’orfraies déclenchés par l’annonce d’un référendum en Grèce. De plus, sont installés à la tête des gouvernements de Grèce et d’Italie des technocrates, issus de la sphère financière, chargés de mettre en oeuvre la politique d’austérité dictée par l’UE. Donner la parole aux peuples, prendre leur avis serait inconcevable ! Il redevient incontournable de redonner son rôle à la démocratie et de redonner du sens social aux choix politiques.
Enfin, la prédominance politique allemande, conjuguée à une faiblesse française que ne parviennent pas à dissimuler les gesticulations et déclarations du président, contribue à la mise à mal du modèle social français.
En France, le pouvoir politique, au prétexte d’une politique « réaliste » et « de modernisation »,  tente de masquer ses responsabilités dans la dégradation de la situation,  alors que sur le fond il est pleinement en accord avec les orientations européennes à la définition desquelles il a pleinement participé. Malgré cela, le Président de la République reste à un niveau exceptionnellement bas dans les sondages d’opinion.

Une politique qui accentue les difficultés

Nous payons les effets d’une politique de désindustrialisation menée depuis des décennies dans notre pays. Le plan d’austérité que concrétise le budget 2012, cache en réalité le suivant dont on nous expliquera dans quelques mois, si ce n’est quelques semaines, qu’il est inéluctable.
Le démantèlement des services publics, la réduction et l’éclatement des protections sociales, et les plans d’austérité font entrer notre pays, comme l’Europe toute entière, dans le cercle vicieux de l’aggravation de la situation pour les peuples. C’est de l’inverse dont nous avons besoin : développement des solidarités ; relance de l’activité économique par les salaires, l’emploi, la protection sociale, la consommation ; suppression des cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux plus riches qui entraînent un nouvel affaiblissement des recettes de l’Etat, et un alourdissement de la charge de la dette. L’axiome politique chaque jour asséné selon lequel il n’y aurait pas d’autres solutions que de diminuer la dépense publique, conduit inévitablement à une situation de récession. Le remède est pire que la maladie !

Agir pour d’autres orientations

Alors que bon nombre d’économistes condamnent cette option politique, les dirigeant-es européen-nes et Français-es s’entêtent dans un choix de politique concertée d’austérité qui contribue à accentuer encore un peu plus les difficultés économiques et sociales d’un pays comme la France dont une bonne part de la production est dépendante de la consommation européenne.
Parce qu’elle représente la première entité économique au monde, l’Europe aurait la capacité de donner le « La » social. En lieu et place d’une telle ambition, elle conforte une situation politique de dépendance aux marchés, à la finance, à la spéculation mondialisée, génératrice de tensions internationales, de montée des extrémismes. En ce sens, la situation est très préoccupante.
Dans un tel contexte, la France, berceau des Droits de l’Homme, a un rôle majeur à jouer. Pour cela un mouvement social de contestation du nouvel ordre libéral doit se développer. Le mouvement syndical français ne saurait s’en remettre aux résultats des échéances politiques à venir mais au contraire peser sur eux. Les fondements d’une unité revendicative retrouvée ont été posés par l’appel interprofessionnel de janvier 2009 qui reste pleinement d’actualité : salaires, emplois, protection sociale, fiscalité. Nous devons tout faire pour que, avec les mouvements sociaux porteurs d’exigences de progrès, le syndicalisme développe mobilisations et action pour des alternatives aux choix libéraux.
Modestement le SNEP à la place qui est la sienne, et plus largement la FSU, vont devoir continuer à œuvrer à ce rassemblement solidaire et indigné.
Cela passe pour le SNEP par la mise au débat de ses propositions et par l’impulsion de mouvements revendicatifs. Pour cela, nous devons tout faire pour répondre aux préoccupations des collègues  sur les dossiers qui les concernent directement (défense et valorisation de l’EPS et du sport scolaire, démocratisation de l’accès aux pratiques sportives, défense de nos métiers et de nos missions), et également sur les questions de système éducatif, de services publics, en faisant le lien avec les grands enjeux économiques et sociaux.

 

Texte voté à l’unanimité