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CONSEIL DELIBERATIF NATIONAL DU S.N.E.P.
DES 12 ET 13 JANVIER 2012

 

  Analyse de la situation

Analyse de la situation

 

Le CDN du SNEP des 12 et 13 janvier 2012 est réuni au moment où le pays rentre dans la période des 100 jours séparant du premier tour de l’élection présidentielle. Avec les élections législatives qui suivront, il s’agit d’un moment essentiel pour les enseignants d’EPS et les professeurs de sport comme pour l’ensemble de la population, tant les choix politiques à venir seront décisifs pour les 5 années à venir. A partir de l’analyse de la situation, il s’agit de définir ici et dans le texte sur l’activité syndicale, le rôle du syndicalisme et du SNEP.
A travers ses débats et les textes adoptés, le CDN s’est donné comme objectif  d’analyser la situation et les enjeux, de les formaliser afin de mieux armer nos militants et la profession à organiser l’action collective permettant l’émergence et la mise en œuvre de solutions économiques et sociales susceptibles de répondre aux revendications de l’école, de l’EPS, du sport scolaire, du sport, et des personnels.

La situation économique et politique

Echapper au bilan
Le Président de la république, son gouvernement, sa majorité, font tout pour échapper au bilan du quinquennat qui s’achève.
La situation sociale est pour l’essentiel le résultat des politiques publiques menées depuis 10 ans par la majorité présidentielle qui a la maîtrise de la quasi-totalité des leviers institutionnels, avec une accélération notable sur le dernier quinquennat : augmentation des inégalités et de la pauvreté (8 millions de pauvres fin 2011 en France !), développement du chômage et de la précarité, accroissement des richesses pour une toute petite minorité, la plus riche de la population.
Les politiques budgétaires qui se sont succédé sont d’abord caractérisées par une baisse régulière des prélèvements obligatoires (impôts et contributions sociales des entreprises). La situation budgétaire de la France (sa dette) est donc d’abord le résultat de la baisse politiquement décidée de ses ressources (cf. les rapports Cottis et Carrez) et de remboursements d’emprunts contractés auprès de financeurs privés, et non d’une prétendue inflation de la dépense publique.

Un processus de désindustrialisation
Le gouvernement, l’UMP, bon nombre de forces politiques semblent découvrir qu’un processus de désindustrialisation, en cours depuis 30 ans, a touché notre pays. Phénomène identifié dès le début des années 80, ignoré, contesté (il s’agissait de faire de la France un pays de « services »), politiquement entretenu (l’investissement public en formation,  recherche et développement a été minoré), il conduit aujourd’hui à constater et à s’inquiéter d’un déficit du commerce extérieur qui est passé d’excédentaire au début des années 2000 (+ 20 milliards) à déficitaire en 2011 (- 70 milliards). Le pouvoir instrumentalise cette réalité pour justifier la poursuite de la même politique qui  a conduit à la crise actuelle ! La prétendue moindre compétitivité des entreprises françaises (alors que dans le même temps des entreprises étrangères viennent s’installer en France parce qu’elles y trouvent une main d’œuvre hautement qualifiée) est utilisée pour justifier la faiblesse de nos exportations. Cela sert de prétexte à réactiver dans le débat les questions de temps et de coût de travail en France. Les éléments de comparaison avec notre voisin allemand sont totalement galvaudés (le temps moyen de travail comme le coût réel et total du travail, salaire + cotisations sociales, sont en réalité très proches).

Une TVA antisociale
Sur fond d’accroissement du chômage (dépassement prévu des 3 millions, le plus mauvais chiffre depuis 1999), les solutions envisagées par le pouvoir ont pour caractéristique principale de faire porter l’essentiel de l’effort aux plus défavorisés et aux classes moyennes :

  • Aide au chômage partiel par le budget public préconisée par les pourfendeurs des 35h et du partage du travail.
  • Projet de mise en place d’une TVA faussement qualifiée de sociale ou d’anti délocalisation, forme d’imposition la plus injuste,
  • Volonté de transformation profonde du système de financement de la protection sociale (du système de cotisation à celui de l’impôt).

Les caractéristiques de la situation en ce début d’année 2012 sont donc aux antipodes des thèmes et promesses apparentes de campagne du candidat Sarkozy en 2007 : « travailler plus pour gagner plus ; j’irai chercher avec les dents les 2 points de croissance qui nous manquent ; je veux être le président du pouvoir d’achat, d’une France de propriétaires ».

La stratégie de communication
La stratégie de communication est fondée sur un ensemble coordonné dramatisation, culpabilisation, stigmatisation, mensonge  (par ailleurs reprise et développée jusque dans les étages déconcentrés de l’administration de l’Etat). Elle s’accompagne au plan idéologique d’une véritable « chasse » sur les terrains de prédilection de l’extrême droite : récupération médiatique du 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, multiplication des remises en cause de l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs, loi Ciotti sur la pénalisation de l’absentéisme scolaire, circulaire Guéant du 31 mai 2011 interdisant aux jeunes étrangers nouvellement diplômés en France d’être embauchés par une entreprise à la fin de leur formation, quotas d’expulsion, …

Poursuivre la pression
D’un côté, il y a l’accord Sarkozy-Merkel pour inscrire dans un traité un ensemble de mesures visant tout simplement à soustraire les budgets nationaux aux décisions et au contrôle des peuples : inscription de la règle d’or dans les constitutions nationales, limitation des déficits bien au delà de la norme du pacte de stabilité. Il s’agit ni plus ni moins de graver dans le marbre toutes les mesures d’austérité imposées depuis plusieurs années.
Contradictoirement, les ultra libéraux sont contraints par la pression sociale de faire mine de reprendre un certain nombre de propositions faites par le mouvement social et syndical : taxe sur les transactions financières, rôle de la BCE, SCOP,… Bien entendu le pouvoir manœuvre et si, en rupture avec ses déclarations sur la baisse des impôts, il augmente les prélèvements, c’est par l’intermédiaire de hausses de la TVA particulièrement inégalitaire, d’augmentation des impôts des classes moyennes quand l’impôt sur la fortune, lui, va baisser ainsi que les cotisations patronales !

Au plan particulier de l’éducation

Les vœux du président
Les vœux du président le 05 janvier confirment les axes politiques et de campagne qu’il réserve au système éducatif : ré introduction d’un palier d’orientation en fin de 5ème ; mise en place de l’alternance en dernière année dans la voie professionnelle ; autonomie des établissements fondée sur un pouvoir renforcé du chef d’établissement (recrutement, évaluation) ; refonte statutaire du métier d’enseignant (temps de présence et missions). La nouvelle attaque en règle contre les décrets de 1950 confirme qu’ils sont bien la clé de voute du système. Qui pourrait encore croire aux promesses de rémunérations augmentées d’un pouvoir qui vient d’amputer la rémunération des fonctionnaires de 10% en 5 ans ? Qui pourrait ne pas comprendre que l’augmentation du temps de présence dans l’établissement n’est faite que pour compenser la saignée dans les emplois (70 000 suppressions, dont 30 000 dans le second degré depuis 2007) ? Qui pourrait enfin ne pas se poser la question du rapport entre la violence symbolique du propos présidentiel et le résultat d’élections professionnelles qui ont largement confirmé les organisations syndicales qui s’opposent et gênent considérablement la casse du service public d’éducation et la mise en place des contre réformes ? Cette violence à l’égard des enseignants est aussi destinée à s’attirer les bonnes grâces d’une frange ultraréactionnaire de la population.

L’éducation au cœur de la campagne
L’entrée en campagne de l’ensemble des forces politiques les amènent à se positionner sur les questions de conception, d’avenir du système éducatif, et donc de mission de l’école. Des syndicats, des think tank, des associations diverses, par l’intermédiaire de colloques, d’appels, cherchent à faire pression sur les décisions et les programmes.
Si l’occupation de l’espace médiatique est pour eux une préoccupation majeure, le fond des analyses et propositions nécessite d’être repéré avec vigilance.
Certains se réclament ouvertement d’un projet politique de type libéral, conservateur, d’autres se prétendent progressistes. Dans ce fatras propositionnel, Il est possible de repérer un « arc du socle » regroupant finalement des sensibilités qui se prétendent différentes voire opposées, mais qui en réalité travaillent à une même évolution du système éducatif  appuyée  sur un partage des idées suivantes :
            - stigmatisation des difficultés réelles et globales du système éducatif (en gros la panne de la démocratisation et les sorties sans qualification) liée à un processus de culpabilisation des enseignants : le système ne serait pas performant, n’aurait aucune réussite, aurait totalement raté la phase de sa massification. Les réussites ne sont jamais présentées comme des points d’appui.
            - déconnection de la réalité scolaire et de la réalité sociale : pas d’interrogation  sur les répercutions du développement de la pauvreté, de la précarité, du chômage, de la souffrance au travail des adultes, sur la vie scolaire des jeunes et sur la complexification du métier.
            - psychologisation des difficultés scolaires (l’important serait de ne pas en souffrir) débouchant sur la montée en puissance du concept de bien être comme antidote, et d’une solution miracle : la suppression des notes.
Dès lors, il s’agit bien plus de mettre le focus sur le climat scolaire (cf. le SPAM) que sur l’échec scolaire et ses causes profondes à déterminer et à traiter.
Ce processus est éminemment idéologique parce que tout en s’appuyant sur des constats partiellement justes, il en produit une analyse fausse détournant l’opinion publique des solutions politiques justes qui permettraient d’apporter des réponses positives aux constats de départ.

Le collège bouc émissaire
Une succession d’initiatives  visent à faire du collège le bouc émissaire et le seul problème du système éducatif à travers une description apocalyptique : « petit lycée ; ne préparant qu’au lycée ; enseignement mono disciplinaire ; enseignants au profil professionnel identique à ceux de lycée ; incapable de prendre en compte la diversité des élèves ; cristallisant les difficultés du système éducatif ».
D’où que viennent ces analyses, elles débouchent généralement  sur le même « modèle éducatif » : le socle, l’école du socle, les compétences, leur évaluation, tous les dispositifs qui l’accompagnent, l’autonomie de l’établissement, la polyvalence de l’enseignant, des blocs disciplinaires en lieu et place des disciplines en début de collège. La résurgence de l’ « école fondamentale » est présentée comme une évidence pour une continuité école /collège sans en travailler au fond l’articulation des contenus ni la formation des enseignants. Le collège n’est en fait  conçu que comme une fin de la scolarité obligatoire à 16 ans, voire avant avec le retour en force de la proposition d’alternance, pour toute une partie de la jeunesse. Ainsi le collège est nié dans sa fonction de transition entre l’école primaire et une poursuite d’étude et de formation pour tous.

Faire nous aussi campagne
La FSU et ses syndicats doivent impérativement porter nos propositions alternatives dans le débat.
A partir de la prise en compte de cette situation, il apparaît qu’il y a une double erreur,  comportant une contradiction interne, à ne pas commettre pour le mouvement social :

  • Minorer la volonté du pouvoir d’aller jusqu’au bout de son projet, et mettre à profit les quelques semaines qui lui restent pour mettre en place des réformes dans l’idée qu’on ne reviendra pas dessus. La posture présidentielle prise témoigne du choix de cette option
  • Penser que le pouvoir ne serait ni fragile ni fragilisé, sans tensions et divisions internes, sans être en proie à ses propres contradictions.

Dans l’expression par le pouvoir de sa détermination, il y a simultanément celle de sa difficulté à faire ce qu’il veut dans le pays qui est le nôtre, avec son histoire, ses références, l’attachement de la grande partie de la population aux piliers du modèle social français.
Mais l’autre danger qui guette le mouvement social c’est de penser que le rejet de l’ultra libéralisme serait tel qu’il entraînerait « ipso facto » une prise en compte par les autres forces politiques, notamment celles qui se qualifient de « réformistes », des propositions alternatives portées par des organisations comme les syndicats de la FSU. Le début du débat électoral dans le pays montre le danger qu’il y aurait à attendre d’hypothétiques alternances qui peuvent ne pas être porteuses d’alternatives constructives et de ruptures nettes avec les choix mis en œuvre depuis  des années. On le voit en Europe avec les similitudes des politiques économiques et sociales menées quelle que soit la couleur des gouvernements.
Or c’est bien de réorientations profondes voire de ruptures dont le France a besoin pour relancer son économie, lutter contre les inégalités, satisfaire les besoins de la population. Par ses choix, notre pays est en capacité d’entraîner des évolutions positives dans les politiques menées au niveau européen et rejouer un rôle qui a déjà été le sien dans l’histoire et que de nombreux peuples lui reconnaissent.
La responsabilité du SNEP et de la FSU est de placer les questions de service public d’éducation, d’EPS, de sport scolaire, de service public du sport au cœur du débat préélectoral pour obtenir une prise en compte effective de nos revendications, par tous ceux qui aspirent à accéder à des fonctions électives. Mais l’explicitation de nos exigences ne saurait suffire, il est indispensable pour ce faire d’obtenir une élévation du rapport de forces en leur faveur, ce qui passe par des mobilisations importantes dans la période à venir.

 

Pour : unanimité (38)