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Paris, Le 21 novembre 2008


Monsieur Jean-Louis NEMBRINI
Directeur général de l’enseignement scolaire
Ministère de l’Education nationale
110 rue de Grenelle
75357 PARIS SP 07


Monsieur le Directeur,

Le CSE va devoir prochainement donner son avis sur le projet de programme EPS pour les LP. Nous avons déjà eu l’occasion d’adresser nos remarques sur l’ensemble du texte qui nous a été présenté. Nous voulons préciser ici la position du SNEP sur un des désaccords que nous avons avec le projet et nous souhaitons le faire avant que la mouture finale soit présentée devant la CSL préparatoire au CSE de novembre 2008. Nous le faisons de façon solennelle, persuadés que les choix qui se dessinent n’ont pas fait l’objet d’un travail rigoureux. Comme il a souvent été rappelé un programme se doit d’être la vitrine de la discipline, or le résultat sur le sujet que nous souhaitons aborder nous semble préjudiciable à l’image de celle-ci.

Personne ne conteste l’intérêt, sous réserve d’un inventaire sérieux que nous demandons, pour les adolescents et jeunes adultes visés et au regard de leurs besoins réels, d’ouvrir l’EPS à des pratiques qui aujourd’hui se développent dans le champ social (aérobic, step, musculation, …). Le désaccord avec l’IG et le groupe de travail ayant rédigé le texte et certains de nos partenaires syndicaux siégeant au CSE dont la représentativité sur le champ de l’EPS est faible n’est pas là. Il porte sur la signification que prend la forme de leur introduction dans le texte actuel, la fausse représentation qu’induit cette proposition, de l’évolution et du sens des pratiques physiques dans le monde contemporain. Nous avons la conviction, avec d’autres acteurs du monde de l’éducation physique et du sport, que sauf perversions, pratiquement toutes les activités physiques, sportives, artistiques, comme activité humaine totale, ont été historiquement créées pour permettre aux individus de développer des pouvoirs d’agir sur le monde et sur eux-mêmes. Ce sont à la fois des buts et des moyens d’éducation, ayant pour objet fondamentalement le développement humain.
En introduisant dans le programme voie professionnelle la notion « d’activités de développement et d’entretien de soi », le groupe des rédacteurs vous engage à soutenir un double contresens :

  • Culturel et social d’abord : les pratiques « d’entretien » stricto-sensu n’ont pas d’existence sociale, c’est une construction abstraite qui prétend rassembler dans un genre unique des disciplines qui dans la vie « corporelle » concrète, se développent, au gré des pratiquants et des structures, à partir de mobiles qui vont de la compétition et de l’épreuve, à des formes plus douces et conviviales, comme d’ailleurs la plupart des autres activités physiques sportives et artistiques aujourd’hui. Il n’y a pas selon nous d’identité dans le champ social à
    cet ensemble.
  • Institutionnel et politique ensuite : ainsi donc, à suivre cette proposition pour les LP, vous allez devoir cautionner l’idée que l’EPS se diviserait en deux genres, l’un organisé autour de disciplines sportives ou artistiques, sans buts généraux sans doute et d’autres abusivement qualifiées d’entretien et de développement (l’ajout de ce second qualificatif dans le dernier projet accentue la dérive quant à la disqualification des autres d’accéder à ce registre). Il y aurait donc des moments à l’Ecole où l’on s’entretiendrait et où on se développerait mais seulement à partir d’activités spécifiques et caractéristiques de ces effets attendus ? Or, la tradition républicaine et démocratique qui est la nôtre mais aussi la vôtre devrait nous conduire à imaginer que l’enseignement cherche essentiellement le développement, ce doit donc bien être le but poursuivi pour toutes les activités proposées.

L’EPS, au travers des savoirs, des techniques qu’elle enseigne, poursuit la finalité de voir chaque élève à la sortie de l’Ecole accéder à, ou prolonger, sans a priori de genre et de forme, une vie sportive et physique la plus riche possible, un « habitus » de pratiquant assidu, raisonnable, qui fasse de lui un acteur conscient et lucide du développement de la vie sportive de notre pays. Favoriser l’entrée dans cette culture c’est exiger de l’Ecole qu’elle détermine avec précision les savoirs, les compétences, les attitudes, le niveau d’éducation et de développement qui permet à chacun de se lancer dans cette aventure, de s’y sentir à l’aise, de pouvoir à terme explorer les mille et une façons « d’être en forme » à tous les âges et de rester finalement dans une logique de développement tout au long de sa vie.

Nous pensons inutile de revenir sur le sigle APSA qui est un outil professionnel aujourd’hui fonctionnel pour nos collègues. Le changement pour le changement n’apporte rien. Dans ce sigle APSA, la partie « activités physiques » permet d’intégrer des activités qui ne sont ni sportives ni artistiques. APSA recouvre donc actuellement l’ensemble du champ culturel qui intéresse l’EPS. Nous trouverions de plus totalement déplacé qu’un groupe initialement mandaté pour « le toilettage du programme EPS voie professionnelle », puisse modifier avec autant de légèreté et aussi  rapidement la notion d’APSA, dont la stabilisation a été l’objet de longs débats dans notre profession.

C’est sur les notions de classification et de programmation, comme cela a été écrit en toutes lettres dans les programmes lycée, qu’il faut travailler. C’est cela le pas en avant nécessaire. Toute autre hypothèse déstabiliserait non seulement la discipline scolaire EPS mais aussi les contenus de la formation initiale en STAPS. Travailler sur les classifications ou regroupements possibles entre les APSA permettra de mieux identifier le sens de chacune. Et donc de mieux cerner les enjeux éducatifs. Nous sommes, pour notre part, prêts à participer à cette vaste et nécessaire entreprise.

Il est bien clair que notre insistance, dans ce courrier, sur un des aspects que nous contestons dans le projet de programme voie professionnelle, ne saurait retirer les autres critiques faites sur d’autres aspects du texte que vous avez pu lire dans un précédent courrier.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Directeur, à l’expression de notre considération distinguée.

Serge CHABROL
Secrétaire général

Copie à Mrs Volondat et Barrué (IG EPS)