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Paris, le 20 février 2008



Monsieur Xavier DARCOS
Ministre de l'Education nationale
110 rue de Grenelle,
75357, Paris SP 07


Monsieur le Ministre,
En décembre 2005 et février 2006, le SNEP avait écrit au président du Haut Conseil de l’Education, pour déplorer l’absence quasi-totale de la culture physique et sportive dans le socle. Nous proposions que, sur le modèle de la 3ème compétence intitulée « les principaux éléments de mathématiques et de la culture scientifique », « la maîtrise des principaux éléments de la culture physique sportive et artistique » soit présente dans celui-ci.
Lors de l’examen du socle commun, au CSE du 8 juin 2006, nous avions à nouveau dénoncé la faiblesse de la prise en compte de cette part importante de la culture, même si quelques amendements proposés notamment par le SNEP, avaient été acceptés.

Fin août 2007, le président de la République demandait au président du HCE, Bruno Racine, de mieux valoriser la place du sport dans le socle commun des connaissances et des compétences et ce dernier annonçait qu’une 8ème compétence du socle serait consacrée au sport ou à la maîtrise du corps, l’objet changeant selon les déclarations.

Suite à cette annonce, le SNEP a poursuivi sa démarche : nouveau courrier, rencontre avec le président du HCE et envoi d’une proposition de rédaction, que nous vous joignons en annexe.

Par un courrier reçu le 13 février 2008, Bruno Racine nous a informés que le HCE vous a remis une« recommandation concernant l’adjonction d’une 8ème compétence » au socle. Nous en avons donc pris connaissance et c’est peu de dire que la lecture de cette proposition ne saurait nous satisfaire. Le titre est emblématique : « Maîtrise du corps ». En clair, c’est un refus d’intégrer la culture physique et sportive, contrairement d’ailleurs au souhait exprimé par le Président de la République, au profit d’une conception très dualiste (La maîtrise du corps a des effets bénéfiques sur les apprentissages ; prendre soin du corps … influence le fonctionnement du cerveau, …). Au prétexte de la « transcendance par le socle des découpages disciplinaires », le HCE propose un texte mêlant anatomie, besoins physiologiques, métabolisme, optimisation des performances du cerveau, hygiène, alimentation, santé, sexualité, vaccinations, contraception, ménagement du dos … tout en intégrant ici et là des références très générales à l’activité physique : effets de l’effort physique, étapes à respecter dans l’activité physique, techniques d’échauffement, connaissance des règles de l’activité, développer le goût et la conscience de l’utilité de la pratique physique, …

En fait, transparait dans ce document une conception inquiétante pour l’avenir de notre discipline d’enseignement : l’activité physique n’aurait ni importance ni utilité en elle-même, elle ne serait qu’au service d’autres apprentissages. Les contenus propres à l’EPS, l’appropriation critique de la culture des APSA (activités physiques, sportives et artistiques) sont quasiment absents. Les débats importants menés en EPS depuis une vingtaine d’années autour des programmes de la discipline sont complètements ignorés. Les paragraphes d’explication/justification qui concluent la recommandation confirment la sousestimation et la méconnaissance des contenus de la culture portée par l’EPS.

La proposition est en rupture totale avec les pratiques professionnelles proposées à l’école, par les enseignants, à tous les jeunes, et avec ce qui devrait être au centre de cette compétence : la maîtrise des principaux éléments de la culture physique sportive et artistique. Ceci ne signifie pas pour autant que cette compétence ne devrait concerner que l’EPS ; elle devrait également intégrer des éléments de l’enseignement des SVT, de l’histoire, de la littérature, des arts ; etc.
La volonté affichée d’éloignement des compétences par rapport aux disciplines d’enseignement ne tient pas si on examine d’autres compétences du socle commun où les contenus disciplinaires sont particulièrement présents (cf. 2ème : la pratique d'une langue vivante étrangère ou 3ème : les principauxéléments de mathématiques et de la culture scientifique).

On est en droit d’attendre une autre ambition pour cette 8ème compétence. Le SNEP demande qu’elle soit explicitée très différemment et est prêt à travailler avec la DGESCO pour lui présenter son analyse, ses critiques et ses propositions pour une écriture radicalement nouvelle.

Nous aurons, Monsieur le Ministre, l’occasion de revenir sur cette question lors de l’audience que vous nous accordez le 27 février 2008.
Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de notre considération distinguée.


Serge CHABROL
Secrétaire Général