| Paris, le 13 octobre 2008
Monsieur Xavier DARCOS
Ministre de l’Education nationale
110, rue de Grenelle
75357, Paris SP 07
Monsieur le Ministre,
Le SNEP a eu l’occasion de vous affirmer à plusieurs reprises, ainsi qu’aux membres de votre cabinet comme à Monsieur de Gaudemar, chargé de mission, que la réforme du lycée devait viser la démocratisation de ce cycle d’enseignement et l’élévation du niveau de culture de tous les jeunes qui y accèdent. Si l’échec trop important en licence doit faire l’objet de dispositifs dès le lycée, la réforme de ce dernier ne saurait se limiter à cet objectif. C’est sur la base de ces constats et avec la volonté de porter nos propositions et celles de notre fédération, la FSU, que nous avons accepté de participer aux discussions sur la réforme des lycées.
En temps que syndicat disciplinaire, nous avons présenté à Monsieur le chargé de mission nos propositions, sur la place et le rôle de l’EPS obligatoire et de ses indispensables compléments optionnels, ainsi que sur le développement du sport scolaire en lycée. Avec le SNES, nous avons fait des propositions générales sur les objectifs du lycée et l’organisation qui devrait en découler.
Après les premières réunions bilatérales, nous constatons que malgré nos demandes, aucune réunion multilatérale permettant de faire un point d’étape n’a été organisée, aucun document écrit précisant, par exemple, les hypothèses de travail du ministère ne nous a été adressé. Avec le SNES, nous vous avions demandé une clarification sur la méthode et le calendrier. M. le directeur de cabinet nous a répondu par courrier, reconnaissant les nécessités de transparence et la réflexion à mener sur le calendrier de mise en œuvre. Pourtant, près de trois semaines plus tard, nous constatons que rien n’a évolué de ce point de vue.
Par contre, des articles de presse concordants se sont multipliés faisant état de projets précis, basés notamment sur un horaire hebdomadaire élève très nettement réduit, un enseignement modulaire généralisé ou quasi généralisé, la remise en cause d’un certain nombre de disciplines d’enseignement. A chaque fois que vous avez été interpellé à leur propos, vous avez affirmé que le projet n’est pas encore défini, que ces articles ne vous engagent pas, mais en vous gardant d’annoncer des hypothèses alternatives à celles qui circulent !
Le SNEP était présent le 8 octobre lors de la rencontre du SNES avec Monsieur de Gaudemar. Ce dernier a certes dénié toute crédibilité aux projets parus dans la presse, mais toutes nos propositions se sont heurtées à un cadre horaire annoncé comme considérablement réduit, à une modularisation quasi généralisée, à des enseignements obligatoires amputés et des enseignements optionnels qui limiteraient l’éventail des choix d’accès à l’enseignement supérieur.
Nous concluons donc que vos projets sont proches de ceux rendus publics.
Nous contestons de telles orientations, qui ne correspondent à aucune demande des syndicats majoritaires que sont le SNES et le SNEP. Si elles devaient se confirmer, elles iraient à l’encontre des objectifs que nous affichons et accentueraient la ségrégation sociale, les difficultés scolaires tant au lycée que dans l’enseignement supérieur. C’est pourquoi nous exigeons une réorientation des bases qui nous ont été dessinées par Mr de Gaudemar.
Nous récusons notamment deux de vos hypothèses parce qu’elles nous semblent incompatibles avec une organisation des enseignements permettant de mieux assurer la réussite de tous :
- La réduction de l’horaire élève qui est profondément ségrégative. Les réformes successives, ces dernières années, ont déjà réduit cet horaire sans que cela ne réduise l’échec scolaire. On ne voit pas comment une nouvelle baisse pourrait inverser la tendance. Il ne faut pas moins d’école, mais « plus et mieux d’école ». Il s’agit pour nous de revoir profondément le temps scolaire, l’alternance des types d’activité, des formes d’apprentissages, non pas dans un temps contraint mais dans un temps amélioré.
- Le « tout modulaire » aboutirait à des parcours individualisés à outrance, où chaque élève aurait la responsabilité de son cheminement scolaire, dédouanant l’institution de la sienne. Cette démarche, outre les difficultés organisationnelles et les retombées désastreuses sur les conditions de travail des personnels, serait également particulièrement ségrégative, favorisant les élèves auxquels le milieu socioculturel permet d’avoir les « bonnes » clés ! Ce qui est vrai aujourd’hui concernant les choix de filières et d’options, le serait encore plus dès lors que la « visibilité » des parcours serait complexifiée. Sous l’image séduisante du libre choix se cache le danger certain d’un renforcement des inégalités.
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C’est pourquoi, Monsieur le ministre, nous développons un ensemble de propositions résumées ci après, qui repose sur l’idée que ce n’est pas « moins d’école » qu’il faut, mais « mieux d’école » avec une réflexion sur le contenu de ce temps scolaire :
- la classe de seconde doit permettre un véritable choix d’orientation, ce qui nécessite un tronc commun faisant place à des champs disciplinaires que nous considérons comme incontournables, dans le cadre d’une culture commune ouverte sur le monde d’aujourd’hui, ainsi que des enseignements optionnels variés, en quantité et en qualité ;
- le cycle terminal doit offrir des parcours cohérents, ce qui implique le maintien de l’organisation de type « séries », mais réinterrogées, revues, rééquilibrées ;
- les trois voies de formation (générale, technologique, professionnelle) doivent être réaffirmées et leur rénovation doit être engagée, pour mieux préparer au baccalauréat, diplôme national et premier grade universitaire ;
- un meilleur encadrement du temps de l’élève dans le domaine de l’aide, du soutien et du travail personnel doit être assuré ; la qualité de cet encadrement, avec des personnels formés, sera déterminante ;
- la semestrialisation et la modularisation, que nous ne rejetons pas a priori pour certains enseignements, notamment parmi ceux de complément, ne sauraient être en elles-mêmes des solutions miracles imposées pour tout le temps scolaire et dans toutes les disciplines ;
- le groupe classe doit rester, pour une part importante du temps scolaire, un élément structurant pour les élèves, avec des effectifs abaissés ;
- la réforme doit permettre une amélioration des conditions de travail des personnels respectant leurs missions et leurs statuts.
- la révision des programmes, si elle s’avère nécessaire, doit être mise au service de ces différents objectifs et de l’élévation des contenus et connaissances, donc surtout pas pilotée par des baisses d’exigences et des économies budgétaires.
Sur les questions propres à l’EPS, le SNEP demande :
- concernant les enseignements obligatoires : le passage à 3h d’EPS hebdomadaires sur la totalité de chacune des 3 années, et la liberté pour les équipes EPS d'établissements, de les répartir au mieux en tenant compte des situations locales et des exigences pédagogiques liées aux différentes activités, donc sans semestrialisation ou modularisation imposées. Si vous rejetez notre proposition et confirmez votre choix, semble-t-il actuel, de seulement 2h hebdomadaires d’EPS, les conditions d’enseignement doivent permettre que désormais ces deux heures de pratique soient effectives, chaque semaine, pendant les trois années de scolarité au lycée.
- des instructions ministérielles pour que les installations sportives existantes soient mises prioritairement à disposition du scolaire dans le temps scolaire et la décision d’un plan de constructions d’équipements sportifs intra-muros ou à proximité immédiate des établissements, pour que tous les lycéens soient à terme à égalité devant le service public d’éducation de l’EPS ;
- les deux types d’options actuelles (facultative d’une part, de détermination en 2de et de complément en cycle terminal d’autre part) donnant satisfaction, le SNEP demande le développement, dans les enseignements complémentaires, d’un dispositif permettant la mise en place d’une véritable voie sportive de la réussite scolaire ; nous déposons des propositions en ce sens à M.de Gaudemar ;
- le maintien, la rénovation et le développement du sport scolaire en lycée avec libération du mercredi après-midi en lycée pour les rencontres UNSS.
Nous constatons enfin, Monsieur le Ministre, que la question du calendrier de mise en œuvre n’est toujours pas réglée. Des pays comme le Canada, la Finlande, ont mis des années pour construire des réformes profondes de leur système éducatif ; la précipitation prévue dans le cas de la réforme du lycée français n’est pas sérieuse ! Cela d’autant que toute réforme ambitieuse nécessite transparence et clarté dans les discussions avec les représentants des personnels et dans les propositions mises en débat, permettant une concertation avec les personnels concernés, les usagers (élèves, parents, …) et collectivités territoriales.
Nous souhaitons, Monsieur le Ministre que les propositions du SNEP, venant d’une organisation représentative de 83% des enseignants d’EPS, soient entendues.
Nous vous demandons de nous préciser, par écrit et au plus tard lors de la réunion que nous avons avec M.de Gaudemar ce mercredi 15, que le projet peut être bâti sur d’autres bases que celles qui circulent publiquement, que votre volonté de négocier est réelle et que vous êtes donc prêt à tenir compte de nos propositions résumées ci-dessus, concernant l’EPS et le cadre général.
Vous comprendrez monsieur le Ministre que vous avez le devoir et le pouvoir de faire en sorte que toutes les organisations les plus représentatives puissent participer à la réforme du lycée.
Si tel n’était pas le cas, nous serions bien obligés de considérer qu’il n’y a, de fait, aucune « négociation » portant sur des questions fondamentales entre le ministère et les personnels que nous représentons.
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, à l’attachement du SNEP au service public d’éducation et à notre volonté de participer à des transformations du lycée, si celles-ci vont bien dans le sens de la démocratisation et de la réussite des jeunes, et de l’amélioration des conditions de travail des personnels.
Nous vous prions de croire, monsieur le Ministre à l’assurance de notre considération distinguée.
Serge CHABROL
Secrétaire général
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16/10/08
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