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Paris, le 06 juin 2013

Monsieur PEILLON Vincent
Ministre de l’Education Nationale
110 rue de Grenelle
75357, PARIS SP 07

 

Objet : demande d’entrevue à propos de la place de l’EPS et des pratiques  physiques artistiques (danse et arts du cirque) dans le cadre des parcours d’éducation artistique et culturelle

 

Monsieur le Ministre,

Le SNEP-FSU et les enseignants d’EPS sont concernés par le parcours d’éducation artistique et culturelle puisque l’EPS contribue à l’éducation et à la formation artistiques de tous les élèves des collèges et lycées, de la 6e à la terminale, quelles que soient les sections - générales, technologiques, professionnelles - en lycée, grâce à l’enseignement de la danse et des arts du cirque. Ils sont également concernés par cet enseignement à l’école primaire, en tant que professeurs d’IUFM et conseillers pédagogiques départementaux qui assurent la formation initiale et continue des professeurs des écoles.
En effet, l’enseignement de la danse en EPS est obligatoire depuis longtemps à l’école primaire à travers les programmes et depuis 1996 en collège et lycée.
Il faut noter que pour ce niveau de scolarité, l’enseignement de la danse, associé maintenant aux arts du cirque, a été introduit en EPS et dans le sport scolaire grâce à la lutte opiniâtre d’enseignants-es d’EPS, soutenus-es par le SNEP-FSU. C’est ainsi tout un champ culturel de référence qui est venu s’ajouter aux activités physiques et sportives de notre discipline d’enseignement. La danse et les arts du cirque sont des expériences de nature singulière, très différentes des sports, qui viennent compléter la formation de nos élèves.

Les enseignements scolaires au cœur du projet d’éducation artistique
Nous tenons à affirmer d’emblée que l’enseignement scolaire, par son caractère obligatoire, doit être selon nous le pilier de l’éducation artistique pour tous et toutes. Si l’idée d’un parcours artistique est à soutenir, elle ne doit pas entraîner de confusion entre les missions des diverses institutions ou secteurs d’interventions. Elle doit au contraire s’appuyer sur les spécificités et la richesse de chacun. Nous pointons ici deux aspects très importants de la spécificité scolaire :

- Son caractère obligatoire :
Faire pratiquer une activité physique artistique et assurer une formation chorégraphique à l’ensemble d’une classe d’âge, garçons et filles ensemble, quels que soient l’établissement ou le lieu géographique, est du ressort de l’école et aucune autre structure ne répond à toutes ces exigences.
Dans le cadre des enseignements scolaires, par leur caractère obligatoire s’adressant à toutes et tous, l’intérêt de l’intervention des artistes, du travail en collaboration avec les structures culturelles n’est plus à démontrer, mais toutes ces actions ne peuvent prendre corps qu’à partir d’un travail de l’Ecole, elles viennent l’enrichir, le compléter de manière singulière. De plus, l’expérience nous montre qu’elles ne sont efficaces que si la conception des projets se fait en collaboration et en concertation avec l’enseignant.
Il faut également constater que, malgré des efforts de coordination, de concertation, la diversité des situations géographiques et des propositions culturelles est aujourd’hui une réalité incontournable. Nous espérons que les parcours artistiques, permettront de réduire les inégalités territoriales, mais il serait illusoire d’espérer une réelle démocratisation, un enseignement destiné à tous et toutes, sans s’appuyer sur l’école et ses enseignant-es.

- Un enseignement spécifique et inédit :
La formation promue par les programmes scolaires d’EPS en danse et arts du cirque n’est poursuivie nulle part ailleurs en dehors de l’école et en fait sa richesse. En effet, les programmes scolaires ciblent sur les objectifs d’acquisition d’une motricité expressive, de techniques relevant de tous les styles, mais aussi sur des savoirs concernant la composition et l’écriture chorégraphiques. Les élèves sont donc confrontés à de réels processus de création artistique en tant qu’interprètes/danseurs, chorégraphes. Le projet expressif est mis en avant, le triptyque œuvre/auteur/spectateur est au cœur de cet enseignement.
L’enseignement de tous ces savoirs, savoir-faire s’appuie sur la pratique et favorise leur acquisition en acte.
Seule l’école fixe un tel niveau d’exigence et offre un enseignement portant sur l’écriture chorégraphique, permettant en conséquence la formation de spectateurs-lecteurs avisés et critiques car maîtrisant les outils et procédés de composition.

Cet enseignement a des prolongements différents. A l’école primaire, il donne lieu à de nombreuses rencontres sur le temps scolaire et concerne souvent beaucoup d’élèves (exemple, dans la Manche, département rural, c’est 300 classes (30%) et environ 7 500 élèves qui dansent chaque année avec leur classe, sur la base de leur formation initiale et continue). Ces rencontres peuvent se faire sous l’égide de l’USEP qui prolonge le temps scolaire.
Dans le second degré, c’est 33 600 élèves qui pratiquent la danse et 16 900 élèves qui pratiquent les arts du cirque dans le cadre de l’UNSS.
Au lycée, plusieurs milliers d’élèves suivent une option facultative EPS (danse et arts du cirque) et près de 1 000 élèves, une option « art danse » ou « arts du cirque ».
L’école a donc construit une expérience sur laquelle il est nécessaire de s’appuyer, faire fructifier et offrir au plus grand nombre un parcours artistique.

Ceci étant dit, pour assurer une réelle démocratisation, il y a encore de grands progrès à faire. Nous souhaitons vous rencontrer pour débattre avec vous d’un certain nombre de problèmes :

La trop faible prise en compte de la danse et des arts du cirque dans l’enseignement des arts
Malgré le point d’appui fort que constitue l’enseignement de la danse et des arts du cirque en EPS, nous ne pouvons que regretter la tendance à minorer les arts chorégraphiques et du cirque dans l’ensemble des programmes artistiques à l’école.
En effet, le nombre d’options facultatives EPS danse ou cirque diminue en raison de l’insuffisance des moyens attribués aux établissements, les conduisant à supprimer ces options EPS et à ne plus en créer.
Le nombre d’options « art danse » dans le cadre de l’enseignement de spécialité en première et terminale littéraires reste très faible comparativement aux autres activités artistiques.
Enfin, les programmes Histoire des arts ne prennent en compte les arts chorégraphiques qu’à la marge.
Or, du point de vue de la formation de la personne, la pratique de la danse et des arts du cirque est irremplaçable : aucune pratique artistique n’engage autant la totalité de la personne.

Apprendre les arts par la pratique : une nécessité
La mise en avant dans le parcours d’éducation artistique de l’histoire des arts nous inquiète. En effet, nous considérons que l’acquisition des savoirs et savoir-faire en acte, l’apprentissage par la pratique, reste la voie que votre ministère devrait privilégier. Il ne s’agit pas de transformer nos élèves en artistes, mais bien de les confronter à une démarche artistique, à un processus de création artistique. C’est là une expérience irremplaçable que seule la pratique permet.

L’absence des ressources patrimoniales en danse et arts du cirque
L’enseignement de la danse et des arts du cirque s’ancre dans le patrimoine des œuvres, il ne peut se passer de références culturelles et de la découverte d’œuvres et d’artistes qui ont marqué son histoire depuis le début du XXe siècle pour tous les élèves.

Or, ni le ministère de l’Education Nationale ni celui de la Culture ne mettent à la disposition des enseignants un catalogue filmé d’œuvres majeures. Seule la Maison de la Danse de Lyon a proposé aux enseignants un dvd, Le tour du monde en 80 danses, offrantdes extraits intéressants. Cela n’est pas suffisant.

La faiblesse de la formation initiale et continue
Les professeurs des écoles avaient jusqu’à une période récente la possibilité de choisir la danse au concours de recrutement. La suppression de l’épreuve physique et la réduction des horaires de 30% de l’ensemble de la formation amputent sérieusement cette formation.
La formation continue est peau de chagrin à tous les niveaux. Les professeurs d’EPS, qui ont une culture initiale essentiellement sportive, ont besoin de formation spécifique dans les pratiques artistiques.

Clarifier les partenariats pour les développer
Différents types de partenariats existent, mais il nécessaire de les rendre plus lisibles, de clarifier la façon dont les différentes structures peuvent se coordonner, pour que ces dispositifs deviennent de véritables outils pour les professeurs. Des nouvelles formes de partenariats pourraient voir le jour (avec des chorégraphes, avec le CND…), notamment dans le cadre de stages de formation continue.

Nous sommes, au SNEP-FSU, porteurs de propositions susceptibles d’améliorer sensiblement les enseignements artistiques dans le cadre de l’EPS. C’est dans cet esprit que nous sollicitons une rencontre.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de notre considération distinguée.


Serge CHABROL
Secrétaire Général

Claire Pontais,
Secrétaire Nationale
Sylvaine Duboz