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Paris, le 09 janvier 2013

Monsieur PEILLON Vincent
Ministre de l’Education Nationale
110 rue de Grenelle
75357, PARIS SP 07

 

Objet : Propositions pour une rénovation de l’épreuve EPS au CRPE

 

Monsieur le Ministre,

Le ministère nous a informés qu’il travaillait sur les épreuves de concours. Nous regrettons de ne pas être associés à la réflexion, ni sur le CAPEPS, ni sur le CRPE.

Concernant le CRPE, le nouveau concours mis en place en 2009, associé à la mastérisation (réduction globale des horaires de formation) a engendré de grandes dégradations.

L’épreuve EPS n’étant plus obligatoire au CRPE (choix entre Arts et EPS), des candidats peuvent n’avoir reçu aucune formation en EPS sans que l’employeur ne vérifie quoi que ce soit des compétences acquises pour enseigner cette discipline. Cette situation ne peut que nuire quantitativement et qualitativement à l’enseignement de l’EPS en primaire. De plus, elle pose des problèmes de sécurité. En effet, le Code de l’Education et le Code du Sport précisent que les PE reçoivent une formation pour enseigner l’EPS sans qualification spécifique dans les activités physiques et sportives (contrairement aux intervenants extérieurs qui doivent présenter des brevets d’Etat).

Pour celles et ceux qui choisissent de passer l’épreuve d’EPS, les modalités de celle-ci sont aussi en cause bien que l’épreuve, dans sa conception, soit très intéressante. Il s’agit en effet de produire une performance physique suivi d’un entretien oral dans lequel il faut dire ce que l’on retient de cette expérience d’entrainement pour soi-même et pour son futur enseignement. Le-la candidat-e fait un exposé de 10mn et est ensuite interrogé-e pendant 10mn sur les activités physiques les plus couramment enseignées en maternelle et élémentaire (natation, jeux collectifs, athlétisme, danse). Cependant cette épreuve perd son sens pour plusieurs raisons :

  • les barèmes de l’épreuve d’athlétisme (course 1500m) sont tels que la moyenne est supérieur à  16/20 pour les femmes (plus faible pour les hommes). De ce fait, les candidates n’ont quasiment pas besoin de s’entraîner pour avoir une bonne note :
    • l’exposé pour l’entretien oral devient un exercice formel.
    • la formation ne peut donner lieu à une expérience de transformation de soi, puisque celle-ci n’est pas nécessaire.
  • la danse n’est plus choisie pour le concours. Vu les faibles horaires, elle disparait progressivement de la formation, ce qui est dommageable pour les enseignant-es et pour les élèves compte tenu de l’intérêt de cette activité et notamment dans le cadre d’une éducation à l’égalité garçons-filles.
  • le programme de l’entretien qui était jusqu’à présent limité aux APSA les plus couramment enseignées est maintenant illimité, ce qui engendre un zapping des APSA étudiées dans un temps de formation très court.
  • en ce qui concerne la natation, le brevet de 50m constitue une épreuve largement en-deçà de ce qui est exigé pour les parents qui interviennent bénévolement lors des séances de natation et ne correspond pas au minimum nécessaire pour être à l’aise pour enseigner la natation (ne serait-ce que ne pas transmettre sa propre peur de l’eau aux élèves).
  • la possibilité d’avoir une dispense médicale sans être pénalisé (une dispense donne la moyenne de l’épreuve) a fait fortement augmenter le nombre de certificats médicaux.

Il nous semble donc impératif de revoir l’épreuve d’EPS pour qu’elle puisse avoir un impact sur l’enseignement de l’EPS, en respectant les principes suivants :

  • une épreuve qui rend une formation obligatoire conformément au statut des fonctionnaires enseignant l’EPS, au Code de l’éducation et au Code du sport.
  • le lien entre épreuve physique et entretien est intéressant, il doit être conservé, à condition :
    • d’élargir le choix d’épreuves physiques (danse, course, badminton)
    • d’avoir des barèmes équitables entre hommes et femmes et qui nécessitent de s’entrainer pour vivre une expérience significative de transformation de soi.
    • de limiter l’entretien aux activités les plus couramment enseignées à l’école primaire (natation, athlétisme, jeux collectifs, danse).
  • la natation doit permettre de vérifier une aisance suffisante dans l’eau (cf. exigences du socle commun).
  • Les règles de dispenses d’épreuve physique doivent réinstaurer une équité entre candidat-es.
  • Une épreuve adaptée doit être proposée aux candidat-es en situation de handicap.

En 2009, le SNEP, dans le cadre contraint de quatre épreuves, a plaidé pour instaurer une épreuve de « dominante » et une épreuve de polyvalence. Cette solution, en fonction des choix qui seront faits (nombre d’épreuves, type d’épreuve), peut être à nouveau envisagée. L’enjeu est de rechercher une meilleure articulation entre master/concours et un approfondissement disciplinaire susceptible de nourrir la polyvalence du PE.

Le SNEP, fort de l’expérience professionnelle des formateurs sur ce sujet, est prêt à faire des propositions concrètes.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à l’expression de notre considération distinguée.

 

 


Serge CHABROL
Secrétaire Général

Claire PONTAIS
Secrétaire Nationale

 

Copie à MM Mancel, Lejeune, Santana et Audeguy

 

Annexe
Ci-dessous l’enquête faite par le SNEP en juin 2010.
Rappelons qu’à la création de l’IUFM, la formation en EPS était de 100 heures. Seuls 2 IUFM atteignent aujourd’hui ce chiffre et uniquement sous forme d’options. Dans 2 IUFM, des étudiant-es peuvent n’avoir aucune formation. Rappelons aussi que l’EPS et les Arts ont été plus touchées par la baisse horaire que les autres disciplines parce qu’une circulaire promettait que la formation serait faite en T1, formation qui n’a évidemment jamais eu lieu. Précisons également que depuis juin 2010, certains IUFM ont supprimé l’EPS et les arts en M2 dans les masters en alternance.  

 

Enquête SNEP-FSU - juin 2010
EPS : horaires dans les masters PE

Bilan

Avant
mastérisation

Actuel
total EPS minimum-maximum (options cumulées)

Les options ne concernent pas obligatoirement tous ceux qui ont choisi EPS au concours.

Besançon

76h - 94h

0h - 32h

 

Bordeaux

 

30h - 70h

160h possibles en approfondissement

Caen

89h - 134h

55h - 90h

 

Créteil

50h

36h - 60h

 

Dijon

54h - 84h

80h - 102h

 

Grenoble

66h +options

20h - 72h

très grande dégradation

Lille

 

44h

 

Lyon

78h- 84h

30h - 51h

 

Montpellier

65h

55h - 85h

 

Nancy

88h - 148h

68h - 116h

150h possibles si option "corps et santé" staps

Nantes

72h - 92h

48h - 72h

 

Orléans-Tours

78h

51h - 69h

qq ateliers de pratiques,

Poitiers

 

48h - 78h

Rien pour prépa physique

Reims

66h

18h - 86h

grande incertitude sur option

Rennes

62h

48h - 72h

 

Réunion

72h - 92h

14h - 60h

 

Strasbourg

 

30h

 

Toulouse

75h

50h - 75h (options)

 

Versailles

44h

0h - 60h (options)

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