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Paris, le 08 janvier 2010

Monsieur Luc CHATEL
Ministre de l’Education nationale
110 rue de Grenelle,
75357, Paris SP 07


Objet : concours de recrutement des enseignants en EPS

 

Monsieur le Ministre,

Lors de l’audience que vous nous avez accordée le 26 octobre 2009, vous aviez semblé attentif à notre argumentaire sur un des points concernant la formation des enseignants et les concours de recrutement : comment veiller à ce que les futurs enseignants d’EPS soient bien porteurs d’une culture des activités physiques, sportives et artistiques et aient bien eu, pendant leur formation, une pratique sportive diversifiée et d’un niveau suffisant ?

Nous vous avons alerté depuis par courrier, ainsi que Monsieur le Président de la République, sur le risque que représentaient pour l’EPS à l’école les orientations prônées par votre ministère en matière de définition des concours de recrutement.

Nous vous avions dit que, si les projets de CAPEPS et de CRPE tels que présentés début décembre ne variaient pas notablement, l’Etat recruterait, demain, des enseignants d’éducation physique qui pourraient être eux-mêmes de très mauvais pratiquants.

Or, les concours ont été publiés, sans modification profonde des projets, et constituent un recul considérable pour notre discipline :
La volonté d’imposer à tous les concours un nombre d’épreuves identique, sans raisons apparentes autres qu’une volonté d’affichage, et surtout des coefficients eux aussi définis arbitrairement aboutit à ce que le contenu du CAPEPS rend inutile, pour devenir enseignant d’EPS, d’avoir une pratique sportive importante et diversifiée. L’EPS sera demain la seule discipline pour laquelle un niveau Bac dans les épreuves pratiques devrait suffire largement pour être reçu au concours. Avec un coefficient 2, sur les 12 retenus pour l’ensemble du concours, avoir de bonnes notes aux épreuves pratiques ne sera pas indispensable pour obtenir celui-ci. La préparation physique des futurs enseignants d’EPS pourra devenir anecdotique. Cela aura des retombées sur les nouvelles maquettes de formation et les stratégies des étudiants. Vu le coût des formations physiques et le temps nécessaire pour s’y entraîner, elles risquent d’être progressivement évacuées de la formation universitaire.

Comment pouvez-vous tolérer une telle absurdité ? Qui pourrait imaginer un prof de maths incompétent en mathématiques ? Pourquoi serait-ce acceptable en EPS ?
Cette remise en cause de la nécessité d’avoir une pratique sportive importante, diversifiée et évaluée pour devenir professeur d’EPS, décrédibilisera l’EPS aux yeux de l’opinion et des jeunes.

Le ministère a-t-il, là comme à d’autres moments (décisions au CSE sur les programmes EPS ou sur le coefficient de l’EPS au DNB), fait le choix de s’appuyer sur certains syndicats très minoritaires qui souhaitent que la discipline se « dé-sportivise » ? Peut-elle être éducative sans contenu à transmettre ?

Rappelons que sur ce dossier du contenu du concours, un accord existait entre l’inspection générale EPS et le SNEP. Contrairement au précédent ministère qui avait acté un CAPEPS avec 5 épreuves et une autre répartition des coefficients, votre ministère n’a pas choisi d’entendre l’IG et la seule organisation véritablement représentative (rappelons que nous représentons 81,5% des enseignants d’EPS !).

Même gravité côté concours des professeurs d’école : l’EPS devient une épreuve optionnelle en concurrence avec les arts. Il n’y aura donc plus d’EPS pour tous. Pourquoi les étudiants n’ayant pas choisi l’EPS s’y prépareraient-ils ? Ils devront pourtant l’enseigner une fois le concours obtenu !

A terme c’est l’EPS de tout le cursus scolaire qui est donc attaquée.

Cette remise en cause des pratiques physiques aux concours ne peut que justifier et accentuer nos critiques à l’égard de la réforme de la formation des enseignants.

En conséquence, Monsieur le Ministre, nous vous demandons de retirer l’arrêté concernant le CAPEPS et de procéder à sa réécriture ainsi qu’à celle concernant l’EPS dans le CRPE, en prenant en compte les demandes du SNEP-FSU qui répondent au simple bon sens, mais surtout à l’intérêt de pratique physique pour la jeunesse (voir nos propositions dans les précédents courriers).

Compte tenu de la gravité, pour notre discipline, des décisions qui viennent d’être prises et provoquent une grande émotion dans notre profession, nous demandons à être reçus en urgence.

Nous tenons à vous signaler par ailleurs que sur l’ensemble des points abordés à l’audience du 26 octobre 2009 et que vous aviez demandé à vos services de suivre avec le SNEP, rien n’a bougé, puisque, malgré nos demandes répétées, nous n’avons toujours pas été reçus depuis par vos Conseillers !

Dans l’attente nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance de notre considération distinguée.

 

Serge CHABROL
Secrétaire Général