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Paris, le 5 janvier 2006

Monsieur Gilles de ROBIEN
Ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche
110 rue de Grenelle
75007 PARIS

Monsieur le Ministre,

Rompant avec l'engagement de votre prédécesseur d'annoncer les postes ouverts aux différents concours en début d'année universitaire, vous avez attendu les congés mais aussi les " fêtes " de fin d'année pour révéler les choix du gouvernement. La démarche est condamnable, mais elle s'explique finalement par le contenu des annonces que vous avez faites pour l'EPS :

  • CAPEPS externe :       400 postes (-50%)
  • Agrégation externe :     15 postes (-57%, chiffre inférieur à celui des étudiants préparant l'agrégation à l'ENS de Cachan)
  • CAPEPS interne :        40 postes (-73%)
  • Agrégation interne :      100 postes (-17%)

Celles-ci s'inscrivent dans le chiffre global de recrutements décidé pour le second degré : 10 000, alors que la direction de l'évaluation et de la prospective (DEP) estime les besoins en recrutements nouveaux à 17 300 dont 1 000 à 1 300 en EPS, pour couvrir les départs en retraite.
On est même ainsi, avec 415 postes aux concours externes en EPS, en dessous du pourcentage de 50% du remplacement des fonctionnaires partant en retraite fréquemment évoqué par le gouvernement.
L'éducation nationale apparaît bien comme le département ministériel le plus contributif à l'effort de réduction de l'emploi public, la " variable d'ajustement " la plus féconde pour la politique globale que mène votre gouvernement. Pourtant c'est de l'Ecole dont il s'agit…
Ramené brutalement de 1 330 à 780 par Luc Ferry en 2004, le nombre de postes ouverts au CAPEPS externe a été porté par François Fillon à 800 pour 2005, suite aux actions imposantes des étudiants. Son Cabinet avait alors annoncé le retour à un recrutement de l'ordre de 1 300 en 2006. Aujourd'hui la promesse n'est pas tenue, M. Fillon n'est plus là pour en répondre. La République se défile.

Comment expliquer aux étudiants, à deux mois des épreuves des concours, de telles contradictions entre les besoins exprimés par la DEP et la décision ministérielle arrêtée pour 2006 ? Comment expliquer par ailleurs les fluctuations incohérentes des recrutements entre 2004, 2005 et 2006 ? Comment encore expliquer que l'EPS soit la discipline qui subit le plus les coupes que vous avez décidé d'opérer ?

Comme Luc Ferry l'avait fait en 2003, vous tentez de justifier la réduction drastique des postes aux concours d'EPS par l'argument " d'enseignants d'EPS surnuméraires ". En fait la politique du gouvernement ainsi que celle exercée à tous les niveaux de votre administration ont contribué à la création du mythe des enseignants d'EPS trop nombreux : d'abord en réduisant dans les budgets successifs le nombre d'emplois, ensuite en réduisant le nombre des postes EPS implantés dans les établissements et donc en multipliant des postes TZR pour satisfaire des besoins autres que les seuls remplacements, en développant des groupements d'heures, en multipliant les heures supplémentaires, en augmentant les effectifs par classe, en supprimant de nombreuses options, en exerçant des pressions sur le forfait UNSS, en mettant en cause la formation continue…

Au travers de l'observation des faits de terrain, identifiables aujourd'hui, on découvre une véritable machination. Celle-ci consiste à justifier la baisse des recrutements pour 2006 comme relevant d'une adaptation légitime à la " réalité " de la discipline alors qu'elle procède en fait d'une décision prise a priori : la baisse de l'emploi public, tout particulièrement à l'éducation nationale.

Plus personne n'est aujourd'hui dupe, surtout pas les étudiants. Leur colère face à ce qu'ils considèrent comme une sorte de trahison de la part de l'Etat est légitime, elle sera partagée. Nous nous y emploierons.
De façon solennelle, nous vous demandons de revenir sur vos annonces, de tenir les engagements de votre prédécesseur, de répondre aux exigences, aux besoins des élèves et du système éducatif.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à l'expression de nos sentiments respectueux.


Jean LAFONTAN
Secrétaire Général

Alain BECKER
Secrétaire National

cf. document n° 71 du juin 05 (ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/dpd/revue71/article5.pdf)