| Paris, le 04 décembre 2008 Monsieur Xavier DARCOS
Monsieur le Ministre, Le SNEP souhaite attirer votre attention sur la situation des 186 cadres mis à disposition de l’UNSS à la direction nationale et pour diriger les services départementaux et régionaux. A la mi-novembre, ceux-ci ont reçu l’injonction d’accepter, avant le 15 décembre, de passer de la situation de MAD à celle de détachés, ou de retrouver leur fonction antérieure. Cela n’est pas acceptable tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, rien ne justifie la précipitation avec laquelle ce dossier est traité ; cela met nos collègues face à un choix important pour leur carrière, leur vie professionnelle, et la moindre des choses serait de leur laisser le temps de l’information et de la réflexion avant toute décision. La méthode choisie est tout aussi contestable : aucune communication du ministère ou de l’UNSS sur cette décision qui engage l’avenir du sport scolaire. Membre de toutes les instances de l’UNSS, représentant plus de 82% des enseignants d’EPS, le SNEP n’a été ni averti, ni consulté. Il nous semble pourtant que cette question relève à l’évidence du dialogue social dont vous vous réclamez. Qui a pris cette initiative ? Quelle mission a reçu le directeur de l’UNSS sur ce sujet ? Qu’est-ce qui justifie ce calendrier précipité ? Aucune information claire et officielle sur ces différents points. Nous en sommes réduits à réagir sur « les bruits qui courent », sur les informations que nous donnent les collègues concernés. Cela est particulièrement navrant. L’ordre du jour du prochain CA de l’UNSS ne prévoit même pas de traiter cette question (nous avons demandé qu’elle soit ajoutée), et par ailleurs, la date de ce CA, le 9 décembre, est beaucoup trop tardive par rapport aux échéances fixées. Sur le fond, le SNEP conteste l’ensemble des arguments utilisés pour justifier cette modification fondamentale dans le type de relation entre le MEN et l’UNSS, qui ne peut manquer d’avoir des répercussions à court ou moyen terme sur l’ensemble du sport scolaire du second degré. Nous voulons ici développer les raisons de notre opposition à cette mesure injuste et injustifiée. Mais tout d’abord, quelques rappels sur le fond. Le SNEP a une haute idée du sport scolaire, de sa fonction éducative et sociale, de son rôle dans l’acculturation sportive des élèves des collèges et lycées, dans la vie des établissements et dans la transformation du sport. Cela l’a conduit à s’engager constamment, aux côtés des enseignants d’EPS animateurs d’AS, responsables de districts et cadres de l’UNSS, pour le défendre quand il a été attaqué ou remis en cause, mais aussi pour le développer, le transformer, l’améliorer. Cet engagement de tous les instants a permis au sport scolaire du second degré de résister aux attaques, de se transformer et de se développer, et au final de rester une spécificité française que nous envient nombre de nos collègues européens. Au-delà de tous les débats sur les questions souvent brûlantes (le forfait de 3h pour tous dans le service hebdomadaire, l’AS présidée par le chef d’établissement dans tous les EPLE, l’existence d’une structure UNSS, des districts au niveau national, le montant des subventions ministérielles à l’UNSS, …), la pression exercée par les enseignants d’EPS et leur syndicat, a imposé le sport scolaire du second degré comme une composante à part entière du service public d’éducation. C’est à un véritable « service public du sport scolaire » que participent les professeurs d’EPS dans le cadre de leurs missions (Cf. décret statutaire du 4/8/80, art 4 : « Ils [les professeurs d’EPS] participent à la formation, l'entraînement et l'animation sportifs. ») C’est bien le choix politique du maintien d’un sport scolaire dynamique, qui a été fait par les ministres et gouvernements successifs, depuis 1945 : le service public d’éducation intègre, en complément de l’EPS, un sport scolaire structuré autour de trois piliers réglementairement définis :
Pour le SNEP, rien ne justifie aujourd’hui un autre choix, alors que le million de licencié(e)s, dont 40% de filles, vient d’être atteint, avec la formation et l’exercice de responsabilités par 94 000 jeunes officiels (JO), dans un contexte de baisse des effectifs d’élèves et avec moins d’animateurs d’AS suite aux suppressions de postes d’enseignants d’EPS. Oui, les indicateurs de l’UNSS sont au vert ; oui, l’école et le mouvement sportif ont plus que jamais besoin du sport scolaire pour sa contribution originale à la formation des jeunes. Ces rappels sont-ils superflus, voire hors-sujet ? Nous ne le pensons pas. Avec l’injonction faite aux cadres d’accepter le détachement ou de quitter l’UNSS, c’est une nouvelle turbulence qui se profile. Sur le principe, au nom de ce qui est avancé plus haut, le SNEP ne peut l’accepter. Avant tout travail sur les références réglementaires et leurs évolutions, avancées pour justifier cette évolution, c’est la notion même de service public du sport scolaire que nous convoquons. Le détachement de cadres de l’UNSS représente, selon nous, une étape dans la mise en cause du 3e pilier évoqué plus haut, celle-ci pouvant à son tour préfigurer un désengagement du MEN par rapport à l’ensemble de l’édifice « sport scolaire ». |
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Pour le SNEP, le passage au détachement n’est pas anodin. Outre naturellement la situation personnelle particulière de chaque collègue concerné et le caractère inadmissible du « chantage au détachement », c’est le statut même de l’UNSS qui s’en trouverait modifié. D’association administrative, chargée de la mission d’organiser le service public du sport scolaire dans le second degré, elle deviendrait alors l’équivalent d’une association complémentaire de l’éducation, pour laquelle l’engagement conventionnel de l’Etat est aléatoire et en particulier soumis aux aléas budgétaires (2). La mise à disposition n’est certes pas le paravent idéal. Le SNEP a toujours défendu l’idée que l’affectation des cadres de l’UNSS au sein même des IA, rectorats et au ministère, avec un statut – à préciser - de chefs de service, resterait la meilleure façon d’indiquer clairement que le sport scolaire est une composante du service public d’éducation. S’il fallait trouver une alternative à la MAD, pourquoi ne pas étudier celle-là ? Venons-en à la question du détachement et de ses justifications. Notre argumentaire est fondé sur les idées suivantes, qui nous amènent à contester « ce que nous savons » du projet qui circule :
Reprenons-les point par point :
Dans ces conditions, nous contestons l’argument selon lequel cette modification ne serait pas nécessaire, car le « la » (mis à LA disposition) introduirait une nuance permettant que la « mise à la disposition de l’association » se traduise par un détachement. Cela mérite pour le moins une explication sérieuse. Pourquoi, dans ce cas, le décret a-t-il proposé une formulation différente pour les directeurs au niveau national ?
Pour le SNEP, l’UNSS est sans contestation possible un organisme contribuant à la mise en œuvre d’une politique de l’Etat. Il n’y a donc pas lieu de mettre en avant l’idée que la MAD serait devenue impossible suite à cette nouvelle loi. Notre position est confortée par les termes de la circulaire du 5 août 2008, « relative à la réforme du régime de la mise à disposition des fonctionnaires de l’Etat », qui précise même que la loi du 2 février 2007 « assouplit les conditions de mise en œuvre de cette modalité particulière de la position d’activité ». Cette même circulaire apporte la précision suivante (I) : Cette dernière précision nous semble fondamentale : la question n’est pas de débattre du statut juridique de l’UNSS (personnalité morale ou non, autorité publique indépendante ou autorité administrative indépendante, …), mais bien de considérer son « domaine d’activité » comme une priorité indiscutable pour l’Etat. Cela est confirmé plus loin, dans le même paragraphe : De même, l’article 5 du décret d’octobre 2007 ne peut être invoqué comme justification, car il ne propose le passage obligatoire de la MAD au détachement que dès lors que « l’administration d’accueil dispose du corps correspondant ». Ce n’est pas le cas pour l’UNSS et nos collègues MAD. Au final, l’argument de la nouvelle réglementation de 2007 et 2008 n’est pas plus pertinent et sincère que ne l’était, il y a deux ans, l’affirmation maintes fois assénée que la LOLF supprimait toute possibilité de mise à disposition.
Dans cette logique, quelles décisions induira la LOLF quant à la « dispersion » des missions des enseignants d’EPS entre l’enseignement secondaire public du second degré (les cours d’EPS) et la « vie de l’élève » (le forfait sport scolaire) ? Faudra-t-il, au nom d’un outil de gestion, « réformer voire supprimer » l’outil pédagogique dont les qualités sont largement reconnues ?
Il s’agit ici du remboursement « à l'administration d'origine [de] la rémunération du fonctionnaire mis à disposition ainsi que les cotisations et contributions y afférentes » (précision apportée par le décret du 26 octobre 2007, art. 2 II). Mais la loi précise aussitôt : Il ne nous semble pas abusif de revendiquer pour l’UNSS l’application de la mise en œuvre de cette dérogation. L’UNSS est une association de type administratif qui, au même titre que les AS des EPLE, participe à l’exécution d’un service public administratif. La seule question qui vaille est bien celle de la reconnaissance par l’Etat de ce qualificatif et de ses conséquences en termes de prise en charge des cadres chargés de mettre en œuvre les politiques décidées par les instances de l’UNSS à tous les niveaux, instances présidées, rappelons-le, par les divers responsables de l’EN, par vous-même, monsieur le Ministre, en ce qui concerne l’assemblée générale.
Nous avons la faiblesse de penser (en référence notamment aux mésaventures des associations complémentaires de l’EN) que le projet de ceux qui militent pour le passage au détachement est d’une autre nature. Que l’on parle de « réduire la voilure » ou « d’esprit d’entreprise », voire de « créer une grande fédération du sport scolaire et universitaire », ce sont à chaque fois des scénarios de régression qui se profilent, quoi qu’on en dise. Quelques hypothèses :
Nous voulons aussi vous dire que les collègues concernés(e)s ont le sentiment d’être trahi(e)s, d’être les victimes d’un chantage qui ne leur laisse finalement que la perspective d’une régression probable dans leur statut, celle du retour en EPLE dans des conditions compliquées, voire catastrophiques, ou d’un changement de perspective professionnelle. Nous ne pouvons les rassurer, puisque nous ne croyons pas un instant que le détachement ait quelque vertu que ce soit pour eux, pour l’UNSS et pour le sport scolaire, dans un proche avenir. En conclusion, le SNEP n’accepte pas ce projet et les perspectives qu’il porte. L’histoire montre que, quelle que soient les époques et les gouvernements, ce ne sont pas les nuances de tel ou tel texte réglementaire qui forgent le destin du sport scolaire, mais bien les choix politiques ministériels et gouvernementaux. Le dossier qui est devant nous n’échappe pas à cette règle. Quelle que soit l’interprétation que les conseils juridiques donneront de telle ou telle nuance de la loi de février 2007, du décret d’octobre 2007 ou de la circulaire d’août 2008, quoi que puissent affirmer les technocrates de Bercy en s’appuyant sur les contraintes de la LOLF, la décision de contraindre au détachement ou de conserver la situation de MAD relève au final d’un choix d’un tout autre niveau : soit vous-même, en tant que ministre de l’éducation nationale et président de l’UNSS, avez la volonté de conserver et d’améliorer l’outil sport scolaire ; dans ce cas, il ne devrait pas être difficile de stopper le processus en cours, de décider et de le faire savoir, que les contraintes liées aux nouveaux textes ne concernent pas l’UNSS en raison de son rôle spécifique au sein du service public d’éducation, ou que celle-ci bénéficie d’une dérogation. Soit vous refusez et décidez de traiter l’UNSS comme une association para-scolaire, et au bout du processus de passage des cadres de la MAD au détachement, c’est une régression qui se profile pour l’ensemble de l’édifice « sport scolaire » du second degré. C’est pourquoi nous vous demandons de ne pas prendre cette responsabilité, et de revoir cette décision si elle est la vôtre, d’user de votre pouvoir pour stopper le processus en cours si le projet a été élaboré ailleurs. A titre transitoire, une première décision pourrait être de ne pas mettre le projet en œuvre dès cette année, vu les conditions très difficiles dans lesquelles se trouvent les cadres concernés et les problèmes de mise en œuvre que ne va pas manquer de rencontrer l’administration. Un report au 31 août 2010 permettrait à toutes les parties concernées de prendre le temps de l’analyse, de la réflexion et de la décision mûrement réfléchie. Nous souhaitons vous rencontrer pour débattre de ce sujet, mais cette rencontre pourrait n’être plus utile si vous profitiez de la réunion du Conseil d’Administration du 9 décembre pour annoncer qu’à la réflexion, rien n’impose un changement de position des cadres de l’association au million de licencié(e)s. Quel magnifique « cadeau de Noël » ce serait pour le sport scolaire et ses animateurs, pour l’UNSS et pour nos collègues ! Une fois n’est pas coutume, nous terminons donc cette lettre en vous disant notre espoir de ne pas vous rencontrer prochainement sur ce sujet. Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments les meilleurs.
Dans ce contexte, nous avons salué comme il se doit une de vos premières décisions comme ministre de l’éducation nationale : l’abrogation du décret de Robien qui mettait en cause le forfait AS/UNSS des enseignants d’EPS. Nous avons apprécié votre présence et votre discours à l’assemblée générale de l’UNSS en octobre 2007. Comment ne pas se référer ici à l’exemple des associations complémentaires, contraintes dans un premier temps d’accepter de passer des MAD au détachement (2006), avec engagement conventionnel de maintien de l’aide gouvernementale ? Chacun connaît la suite … A noter que l’USEP est touchée par ces mesures.
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