|

« C’est une erreur de diminuer le nombre de fonctionnaires »
Joseph Stiglitz (1) (prix Nobel d’économie 2001)


A l’occasion de la sortie du livre dont il est co-auteur « Une guerre à 3 000 milliards de dollars » (relatif à la guerre que mènent les Etats-Unis en Irak), Joseph Stiglitz était l’invité du « 7/10 (2)» de France Inter, le jeudi 15 mai. N. Sarkozy lui ayant par ailleurs demandé de réfléchir « au concept de bien-être en économie», J. Stiglitz a exposé sa vision des choses :
« C’est une question très importante … la façon dont nous mesurons le rendement de l’économie du PIB, ne mesure pas véritablement la performance économique, le bien-être du citoyen, le progrès social ».
Pour illustrer son propos il a rappelé que, alors que le PIB était, jusqu’à cette année du moins, en hausse aux USA, la situation des américains s’est aggravée. « C’est donc une mesure fausse si on ne regarde pas ce qui se passe pour chaque citoyen » a-t-il affirmé.
Concernant le « travailler plus pour gagner plus », il a précisé qu’aux Etats-Unis cela aboutit à ce que les parents ne trouvent même plus le temps de manger avec leurs enfants !
Interrogé le matin même de la grève des fonctionnaires du 15 mai, son avis sur ce mouvement social a été sollicité et le journaliste lui a demandé en outre : « quel conseil donneriez-vous au Président de la république pour relancer l’économie française ? ». « La grève d’aujourd’hui » a-t-il répondu, « a à voir avec la fourniture des services sociaux de l’éducation. Les conservateurs, la droite, ont sous estimé l’importance du secteur public. Ils l’ont critiqué, dénaturé. Or, vous avez de bons transports, une bonne école et c’est essentiel pour la réussite de toute société. Oui, c’est une erreur de diminuer le nombre de fonctionnaires. Il faut accroitre l’efficacité du secteur public mais le niveau d’investissement doit être augmenté». Et de conclure en estimant qu’il y a « confusion entre l’inefficacité et l’importance de ces services publics ».
Voilà qui amène sérieusement de l’eau à notre moulin ! N. Sarkozy l’a-t-il sollicité pour le prestige de la carte de visite d’un prix Nobel d’économie ou pour tenir réellement compte de son avis ? Le mouvement syndical doit, quoi qu’il en soit, contribuer à le contraindre à se placer dans cette seconde alternative.
Martine LE FERRAND


(1) ancien conseiller de Bill Clinton à la Maison Blanche ; ancien vice-président
de la banque mondiale ; professeur d’économie à l’université de Columbia.
(2) interview disponible dans les « archives » du « 7/10 » de France Inter.


Joseph Stiglitz - France Inter
envoyé par franceinter