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Paris, le 13 décembre 2006

Aux Groupes Politiques
SARKOZY Nicolas - UMP
BUFFET M.George - PC
BAYROU François - UDF
HOLLANDE François - PS

secretariat@snepfsu.net

               C’est porteurs de très vives inquiétudes suscitées par le projet de modification des décrets de 1950 (sur les services des enseignants) du Ministre de l’EN que le SNEP-FSU s’adresse à vous. Plus de 16 000 enseignants d’EPS, soit près d’un sur deux, ont signé notre pétition sur ce sujet. La grève du 18 décembre, que notre Conseil Délibératif National a votée dès le 1er décembre, et à laquelle l’ensemble des organisations syndicales de l’éducation a décidé d’appeler, s’annonce comme le révélateur de la volonté de mettre un terme aux attaques et dégradations systématiques contre le second degré et ses enseignants.

Dans un contexte de crise sociale et scolaire, la charge de notre métier d’enseignant s’est particulièrement alourdie ces dernières années : exigences institutionnelles accrues, nécessité de mieux prendre en compte les attentes légitimes des jeunes et de leurs familles, forte hétérogénéité des classes. Les propositions du ministre ne feront que les accentuer, conduisant à une véritable dénaturation de notre métier et une déqualification de l’enseignement.

  • Alors que la mise en réussite de tous les élèves - chacun étant porteur d’une histoire singulière marquée par les aspects familiaux, économiques, personnels - exige, de notre part, de plus en plus d’expertise dans la maîtrise de contenus propres à notre discipline tant en connaissances didactiques qu’en pédagogie, le ministre ouvre la possibilité de nous imposer d’enseigner dans une autre discipline. C’est avoir une bien piètre connaissance de notre métier et de ses exigences ! Nous enseignons déjà des activités aussi diverses que la danse, le rugby, la natation, l’escalade, etc. Y rajouter quelques heures en mathématiques, en français ou en éducation artistique et laisser croire aux élèves et aux parents que l’Etat met tout en œuvre pour faire réussir les élèves, relève de la supercherie ou de l’inconsistance. Il est même envisagé que nos collègues TZR (titulaires en zone de remplacement) puissent se voir imposer la totalité de leur service dans une autre discipline que celle pour laquelle ils sont formés. C’est irrecevable. Imaginez, alors que vous vous apprêtez à subir une opération cardiaque, qu’un chirurgien, spécialiste de la hanche, remplace votre cardiologue ... !
  • Par ailleurs, le ministère entérinerait et ouvrirait plus largement la possibilité d’être affecté sur deux voire trois établissements différents, tout en limitant les conditions ouvrant droit à des compensations traduites en allègements de service.
  • Enfin nous souhaitons tout particulièrement aborder la question du service public du Sport Scolaire. Comptant pas moins de 900 000 licenciés à l’UNSS (union nationale du sport scolaire, chargée d’organiser les rencontres entre les associations sportives des collèges et lycées), dont 40% de filles, le sport scolaire est implanté sur tout le territoire, dans tous les établissements et notamment dans les zones difficiles et dans les zones rurales, il est un véritable atout pour les élèves. Lieu d’apprentissage et de perfectionnement, lieu d’engagement reposant sur le volontariat, lieu du vivre ensemble, de la découverte des autres (grâce aux rencontres entre les établissements), lieu de dépassement de soi (compétitions adaptées et variées), lieu de prise de responsabilité (plus de 70 000 jeunes officiels dont 35 000 nouveaux chaque année), c’est à la fois un prolongement de l’EPS obligatoire, une ouverture vers le sport, vers « un autre sport », bref une contribution majeure à l’innovation sportive et éducative ! Voie originale du système éducatif français il repose sur l’engagement des enseignants d’EPS grâce aux 3 heures forfaitaires incluses dans leur service hebdomadaire. Celles-ci doivent être confortées.

Le ministre semble reconnaître cette situation en inscrivant ces 3 heures dans le décret relatif au service des enseignants d’EPS, mais il refuse la notion de forfait, pourtant essentielle au fonctionnement des AS et, en toute duplicité, pour dissimuler sa politique de suppression de postes, habille l’attribution des 3 heures à une appréciation subjective de la « réalité » du fonctionnement de l’association sportive. Ces trois heures, perçues alors comme un vivier commode de postes à piller, deviennent très convoitées et donc largement aléatoires. La suppression même partielle de ces moyens d’animation entraînerait, à l’image d’un château de cartes dont on retire une carte de base, la fragilisation de l’UNSS, et à terme la remise en cause du sport scolaire. Nous considérons au contraire le forfait de 3h d’animation sportive comme indissociable des missions et du service de tous les enseignants d’EPS et indispensable au maintien et au développement d’un véritable service public du Sport Scolaire.

L’ensemble de ces éléments montre, s’il en était besoin, que toute mesure d’ordre statutaire est intimement liée à l’efficacité de notre métier et à l’intérêt général. Notre demande traduit notre volonté de recherche d’une offre éducative de qualité.

Nous vous demandons d’intervenir auprès du gouvernement pour qu’il retire ce projet de décret et qu’il entende nos propositions. Nous souhaitons par ailleurs vous rencontrer le plus rapidement possible pour débattre de ces questions et connaître la position de votre parti.

Nous vous prions d’agréer l’expression de nos meilleurs sentiments.

Jean LAFONTAN
Secrétaire général