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Des affirmations ministérielles mensongères
Nouvel argumentaire

1) Baisse des effectifs ? Faux argument
Le ministère tente de justifier la baisse des recrutements en arguant d'une régression du nombre des élèves dans le second degré. Cette baisse réelle est en fait très faible rapportée au nombre de classes et d'établissements : - 34 000 élèves pour 173 662 sections en collèges, LP et lycées. Cela ne représente que 0,2 élève en moins par section. Il faut donc relativiser.
En outre, cette baisse est momentanée car, dans le même temps, il y a une forte poussée démographique dans le primaire (+ 53 000). Ces élèves arriveront bien vite au collège. De plus la juste intégration des élèves handicapés va s'accélérer (c'est une orientation gouvernementale) ; a minima, il s'agit d'accueillir 10 000 élèves. Il faut y ajouter les retours en formation (souhaités par tout le monde), des 90 000 jeunes qui quittent chaque année le système éducatif sans aucune qualification.
En fait, à moins de manipuler les chiffres, c'est une "démographie" scolaire en hausse qui est prévisible.
Cette baisse relative et momentanée des effectifs du second degré aurait dû, au contraire, être utilisée pour permettre d'améliorer les conditions d'étude et de travail des élèves et des personnels, tout particulièrement là où les difficultés scolaires sont les plus marquées.

Effectifs en EPS : la réalité

Il faut rappeler que l'éducation physique et sportive est la seule discipline où aucun dédoublement d'élèves n'est prévu quels que soient la classe, le niveau. Une note de la Direction Prospective et Développement du Ministère précise que l'EPS est la deuxième discipline en collège, du point de vue de l'importance du nombre des élèves par classe, et celle qui dans les lycées a les effectifs les plus chargés (29,9 élèves).
Or compte tenu de la spécificité de la discipline, discipline à risque, avec des conditions de sécurité à respecter, qui nécessite une vigilance de tous les instants, une attention particulière devrait être apportée à l'allègement des effectifs voire au dédoublement de classes.

2) Des profs en trop ? Faux argument
Dans le monde du 17 mars, M. FERRY affirmait que "près de 3 000 enseignants restent chez eux à ne rien faire". Il cite en particulier l'EPS où 160 professeurs ne seraient "pas utilisés" et il considère que cela "empirera pour la rentrée 2004, [où] il y aura 1 700 nouveaux titulaires en EPS". Le chiffre de 1000 enseignants d'EPS qui seraient inemployés en 2004/2005 est maintenant abondamment colporté par l'administration !
Cette affirmation est mensongère et est contredite par la situation réelle de l'EPS et du sport scolaire sur le terrain.

1. Des horaires obligatoires EPS déjà insuffisamment assurés

C'est le cas notamment dans nombre de SEGPA qui reçoivent pourtant des élèves en grande difficulté, dans certains LP en particulier en CAP ou Bac pro.
Dans le cadre de la préparation de la rentrée 2004, les enseignements d'EPS en SEGPA sont souvent les premiers supprimés. Par exemple, le manque de professeurs d'EPS qualifiés pour enseigner en SEGPA est estimé à 45 dans l'académie de Montpellier et 30 dans celle de Nice.

2. Une disparition organisée des diversifications horaires mises en place

De nombreux projets EPS, des options facultatives, des enseignements de compléments en lycée, des ateliers de pratique en LP, les trop rares aménagements horaires liés aux problèmes de sécurité (trois professeurs pour deux classes en natation, par exemple), sont remis en cause. Par exemple, au LP de Chalette (45), est prévue pour la rentrée 2004, la suppression de l'atelier de pratique EPS mis en place seulement depuis 1 an. Des options en lycée sont supprimées à Paimpol et Vannes dans l'académie de Rennes, 2 aussi dans celle de Nancy.
De même pour les élèves en difficulté, des postes supplémentaires qui avaient été accordés dans les établissements sensibles, des horaires augmentés pour les élèves de LP, notamment dans le Nord-pas-de-Calais ou en Corse, sont progressivement supprimés.

3. Une suppression programmée de postes en établissement remplacés par des moyens provisoires et des heures supplémentaires

Cette situation est massivement mise en place dans toutes les académies. Elle conduit à aggraver la charge de travail des enseignants, à dégrader leurs conditions de travail et à masquer les besoins en personnels pour la discipline.
Quelques exemples : Aix-Marseille : Collège Puget : 24 HSA
Collège Malraux Fos : 20 HSA
Montpellier : Collège Jean Moulin Béziers : 21 HSA
Collège Henri IV Béziers : 16 HSA

Autre exemple significatif : dans le Jura, une collègue se voit imposer un complément de service de six heures dans un autre établissement, alors que dans son établissement sont imposées six heures supplémentaires aux autres enseignants d'EPS.
Dans l'Eure et Loir, en collèges, pour la prochaine rentrée, l'IA supprime 6 postes d'EPS qu'elle remplace par 31,5 HS, 34 heures de moyens provisoires et un stagiaire.

4. Des remplacements non assurés

De nombreuses suppléances, parfois longues, ne sont pas effectuées.
Le recteur de Lyon annonçait dès octobre 2003 que " le remplacement ou la suppléance inférieure ou égale à un mois ne sera plus assurée ". Dans l'académie de Caen, la quasi-totalité des suppléances inférieures à 3 semaines ne sont plus assurées. A Grenoble, on ne remplace que dans les classes d'examen. A Strasbourg, le rectorat demande aux enseignants de remplacer leurs collègues, etc.

5. Des atteintes à l'animation du sport scolaire

Les enseignants d'EPS ont de droit trois heures forfaitaires incluses dans leur service pour l'animation du sport scolaire. Très souvent, l'administration de l'Éducation Nationale remet en cause ce forfait et entend le remplacer par des heures d'enseignement.
De nombreux forfaits AS sont supprimés en particulier en cas de temps partiel, CPA ou service partagé entre plusieurs établissements, cela contrairement à la réglementation.

3) Trop de titulaires remplaçants ? Faux argumentbr> En EPS, les titulaires remplaçants qui devraient principalement assurer des suppléances de courte ou moyenne durée pour remplacer les titulaires provisoirement absents et assurer ainsi la continuité du service public sont depuis deux ans majoritairement affectés à l'année sur des moyens provisoires.
Le potentiel pour assurer les suppléances est donc fortement diminué ce qui a pour conséquences le non remplacement de personnels absents (voir ci-dessus) ou le recours à la précarité.
Exemple : dès la rentrée 2003, l'ensemble des TR nommés dans le 93 (académie de Créteil), étaient affectés sur poste à l'année. Aucun titulaire remplaçant n'était donc plus disponible pour des remplacements.

Il faut donc bien distinguer le nombre de TR implantés dans chaque académie et le nombre de TR utilisés pour faire de réels remplacements. De plus, faute de postes disponibles pour accueillir des enseignants en réadaptation, certains postes de TR, comptabilisés par l'administration en moyen de remplacement, sont utilisés pour pallier ce manque.

Faute de titulaires, des vacataires ou contractuels sont recrutés ; quelques exemples :
- Nantes : 47 vacataires, 29 contractuels
- Rennes : 62 vacataires, 33 contractuels
- Orléans : 18 vacataires, 17 contractuels
- Nice : 58 contractuels et MA
- Paris : 19 contractuels
- Créteil : 17 vacataires 115 contractuels
- Versailles : 48 vacataires

Conclusion provisoire :
Les différents éléments ci-dessus contredisent l'affirmation ministérielle sur un prétendu "excédent" d'enseignants d'EPS ! Si tel était le cas, pourquoi embaucher des contractuels, des vacataires ? Pourquoi les horaires, les remplacements ne seraient-ils pas assurés partout ? Pourquoi des options, des expériences positives seraient-elles remises en cause ? Pourquoi y aurait-il autant d'heures supplémentaires ? etc.
Le pseudo excédent est en fait le résultat de choix discriminatoires locaux (suppressions de postes, d'options, horaires non assurés, forfaits AS remis en cause, etc.), généralisés. Cela d'autant plus que, dans une situation budgétaire de pénurie, des disciplines comme l'EPS sont tout particulièrement pénalisées.

Des besoins non assurés
La situation et les affirmations ministérielles sont d'autant plus choquantes que des besoins non assurés existent et que l'EPS nécessiterait un véritable plan de développement.

1. Pénurie d'encadrement dans le supérieur ? Vrai argument

Il y a 1 494 enseignants du second degré, maîtres de conférence, professeurs d'université pour 50 000 étudiants STAPS, ce qui représente un professeur pour 33,5 étudiants.
Pourtant l'EPS est considérée comme une discipline scientifique et technique exigeant un taux moyen d'encadrement d'un formateur pour 18 étudiants. On est loin du compte. Il faudrait 2 777 enseignants, c'est-à-dire en recruter plus de 1 200.

Cette pénurie d'enseignants dans le supérieur pèse sur le contenu même des formations, la pratique sportive a diminué de façon importante dans les cursus STAPS.
Elle est partiellement compensée par le nombre exorbitant d'heures complémentaires ou le recours à des vacations, ce qui crée une dispersion des enseignements particulièrement préjudiciable au travail en équipe et donc à la qualité des formations.

Quelques chiffres : Nice 5 000 heures complémentaires, Limoges 5 000, à Rennes 60 titulaires, 40 vacataires, à Amiens les vacations représentent l'équivalent de 40 emplois d'enseignants.
Le SNEP a calculé qu'il faudrait, pour réduire de moitié le nombre d'heures complémentaires, créer 1000 postes de formateurs !

2. Pratique sportive à l'université

Offrir des possibilités de pratique sportive pour tous les étudiants est encore à conquérir.
800 enseignants d'EPS seulement sont actuellement affectés pour ce faire, pour 2 200 000 étudiants.

3. Des départs massifs à la retraite

Le ministre nous dit que les départs à la retraite seraient retardés. L'argument ne tient pas. Jusqu'à présent les départs en CPA et en CFA étaient largement plébiscités par les enseignants qui les ont utilisés de façon importante. Si les conditions se sont durcies, il n'empêche que peu de collègue changent de comportement et continueront de partir à l'âge de 60 ans.
De même, anticipant sur les effets régressifs de la réforme des retraites, de nombreux enseignants d'EPS ont demandé à partir plus tôt.
Les chiffres de la DPD de 2001 montrent que dès 2004, ce sont entre 1 100 et 1 300 enseignants d'EPS qui vont partir à la retraite chaque année.

4. Une discipline qui devrait être mieux valorisée à l'école

La place prise par le sport et les APS dans notre société, les différents rapports sur la santé des jeunes (sédentarité accrue, obésité,…) l'éducation à la citoyenneté, la socialisation mettent en évidence l'intérêt de développer l'EPS et le sport scolaire à tous les niveaux de la scolarité.
Une nouvelle étape de progrès des horaires EPS, bloqués depuis trop longtemps, doit être entreprise pour répondre aux besoins de santé et de formation corporelle et sportive des jeunes.

Le SNEP considère que doit être mis en œuvre un véritable "plan de développement de l'EPS et du sport scolaire" :

- augmentation des horaires obligatoires d'EPS en lycées et en collèges,
- renforcement des options EPS,
- réduction des effectifs dans certaines activités,
- construction, réhabilitation d'installations sportives fonctionnelles et proches des établissements,
- amélioration des conditions d'encadrement dans les UFRSTAPS et les IUFM,
- développement d'un sport scolaire rénové et du sport universitaire,
- amélioration des conditions de travail, de carrière et de services des enseignants d'EPS.

C'est l'intérêt des jeunes, de leur santé, de leur accès à une culture diversifiée et à une citoyenneté active.
Pour tout cela, il faut recruter de nouveaux enseignants d'EPS qualifiés en nombre suffisant !


Il est nécessaire d'avoir une gestion prévisionnelle des recrutements sur plusieurs années à l'opposé d'une gestion à courte vue qui se traduit par des coups d'accordéon sans anticipation sur les besoins futurs.
Une loi de programmation pluriannuelle des recrutements doit être mise en place immédiatement.