| 22 octobre 2007, faut-il lire la lettre de Guy Môquet ?
Comment résister à l’instrumentalisation d’état !
Qu’est ce qui fait fondamentalement débat dans la lecture aux lycéens de la lettre d’un jeune résistant de 17 ans, militant communiste, livré par la police française à la gestapo et envoyée à ses parents avant d’être fusillé avec ses camarades syndicalistes de la CGT et membres du parti communiste ?
Peut-être d’abord le fait que le président de la France semble vouloir l’extraire de son contexte complexe qu’est la résistance. En voulant ne retenir que l’idée du sacrifice de la jeunesse, en exaltant la défense de la patrie, en choisissant parmi ses lettres celle destinée à ses parents, à la famille n’assiste-t-on pas à un détournement d’un évènement historique par réduction des motifs qui pouvaient animer ce résistant, les résistants ? N’y a t-il pas risque d’instrumentalisation par une lecture émotionnelle d’une situation tragique ? Ne sommes nous pas face à la recherche d’une union sacrée, acritique, grâce à une cérémonie commandée et son exploitation médiatique ?
La stratégie du président, de ses conseillers, par l’acte de commémoration auprès des lycéens d’un jeune de leur age, n’est-elle pas la recherche, la fabrication d’un mythe ? Alors que nous avons mission de construire chez nos élèves un esprit informé et critique ce genre de « mise en scène » est peu rassurante. Nous savons que l’exaltation n’est pas l’élément le plus évident pour acquérir la lucidité.
La lecture rugbystique de la lettre (dans le vestiaire du XV de France à l’ouverture du match Argentine-France) démontre un peu plus le caractère politique de l’affaire. On peut en imaginer l’utilisation en cas de victoire.
Alors que l’on condamna (jusqu’à l’actuel ministre de l’éducation) la méthode de Robien pour ses prescriptions pédagogiques nous avons là une sorte d’injonction d’état qui peut apparaître comme le « fait du prince ». Après une loi qui expliquait aux professeurs d’histoire ce qu’ils devaient dire sur les « bienfaits » de la colonisation, on est à nouveau face à une volonté gouvernementale d’instrumentalisation de l’histoire. Comment contextualiser sérieusement un tel document en dehors de la partie du programme d’histoire sur la résistance, ou d’un cours de philo sur l’engagement, le droit de dire non, etc.
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N’oublions pas le contexte, que nous rappelle D Kesller ex n°2 du MEDEF en 1998 : « Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme...A y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! A l'époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes... un compromis…se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l'importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d'être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. »
La commémoration du 22 octobre 07 ne participerait-elle pas de cette entreprise de démolition tout en donnant l’impression inverse ? Certains résistants, dont certains étrangers et qui furent eux-aussi fusillés « et nos frères pourtant » n’étaient pas seulement mort pour la France mais pour une autre entente entre les peuples, une autre vision du Monde. Ce qui caractérise le programme du CNR c’est un programme résistant au choix du marché capitaliste, programme faisant la promotion d’une solidarité à laquelle tous peuvent accéder en contribuant à la hauteur de leurs moyens.
La simple lecture d’une lettre n’est donc pas simple. Ne nous laissons pas instrumentaliser en « hussard noirs de la patrie ». Contribuons à enrichir la réflexion de nos élèves, à les rendre critiques, débusquons les pièges de la tyrannie du bon sens !
Certaines équipes ont pris la décision de refuser collectivement la lecture de la lettre, d’autres préfèrent la lire et en faire un moment de débat avec les élèves sur l’engagement, le devoir de résister, etc.
Droit de retrait, devoir de réserve, droit à la pudeur, droit à la différence, devoir de résister, droit à la désobéissance, devoir de mémoire …
Si la décision collective est de lire ou de faire lire la lettre par quelqu’un, le pire serait de le faire sans débat avec les jeunes et en en restant à l’aspect compassionnel. Si la décision prise est de ne pas la lire, il faudra aussi expliquer. En tout état de cause, ne laissons pas nos élèves dans l’ignorance.
Le secrétariat national
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19/10/07
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