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Le 17 février 2012

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EPS et Sport scolaire : que penser du rapport Lecou ?

 

L’actuel président de la République a chargé le député UMP de l’Hérault  Robert Lecou d’une mission d’évaluation et de propositions sur le sport à l’école : celui-ci vient de rendre son rapport intitulé « le sport à l’école et le sport scolaire ».

La marque des luttes
Le parti pris du député de faire du sport scolaire la colonne vertébrale de sa mission traduit à l’évidence la place originale et les réussites de celui-ci dans le système scolaire français.
Concernant plus précisément le sport scolaire dans les collèges et les lycées, le rapport souligne que l’AS est l’acteur majeur du sport scolaire et rappelle que « le forfait de 3 heures par semaine inclus dans le service des enseignants d’EPS, intégré dans leur statut, (a permis) la multiplication des pratiques sportives et la découverte des compétitions par de nombreux jeunes ». A ce sujet, le député indique « qu’il est opportun de se souvenir que la tentative du ministre de Robien de supprimer le forfait des 3 heures d’UNSS a échoué, épisode qui témoigne par ailleurs de la force du groupe de pression que constituent les enseignants d’EPS » et que « l’abrogation de ce décret (était) justifiée » ! Pour ceux qui en auraient douté ou l’auraient oublié, ce sont bien les luttes de la profession et de son syndicat, le SNEP-FSU, qui ont permis de sauver le sport scolaire dans le second degré. Le rapport met également en avant le professionnalisme des enseignants d’EPS, leur engagement, leur investissement au sein de l’établissement, le fait qu’ils sont « parmi les enseignants préférés des élèves ». Il est souligné que « l’EPS, par son intérêt et ses objectifs, apparaît bien comme une discipline fondamentale » et « le sport scolaire (…) comme une activité complémentaire » dont « l’acteur principal est l’enseignant ».
Dans ses préconisations, R. Lecou propose de confirmer la présidence de droit de l’AS par le chef d’établissement, de « pérenniser (le) forfait » dont il précise qu’il est de « 3 heures d’AS sur 20 heures par semaine dans le service d’un enseignant d’EPS » (quid des agrégés ?), « de renforcer le statut du sport scolaire en légitimant sa place du mercredi après-midi », de « reconnaître le district comme échelon opérationnel et les coordonnateurs de district qui sont les professeurs d’EPS comme les chevilles ouvrières de l’organisation du sport scolaire dans le second degré ». Concernant la formation des enseignants, le rapport souhaite que soient renforcées « la formation universitaire comme la formation professionnelles initiale et continue en EPS des professeurs des écoles » et que soit créé « un module adapté (…) pour donner toute sa place à l’UNSS et au sport scolaire dans le cursus de formation universitaire » en STAPS. Le rapport propose, concernant l’EPS, « d’ajouter une compétence supplémentaire du type « connaître et maîtriser son corps » au socle commun ».
Comment ne pas voir dans ces différentes propositions la marque des actions et des revendications portées par le SNEP et soutenues par la profession ?

… mais le poids d’une orientation contestable
Ce rapport contient des préconisations traduisant des orientations que le SNEP conteste. En effet, celles-ci s’inscrivent dans la logique de la réduction des moyens alloués au service public d’enseignement et du « nouveau management public », mettant en perspective de nouvelles dégradations des conditions d’enseignement de l’EPS et traduisant une volonté d’instrumentalisation et de transformation des AS et de l‘UNSS.

- concernant l’EPS :
Au nom du renforcement de l’autonomie des établissements, le député propose de déterminer « un horaire–plancher et un horaire–plafond par discipline pour dégager des marges de manœuvre nécessaires à la constitution de classes à thèmes ou d’établissements à dominante » ! On sait à quoi cela a abouti dans le passé : les horaires réels deviennent rapidement les horaires - planchers ! L’EPS est présentée comme principalement une discipline de la transversalité (santé, citoyenneté, bien-être, esprit d’initiative, …) et très peu comme transmettant une culture. On peut ainsi mieux comprendre la portée de la préconisation n° 10 visant à redéfinir les missions des enseignants d’EPS : avec les missions actuelles (fonction enseignante, sport scolaire) mais aussi de nouvelles (éducation à la santé, etc…) qui peuvent déboucher sur une transformation profonde du métier.
Quant à « l’objectif minimal d’une heure par jour d’activité physique » prôné par R. Lecou, il ne vise nullement une augmentation des horaires d’EPS ! Pour lui, ce temps inclut « l’enseignement de l’EPS, les activités sportives et toute activité physique » comme « les déplacements du domicile à l’école, à la cantine, au stade, … ». Le député considère que « le maintien des heures hebdomadaires d’EPS est préférable à l’accroissement », invitant les élèves à utiliser la marche et le vélo pour augmenter leur temps d’activité physique ! C’est dans cet esprit que le député regrette que soient « délaissées des disciplines majeures alors que l’on pourrait faire de la course ou de la marche, du saut en hauteur ou du lancer de poids et du grimper de corde à moindre équipement »…Le député Lecou vient-il à l’Assemblée Nationale en train à vapeur ?

- concernant le sport scolaire
Le rapport propose de « faire évoluer le sport scolaire » en faisant de l’AS « l’instance fédératrice de l’ensemble de la politique sportive de l’établissement » : après avoir fustigé les empilements (dont le ministère est entièrement responsable) et l’illisibilité des dispositifs les uns par rapport aux autres (sport scolaire, interclasses, accompagnement éducatif, sections sportives, etc…), le député propose de valider le tout et de l’emballer avec du papier « AS » ! Et comme il ne peut éluder les fortes réticences voire les oppositions que cette approche risque fort de rencontrer, R. Lecou trouve la parade en proposant « un pilotage » serré et à tous les niveaux. Le chef d’établissement aura, «en lui laissant toute latitude, dans le cadre de son autonomie, le soin de définir la mission de chaque enseignant à travers une lettre de mission annuelle lui précisant la mise en œuvre la plus efficiente pour renforcer le sport scolaire » dans le cadre du « contrat d’objectifs annuel ». Pour le SNEP, les missions d’un enseignant relèvent de son statut et non d’une lettre de mission individuelle annuelle qui, de fait, met en cause la dimension statutaire du forfait. Si la préconisation vise les AS en difficulté, il faut le dire et proposer une méthode qui permette de sortir par le haut. Les AS seraient donc « contractualisées », les directeurs académiques des services de l’éducation nationale (ex-Inspecteurs d’Académie) étant chargés de « vérifier l’adéquation entre moyens et résultats ». Le district  étant reconnu comme le « niveau d’organisation territoriale de l’UNSS » et les IA-IPR EPS assurant, au nom du recteur, le pilotage académique de l’UNSS, le rapport propose de « supprimer les Conseils Départementaux de l’UNSS ». Cette approche  pourrait conduire à supprimer le niveau départemental de l’UNSS (dont il faut souligner le rôle décisif en matière d’innovation, de dynamisme, de fonctionnement) ou, au mieux, à le réduire au rôle d’exécutant des décisions prises au niveau régional. C’est dans ce contexte que doit être lue la valorisation des districts : la reconnaissance du district, qui ne s’accompagne d’aucune mesure visant à reconnaître la fonction de coordonnateur, pourrait n’être qu’un leurre visant à masquer l’essentiel.

La proposition « de créer un contrat sportif local qui réunira, dans un même partenariat, sur un territoire donné, les établissements, les fédérations sportives, les collectivités territoriales, les élèves et les parents d’élèves (…) permettra l’attribution de moyens en fonction des réalités locales », soumise à « procédure l’évaluation ».
On a la désagréable impression que ce qui est en cause, c’est cet espace de liberté et d’innovation que constitue le sport scolaire dans le second degré et que ce qui est en jeu, c’est la volonté de « mettre au pas » et en le recentrant sur le local, avec des liens approfondis avec les clubs, d’utiliser le sport scolaire pour faire entrer les fédérations sportives dans les collèges et les lycées.

- concernant le premier degré :
Le rapport cite le rôle le l’USEP et des conseillers pédagogiques, mais ne propose pas de formule type forfait USEP et ne réaffirme pas explicitement le rôle primordial des CPD. A l’heure où de nombreux postes sont supprimés, les bonnes intentions et le partenariat ne suffiront sûrement pas développer l’EPS et le sport scolaire à l’école primaire.

En résumé :
Le rapport Lecou contient des préconisations intéressantes qui font écho au travail et aux exigences des enseignants d’EPS portées par le SNEP. Mais, sans avoir l’air d’y toucher, nombre de préconisations inquiétantes, allant dans le sens de contraintes nouvelles, de pressions managériales, de transformations négatives du métier et de réorientations du sport scolaire contestables s’attaquent aux fondations mêmes du service public de l’EPS et du sport scolaire. Ce rapport sera-t-il un rapport de plus, destiné aux tiroirs ministériels ou servira-t- il à alimenter la campagne électorale du candidat UMP, voire le projet quadriennal d’orientation de l’UNSS puisqu’il a été accueilli très favorablement par son directeur (mandaté par qui ?)

Serge Chabrol, Jean Fayemendy